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Le blog de Frédéric Delorca

Identités linguistiques et ethnicité : Bourdieu, Michel Tremblay, Yamina Benguigui

27 Mars 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je me souviens de Bourdieu au Collège de France disant que les nations n'étaient que des inventions de grammairiens et de faiseurs de dictionnaires. "Que ce ne soient que des inventions de petits bourgeois c'est plutôt rassurant non ?" demandait-il, en se fondant sur "Imagined communities" de Benedict Anderson. Propos très marxiste au fond. Depuis lors les néo-darwiniens nous expliquent (Naturalisme versus constructivisme ? Paris, Editions de l'EHESS, 2007 p. 213-240) que les rassemblement des groupes par identités linguistiques sont probablement inscrits dans nos gènes et répondent à un avantage en termes de sélection naturelle. Je ne sais qui a raison qui a tort.

Je repensais à cela en songeant à Michel Tremblay et son histoire de femmes prolétaires de Montréal attachées aux français. Difficile de savoir quels sont les ressorts d'un attachement à la langue. Pourquoi est-ce que je trouve ravissant d'entendre chanter en turc ? Pourquoi est-ce que mon très jeune fils a un plaisir de jouer avec les mots, comme je l'ai toujours eu, alors que d'autres disent n'avoir jamais éprouvé ça ? Quel plaisir le cerveau trouve-t-il à aimer les mots ?

 

93-memoire.jpgParfois on valorise excessivement les identités culturelles (autour des mots, des pratiques gestuelles, culinaires, musicales) des groupes humains. J'avais été choqué il y a deux ans par le film 9/3 Mémoire d'un territoire sorti en 2008 consacré par Yamina Benguigui à la Seine-Saint-denis, et qui n'abordait ce département qu'à travers les histoires des "communautés" (espagnole, maghrébine etc). C'était un documentaire bien peu recommandable dont le territoire en réalité était complètement absent - cette Seine-Saint-Denis qui est en vérité si diverse du point de vue de même des paysages quand on se déplace du vieux pays franc autour de Tremblay (ce qu'on appelle le "vieux pays de France) jusqu'à Bagnolet ou de Clichy à Bondy).

 

Le film de Benguigui ne disait rien non plus des bretons, des auvergnats, des basques. Mémoire tronquée.

 

Moi quand je suis dans le "93 je ne vois pas d'abord des Arabes, des Noirs, des Européens ou des Asiatiques, des fils de Portugais ou de Guinéns. Je vois des femmes qui ont des poussettes, des mecs qui conduisent des voitures cabossées, des collégiens qui attendent le bus, des retraités qui promènent leur chien, des gens qui font la queue à la boulangerie. Je vois des tonnes de pratiques quotidiennes "fonctionnelles" qui ont elles aussi une histoire (comme les paysages), une mémoire, mais une mémoire qui n'a rien à voir avec celle des "commmunautés". Je comprends que Mme Benguigui, pour décrocher des récompenses auprès des bobos de Paris, avait besoin de réduire le "93" à un "patchwork de cultures", mais ce réductionnisme à la mode est encore une forme de perversion des rapports humains...

 

 

PS : pour la personne qui a tapé hier "galaxie Dieudonné Drweski" sur Google pour arriver sur ce blog, deux galaxies qui attirent certains jeunes du 93 (pour rester dans le sujet de Benguigui), deux galaxies auxquelles je n appartiens pas (dont une que je désapprouve plus que l'autre), je suis à sa disposition pour lui livrer mon point de vue là-dessus.

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