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Il y a 20 ans, ce blog (si les blogs avaient existé) aurait été ridicule. Parce qu'on aurait estimé que c'était un "violon d'Ingres" puéril. Dans la société ennuyeuse d'alors, il fallait avoir les bons diplômes, s'être beaucoup ennuyé à Normale Sup, ou alors être le fils d'un artiste connu, patronné par un critique littéraire célèbre, passer à Apostrophes et avoir un bon commentaire dans la Quinzaine littéraire pour avoir droit à de la considération. Bref, avoir une vie très ennuyeuse à supporter des dîners parisiens stupides, et ployer l'échine devant un éditeur connu mais dépourvu d'intelligence, vénérer tout ce que la société d'alors portait au pinacle (la psychanalyse, la "Pensée 68" appréciée justement parce que la société était encore hiérarchique) etc.
20 ans après, ces caractéristiques ont eu peu changé. Les vieilles institutions ont été ébranlées par la révolution électronique et l'on ne sait plus très bien s'il y aura encore des éditeurs et des chaînes de télévision dans cinq ans. Le statuts sont devenus plus fragiles, et ce qui semblait n'être qu'un loisir hier peut devenir une profession demain. Bref, on ne sait plus trop.
Dans ce nouveau contexte, le présent blog est malgré tout
ridicule. Mais pour des raisons différentes de celles qui auraient justifié le jugement d'il y a vingt ans.
Il est ridicule d'abord et avant tout parce qu'il n'a qu'un public quotidien restreint de moins d'une centaine de personnes. Autrement dit ce n'est pas une "ressource du web" sur laquelle on peut capitaliser. Aucun éditeur ne peut y voir un moyen de vendre de livres, aucun publicitaire un instrument pour attrapper des gogos. Il n'a pas de valeur marchande ni pécunaire ni symbolique. Personne ne peut en avoir besoin pour la promotion de ce qu'il fait ou de ce qu'il croit. Il est purement anecdotique et marginal dans l'espace d'Internet comme son auteur.
Ceci est dû au fait qu'aucune des "vieilles autorités" (sauf deux ou trois exceptions, en pointillés) n'a jamais soutenu ni ce blog ni plus généralement les travaux de son auteur (depuis le contributeurs de l'Atlas alternatif connus - il vous suffit d'aller voir leurs noms et vérifier que l'Atlas ne figure jamais dans leur biblios - qui se sont hâtés d'oublier le livre dès qu'ils ont donné leur article, sans jamais se soucier de ce que cet ouvrage devenait ensuite, jusqu'à des personnalités du monde médiatique et intellectuel à qui j'ai envoyé mes livres et qui n'ont même pas pris la peine de me remercier pour l'envoi comme cela se faisait il y a cinquante ans). Les vieilles autorités étaient aux abonnés absents, les nouvelles aussi. Je n'ai pas maîtrisé les stratégies dont certains me parlent (avoir une rubrique de liens fournis, citer abondamment d'autres blogs pour être cités par eux). Et je ne suis entré dans aucune chapelle dont j'eusse pu espérer qu'elles me mentionnassent en échange de mes louanges répétées à leur cause.
Ridicule aussi ce blog parce que son auteur est bêtement piégé par un petit groupe d'abrutis qui, sur le web, l'ont traité d'admirateur de Milosevic (ce que pourtant je n'ai jamais été, tous mes livres le prouvent, mais encore faut-il se donner la peine de les lire), et inclus dans une liste de proscription de complotistes. Grâce à la "magie" d'Internet leur page contre moi est très haut placée dans les moteurs de recherche (ils ont indiqué tous les tags pour ça), ce qui suffit à frapper du sceau de l'infâmie tout ce que je publie sur le web. Et toutes mes critiques contre l'extrême droite, le fait que j'ai été interviewé par un organe aussi peu suspect de conspirationnisme comme l'Humanité Dimanche, qu'un de mes livres ait fait l'objet d'une recension dans le Monde Dipomatique, et qu'aucun de mes textes ne parle de complot (j'avais même condamné la théorie du complot dans mon intro de l'Atlas alternatif), ne suffiront pas à me dédouaner auprès du public pressé qui a besoin d'étiquettes claires et efficaces. Et faire un procès en diffamation à ces "jeunes sots" (pour reprendre le mot de Gilles Deleuze à propos des "nouveaux philosophes") ne gommerait pas l'effet funeste de leur référencement sur les moteurs de recherche.
Bref ce blog est ridicule parce qu'il est voué à la marginalité (et notre époque est encore moins tendre à l'égard de la marge que ne l'était la société plus autoritaire et figée que j'ai connue dans les années 80-90).
Cette montagne de ridicule avachie sur mes travaux internautiques m'avait convaincu de tout arrêter à l'automne dernier, car poursuivre relevait à mes yeux du masochisme. Mais certains lecteurs qui tiennent au contenu de ce blog, aux recherches philosophiques et politiques qui s'y déploient, m'ont incité à continuer. Je comprends que pour beaucoup mes textes sur le Net soient "économiques" car ils leurs évitent d'acheter mes livres. Il en est même que mes billets "aident à écrire" : je vois qu'un auteur "anti-impérialiste" connu qui fait du vrai business avec son activisme (et qui vend à grande échelle) vient d'utiliser un de mes billets du blog de l'Atlas alternatif sur un petit pays pour un chapitre d'un de ses livres. Comme je suis le seul auteur "alternatif" qui ait écrit sur cette contrée et comme il avait déjà repris mon billet à ce sujet sur un de ses sites, il est facile de voir quelles sont ses dettes à mon égard. Lui n'est pas dans le ridicule car il fait du "vrai business", il a un vrai public, il est une petite industrie à lui tout seul (on pourrait en dire autant de bien d'autres auteurs dissidents, de Chomsky à Chouard).
Entre les critères du ridicule qui étaient liés naguère aux hiérarchies institutionnelles ennuyeuses, et ceux qui sont inhérents aujourd'hui au culte du "business qui tourne bien" (sur le Net ou ailleurs), je ne sais pas lesquels sont les moins mauvais. J'observe en tout cas que mes travaux seront tombés successivement sous le coup des deux critiques en vingt cinq ans, ce qui, au moins, à chaque fois, m'aura aidé à comprendre le monde dans lequel je vis.
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