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Le blog de Frédéric Delorca

Interview de Fillon dans l'Orient le Jour, la fin des "Printemps arabes"

12 Juillet 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Le Congrès américain stoppe les livraisons d'armes aux insurgés syriens. Le gouvernement légal de Damas reconquiert les provinces une à une. Cela ressemble à une fin de partie.

 

François Fillon dans L'Orient le Jour du 8 juillet, joue les modérés sur la question syrienne :« l’Europe a une vision trop simpliste de la situation régionale, dit-il. Par exemple, au sujet de la Syrie, il y a les bons et les méchants, et les Français ont rapidement établi une comparaison avec la situation en Tunisie et en Égypte, et la chute rapide des dictatures dans ces deux pays. Cette comparaison a dicté la politique du gouvernement français à l’égard de la Syrie. Pourtant, je constate que la situation y est différente ».

Lorsqu’on lui rappelle que la crise syrienne avait commencé alors que la droite était au pouvoir, il répond : « À l’origine, il s’agissait d’une révolte populaire contre une dictature. Et la France ne peut qu’être avec le peuple contre les dictateurs. Au début, elle s’est impliquée dans le conflit syrien pour cette raison et à la suite des reproches qui lui avaient été faits, au sujet de la Tunisie et de l’Égypte. Elle n’a donc pas voulu que cette expérience soit rééditée, d’autant que la riposte et la répression de Bachar el-Assad ne pouvaient pas être acceptées. Mais avec le temps, la situation a évolué, laissant une partie de la place à des mouvements qui se comportent eux-mêmes comme des dictatures, et la position actuelle du gouvernement français n’est plus adéquate. De plus, en Europe, on croyait que le régime syrien allait chuter rapidement comme ce fut le cas en Égypte et en Tunisie. On s’est trompé, et il faut constater qu’en Syrie, on a l’air de s’installer dans une guerre civile de longue durée. Le mouvement de révolte s’est islamisé et c’est une situation que nous ne pouvons pas cautionner. Au contraire, nous devons faire tout ce qui est possible pour pousser les parties vers des négociations en vue d’une solution politique. » Lorsqu’on lui rappelle que la droite avait pourtant accueilli Bachar el-Assad à l’Élysée, il répond : « Moi-même, en tant que Premier ministre, je me suis rendu en Syrie à cette époque. Nous avions fait le pari d’amener Bachar el-Assad par le dialogue à faire des réformes démocratiques et nous l’avons perdu. Mais je préfère que l’on nous reproche d’avoir tenté cette aventure plutôt que de n’avoir rien fait. »

La France vient pourtant de décider d’armer les rebelles... François Fillon répond qu’il est depuis le début contre le fait d’armer les rebelles. « Bien entendu, je ne parle pas ici des armes légères qu’ils ont déjà d’ailleurs, dit-il. Mais des armes sophistiquées comme les missiles antiaériens. Je crois que cela ne fait que prolonger la guerre. À mon avis, il faut forcer tout le monde à aller aux négociations. La Russie a un rôle à ce sujet et j’en ai personnellement discuté avec le président russe Vladimir Poutine qui, d’ailleurs, m’a semblé à la recherche d’une solution, sachant que cette situation ne peut pas durer et qu’elle sera reprochée à la Russie. Mais l’Europe devrait être plus imaginative et évoquer avec la Russie ce dossier et d’autres. Il ne faut pas attendre que l’opposition soit écrasée par le régime... La situation est tellement grave qu’il faut agir. »

Pense-t-il que l’Iran doit participer à la solution ? « La non-présence de l’Iran me paraît peu constructive. Je n’ai pas de leçon à donner, mais après avoir entendu tous mes interlocuteurs libanais, je crois que l’Iran ainsi que l’Arabie saoudite doivent pouvoir participer aux négociations. Mais surtout, il faut agir le plus rapidement possible d’autant que la crise syrienne a des conséquences préoccupantes sur le Liban. Or ce pays est une sorte de trésor qui doit être préservé. »

(....) En réponse à une question, il précise ne pas avoir évoqué avec le Hezbollah la possibilité de le mettre sur la liste des organisations terroristes. Il se contente de préciser qu’au cours de l’entretien, le Hezbollah a expliqué qu’il était la dernière partie à participer au conflit syrien. « Je n’ai pas été convaincu, reconnaît-il, car je ne peux pas comprendre qu’on puisse soutenir Bachar el-Assad. Mais j’estime que le rôle de la France est de chercher à faire cesser les combats. Pour cela, il faut favoriser les négociations et ne pas jeter des anathèmes. Il précise que ses interlocuteurs libanais ont insisté sur le fait que la France doit aider à la tenue de la conférence internationale sur la Syrie. Ils ont aussi parlé du sort des chrétiens, et notamment du silence occidental sur le sort des chrétiens en Irak. Ils ont fait des analyses géostratégiques importantes, certains sont avec le rôle de l’Iran, d’autres non, mais tous veulent que la guerre cesse en Syrie. »

 

Il est vrai aussi que le coup d'Etat en Egypte, soutenu à demi-mots par les occidentaux (et la gauche de la gauche en France) apporte de l'eau au moulin des partisans du compromis avec Assad. Plus grand monde ne croit à la vague des "Printemps arabes", que j'avais moi-même relativisée dans une interview à la revue de l'ICD dès le renversement de Ben Ali et Moubarak. Mais je crains que la désinvolture avec laquelle l'Occident lâche Morsi ne finisse par faire le lit salafistes. Car après tout les Frères musulmans représentaient un compromis bancal mais réel entre islamisme et démocratie à l'occidentale. Quelle sera la perspective offerte au peuple après les frères musulmans ? le retour de la dictature avec le soutien des partis laïques ? Pas très viable à long terme.

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