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Le blog de Frédéric Delorca

L'impuissance des classes populaires

18 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je voudrais revenir d'un mot sur le commentaire très pertinent que Mme Poncet a posté sous ma "chanson pour Sandouville". sncf.jpg

A Brosseville dimanche dernier les quartiers populaires se sont abstenus à 72 voire 77 %. Las de voir les politiciens ne les solliciter qu'au moment des élections, ils votent avec leurs pieds.

Mais le peuple peut-il faire quoi que ce soit d'autre ? Et peut-on faire quelque chose avec lui ?

Mme Poncet parle des gens qui vivent dans des caravanes. Cela me rappelle une conversation que j'eus, du temps où j'étais doctorant, avec ma consoeur Isabelle Coutant (une très jeune sociologue vraiment bien, je parlerais volontiers de son positionnement à l'égard du monde académique si je ne craignais d'être indiscret)."Tout est violent, pour les pauvres, me disait-elle, ne serait-ce que l’inflation : devoir boucler un budget avec des prix qui augmentent. C’est horrible ».


Travailler avec les classes populaires est une œuvre incroyablement complexe, parce que précisément elles n’ont pas de latitude d’action, pas de pouvoir (ni culturel ni matériel) sur leur propre vie. C’est en ce sens que le marxisme, dans toutes ses déclinaisons, y compris les plus mystiques à la Chavez, fut (j’ai tendance à en parler au passé, malgré tout) une aventure très impressionnante, quoique parfois trop simpliste, et pour cette raison vouée à l’échec partiel (il ne suffit pas d’embrigader les pauvres pour les libérer  - mais la libération n'a que très partiellement échoué).


L’impuissance des pauvres pose des problèmes très concrets chaque jour. Par exemple en ce moment, si je me demande « à quoi consacrer mon temps d’une façon responsable pour être utile au monde dans lequel je vis ? », j’aurais tendance à penser que la chose la plus urgente à faire pour un type comme moi, qui connaît un peu l’histoire, la géographie, et l’anglais, c’est d’œuvrer à empêcher que ne se crée un monde dominé par la surclasse capitaliste occidentale (celle dont parle Michéa) en lutte contre des bourgeoisies régionales russes, chinoises, brésiliennes, proche-orientales - que-sais-je ?-. Rechercher la création d’une humanité solidaire à l’échelle planétaire (pas seulement au niveau de l’hexagone), et moins inégalitaire.


Comment puis-je employer utilement mon temps à cela ? Je puis chercher à construire une grande association populaire avec le prolétariat et la petite bourgeoisie banlieusarde (les « dominés » de divers champs comme disait Bourdieu, même si le mot ne me plait pas) qui ont encore à l’esprit quelques bribes d’idéaux de gauche, même s’ils ne se reconnaissent plus dans les partis actuels. Jusqu’à ce qu’on en fasse un mouvement puissant (un peu comme Attac naguère), capable d’élire un ou plusieurs Galloway aux postes du pouvoir républicain.


Mais ce travail populaire est lent, laborieux, parce que précisément les gens dominés n’ont pas de pouvoir, et, s’ils en obtiennent quelques miettes, ils sont prêts à s’entredéchirer pour les monopoliser (je me rappelle un aphorisme de Nietzsche qui disait que la véritable misère des pauvres tenait à leur propension à s’entretuer pour une pièce d’or). Et tout peut échouer dans un an.


Je peux, à l’inverse, envoyer mon prochain bouquin sur l’Abkhazie à un partisan de Dominique de Villepin (il en est qui m’apprécient), bref, m’allier à une partie de la bourgeoisie française (voire de la grande bourgeoisie), en utilisant ce levier pour pousser la France à sortir de l’OTAN (voire de l’Union européenne), puis aider Chavez et les Palestiniens, etc (j’ai remarqué une réunion qui aura lieu prochainement à Paris où sera M. Asselineau, chef d’un parti gaulliste eurosceptique, où l’on vantera les mérites du socialisme cubain). Le choix de Proudhon qui discute avec Napoléon III.


Comment être utile à son époque ? En suscitant un mouvement populaire à la base ou en travaillant avec les franges progressistes, « utiles » (même si elles ne sont pas forcément conscientes de leur progressisme) ? Voilà le genre de question que doit se poser toute personne réellement soucieuse de changer le monde (et j’exclus de cette catégorie beaucoup d’universitaires verbeux qui connaissent leur Marx ou leur Bourdieu sur le bout des ongles mais ne prisent que les conclaves entre intellectuels « purs »).
 

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