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Le blog de Frédéric Delorca

La décolonisation de l'Afrique noire

24 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

A Sciences Po (et au lycée) on apprenait dans les anées 80 que la décolonisation de l'Afrique noire s'était faite "en douceur" grâce à Gaston Defferre puis à De Gaulle, ce qu'on n'avait hélas pas su faire en Algérie. Un peu comme si les responsables français avaient été particulièrement lucides, sages et altruistes sur le dossier africain.

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Quand on lit l'ouvrage de Modibo Diagouraga sur Keita par exemple qu'apprend-on ? Qu'en 1945 les Français ont leur poulin : Fily Dabo Sissoko, instituteur, soutenu par l'administration et les chefs traditionnels (p. 22et sv). Aux élections du 21 octobre 1945 il devance de loin ses rivaux (10 406 voix contre 2 905 au candidat qui le suit, Keïta, lui, n'aura que 937 voix). Le 13 février 1946 Sissoko fonde le Parti soudanais progressite (PSP) soutenu par l'administration coloniale. Il gagne les élections. C'est grâce à une action de rassemblement d'Houphouët Boigny (l'ivoirien) que le PSP commence à être affaibli. Keïta dans le cadre du parti USRDA fait un travail de mobilisation des tirailleurs sénégalais en liaison avec le RDA (encadrée par le parti communiste). Le 11 février 1947 il est condamné à 6 mois de prison pour outrage écrit à un magistrat administratif par un tribunal colonial de Bamako. L'administration coloniale, qui n'a pu briser la grève des cheminots du Dakar-Niger fin 47, multiplie les brimades et les mutations pour les fonctionnaires membres de l'USRDA, une répression qui s'accroît en 1950. Elle persuade Houphouët-Boigny de se rapprocher de Mitterrand et Pleven en désaffiliant le RDA du PCF contre l'avis de la base (p. 32). Ce n'est qu'en 1956 que l'USRDA s'impose face au PSP au Mali. On ne peut pas nier il est vrai que dans la seconde moitié des années 1950, les socialistes et le centre-gauche, ayant arraché le RDA à l'orbite du PCF s'est engagée d'une façon pragmatique dans une collaboration avec ses élites pour mettre en place une sorte de self-government en Afrique de l'Ouest (et ce d'autant plus qu'ils avaient dans le pied l'épine de la rébellion algérienne) mais on sera quand même loin d'un respect sincère de l'indépendance africaine, comme l'a montré par la suite le maintien de la Françafrique sous De Gaulle, Giscard et Mitterrand.

 

Le rapport clientéliste aux "indigènes" profondément enraciné dans la colonisation - et qui en est même structurant, n'a jamais été remis en cause. François Ruffin (hey Ruffin, t'as vu je parle de ton petit livre, quand est-ce que tu parles de l'Atlas alternatif que je t'ai envoyé en 2006 ?) dans Quartier nord montre même combien il reste omniprésent dans les quartiers populaires des banlieues aujourd'hui.

 

Petite histoire. Hier nous recevions à Brosseville un conseiller de la présidence malienne. Au Buffalo Grill du coin nous discutions de choses et d'autres - j'ai par exemple appris que, dans le code foncier mlien, le principe selon lequel les terres appartiennent à l'Etat n'a jamais été remis en cause, même si des exceptions lui ont été ajoutées -. A un moment quelqu'un a prononcé le nom de la petite serveuse noire. Le conseiller malien s'est tourné vers elle et lui a dit : "Ah, tu es d'origine malienne ? tu sais que ton nom sigifie "la grande tente" en soninké ?" Elle ne le savait pas. Elle a répondu : "Oh, moi, je suis loin de tout ça vous savez ". Les tentes du désert, le Mali n'étaient pas dans son horizon.

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