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Le blog de Frédéric Delorca

Jour de mobilisation

12 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

3 millions et demi de personnes étaient mobilisées aujourd'hui. La jeunesse commence à être au rendez-vous. Quelle Forme va prendre ce mouvement ? Les leaders de l'opposition sont-ils capables d'en faire une alternative poltique ? Ou tout cela va-t-il couler lamentablement dans le cynisme globalisé, comme il y a deux ans la révolte de la gauche alternative grecque ?

 

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Les gens qui descendent dans la rue aujourd'hui jouent leurs dernières cartouches, surmontent pour la dernière fois peut-être le lavage de cerveau ambiant qui les rive à une logique de survie et de fascination pour la trivialité, suspendus à leurs crédits bancaires, au mélange de peur du lendemain (peur de perdre son emploi, peur de la dégradation de l'éducation et des services publics pour ses enfants), de peur de l'autre, de ses voiles, de ses particularismes, de la violence (qui n'est pas qu'un épouvantail médiatique) et de dépendance à la consommation, aux technologies, à la fuite en avant. Une dernière fois peut-être les gens s'indignent, pointent vers la possibilité d'une société plus juste, plus vraie, plus solidaire.

 

Trop de "culture du larbin" (comme dit le pseudo-professeur Mehlang Chang), trop de magouilles, de tours de passe-passe, de foutage de gueule généralisé éveillent en eux ce dernier réflexe. Tout le monde pressent que quelque chose peut se passer, là, dans les semaines qui viennent. Quelque chose. Et peut-être aussi rien du tout. Un Strauss-Kahn, un FMI ex-machina peut juste venir calmer tout le monde, comme l'avait fait la "gauche plurielle" sans idée en 1997 après le grand mouvement de 95. Des choses peuvent bouger... ou bien tout le monde peut rentrer bredouille dans ses chaumières, embobiné,  floué, une fois de plus. C'est quitte ou double. Le grand Jeu de l'Histoire, une fois de plus.

 

Les boues toxiques de Hongrie, les grandes envolées pour la liberté d'expression en Chine ou en Iran ne peuvent plus détourner l'attention des Français de ce qu'il se passe à leur porte : de ces employés des raffineries et des ports autonomes qui arrêtent le travail, des lycéens qui descendent dans la rue. Ils peuvent aujourd'hui changer quelque chose dans leur société, cesser de jouir du fatalisme obscène, de la résignation, se réapproprier quelque chose de leur liberté collective spoliée. Le coulées de boue en Hongrie ne le leur fera pas oublier.

 

Que vont-ils faire ? Que peuvent-ils faire pour tracer leur sillon sans que les élites les trahissent ? Quel sera ce sillon ? Qui va le dessiner ? Ces questions sont derrière toutes le têtes ce soir. Et bizarrement personne n'ose les poser explicitement. On se demande juste s'il y aura des incidents, si le gouvernement remettra la réforme des retraites dans le circuit de la négociation sur des bases plus saines. Comme si renégocier la réforme était l'oméga, non l'alpha, comme si cela n'impliquait pas, aussi, une remise en cause profonde du mode de fonctionnement mondial, européen et national d'un modèle néo-libéral imposé systématiquement "par en haut". Quel chemin l'audace et l'imagination peuvent maintenant se frayer dans le choeur de mécontentements qui commence à faire boule de neige ? Et quel sens des responsabilités et du réel peut donner à ce chemin les moyens d'aboutir à une inversion durable dans notre pays, du rapport capital/travail, entourloupe/honnêteté, mépris/respect des gens, asservissement/liberté ? Voilà comment il faut maintenant formuler les questions pour les semaines qui viennent.

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