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Le blog de Frédéric Delorca

Encore un peu d'analyse politique

24 Avril 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je m'en excuse auprès des gens qui lisent ce blog pour la littérature, l'histoire, la philosophie, mais les chiffres de fréquentation de ce blog en période électorale ont été multipliés par deux ou par trois suivant les jours malgré le boycott que m'infligent tous les autres blogs (à l'exception de El Diabolo et la Lettre volée), avec beaucoup d'accès directs et d'accès par recherche "delorca" sur Google. Cela m'oblige à parler un peu plus de politique française que d'habitude car il se peut que parmi ceux qui me lisent un certain nombre d'entre eux apprécient de trouver là les analyses d'un homme proche du Front du Gauche (FdG) mais qui n'a pas perdu son indépendance d'esprit et ne verse pas dans le langue de bois  (je défends toujours ma position anti-ingérence dans les relations internationales, ma position en faveur du retrait de la reconnaissance du Kosovo, mon attachement à l'objectivité des faits par delà l'idéologie, à la discussion honnête avec ceux qui ne partagent pas mes analyses etc.). Je pense que le fait que parmi les 3 derniers commentateurs il y ait une électrice du FdG, un électeur potentiel de JL Mélenchon qui a finalement voté Dupont-Aignan, et un électeur potentiel du FdG qui a finalement choisi le FN dit quelque chose d'une partie de mon lectorat, même si ce n'est pas de la totatlité (car j'ai aussi des gens de tendance plus libertaire, des apolitiques etc).

 

Donc encore un petit mot sur les dernières élections pour satisfaire la curiosité ou l'intérêt de ces personnes.

 

Mélenchon a révélé sa maestria dans l'art du rassemblement des tendances socialistes et socialisantes à gauche du PS, maestria digne de l'inventivité de Jaurès il y a cent ans, avec juste un brin de talent en moins (d'ailleurs Méluche se heurte aux mêmes accusations que Jaurès autrefois, notamment au fait qu'il vient des partis bourgeois à l'origine).

 

Mais il est aussi victime d'une position structurale (pour parler comme les bourdieusiens) du Front de Gauche qui le met en porte à faux avec un prolétariat ou sous-prolétariat des villes campagnes et des villes moyennes. Cette position conduit le FdG a défendre des thématiques proches du PS sur l' "autre Europe", le melting pot culturel etc, alors que les couches que représente le Front national sont plus attachées au protectionnisme économique, au contrôle des migrations aux frontières.

 

Beaucoup ont attiré l'attention de JL Mélenchon sur la nécessité de recentrer son discours sur une thématique nationale comme il l'a fait à la Bastille, mais il l'a fait sur le thème de la nation-universaliste que les couches populaires de la France rurale et des villes moyennes n'ont pas compris.

 

Une bonne partie de la base sociologique du parti communiste en milieu urbain est issue de l'immigration récente, comme d'ailleurs l'électorat socialiste, mais peut-être plus encore (si les ZEP couvrent presqu'un dixième de la population française, soit 4,5 millions d'habitants, ont peut supposer qu'elles concernent plsu du quart des fiefs du PCF) ce qui interdit à ce parti de tenir un discours trop centré sur la nation qu'attend davantage le monde rural.

 

Le discours national "de gauche" ne pourrait être tenu que par une structure politique tierce au Front de Gauche (étant entendu que le PS acquis à l'européisme et à l'atlantisme ne peut pas l'incarner). Ce pourrait être le MPEP ou le MRC s'ils se dotaient d'un leadership consistant et si le système électoral leur laissait une autonomie face au PS (on peut s'étonner à cet égard que les Verts n'aient pas négocié l'adoption de la proportionnelle, ce qui prouve que ce parti est résigné à être le vassal et le faire-valoir du PS). L'émergence de cette structure tierce, ou incluse dans le Front de Gauche mais avec une réelle marge d'autonomie serait utile pour infléchir le discours de Mélenchon dans une direction plus ouverte aux classes populaires rurales et des villes moyennes, et pourraient aider à une convergence avec les zones ZEP (car je ne crois pas du tout à la contradiction entre les aspirations au melting pot des zones ZEP et les attentes de protectionnisme de la "France profonde", une démarche de pédagogie réciproque de part et d'autre peut les réconcilier).

 

Je pense qu'avec l'émergence de cette force tierce, Mélenchon pourrait recentrer son discours et le placer à la bonne hauteur. Je ne crois pas du tout que sa situation d' "élu bien payé" agitée par l'extrême-droite (au fait c'est combien la fortune de Mme Le Pen ?), de franc-maçon (une appartenance qui n'a jamais empêché l'émergence d'un esprit révolutionnaire, sous la Commune de Paris notamment) ou de laïciste intégriste (il a montré que l'esprit de laïcité ne l'empêchait pas de rejeter l'islamophobie) soient des obstacles au positionnement adéquat de ce responsable politique. Ce qu'il faut c'est un rapport de force sociologique, sur l'échiquier de la sociologie politique, qui leste le Front de Gauche d'une aile plus nationale en prise avec les attentes de la partie du peuple sur laquelle le FdG pour l'heure n'a pas de prise.

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Il est assez évident que le Front national de son côté n'est pas la réponse politique au besoin de renouveau qu'expriment les gens qui ont voté pour lui. C'est un parti qui isole notre pays sur la scène internationale. Sa lecture des enjeux mondiaux est d'un réductionnisme affligeant : j'entendais Mme Le Pen expliquer lamentablement que le problème de la sécession au Mali c'est qu'elle était menée par des islamistes et que cela nous amènerait plus d'immigés, le degré zéro de la réflexion en la matière. Ce parti n'a aucun sens de la coordination de l'action avec des gouvernements étrangers, sauf lorsque ce sont des dictatures arc-boutées sur le passé comme l'Irak de Saddam Hussein : la semaine dernière c'est le FdG et ses homologues espagnol, portugais etc qui se sont battus au Parlement européen contre une motion des socialistes et des conservateurs condamnant la nationalisation du pétrole en Argentine, pas le Front national. Surtout le FN ne connaît pas le monde ouvrier, il préfère relancer la consommation par une aide publique que par l'augmentation des salaires, Mme Le Pen ne sait pas que l'augmentation du SMIC se décide par décret, elle ne s'est jamais battu pour la défense du droit à la retraite à 60 ans, toutes ses propositions sont d'un flou artistique complet et ceux qui le soutiennent ne font qu'encourager une spirale irrationnelle de repli sur soi, de fantasme, sans aucune perspective stratégique pour l'avenir.

 

La véritable perspective stratégique elle est au FdG mais seulement si celui-ci parvient à se dégager totalement de l'emprise du PS (ce n'est pas gagné d'avance) et trouver un complément sociologique dans la France rurale et les villes moyennes. Ce n'est pas gagné d'avance, car dans l'immédiat, le FN va probablement continuer à progresser sur les décombres de l'UMP (si N. Sarkozy est battu). Le FdG peut seulement espérer augmenter encore un peu son score dans les ZEP où cette fois-ci le vote utile Hollande a joué contre lui (dans la ville où je travaille, Hollande fait entre 48 et 51 % dans les bureaux des cités), idem, dans des départements du Centre et du Sud-Ouest fidèles au socialisme ancien qui ont aussi "voté utile" cette fois-ci.

 

Tôt ou tard la question de la rencontre avec les couches populaires du monde rural et des villes moyennes va se poser. Celles de Normandie, de Picardie, de Champagne, qui servaient déjà de réserve de main d'oeuvre aux Ligues dans les années 30 dans leur projet d'attaque contre la banlieue "rouge" de Paris. La rencontre des deux mondes est-elle possible ?

 

 

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