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Le blog de Frédéric Delorca

Ils s'écharpent sur la Biélorussie

27 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Il y a ceux qui affirment très sérieusement que la réélection du président biélorusse Loukachenko fut régulière, en tout cas pas plus irrégulière que celle de beaucoup de présidents en Europe de l'Est. Et puis il y a ceux qui considèrent que Loukachenko est un dictateur sanguinaire.

 

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Les opinions sur ce pays, pas encore autant que sur Cuba (au coeur de l'attaque de Plantu contre Mélenchon) mais presque, deviennent des enjeux de politique nationale.

 

Premier acte, le propagandiste des européistes Quatremer attaque le "co-président" du Parti de Gauche JL Mélenchon sur son blog le 20 janvier sous le titre : "Jean-Luc Mélenchon opposé aux sanctions contre la dictature (rouge) biélorusse". Il explique : "La résolution du Parlement présentée aujourd’hui a pour but de soutenir les efforts d’Ashton. Le texte demande que les plus hauts dirigeants bélarusses ainsi que ceux « qui peuvent être tenus pour responsables des fraudes électorales ainsi que de la brutale répression et des violentes arrestations de membres de l'opposition » soient à nouveau interdits de visa et leurs avoirs gelés. Il réclame aussi des « sanctions économiques ciblées et le gel de toutes les aides macro financières » et que l’Union soutienne l’opposition, notamment les médias indépendants. Sous prétexte qu’ils sont opposés aux sanctions, les députés de la GUE (groupe politique où siège M. Mélenchon) ont refusé de voter ce texte qui, évidemment, est passé sans problème, la GUE étant largement minoritaire."

 

Deuxième acte, Mélenchon réplique : "Quatremer me prend en effet à partie spectaculairement. Mais sur la base d’un faux à propos d’une prise de position de la GUE-NGL sur le régime de Loukachenko et de la Biélorussie. Il le fait d’une façon professionnellement inouïe en disant qu’il n’a pu vérifier mon vote mais que ce sont les Verts du parlement qui le lui ont rapporté. Tel quel !  En quoi cela constitue-t-il une référence pour un journaliste que l’avis partisan d’un groupe qui passe son temps à me tacler ? Pourquoi n’a-t-il pas vérifié lui-même avant d’écrire ? Pourquoi n’est-il pas sorti de son bureau pour m’interroger à la sortie de l’hémicycle ? Ou était encore cet « observateur attentif », ce jour là ? La sieste s’est prolongée ? Pourquoi, alors qu’il s’agit d’une prise de position de tout le groupe GUE-NGL, me cibler personnellement dans le titre parmi les cinq députés français du groupe, et les trente quatre du groupe GUE NGL pour m’attribuer la responsabilité de ce qu’il dénonce ? Qui cherche à faire du buzz dans cette circonstance ? La vérité est donc que Quatremer est à l’information ce que Médiator est à la santé."

 

Puis Mélenchon reproche à Quatremer de n'avoir, lui, rien dit contre les accords avec la Libye (qui n'est pas non plus une grande démocratie), ajoute qu'il n'a pas voté contre les sanctions contre la Biélorussie mais qu'il s'est abstenu, et, qu'il a par ailleurs signé une pétition contre les victimes d'une répression le 19 décembre, enfin il remarque que "Quatremer l’ignorant qui parle de dictature « rouge » se garde bien de savoir et de dire que l’un des dirigeants et animateurs du parti des communistes de Biélorussie membre du PGE a été arrêté et embastillé par le régime de Loukachenko. Mais il est vrai que pour ce genre de « journaliste » un communiste en prison ça ne compte pas".

 

Personnellement ce genre de polémique me donnerait plutôt envie de faire la part du vrai et du faux, mais il est vrai que nous ne sommes pas très outillés sur le dossier biélorusse. Il est sûr en tout cas que le 17 janvier j'avais reçu ce document de décembre écrit en espagnol et traduit approximativement en français par Comaguer, repris par le Comité Valmy, dont l'auteur est inconnu qui disait ceci à propos des communistes biélorusses:

 

"Loukachenko est candidat indépendant, tout comme sont sans parti la majorité des députés au parlement qui le soutiennent. L’unique réalité organisée qui a soutenu la candidature présidentielle était le parti Communiste de Belarus (KPB), organisation marxiste-léniniste qui non seulement dispose d’un groupe parlementaire à l’assemblée nationale de la république ex-soviétique mais aussi d’une représentation dans le cabinet gouvernemental de Loukachenko, dont il est l’allié organique. La position des communistes - explique Igor Karpenko, premier Secrétaire du comité citadin de Minsk de KPB - est dictée par le fait que, sous la présidence de Loukachenko, le Belarus a été capable de faire front à la crise économique, en garantissant un développement soutenable et moderne du pays, de maintenir la légalité contre les organisations mafieuses, de préserver l’unité de la nation en la défendant des menaces de l’impérialisme USA (nous rappelons de que Bush avait tenté d’organiser une « révolution coloriée » contre Loukachenko (diffamé comme « le dernier dictateur d’Europe ») et, surtout de prévenir une grande disparité dans la distribution du revenu.

Le dirigeant communiste, qui a mis en garde contre la tentative de quelques forces libérales et nationalistes de « jeter le pays dans la tempête », a en outre affirmé que la politique du gouvernement vise « au renforcement du modèle de développement social et économique biélorusse, qui a permis l’amélioration du niveau de vie de la population”. Au côté de Loukachenko se trouvait aussi l’organisation juvénile de masse du pays, l’Union de la Jeunesse Républicaine, imposante organisation avec des cellules dans toutes les écoles du pays et héritière des « Komsomol », le nom qu’avait la Jeunesse Communiste aux temps du socialisme.

La gauche alliée de la… droite

La gauche au Belarus, en mettant de côté le Parti Communiste Biélorusse qui, ce n’est pas par hasard ne fait pas d’alliances en ce sens, ne jouit pas de soutien dans les classes populaires, mais plutôt presque exclusivement parmi les intellectuels d’extraction bourgeoise : outre les sociaux-démocrates qui considèrent le gouvernement de Loukachenko comme trop peu… « libéral” ; qui se trouvent dans l’opposition, dans une alliance à cinq avec la droite économique, conservatrice et ultranationaliste de caractère fasciste, même l’ex-parti des Communistes Biélorusses , conduit par son secrétaire Kalyakin, qui le 25 octobre 2009 - comme il le déclarait avec grande emphase deux jours plus tard à la jamais neutre « Radio Free Europe » - a modifié son nom en prenant celui de « Parti de Gauche (Monde équitable) » tout en maintenant la faucille et le marteau comme symbole. Le Parti de Kalyakin est inexplicablement reconnu comme véritable partenaire de partis européens comme DIE LINKE allemande et quelques secteurs de Rifondazione Communiste en Italie. Inexplicablement, car « Monde équitable » n’a pas vraiment les caractéristiques pour être défini de gauche : en effet son leader, outre le fait d’être un « ultra” de l’européisme, est connu pour avoir été en Février 2007 l’hôte des deux chambres du Congrès US auxquelles il a demandé d’influencer la dynamique politique interne au Belarus : en somme il s’en fallait de peu qu’il ne demande une intervention contre son propre pays afin d’y exporter la « démocratie »."

 

Il y a donc deux partis communistes en Biélorussie. Un qui soutient Loukachenko, un autre, dans l'opposition, qui est ami de Die Linke (et de GUE) et qui est favorable à l'interventionnisme occidental.

 

Pourquoi M. Mélenchon ne mentionne-t-il pas ce fait ? Par delà la véhémence de l'énervement contre Quatremer, je perçois tout de même sur le fond une certaine mollesse. En France les souverainistes de droite ont une position plus tranchante sur la Biélorussie, contre l'ingérence européenne, parce qu'ils ont souvent fait l'effort de s'y rendre.

 

On peut citer le témoignage de l'ex-député villiériste Paul-Marie Coûteaux cité sur Internet à côté d'un article de Bastille République Nations favorable à la Biélorussie :

 

"Il se trouve que lors des précédentes élections générales, je fis partie d’une délégation que le parlement européen envoya à Minsk pour s’incorporer à la mission d’observation électorale dépêchée par l’Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe (OSCE), mission présidée par un ambassadeur allemand. Éloquente expérience! Arrivés à Minsk le vendredi soir précédant le scrutin, je trouvai dans ma chambre d’hôtel un dossier préparé par l’OSCE, dont la pièce maîtresse était un «projet de communiqué» destiné à être discuté le lendemain samedi et diffusé le dimanche soir dès la proclamation des résultats. Or ce projet, avant même toute observation, déniait le caractère pluraliste de la consultation et la jugeait irrégulière ! Je protestai dès le samedi : à quoi bon « observer » si la conclusion était déjà prête ? Je passai le lendemain à visiter, en compagnie d’un de mes collègues italiens, plusieurs bureaux de vote dans une région rurale proche de Minsk. Dans chacun des cinq bureaux, nous constations que les panneaux électoraux et les bulletins respectaient une assez grande égalité entre les listes en présence ; partout des représentants des listes concurrentes, des isoloirs, etc. La participation semblait faible, certes, mais quant aux apparences au moins, il y avait une impression de démocratie naissante. Le soir, en réunion d’observateurs (dont tous les débats se tenaient en anglais…), mes protestations, solitaires hélas, ne servirent à rien, le communiqué préparé à l’avance n’étant que fort peu retouché. Ce n’est que le lendemain, lors de la conférence de presse dite finale, organisée par l’OSCE, que mes protestations publiques contre la partialité des dirigeants de la mission trouvèrent quelque écho, relayées par une association américano – britannique d’observateurs indépendants, la presse locale ainsi que les correspondants russes. Les remous furent tels que la conférence de presse tourna court."

 

Le moins que l'on puisse dire est que tout cela devrait éveiller nos soupçons à l'égard de la "pensée unique" sur le cas biélorusse (tellement unique d'ailleurs qu'on peut perdre son job à cause de ça), surtout quand on connaît par ailleurs le rôle actuel de Minsk dans la défense du non-alignement aux côtés de Chavez.

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