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Le blog de Frédéric Delorca

La non-ingérence de gauche

14 Novembre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

L'équipe de l'Atlas alternatif a été invitée à un "forum des résistances" ou quelque chose dans ce goût là qui ouvrait ses portes à des gens de droite et de gauche. J'ai décliné l'invitation, dans la mesure où le livre "Atlas alternatif" et le blog qui l'a prolongé tiennent une ligne de gauche qui refuse le dépassement des clivages.

 

Deux ou trois contributeurs de l'Atlas sont un peu plus ouverts que moi cette question, mais la ligne que je défends reste majoritaire au sein des gens qui contribuent à l'actualisation du blog et à sa diffusion. J'ai entendu il y a peu dans une interview le préfacier du livre dire qu'il n'était plus de gauche, expression qu'il a explicitée en disant qu'il était "de la gauche historique mais que la gauche historique n'existe plus". Cette position ne me paraît pas défendable. En 1940 le PCF était rallié au pacte germano-soviétique et la SFIO votait les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Est-ce pour autant que les militants socialistes ou communistes trahis par leur direction cessaient de se dire de gauche ? L'appartenance à une mouvance politique résulte d'une réflexion sur 200 ans d'histoire, et non pas du fait qu'on ait été exclu de telle ou telle réunion ou qu'on n'aime pas tel ou tel personnage ni l'orientation de tel ou tel parti.

 

Etre de gauche c'est défendre les défavorisés contre les aristocraties et les mafias, en sachant bien hiérarchiser les ennemis : les mafias des banques et des multinationales occidentales sont plus dangereuses que les mafias étatiques qui peuvent exister en Russie ou ailleurs, ou que les corporations de hauts fonctionnaires ou de médecins etc qu'on peut avoir en France, et évidemment plus dangereuses que les éventuels petits conglomérats syndicaux dont, certes, on peut dénoncer parfois les abus de pouvoir, mais qu'il serait absurde de mettre sur le même plan que les multinationales, ou de dénoncer comme des "valets" des multinationales, ainsi que le fait l'extrême-droite.

 

La défense des défavorisés passe selon moi par la défense des structures étatiques et de leurs services publics, surtout en France (même s'il faut rester critique sur le fonctionnement de ceux-ci et chercher à les placer toujours plus au service des citoyens - sans pour autant d'ailleurs les aligner sur un esprit de consommation que certains citoyens nourrissent à leur égard). Au nom de cette défense des structures étatiques, il faut défendre le droit à la souveraineté des Etats, notamment ceux du tiers-monde, telle qu'elle résulte de la charte des Nations-Unies (et même la défendre au besoin contre les Nations-Unies quand c'est nécessaire), car on sait combien diverses mafias locales, notamment sécessionnistes, sont promptes à instrumentaliser un "devoir d'ingérence" en s'alliant à la super-puissance américaine. Ce refus du devoir d'ingérence, ne doit cependant pas faire perdre de vue un sens de l'internationalisme, et de la solidarité avec des mouvements inspirés par des valeurs de gauche (émancipation des hommes et des femmes, refus des excès de l'individualisme, du consumérisme et de l'obscurantisme (ce qui n'implique pas nécessairement un refus absolu des religions). Il n'est notamment pas question de se résoudre à ce que des peuples restent à jamais sous la coupe de disctateurs à cause de la non-ingérence. Mais la solidarité entre partis ou entre mouvements sociaux et associatifs, qui peut éventuellement aussi passer par des sanctions commerciales au niveau des Etats (chaque Etat restant libre de ses alliances et de ses inimitiés au nom de ses intérêts mais aussi de ses principes) ne peut passer par des voies de coercition militaire qui, de toute façon, ne font en règle générale que radicaliser les tendances dures des régimes oppressifs ou semer le chaos, provoquer le règne des bandes armées, au détriment du bien-être des peuples et des chances d'établir des solutions politiques stables à long terme.

 

La défense des défavorisés d'un point de vue de gauche suppose que l'on refuse aussi, évidemment, toute forme de complotisme - qui noie la compréhension fine des phénomènes sociaux -, et toute forme de racisme ou de sexisme (si l'on entend par sexisme la volonté de diminuer la légitimité de l'un ou l'autre sexe à exercer ses droits dans la sphère politique et à jouir de ses droits sociaux).

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