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Le blog de Frédéric Delorca

Halte à la bouillie !

18 Mars 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Pour vous donner une idée de la confusion mentale en ce moment lisez le papier de Schneidermann sur Kadhafi et Sarko-BHL. Il se demande  entre les deux lequel choisir. Les gens ayant le nez sur l'actualité ne sont plus capables d'analyse. Ils sont suspendus à un éternel point d'interrogation. Franchement la question "Kadhafi est-il bon ou mauvais?" ou "que vaut le système politique libyen?" est une question passionnante sur le plan intellectuel (et d'ailleurs aporrea.org donne la parole à une résidente espagnole à Tripoli qui a des réponses très intéressantes à ces questions). Mais ces interrogations sont inopérantes sur le plan pratique, parce que sur ce plan là, ce qui compte seulement c'est de faire sortir l'Occident de ses délires messianiques et interventionnistes. C'est tout. Les Russes à l'ONU ont d'ailleurs l'intelligence de le dire, quoique pas assez fortement à mon goût, étant par ailleurs travaillés par des tendances très isolationnistes qui pourraient les convaincre de laisser l'Ouest conduire ses guerres à sa guise.
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Mais la confusion est la règle de l'époque. Voyez par exemple ce vote de Mélenchon (oui Mélenchon le grand anti-impérialiste) en faveur de la zone d'exclusion aérienne (donc des bombardements) au parlement européen.

Pire confusion encore : celle des communistes de base que je croise dans ma banlieue. Ces gens qui ne savent rien hiérarchiser : "Les abominations de notre époque : le capitalisme sauvage, Kadhafi qui tire sur son peuple etc" me disait l'un d'eux avant hier (comme si tous ces méfaits étaient sur le même plan). Un autre communiste qui me dit aujourd'hui : "La droite ne veut pas célébrer le cessez le feu de 1962 en Algréie car pour eux c'était une défaite. Mais non, c'est la victoire de la paix". J'ai eu envie de lui crier : "Mais non bougre d'âne c'est la victoire de la dignité du peuple algérien !" Mais il est vrai que le PCF en 1960 se battait pour la paix, c'était son mot d'ordre officiel, comme sur la Palestine aujourd'hui, sans prendre le risque de descendre de cette terminologie naïve et bienpensante pour définir les critères concrets de la justice (en 62 : la liberté pour le peuple algérien, en 2011 : l'Etat unique en Palestine). Ras le bol de toute cette paresse intellectuelle mêlée de lâcheté qui dilue tous les discours dans une bouillie visant surtout à flatter l'égo de celui qui parle. Ils sont très forts au PCF dans ce domaine. Pour ça, comme pour réciter leur catéchisme de Marx. Toute cette religiosité irrationnelle au fond très narcissique me fatigue. Plus envie de parler avec eux, plus envie non plus de composer avec les imprécisions de notre époque. Qu'on me donne une chaire quelque part, assez haute pour que je n'aie pas à écouter mes étudiants, et qu'on me laisse exposer mes catégories personnelles, fruit d'un long travail d'écriture. Les intellos sont peut-être ridicules dans leur solitude rêveuse, mais au moins leur position les protège de la bouillie, de tout ce verbiage des demi-habiles qui nous fait sauter d'une folie à l'autre à chaque fois qu'une occasion de faire la guerre nous est donnée...
----------------
PS : le 18 mars on apprenait que le monde une fois de plus se couchait devant l'interventionnisme des USA de l'Angleterre et de la France. Les opposants (Russie, Chine, Brésil) pour des raisons d'image se sont abstenus. Qui osera prétendre après cela que l'hégémonie occidentale n'existe plus ?

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G


Lisez ce dossier de L' Agence des Nations-Unies pour les réfugiés ( qui n'est pas que je sache une organisation anti-OTAN ) sur le rôle du mouvement Djava Khalifa Haftar en Libye :

 et
suivez les pistes indiquées : Lybian National Army, National Front for the Salvation of Libya;


 


http://www.unhcr.org/refworld/country,,IRBC,,LBY,,45f1476620,0.html





Maximilien de Robespierre, 2 janvier 1792, au Club des Jacobins : « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main
armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de
les repousser comme des ennemis. »




 


Il me semble qu’au vu des évènements récents d’Irak et d’Afghanistan que la révolution libyenne devra l’oeuvre des libyens eux-mêmes sinon les évènements en Libye ne seront ni libyens, ni
révolutionnaires.




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L


Malheureusement, la suite était prévisible...

http://news.antiwar.com/2011/03/20/arab-league-slams-libya-attacks-amid-reports-of-growing-civilian-toll/



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L


@F.D. : Je ne feins rien du tout ! C'est juste que le site de l'atlas, de même que legrandsoir.info, n'est pas consacré exclusivement à la Libye et que c'était ce que je recherchais. Une sorte
d'équivalent libyen à iran-resist.org en quelque sorte.



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P


Je vous avoue ignorer s'il existe des sites défendant mon point de vue, que je dois sans doute au fait que depuis quelques années déjà ( la présence d'un beau-frère iranien dans la famille
m'ayant permis des échanges Ô combien passionnants), je m'instruis et apprends peu à peu à multiplier les points de vue concernant cette région du monde. Cela étant, je ne crois pas être la seule
à défendre cette vision des choses. Enfin, je l'espère. 



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F


En ce qui concerne l'hostilité à l'interventionnisme occidental en Libye elle émane surtout de sites communistes comme http://www.legrandsoir.info/, http://reveilcommuniste.over-blog.fr/ et http://canempechepasnicolas.over-blog.com/ qui font du travai d'infos alternatives. Le Diderotien feint d'ignorer aussi (très décevant le
Diderotien sur ce coup là...) que le site de l'Atlas alternatif est sur cette ligne (comme il l'a toujours été depuis la guerre d'Irak). Par ailleurs l'info alternative favorable à la
Libye émane surtout du Venezuela, mais en langue espagnole (l'interview de l'espagnole résisdant à Tripoli par exemple, très instructive dans un sens favorable au gouverement libyen). En langue
anglaise antiwar.com bien sur est toujours anti interventionniste, mais sur le fond du dossier ils ont un parti pris assez anti-kadhafi. Pour ma part je pense qu'il faut traiter ce thème sans
parti pris ni pro- ni anti-, ce qui compte étant de refuser l'hégémonisme occidental pour l'équilibre du monde.


NB à prendre avec des pincettes car cela vient de Meyssan, mains intéressant quand même et cela va dans le sens de Mme Poncet http://www.voltairenet.org/article168903.html. Je ferai peut etre un article d'ensemble sur le rôle de l'Arabie saoudite au Barein et en Libye
prochainement sur le blog de l'Atlas alternatif.



L


Si vous avez des adresses de sites (francophones ou anglophones) consacrés à la révolte libyenne avec un point de vue proche du votre, je suis preneur.



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P


Autre sujet d'étonnement pour moi, lequel ne saurait que renforcer ma suspicion à l'égard de l'opposition en Libye: pourquoi avoir choisi de faire flotter le drapeau du roi Idriss? Je crains fort
que nous ayons affaire, en Libye, moins à une révolte populaire qu'à une guerre civile. Ce qui expliquerait que les Etats Unis aient très rapidement proposé à l'opposition libyenne de lui fournir
des armes, ce qu'ils se sont gardés de faire, et en Tunisie, et en Egypte.



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L


Je dois dire que je suis d'accord avec vos dernières remarques. Entre temps, j'ai regardé la composition du CNT et il est vrai qu'elle est peut-être problématique. Mais je retiens mon
jugement : peut-être les membres du CNT qui étaient au gouvernement essayaient-ils de résister à l'intérieur du système. Il faut voir les bios de chacun.



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P


Je m'adresse à Diderotien. Que les Etats Unis, dans l'histoire, aient misé sur "l'impulsivité" de Sarkozy, loin de moi l'idée d'en douter. Mais il s'agit selon moi ici d'une "spontanéité" sous
contrôle. Par ailleurs, il est démontré que la délégation d'opposants libyens officiellement reconnue par S. était entre autre composée d'"anciens" du gouvernement Khadafi. Ce qui opacifie la
situation. Quel est enfin et précisément le rôle joué par certains chefs de tribus dans le déclenchement de événements en Libye? Il semble que la Libye, pour l'heure, ait décrété un cessez-le-feu
immédiat. Que va faire la coalition occidentale? Frapper quand même? 



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L


Il ne s'agit pas de décider qui est bon ou mauvais à la place d'un peuple, comme ce fut le cas avec l'Irak, mais de permettre à un peuple de voir respectée sa souveraineté : ici, c'est le peuple
libyen qui a choisi de virer Khadafi ; là, c'était l'Ossétie qui choisissait son indépendance. Aurait-il fallu condamner l'intervention de la Russie ?

En fait, il me semble que l'instauration d'une zone aérienne ne correspond pas simplement à l'application d'un plan stratégique. La pression de l'opinion publique a pesé lourdement dans la
balance, me semble-t-il. Pour la Libye, voici comment je perçois le mécanisme : un président impulsif (Sarkozy), afin de redorer son image (cf. les polémiques sur le tapis rouge offert à Kadhafi
par l'Elysée), décide à la va-vite d'engager son pays pour donner le coup de grâce à un dictateur. Bref, ça c'est peut-être joué à pas grand chose. Une histoire de personnalité et d'effet boule
de neige (est-il sûr que si la France ne s'était pas engagée un autre pays aurait nécessairement proposé cette résolution ? au bout de combien de temps ?).

Nos gouvernants ont commencé par soutenir les dictateurs arabes (MAM et l'aide militaire proposée à Ben Ali...), et c'est la pression de l'opinion publique (ainsi que l'opportunité d'une victoire
assurée) qui les a poussés à reconnaître la légitimité des soulèvements arabes. Il semble que c'est le peuple plutôt que le gouvernement qui pousse à intervenir.



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P


Discuter de tout cela de vive voix, dans tous les cas. Pour le peuple haïtien, les choses se présentent encore différemment. En effet, très rapidement, il lui a été reproché de s'installer dans
l'assistanat. Mais, où trouver la possibilité de refuser ce qui vous est "donné" quand on n'a plus rien et que l'on vit, de surcroît, dans le pays le plus pauvre du monde? Preuve s'il en est que
le refus, le non que l'on s'autorise, participe, plus souvent qu'on ne le croit, d'un luxe... D'accord avec vous sur l'influence occidentale au Japon. 



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