Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

La province dans le cinéma français

5 Mai 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Quand un copain m'a fait le "pitch" comme on dit du nouveau film de Lucas Belvaux "Pas son genre", je me suis dit : "J'espère que ce n'est pas la Enième comédie pseudo sociologique française made in Canal+, du genre le Gout des autres...", ces petites choses de Bacri-Jaoui ou de Klapisch qui finissent par se plagier elles-mêmes à l'infini.

 

Puis j'ai regardé la bande annonce.

 

 

Et là c'est bien ce que je craignais. Des coiffeuses j'en ai connues dans diverses régions, mais hélas celle-là  l'entendre parler pendant 3 secondes suffit à faire comprendre qu'elle n'est pas coiffeuse... et encore moins coiffeuse à Arras (bon je sais qu'il est difficile pour un cinéaste parisien de concevoir cela, puisqu'à Paris les coiffeurs sont des monuments de culture, voire parfois de cuistrerie genre "capilliculteur" comme disait Desproges)

D'ailleurs une coiffeuse en province ne s'essaierait probablement pas à chanter "Live is life" comme dans la bande annonce car elle aurait trop peur d'essayer de dire des mots en anglais (le cinéaste aurait mieux fait de tenter "capitaine abandonné" de Gold, encore que l'actrice est peut-être un poil trop jeune pour cette chanson) - et c'est là juste un constat, je ne place aucun jugement de valeur là dedans.

Un prof de philo, quant à lui, même en province, n'oserait pas dire que la philo est un "sport de combat", d'une part parce que les philosophes détestent les sociologues (donc exit la référence à Bourdieu) et, d'autre part, parce qu'il aurait conscience d'avoir 12 ans de retard dans ses références...

 

Ce n'est donc apparemment pas du Stephan Frears ou du Ken Loach (qui a fini par se caricaturer lui meme il est vrai). Il est assez incroyable et triste qu'un cinéaste parisien ne puisse pas trouver une actrice acceptable dans le rôle d'une coiffeuse du Pas de Calais. Cela me rappelle "La vie rêvée des anges" où Elodie Bouchez non plus ne faisait pas du tout crédible en fille du Nord. Simptôme de notre centralisme, la province est inaudible dans le cinéma français, à moins de devenir cucul la praline comme dans les films de Guédiguian.

 

Je ne dis pas que les filles des milieux populaires de province doivent être figées dans des caricatures. Je dis juste que les actrices parisiennes (ou issues des grandes métropoles régionales et formées "à la parisienne") qui les incarnent devraient au moins tenter d'avoir quelques modes d'expression dans l'accent, le mouvement corporel, le visage, qui traduisent une "altérité sociale", au détour d'une phrase, d'un soupir... Nos cinéastes sont complètement incapables de trouver cela dans leur casting, ou de le susciter dans leur mise en scène, parce qu'il ne le perçoivent tout simplement même pas dans la réalité.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

E
<br /> ah mais un film peut être bon sans être réaliste. tu as raté le domicile de ladite coiffeuse, qui a l'air d'un appartement témoin pour Habitat. je persiste à dire que le film a énormément de<br /> charmes, et que la relation des deux est bien vue.<br /> <br /> <br /> il est aussi très français de parler longuement d'un film qu'on a pas vu...<br />
Répondre
F
<br /> <br /> Je suis d'accord sur le fait qu'un film n'est pas tenu au réalisme sociologique si son sujet n'est pas sociologique. Par exemple dans "Corps à coeur" de Vecchiali qu'on a déjà évoqué dans ce<br /> blog, ça ne me gêne pas que le garagiste écoute un Requiem et ne soit pas garagiste pour un sou (encore qu'il est plus garagiste quand même que la coiffeuse n'est coiffeuse dans "Pas son genre"<br /> visiblement), parce que le sujet n'est pas sociologique, il est métaphysique : ce sont des impasses de l'amour, indépendamment de leurs déterminations sociales. Mais quand un film veut montrer un<br /> choc culturel entre deux êtres, il doit être irréprochable sur la restitution de la culture de ces deux êtres, je trouve. On me parlait aussi hier d'un film qui échouait à rendre l'univers mental<br /> d'une thésarde en philo. Tu m'étonnes... Les étudiantes en philo que j'ai connues jusqu'en maîtrise à la Sorbonne étaient les pires extraterrestres qui soient (bien pires que les étudiantes de<br /> Sciences Po)... encore plus difficiles à restituer en film que les coiffeuses d'Arras...<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Fred, ce n'est pas très gentil de nous exposer à la bande-annonce de "Pas son genre" mais je dois dire que je ne connais pas du tout Belvaux, pas même sa trilogie qui avait remporté le<br /> Delluc – Kechiche aussi l'a eu, et par deux fois!<br /> <br /> <br /> En plus de tout ce que tu dis, j'ajouterais que c'est d'une ringardise peu commune : qui veut voir ça ?<br /> <br /> <br /> Dans le genre comédie le dernier Salvadori avec Deneuve est déjà plus attirant quoique je n'aime pas trop ce qu'il fait depuis "Comme elle respire..."<br /> <br /> <br /> Ah! le cinéma français...  Manque d'air.<br />
Répondre