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Le blog de Frédéric Delorca

"La France byzantine" de Julien Benda

21 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Il y a quelques semaines j'ai attiré l'attention des lecteurs sur ce petit livre de Marcel Aymé "Le confort intellectuel" qui condamne le tournant de la pensée romantique vague et nébuleuse pris par l'Europe au XIXe siècle (et jusqu'aux années 50).

 

Je retrouve ce trait chez un auteur dont je suis politiquement plus proche, Julien Benda, et dont il faut lire "La France byzantine" paru chez Gallimard en 1945 puis réédité post-mortem l'année de ma naissance en 1970 chez 10-18. Il y dénonce le culte de l'évanescent, de l'abcons, de l'ineffable, de l'instable. De très belles formules chez Benda. Par exemple sur le principe de la disponibilité des idées : "Le dogme de la disponibilité apprécie l'idée, non pas selon leur justesse, mais selon la jouissance - la 'fruition' (p. 32) - qu'elles semblent promettre à qui s'y livre" (et combien ce principe fut employé ! surtout dans le sillage de la pensée 68). Au nom du principe de disponibilité, note Benda, il faut que toutes les idées soient disponibles tout le temps, ce qui implique une volonté de ne rien choisir, d'être dans la totalité tout le temps, le refus de l'analyse et de la distance à l'objet, le goût de l'ésotérisme avec un fort esprit de caste pour le défendre.

 

Benda note que ces fantasmes funestes de la littérature de la première moitié du XXe siècle, de Gide, Valéry, Mallarmé (qui allaient devenir ceux de la philosophie dominante de 1960 à 90) sont glacés et dépourvus d'émotion ou de générosité humaine. Il y voit le fruit d'un divorce entre littérature et intellectualisme que le classicisme français avaient réconciliés.

 

Il est toujours bon de revenir à la critique de l'évolution de l'histoire littéraire de notre pays et de l'Europe (que notre pays influença beaucoup, tout en étant influencé par elle). Car la littérature a forgé notre philosophie, et l'ensemble s'est infiltré dans divers aspects de la vie sociale (les valeurs politiques, les rapports sentimentaux etc).

 

p1000207.jpgJe ne suis pas sûr que les contre-révolutions rationalistes façon Bouveresse ou Chomsky puissent contrebalancer un jour cette dérive de deux siècles.

 

Ce serait pourtant nécessaire dans divers domaines comme la politique. Je lisais récemment des billets, sur les meurtres de chefs d'Etat commandités en Occident, ou sur l'hostilité des Français aux livraisons d'armes à la Syrie, qui heurtent le romantisme politique pro-occidentaliste (celui d'un Cohn-Bendit si l'on veut), tout en pouvant favoriser à l'excès le romantisme anti-occidental (et ses délires complotistes). Voilà des domaines où l'auto-discipline rationaliste doit fonctionner à plein rendement. Et dans ce domaine l'héritage de Benda est précieux.

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edgar 22/03/2013 11:18


c'est pas le gars qui a écrit un "discours à la nation européenne ?".


ce ne serait pas un peu romantique ça ?

Frédéric Delorca 22/03/2013 13:19



Je sais pas, tu devrais demander à notre ami commun qui nous a suggéré la lecture de cet auteur