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Le blog de Frédéric Delorca

La nasse

30 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Ma mère se fait implanter une prothèse au genou demain. Elle a peur d'y passer. A 76 ans, les anesthésies générales font peur. Elle a pleuré tout à l'heure en me disant que si elle y reste, au moins un petit cadeau pour le deuxième anniversaire de mon fils sera prêt à être envoyé par la poste
 
J'ai été surpris par ses pleurs. Cela fait quelques années que j'ai poussé mes échanges avec elle sur la voie du rationalisme (à l'image de notre époque : il faut que tout soit rationnel et fonctionnel, le monde est un peu stoïcien quand même). Je ne pensais pas voir ressurgir les pleurs à ce moment là sur ces phrases. 
 penan.gif
Elle sait qu'elle a de bonnes chances de survivre, mais dans cette image du petit garçon dont elle ne pourrait point fêter l'anniversaire se cristallise évidemment une réalité ontologique : tout cet avenir auquel elle devra un jour renoncer (si ce n'est demain ce sera dans quelques années), tout cet amour qu'elle ne pourra pas donner.
 
Quelle variété d'émotions entre les gens... Ceux qui pleurent beaucoup, ceux qui pleurent peu, ceux qui n'ont pas été aimés dans leur enfance et passent leur vie à chercher l'amour et le chercher mal, ceux qui l'ont trop été, ou mal été, et qui passent leur temps à le fuir tout en le recherchant...
 
En arrière plan il y a toujours cette impossibilité d'exister. Je trouve que toute cette vie est impossible. Poisseuse, trop chargée de contradictions et de problèmes insolubles, avec en plus ce temps qui l'engloutit à chaque seconde.
 
Parfois j'envie les métaphysiciens comme cette correspondante qui actuellement me gave de théories fumeuses sur les énergies vitales et prétend vivre une "renouveau", créer sa propre vie. Moi je serais bien incapable de pouvoir vouloir la moindre nouveauté, tout est bien trop empêtré dans ma condition présente.
 
Cet après midi un Haïtien est venu me voir pour me demander d'intervenir auprès de l'ambassade de France à Port au prince pour qu'il puisse avoir pour ses nièces très vite des visas. Ses nièces, qui ont 12 et 16 ans vivent dans la rue au milieu des odeurs de cadavres. Leurs propres parents sont morts dans le tremblement de terre. Lui il veut les sortir de là, mais l'ambassade ne peut le recevoir que dans 2 mois. Le calme avec lequel il aborde ce sujet... La mort de sa soeur, la tragédie de ses nièces, qui peuvent être violées, tuées à n'importe quel moment dans le chaos haïtien. Que ne puissions nous avoir le même détachement devant cette vie ?

Ce soir je lis sur le blog La Lettre volée : un pseudo philosophe qui entonne les airs de 68 sur le thème "l'ordre n'est qu'un cas particulier du désordre", et Edgar qui semble découvrir que Strauss-Kahn est néo-libéral. Pas top pour trouver un sommeil profond...

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