Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

La dynamique du vote Mélenchon

13 Mars 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Puisque ce blog sert un peu aussi à prendre date, je voudrais ici reprendre le commentaire que j'ai posté en réaction à un article d'un ami anti-européiste de gauche, Edgar, qui, sur son blog "La lettre volée" a posté une critique que le PC grec adresse à son homologue français sur la question europénne (une critique qui fait suite à beaucoup d'autres critiques que ce blogueur a adressées à Mélenchon sur cette même question).

 

Je me suis indigné du caractère répété des attaques de ce blog contre Mélenchon parce qu'à la longue elles s'apparentaient vraiment à une tactique de déstabilisation pour dire "surtout ne votez pas pour le Front de Gauche". Bien sûr on critique principalement les gens dont on est proche - je comprends qu' "Edgar" ne dénigre pas autant Bayrou ou Joly avec qui il n'a rien en commun. Mais voila qui me paraît très pervers, car cela revient à détourner les lecteurs de son blog de l'option la plus crédible parmi les moins éloignées de leurs convictions. Je vois la même attitude chez des communistes orthodoxes anti-front de gauche, et des "antiimpérialistes" sectaires qui se répandent en insultes parce que Mélenchon n'a pas été assez clair sur la non-ingérence. Ces gens font ainsi le jeu de François Hollande (un européiste otaniste), c'est quand même beau...

 

Bien sûr comme tout le monde je répère ce qui "cloche" chez Mélenchon, sur la question du protectionnisme européen, du vote de la Russie et de la Chine au conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie, sur la Côte d'Ivoire, sur l'héritage de Mitterrand et tant d'autres sujets. De même que j'ai dénoncé parfois son style trop agressif, machiste, maladroit, approximatif (alors qu'il sait aussi être érudit, précis, subtil, et charmeur avec ses interlocuteur quand il s'en  onne la peine). Mais il faut avoir une vision large et stratégique des choses.

 

mélenchonMélenchon fait un boulot très difficile : ramener au vote beaucoup de gens aigris et dépolitisés. Il leur réapprend toutes sortes de données basiques qu'ils ont perdues de vue. Cela lui demande une énergie folle d'autant qu'il se bat contre un système idéologique qui lui est très défavorable. Je ne suis pas du tout convaincu qu'il ferait mieux en brandissant le drapeau français un peu plus haut, en annonçant la rupture avec l'Europe etc, car quoi qu'on en dise, beaucoup de gens n'ont pas du tout les idées claires sur l'Union européenne, même parmi les nonistes, et trouveraient le leader du Front de Gauche "rouge-brun" s'il allait trop loin sur ce terrain.

Je ne crois pas non plus que les ouvriers abandonneraient le Front national simplement parce que Mélenchon serait plus dur contre l'Europe. Ainsi mon père,ouvrier à la retraite, ne vote pas Front national, mais est convaincu que le RER à Paris fonctionne mal "à cause des syndicats". Le divorce entre le Front de Gauche et les ouvriers du privé ne tient pas seulement à l'Europe.

Les gens comme Edgar sont trop polarisés sur le vote et les programmes, et pas assez sur les dynamiques historiques. Mélenchon défend une culture de la VIe république, de la mobilisation des masses etc. Cette culture, si elle arrive à se développer, entrera d'elle même en conflit avec l'oligarchie européiste. Il est dommage de cherche à l'entraver.

 

mitterrand

Je pense que le lectorat très "middle class" (pour ce que je peux en deviner) du blog "La lettre volée" (comme du mien) gagnerait davantage à s'ouvrir au potentiel de ce mouvement porté par le Front de gauche (petits fonctionnaires, étudiants, salariés syndiqués) et travailler avec lui, plutôt que de s'en tenir à une posture ironique et moralisatrice à son égard.

 

kim-jong-ilBien sûr on a toujours des raisons de se méfier des égarements de la gauche de la gauche. Mon propre héritage familial m'inciterait plutôt à suivre Edgar dans certaines de ses méfiances, quand je vois combien les Républicains espagnols ont été cocufiés par le Parti communiste (et, dans la branche française de mes antécédents l'anticommunisme est aussi ancré), ce pourquoi d'ailleurs dans mes jeunes années, je votais pour le Parti socialiste et non pour l'extrême gauche. Mais il faut dépasser les héritages familiaux, les nostalgies identitaires (qui poussent tant de gens dans le Sud-Ouest notamment à voter encore socialiste) et, face à la sclérose inéluctable du système actuel entièrement soumis aux intérêts des plus aisés, il faut oser l'expérience d'une poussée populaire organisée pour un changement de système, quels qu'en soient les risques, et quelles que soient les erreurs que cette poussée puisse commettre. Il faut voter Front de gauche.

 

Bon voilà qui est dit. Mais pour montrer que je ne suis pas sectaire, dans un esprit républicain de respect pour ceux avec lesquels je suis en désaccord, je termine ce petit billet en saluant les qualités de débatteur de Jean-François Coppé. Je les avais déjà constatées en d'autres occasions, je les vérifie dans la dernière "confrontation" qu'il a eue avec la journaliste Audrey Pulvar (cf vidéo ci-dessous). L'homme garde son sang froid, son sourire et sa courtoisie. C'est remarquable. La journaliste n'est pas totalement en tort : son style d'interview est fréquent dans le journalisme du monde anglosaxon, plus dénué de complaisance que le nôtre (encore qu'outre-atlantique et outre-manche il ne remettre jamais non plus en cause les cadres communs de pensée de l'intelligentsia). La journaliste a cependant le défaut de mener l'intérrogatoire à partir d'une posture trop visible de "femme de" et surtout "sympathisante de", alors que tout le monde sait qu'elle n'en ferait pas autant face à un socialiste. Donc un bon point pour M. Copé. Je ne pense pas que M. Juppé (qui est sans doute un des responsables de l'UMP que je déteste le plus, en raison de son art d'envelopper d'arrogance le cynisme le plus éhonté, dans l'affaire libyenne notamment) aurait fait aussi bien ...

 

Au fait, puisqu'on parle de M. Juppé, alors, d'après vous, M. Sarkozy a-t-il oui ou non reçu un financement de M. Kadhafi ? Et la Libye, va-t-elle éclater ? La somalisation comme modèle d'émancipation de toutes les nations des bords de la Méditerranée. Ou éthiopisation (vassalisation) ou somalisation.  De jolies perspectives....

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article