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Le blog de Frédéric Delorca

La culture policière, Berl et l'individualisme français, Lucien Bonaparte

19 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Etat policier. Culture policière. France Culture, Arte. L'art n'intéresse plus "qu'en tant" qu'il peut faire passer un message politique, un message de solidarité avec nos insititutions, nos médias, les "fondements de notre civilisation". Nous faire "participer à l'actualité" à tout prix, consensualisme étouffant, totalitaire. Aucune spontanéité. Telle artiste est libanaise, elle a été formée dans une école en Irak, elle a tel point de vue sur le Proche-Orient. Cela seul compte. Son esthétique ? sa sensibilité ? ce qu'elle peut dire d'elle même ou dire à l'humanité en dehors de la référence à l' Actualité, à notre Kulturkampf civilisationnel, à notre totalitarisme ? On s'en fout. Seuls son itinéraire et sa participation à notre consensus obligatoire comptent. Comme seuls comptent les héritages du passé en tant qu'ils sont "mobilisables" par le totalitarisme du présent : Aristophane, Montaigne, Stendhal. Tous "au service de" notre cause. Comment cela vous n'avez rien à faire de la question de la Tolérance, de la Liberté d'expression officielle, de l'Amour dispensé par nos chères institutions européennes et internationales ? Mais vous êtes un ennemi de l'humanité !

 

Je lisais Emmanuel Berl dans la revue "Europe" hier soir. Son article dans le numéro d'octobre 1933. Berl sent le soufre parce qu'il a mal tourné en 1940 en devenant pétainiste. Une faute qu'il a commise et que je ne m'explique pas, sauf à dire que les intellectuels les plus justes les plus pertinents peuvent aussi devenir très cons. Pourtant en 1936 il était pote avec Malreaux, homme de gauche, un peu rad' soc' comme Alain, mais sincère dans son progressisme. Son appel aux sentimens individualistes et libertaires des Français face aux totalitarismes montants a quelque chose de touchant. "Thèbes fut grande grâce à Epaminondas et non l'inverse" écrit-il. Voilà qui me va droit au coeur moi qui suis un inconditionnel d'Epaminondas (euh, c'est qui Epaminondas ? est-ce qu'il est compatible avec les Femen et avec les dernières circulaires de Manuel Valls ? demanderont les journalistes qui lisent ce blog...).

 

front populaireLe regard de Berl sur la révolution bolchévique, et surtout sur la façon dont beaucoup de socialistes français ont tenté de devenir communistes alors qu'en fait leur référénce c'était Jaurès et un vieil anarchisme national. Il raconte comment la France fut stupéfaite de voir les Menchéviks, qui étaient encore les héritiers de 1789, se faire supplanter par la bande à Trostki et à Lénine, qui, vue de Paris, avait quelque chose d'aussi cinglée et mystique que le moine Raspoutine. Incompréhensible Russie. Il est sûr en tout cas, que le parti communiste français a peiné à devenir stalinien, comme l'extrême droite française fut finalement assez peu hitlérienne (quoiqu'elle fût antisémite, raciste, pessimiste, stupide et excécrable, mais l'hitlérisme n'était pas dans son style).

 

Un autre qui cite Epaminondas c'est Lucien Bonaparte, le frère de l'empereur, dans ses mémoires. C'est parce que son adjoint, un moine défroqué, au comité révolutionnaire de Saint Maximin en 1793 avait adopté ce pseudo (je crois savoir pourquoi, mais je ne l'expliquerai que dans un livre, dans quelques années). Les mémoires de Lucien Bonaparte sont sur Google Book en ligne en version française. Jetez y un oeil chers lecteurs, c'est bien écrit, et d'une lecture agréable. Le cadet de Napoléon n'est pas tendre pour les Jacobins, et surtout pour la bande de brutes avinées qui exécutent leurs décrets absurdes. C'est du même tonneau que le propos de Chateaubriand sur les vierges de Verdun.

 

La France est un pays violent (il n'y a pas de grandeur sans violence d'un point de vue nietzschéen), mais je crois qu'elle a été archi-vaccinée contre le jacobinisme. C'est pourquoi même en 1848 le jacobinisme était l'anti-référence; Toute la gauche était orpheline de Robespierre, mais profondément aux antipodes de la Terreur. Voilà pourquoi elle fut tout au long du XIXe siècle contre la peine de mort, voilà pourquoi en 1945 elle ne prit pas le pouvoir quand ses hommes en armes contrôlaient toutes les villes. Et elle a bien raison. Il est des erreurs qu'il ne faut pas répéter. Il n'est point de violence plus efficace que celle qui se condense en non-violence, celle de la Bhagavad-Gita et de Gandhi.

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