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Le blog de Frédéric Delorca

L'urgence, le simplisme, et les nuances

13 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

J'avais dénoncé, dans 10 ans sur la plante résistante, l'étrange tournure d'esprit des pro-palestiniens qui, en 2002 - si je me souviens bien - demandaient aux gens de signer une pétition en faveur du député israéloarabe Azmi Bishara sans oser dire (comme si c'était honteux ?) que Bishara était jugé en Israël pour avoir fait l'apologie du Hezbollah.

 

Cet après-midi je retrouve le même simplisme (pour employer un mot indulgent) dans l'approche des faits sur Facebook à propos d'un autre appel à pétition. Une dame qui habite en Suisse écrit :

 

"Omar Barghouti étudiant palestinien va présenter une thèse sur l'illégitimité d'Israël. Une pétition est organisée pour exiger son renvoi de l'Université d'Israël.200.000 signataires sont nécessaires ils sont déjà 160.000...! Ce n'est pas une blague ! mais c'est la démocratie sioniste !"

 

10-ans.jpg

Ce qui m'intrigue dans cette affaire, c'est que 200 000 signatures suffisent à expulser un chercheur d'une université. D'où vient cette règle ? Je n'ai pas trouvé confirmation du seuil de 200 000 signatures sur le Net.

 

En outre, fidèle à une habitude que j'ai contractée pendant la guerre du Kosovo, j'ai comparé divers textes sur ce sujet, y compris ceux de médias sionistes. J'observe que la situation en réalité est un peu plus nuancée. En fait le président de l'université de Tel Aviv (où Barghouti est inscrit et non pas l'université "d'Israël" comme l'écrit la dame comme s'il n'y avait qu'une université dans ce pays) semble plutôt favorable à Barghouti et en juin le directoire de l'université cherchait à changer l'article de la "constitution" locale qui permettait effectivement d'expulser Barghouti sur la base d'une pétition.

 

Bien sûr cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas soutenir M. Barghouti. Mais le message initial, surtout les derniers mots "c'est la démocratie sioniste", était quand même un peu mensonger, car visiblement des éléments situés au plus haut de la "démocratie sioniste" de l'université de Tel Aviv sont favorables à M. Barghouti, et, s'il faut mettre en cause quelque chose ici, c'est moins le sionisme que la démocratie directe (pétitionnaire ou référendaire) dont on a connu aussi des ravages en Suisse, en Californie etc.

 

Dès que j'ai versé au débat les éléments précités, la dame m'a répondu : "Et alors ? la pétition est lancée et il y a plus de 160.000 qui ont signé ! il faut 200.000 et il sera expulsé !" Comme si au fond il n'y avait que ça qui comptait : répondre à une situation d'urgence.

 

J'ai toujours pensé qu'on pouvait agir efficacement sans pour autant devenir un abruti. Pendant la guerre du Kosovo, je n'ai cessé de synthétiser des infos que l'OTAN nous cachait, sans pour autant m'abstenir de réfléchir aux rapports ethniques dans les Balkans, au moyen de les améliorer, à la véritable histoire des Serbes et des Albanais au Kosovo etc. Il faut faire de même sur tous les conflits. Si l'on pense qu'un chercheur est victime de la bêtise de 200 000 nationalistes fanatiques qui veulent l'expulser, il faut agir pour lui, mais sans s'obliger à rajouter que c'est un complot de "la démocratie sioniste" contre ce bonhomme, ni qu'il n'existe plus aucune autonomie de pensée dans les universités israéliennes, parce que le détail des infos montre précisément le contraire. Dire que Bishara n'était jugé que parce qu'il avait dit que les pays arabes ne soutenaient pas assez la Palestine, ou laisser entendre que Barghouti est seul en Israël face à une pseudo "démocratie sioniste" incarnée dans son université, c'est toujours prendre les gens pour des idiots, en simplifiant à outrance les données du problèmes, et fabriquer facilement de la haine, là où il faudrait conserver davantage de sens de l'analyse. On a peur que l'analyse conduise au scepticisme, et ainsi ne soit pas adaptée à l'urgence de la situation, mais c'est, de ce fait, fabriquer des bombes à retardement. C'est fabriquer de la dissidence, mais de la dissidence idiote, qui n'aura au fond pas plus de subtilité que n'en avaient Lech Walesa en Pologne ou Gamsakhourdia en Géorgie face au régime auquel ils s'opposaient. Opposer de la bêtise à de la bêtise ne mène à rien.

 

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