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Le blog de Frédéric Delorca

Journée grise

21 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je corrige mon manuscrit sur le stoïcisme. Vous n'imaginez pas le boulot que c'est. Autrefois une correction c'était reprendre son texte, barrer des mots, en rajouter. Aujourd'hui, c'est faire ça au stylo, puis ensuite sur le traitement de texte rechercher les mots à changer, le faire. On y attrappe un mal de tête. Surtout quand c'est un manuscrit qu'on n'aime pas. Or comment aimer quelque chose sur lequel on travaille depuis 8 ans, et dont on ne parvient pas à se débarrasser ?

 

On est accablé par la naïveté, la prétention, de ce qu'on écrivait à 32 ans. Mais on sait qu'il est trop tard pour tout changer. On édulcore quand c'est possible. On essaie de rendre le texte moins lourd, moins con. Mais on sait que c'est foutu. On n'y parviendra pas. On voudrait tout jeter à la poubelle. On ne peut pas. Et tout ça pour quoi ? Pour trente, quarante lecteurs, qui de toute façon ne vous liront que de travers, avec beaucoup de malentendus à la clé. Pour la vanité de se dire "tiens la bibliothèque publique de Beaubourg a acheté mon bouquin" comme je l'ai remarqué pour mon livre "Abkhazie hier". Tu parles.

 

Je ne poursuis ce travail ingrat que pour le plaisir d'envoyer le document "word" en janvier à l'éditeur en me disant" ouf cette fois ci c'est la bonne, tout ce qui comptait est publié". Je sais qu'il n'y a au fond là que l'écho à de veilles croyance. L'écho à cette phrase de mon instit de CM1 qui lisait mes rédactions à sa classe en disant "C'est comme ça que Victor Hugo a commencé". C'était à l'automne 1979, le temps où la "graphosphère" l'emportait encore sur la "vidéosphère" comme disait Régis Debray. Le temps où on s'appliquait quand on parlait au micro, où on racontait des histoires, où les mots étaient importants. C'est peut-être cet imaginaire-là que je prolonge, une dernière fois, en m'astreignant à intégrer sur ce traitement de texte débile les corrections de mon manuscrit indigent.

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F
<br /> <br /> ... alors, je vous souhaite "Bon courage"... mais continuez car vous n'avez pas le choix pour être en paix avec vous même... (du moins, c'est l'impression que j'ai en vous lisant...)<br /> <br /> <br /> <br />
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