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Le blog de Frédéric Delorca

La rareté, la morale, la corrida, les Maures, les musées, les physiciens et le temps

14 Octobre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Il faut s'y faire : le beau, le vrai, le bon ne se rencontreront jamais que chez quelque êtres, et encore dans quelques moments exceptionnels. La masse, elle, sera toujours vouée à la facilité, au médiocre. Et ce qui échappe à cette loi passera inaperçu.

Voyez Custine. Ses tableaux de l'Espagne sont remarquables. Théophile Gauthier et Honoré de Balzac surent le reconnaître parmi les plus grands auteurs des années 1830. Pourtant personne n'a retenu son nom dans notre histoire collective.

 

C'est pourquoi lorsque soi-même on a la moindre chance de pouvoir atteindre quelque chose de juste et de vrai, il faut le tenter, même si l'on n'a plus d'éditeur ni de lecteur (cela va ensemble), même avec des petits billets. Il faut utiliser le matériau qu'on a, le réel dont on dispose, l'énergie qui nous est donnée quand on l'a.

 

J'ai raté cette semaine une occasion d'aller au Kazakhstan qui m'aurait permis de publier à nouveau (mon éditeur a besoin de récits de voyages). Alors j'investis mon énergie ailleurs. La recension critique du livre d'un souverainiste pour un site de promotion de livres, la relecture du témoignage d'un combattant abkhaze que j'aide à mettre en forme son ouvrage. Me voilà à nouveau abandonné au hasard des rencontres et des surprises du quotidien.

 

J'ai eu une discusson intéressante mais inachevée avec le blogueur Edgar sur la morale en politique. C'est vrai que toutes les indignations morales de notre époque m'agacent, notamment celles qui concernent le nazisme. Cela ne signifie pas qu'il faille être amoral ou relativiste. Bien sûr que le Bien existe universellement (nos gènes sont conditionnés pour savoir tendre vers lui même si notre capacité d'erreur et de destruction est très forte), et bien sûr il faut oeuvrer pour que l'humanité l'atteigne. Bien sûr il y a des degrés de sauvagerie, et la sauvagerie froide, planifiée, à la manière du nazisme, est un des degrés les plus élevés et les plus grave, et l'on peut se préoccuper du risque de la voir revenir, ou de lavoir se diffuser dans des mécanismes d'aliénation pervers très subtils. Le mouvement de l'engagement politique se nourrit évidemment du rejet de l'orientation du monde et d'une certaine volonté de la modifier. Mais il ne faut jamais non plus se départir à un certain stade de l'engagement d'une capacité à comprendre et même à accepter que les choses et les gens n'aillent pas dans le bon sens, que l'opposition au mouvement dominant est elle-même entâchée de beaucoup de vices qui font que si cette opposition accédait au pouvoir elle serait peut-être pire que le mouvement dominant lui-même. Il faut admettre toutes ces choses, en faire des analyses détachées. Admettre que l'homme puisse rester "un loup pour l'homme" comme disait l'écrivain latin, qu'il y a un enthousiasme, une ivresse à être loup, qui touche souvent en priorité les êtres les plus moraux, parce que l'homme, cet être de coopération et de rationnalité, est aussi un animal de conquête qui jouit de la destruction de Troie, par la force des choses. Et si l'on n'a pas des mouvements occasionnels d'indulgence intellectuelle pour la prise de Troie, si l'on reste rivé à la posture moralisatrice, comme disait l'auteur de Zarathoustra c'est sa propre humanité qu'on défigure.

 

Je pourrais vous parler de toutes sortes de choses anecdotiques (mais qui, dans certains contextes spécifiques, pourront peut-être susciter des intuitions sur des sujets décisifs). Par exemple la corrida, que le Conseil constitutionnel français dans sa grande sagesse n'a pas voulu censurer le mois dernier. Pourquoi notre époque la rattache-t-elle aux Romains, alors que Custine, textes à l'appui, est surtout fasciné par son utilisation par le Maures. Tout le XIXe siècle (et encore l'oeuvre de Nietzsche) est rempli d'un intérêt pour le Moyen-Age et pour le face-à-face entre Christianisme occiental et Orient mahométan, que 70 ans de républicanisme et de colonialisme nous ont fait oublier. Pourtant il y a peut-être plus que jamais à réfléchir sur la fierté arabe comme le fait Custine, et la corrida peut être un moyen comme un autre de le faire. Les soi-disant amis des bêtes en refusant de réfléchir à la fierté quelle qu'elle soit, celle des chrétiens comme celle des musulmans, celle du taureau comme celle de l'humain nous préparent un monde imbécile à trop vouloir exclure tout ce qui est grand et sublime.

 

Je pourrais aussi évoquer le musée Jeanne d'Arc de Rouen que j'ai visité il y a peu et qui va bientôt fermer définitivement. Un musée trop vieux, avec ses statues de cire et son récit didactique de la légende pieuse. Comment cela un musée qui prétend enseigner des choses aux gens sur un ton scolaire et non pas faire de l'animation astucieuse ? Comment ça une Jeanne d'Arc qui n'a pas les mensurations de Lara Croft et qui ne se masturbe pas sur son bûcher ? Notre époque si "tolérante" et si "ouverte à la diversité" ne tolère plus la diversité dans ses musées. Ils doivent être tous semblables, tous "à la page". Malheur aux retardataires.

 

Au fait, hier un physicien à  la TV racontait qu'un extraterrestre qui court à des année lumières d'ici incut dans son "maintenant" des événements survenus sur notre planète il y a deux siècles quand il bouge dans un sens ou qui surviendront dans deux siècles s'il évolue dans l'autre sens... Et il observait que le seul argument qui démontre qu'on ne peut voyager dans le temps, c'est qu'aucun visiteur ne vient nous voir de l'avenir, alors que les enseignements de la physique nous disent que ce genre de voyage est possible. Quand j'étais en philo à la Sorbonne, notre thème de métaphysique en licence fut le temps. Mais on ne m'avait jamais expliqué la relativité aussi simplement. A entendre le savant, sur le passé le présent et l'avenir, c'est Saint Thomas d'Aquin qui avait raison...

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