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Le blog de Frédéric Delorca

Le débat (impossible ?) autour de Mme Ashtiani, l'objectivité des chercheurs

6 Novembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Il y a eu cette semaine un regain d'émotion à l'idée que la prisonnière iranienne Mme Sakineh Ashtiani condamnée à la lapidation puisse être immédiatement exécutée. Une délégation d'artistes proche de l'extrême droite s'était rendue en Iran récemment et en était revenue en disant que l'intéressée n'était pas la dame dont on voyait les portraits partout, qu'elle était condamnée pour meurtre et non pour adultère et que la lapidation n'était plus pratiquée en Iran. Une loi du silence a entouré ces témoignages dont il a été interdit de commenter le contenu. Le débat a donc été muselé.

 

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Les éléments fournis dans Le Monde hier par une "anthropologue et spécialiste de l'Iran au Centre d'études et de recherches internationales (CERI - Sciences Po)" me paraissent contribuer indirectement à cet embryon de débat étouffé dans l'oeuf. L'interview intitulée "Sakineh est victime des conflits entre Téhéran et les provinces iraniennes" étrangement dépeint une opposition entre un Ahmadinejad hostile à la lapidation et donc plus libéral (selon nos critères) que le clergé local (qui soutenait le candidat qui avait les faveurs de l'Occident aux dernières élections).

 

Je me méfie de tous ces labos qui tournent autour de Sciences po et qui disaient déjà n'importe quoi sur la Serbie autrefois. Mais tout ce qui concourt à aligner des faits à charge et à décharge sur un dossier trop consensuel est toujours bon à prendre.

 

Un bout de phrase de cette interview m'a fait rire : " Et cela dans un pays où la peine de mort existe, ce que naturellement je déplore" . Autant les élites énarchiques n'ont aucun sens du réel et des nuances de la vérité historique (la rencontre avant hier entre les rebelles beurs et un M. Tonneau blindé de narcissisme, de condescendance pour ses interlocuteurs et  d'aveuglement historique l'a prouvé), autant les chercheurs des labos de Science po n'ont pas le moindre sens de la distance "scientifique" qu'on attendrait malgré tout un tout petit peu des sciences humaines (même si les sciences humaines ne sont pas scientifiques) et qui les forcerait un peu à rechercher l'objectivité. "Ce que naturellement je déplore" : parce que dans notre monde totalitaire il est NATUREL de condamner la peine de mort, et NATUREL de le dire dans une interview pour bien montrer qu'on est au diapason de l'idéologie du "sympa" comme dirait l'autre que partage toute l'intelligentsia. Quel ridicule !

 

Je suis aussi hostile à la peine de mort, mais je n'irais jamais le proclamer dans une interview où je parlerais ès-quaité comme sociologue. Who cares que je sois pour ou contre ? et encore moins que je trouve "naturel" ou pas naturel d'être contre ? Imaginerait-on un historien écrivant dans ses livres "l'empire inca pratiquait les sacrifices humains, ce que naturellement je déplore" ? Mais non, les chercheurs proches des médias sont obligés de prendre position à titre personnel sur le sujet qu'ils étudient et prendre position "naturellement" dans le sens qu'on attend d'eux, surtout sur des sujets sensibles qui engagent la vie d'une personne sacralisée, en manifestant un maximum d'empathie "naturellement" avec l'opinion commune sur ce thème...

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