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Le blog de Frédéric Delorca

Frédéric Taddei et la mélasse médiatique

2 Juillet 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Une interview faite par le site de droite Enquête et Débat (ci-dessous). Autour de la 29ème minute, Taddeï y parle de son envie d'inviter Asselineau à son émission. Le reste est consacré aux critères de choix des invités.
 
Ce genre de vidéo me pose beaucoup de questions. J'ai écrit une quinzaine de bouquins sous deux identités différentes. J'ai une vision politique et philosophique du monde, une vision toujours en mouvement, mais qui se nourrit quand même de principes et de lectures. Bien sûr on peut me trouver nul (le très faible taux de reprise de mes billets sur le Net - et de mentions de mes livres - tend à prouver que c'est le cas), mais du point de vue objectif du fonctionnement de la machine éditoriale (pour laquelle je travaille puisque j'ai quatre éditeurs), on peut aussi se demander si je ne devrais pas faire plus d'efforts pour faire connaître ce que je fais (en étant plus didactique dans mes billets, plus conciliant avec des alliés potentiels etc.) en vue d'être retenu par des médias plus importants comme celui de Taddéi (sans garantie d'y parvenir, mais au moins essayer).
 
Cependant quand je vois des nuls qui sont invités à Ce soir ou jamais je me dis que cela ne donne pas envie d'en être. On m'objectera bien sûr qu'il y a aussi des gens brillants dans cette émission. Donc l'argument a ses limites. Mais plus profondément il y a ce problème de l'entrée dans le "format médiatique" (le règne de l'image, de la parole courte et percutante etc). Faut-il essayer de mettre son grain de sel dans ce maelstrom ? (et notez au prix de quelles contorsions Taddeï justifie ses choix d'invités, c'est significatif de la mélasse dans laquelle il baigne) Je me souviens des critiques de Deleuze, Guattari, Bourdieu, etc sur la forme de la parole télévisuelle. Je crois qu'il faut rester fidèle à ce point de vue là. Ne pas chercher à adapter son style au mode de pensée de ce milieu, même pour séduire les plus libéraux d'entre eux (dont Taddei fait partie). Ca peut passer pour un combat d'arrière garde, comme celui de Zweig (dont je parle beaucoup en ce moment) qui refusa toute sa vie durant de toucher une automobile, mais après tout à l'heure du déclin des quatre-roues le conservatisme de Zweig ne passe-t-il pas aujourd'hui pour avant-gardiste ?  
Vous savez j'ai connu des hauts fonctionnaires qui ont l'esprit mieux fait que la moyenne des invités de Taddeï et qui riaient de son émission en ces termes : "Les gens dans ce genre d'émission parlent, parlent, disent n'importe quoi, sans éléments de preuve solides, ne s'écoutent pas, ça bavasse dans tous les sens, et puis à un moment ça s'arrête, on ne sait pas pourquoi, il n'y a pas de conclusion possible, ils n'ont donné à personne les moyens d'avancer, ça a juste fait du spectacle". Il faut refuser cette conception médiatique du débat démocratique. Accidentellement on peut être conduit à parler dans ce genre d'arène, mais il ne faut pas formater son style de pensée et d'écriture en vue d'y accéder. 
  
 
 

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mélasse chicha 26/10/2012 16:43


La dernière description correspond bien en effet.

Tietie007 26/07/2012 05:25


Il ne faut pas s'attendre, en faisant des blogs "politiiques", à avoir une grande fréquentation. Mais par l'intermédiaire de mon blog, j'ai fait des rencontres surprenantes, notamment quand je
faisais des articles sur l'histoire familiale, bien tourmentée.

Jean Robin 08/07/2012 00:30


Bonjour, et merci pour la reprise de la vidéo. Nous ne sommes pas plus de droite que de gauche, car nous sommes démocrates, pour la liberté d'expression de tous, y compris et surtout de ceux qui
ne partagent pas nos idées, tant qu'elles sont légales et un minimum argumentées. Je vous rajoute sur notre liste d'intellectuels peu ou pas invités dans les médias publics, ne vous étonnez pas
si vous êtes un jour contacté par Taddéï ou un de ses confrères, vous pourrez à ce moment-là lui répondre favorablement (ou pas).

edgar 03/07/2012 17:40


la double identité delorca/xx n'aide pas à rendre ton personnage visible.

Frédéric Delorca 03/07/2012 17:57



peut-être, mais pas sûr. Le pseudo Delorca a permis à xx d'avancer sur la sociologie sans être ennuyé par les bien-pensants. J'ai publié beaucoup de choses sous Delorca, y compris des trucs
philosophiques. Mais Delorca reste méprisé, alors que xx est interviewé deux fois par mois sur un petit livre sans importance. Je ne crois pas que xx ait nui à Delorca, ni que Delorca eût été
plus interviewé s'il n'y avait pas eu la carrière paralèle sous xx. Le vrai problème est que je n'arrive pas à être stratégique. Lancer un bouquin polémique sur Chomsky ou des trucs comme ça
comme le suggère Bob Forrest.



bobforrester 03/07/2012 01:02


Soral a bien vendu son "comprendre l empire" qui est une grosse merde scientifiquement parlant.Ce type se fait passer pour sociologue et n'hésite pas à lècher pour passer à la TV , il en a
compris l'intérêt. ecrire pour les profs ou les intellectuels réduit forcément le public . Il faut au contraire écrire pour la masse qui lit , qui débat ( cf 2005) , qui est preneuse d
information originale qui conteste le système. Et naturellement être dans l actualité politique . Par exemple une critique de Chomsky non sur Israël c est fait mais sur les conneries qu'il a
débitées sur la France  , etc . 

Frédéric Delorca 03/07/2012 11:25



C'est vrai que le grand public peut avoir besoin d'infos (cela dit il est loin d'en faire un bon usage quand il les a). Il y a quatre mois j'ai proposé à un lecteur québecquois de ce blog qu'on
écrive un livre collectif sur certains errements de la gauche de la gauche, avec entre autres des chapitres sur kChomsky. J'aurais une légitimité pour coordonner un tel livre ayant contribué au
Cahier de L'Herne sur ce linguiste en 2007 (ce qui vaut brevet de qualification chomskyenne). Et je pourrais vous proposer d'en être. Mais un travail sur les erreurs des autres est nécessairement
ingrat car il faut aller chercher toutes leurs bourdes dans des ouvrages épars (c'est "un boulot de merde" m'avait dit un jour JF Kahn). J'hésite à lancer ce genre d'entreprise.