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Le blog de Frédéric Delorca

La Gaule de Vercingétorix, l'impérialisme de François Ier, les lecteurs de ce blog

2 Février 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Décidément, je n'ai pas les mêmes goûts que l'immense, l'extraordinaire, l'adorable bienfaiteur de l'humanité Bernard-Henri Lévy. Le livre de Blandine Kriegel qu'il portait aux nues m'est tombé des mains. J'ai dû renoncer à le terminer. Trop de mots inutiles pour finalement peu d'idées qui reviennent en boucle (des obsessions plus que des idées), trop d'autosatisfaction bourgeoise et de clins d'oeils aux lecteurs censés partager sa culture (pas de bol pour elle mais heureusement pour nous la culture de Kriegel est moribonde, bientôt elle laissera tout le monde indifférent), et même trop de coquilles (depuis que les PUF n'ont plus de relecteurs, ce qui nous fait découvrir que Mme Kriegel "oublie" que "quant à" ne s'écrit pas avec un "d" et que les participes passés s'accordent avec les compléments d'objet direct qui les précèdent quand l'auxiliaire est "avoir" etc).

 

Bah, allez, tournons cette page. Le rôle des calvinistes français aux Pays-Bas mériterait de trouver un Walzer pour le décrire. Il le trouvera peut-être un jour. Je retiens une seule chose du livre de Mrs Kriegel, la référence à un livre qui dément les thèses vieillotes de M. Asselineau sur l'incompatibilité entre idée française et le projet impérial. Pour faire bref rappelons que l'Inspecteur des finances qui cultive le projet touchant d'indentifier toute l'histoire de France à une sorte de saga anti-impériale digne de l'histoire de l'African National Congress de Mandela, mobilise à cette fin dans ses conférences les références de nombreuses références empruntées (sans le dire) aux historiens du XIXe siècle, ce qui lui permet de voir dans Vercingétorix, Clovis, Jeanne d'Arc et François Ier des auteur par anticipation du discours gaullien de Phnom Penh. Sa présentation de la Gaule comme une sorte d'hexagone patriote menacé par la corruption et la division de ses clercs était déjà assez drôle. En vérité la "Gaule" (concept purement romain) est un assemblage complexe de peuples plus ou moins celtisés (le noyau de la celtisation, si l'on en croit les travaux récents de vrcg-copie-1.jpgJean-Louis Brunaux se situant plutôt au sud du massif central) allant des populations très ibériques (peut-être mêlées à des proto-basques) au sud de la Garonne, à des Germains belges au nord de la Seine, en passant par les Ligures de Provence, et sans doute pourrait-on même étendre cette Gaule à l'Italie du Nord et au Balkans, si la conquête domaine de la Narbonaise au IIème siècle n'avait pas un peu isolé les Celtes de Gaule. Ceux-ci ont formé quelques royaumes commerçants très puissants et de type presque héllenistiques à côté de zones de culture agraire bien plus pauvre. Une caste de philosophes peut-être influencés par les pythagoriciens (cf Brunaux), les druides, ont sans doute contribué à ramener les plus riches à plus de frugalité (un peu comme les réformes politiques de Sparte et d'autres cités grecques), et à unifier idéologiquement cet espace (les druides s'accaparant même un pouvoir judiciaire d'appel et de cassation quasi-national dans la célèbre forêt des Carnutes), ce qui a probablement aidé le roi (ou magistrat ?) arverne versé dans la culture romaine Vercingétorix à former une résistance confédérale à Alésia. Il n'en demeure pas moins que malgré la réforme druidique, les grands royaumes ont connu à nouveau un essor économique au IIème siècle en contact avec la Méditerranée (notamment via le commerce du vin et des esclaves) de sorte que des grands royaumes comme les Eduens et les Rèmes ne pouvaient vivre que par et pour le commerce avec Rome dont ils étaient de longue date offciellement les "amis", ce qui a bien peu à voir, tout bien pesé, avec l'image d'une "trahison des élites d'un pays déjà unifié" cultivée par les historiens nationalistes (en fait simplement nationaux à l'époque) du XIXe siècle.

 

S'il était facile de démentir le "roman national" de la "grande résistance anti-impériale" française sur Vercingétorix, j'étais incapable de faire de même concernant François Ier. Blandine Kriegel nous assure que Gaston Zeller, historien renommé durant la première moitié du XXe siècle mais semble-t-il mal réédité depuis lors, avait démontré que la France de François Ier avait elle aussi un projet impérial rival de celui de Charles Quint... Comme quoi... Du reste nous savons que Louis XIV et Bonaparte n'étaient pas réellement des Mandela non plus. En tout cas si quelqu'un a des éléments intéressants sur les thèses de Zeller, je suis preneur.

 

chomskynotebook.pngEn parlant des lecteurs de ce blog, j'ai eu un échange intéressant avec l'un d'entre eux hier. Je m'étonne toujours de voir que les blogs en général, et non seulement le mien, ont un lectorat (et souvent un lectorat fidèle, quoique peu nombreux). Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être à cause de leur gratuité, ou parce qu'on peut les lire, les oublier, y revenir, comme au supermarché, sans l'angoisse de se dire "ce livre fait 300 pages, quand vais-je trouver le temps de parcourir les 150 qu'il me reste ?". Ces lecteurs sont souvent silencieux mais attentifs. Celui qui m'écrivait hier me disait qu'il avait aimé mon papier sur DR Dufour (un papier qui jusqu'ici m'avait surtout valu des attaques... comme quoi...). Sur Fnac.com on peut savoir quels autres livres ont acheté les gens qui se sont procuré votre ouvrage. On devrait pouvoir savoir la même chose à propos des lecteurs des blogs pour avoir une compréhension sociologique de leur univers culturel. Vous qui lisez ce blog, quels autres blogs consultez-vous ? Le lecteur d'hier lisait aussi le blog d'un certain Jean Zin ex-psychanalyste (repenti ou pas je ne sais pas trop), reconverti dans l'écologie révolutionnaire, de la mouvance "Multitudes", gauche alternative etc, esprit éclectique dont il faudrait que je prenne la peine de lire les textes un jour (mais il y a déjà tant à faire avec les livres !). Je suis donc lu par des gens attirés par ce type de projet alternatif. Je crois être aussi visité par des chomskyens (ne serait-ce qu'à cause de ma contribution au Notebook sur Chomsky), par des gens du MPEP (mouvement toujours rejeté par le Front de gauche hélas), peut-être aussi par des par des orphelins du chevènementisme, que sais-je encore. Des gens qui voudraient "reterritorialiser" quelque chose sans devenir réacs, je suppose. Il faudrait que je mette un questionnaire sur ce blog pour saisir mieux la culture de mes lecteurs. Mais je n'en ai pas la compétence technique... et bien sûr ils ne me répondraient pas...

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N
<br /> Eh bien, moi qui suis "nationaliste" (au sens premier: la souveraineté réside dans la nation, et uniquement en elle, ce qui est écrit dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen), je<br /> n'approuve pas du tout la vision de l'histoire nationale de François Asselineau, sans doute l'influence de ma formation historienne. la Gaule (les Gaules d'ailleurs, les Romains usent d'un<br /> pluriel qui en dit long...) n'est pas la France, et il y a historiquement un impérialisme français. Et pour cause: les rois de France se conçoivent comme des héritiers de Charlemagne (comme<br /> Napoléon), et donc indirectement de Rome!<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Sur François 1er (que je considère comme un grand roi), rappelons qu'il est candidat à l'Empire contre Charles Quint. De plus, il poursuit les ambitions de ses prédécesseurs en Italie (Milanais,<br /> Naples). En faire un résistant à l'idée impériale, c'est grotesque. Il aurait surtout voulu incarner cette idée impériale, et il n'a pas réussi (Pavie, 1525)!<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Quant au profil des lecteurs, je puis juste vous dire que moi, je viens ici régulièrement via le blog "la lettre volée" d'edgar; je fréquente aussi le blog de Descartes et les autres blogs<br /> associés à l'Arsin (dont le mien). Mais j'avoue que je viens ici surtout pour lire autre chose que de "la politique" (bon, tout est politique, mais nos idéaux divergent considérablement je<br /> crois): des infos sur les pays de l'est, des réflexions sur l'histoire et la société. Tout cela m'intéresse.<br />
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F
<br /> <br /> Merci pour ce second témoignage. J'attends de voir si d'autres témoignages s'ajoutent à celui-ci pour faire une réponse globale. (Côté politique je viens de voir votre ralliement à DLR sur votre<br /> blog, ce qui a failli être mon choix en septembre dernier, mais j'ai renoncé à ce choix pour plusieurs raisons et resterai Mélenchonien, persuadé que Méluche serait forcé à prendre le bon chemin<br /> au contact du réel s'il était président, y compris sur la question européenne).<br /> <br /> <br /> ps : probable quand même qu'il ny ait pas d'autres commentaires sous ce billet, vu la discrétion habituelle des lecteurs.<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Morceau de réponse à la question (ouverte) visant la compréhension sociologique de notre univers:<br /> <br /> <br /> J'aime, quand j'ai un peu de temps, aller sur le net à la recherche d'informations alternatives (entendre par là: autres que les infos tronquées et manipulatrices dont on nous assomme dans les<br /> medias occidentaux traditionnels).  Dans ces promenades virtuelles, quand je rencontre un blog ou un site dont le contenu me plait, je m'inscris pour recevoir newsletters et autres avis et<br /> communications... et ensuite je suis avisée par mail chaque fois que se publie quelque chose sur une série de sites/blogs choisis.  C'est ainsi que je suis arrivée à celui-ci (via celui de<br /> l'Atlas alternatif) et sur d'autres: Investig'action de Michel Collon, Le Grand Soir, le guide social belge, Rue 89, le blog de Mélenchon etc... puisque tu veux des exemples de ce que nous lisons<br /> d'autre :)  Puis je tente de décoder ça plutôt qu'un journal papier ou télévisé.  Parfois j'imprime un article et je le lis à l'aise dans le train, comme d'autres leur journal<br /> papier.  J'aime encore, je n'arrive pas à m'en défaire, lire du papier... Bon, je me console en me disant que ce n'est pas gaspillage total parce qu'après avoir lu, je laisse traîner<br /> intentionnellement l'article à la maison avec l'espoir que mes fils le ramassent et le lisent.... faut rêver... C'est aussi simplement que ça que vous vous construisez un lectorat. <br /> Peut-être n'est-ce pas si différemment des quotidiens papier autrefois ? avec du courier dans une boite aux lettres (fut-elle maintenant électronique), avec un abonnement<br /> etc...Je ne le considère pas comme gratuit parce que disposer du matériel informatique + ADSL etc... ça coûte aussi.  Tiens, le courrier dans la boite, ça me fait penser à un autre de tes<br /> articles récents (actuellement je n'arrive plus à tous les lire mais bon) où tu parlais des fillesqui ne rédigeaient plus des lettres comme autrefois.  C'est faux. J'écris des mails,<br /> souvent, longs, en français correct, et je vais tous les jours dans ma boite mail avec autant de plaisir et d'excitation que j'allais autrefois chercher  mes lettres dans la boite chaque<br /> matin.  Je réponds à mes courriers avec autant de plaisir aussi, et il est même décuplé car aujourd'hui le "facteur" passe à longueur de journée et me permet de discuter pendant des<br /> kilomètres de mots avec mon amie chilienne presque en direct...il  me manque juste le sourire et le petit mot du vrai monsieur facteur que je recevais en le croisant dans la rue avant...<br />
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