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Le blog de Frédéric Delorca

Lili Marleen, Marlene Dietrich, Kusturica, la Yougoslavie, le XXe siècle, les lucioles

1 Avril 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Comme tous les gens de ma génération, j'ai connu l'existence de cette chanson depuis ma plus tendre enfance, sans trop y prêter attention... Et puis, un beau jour de l'année 2000, ou 2001, après avoir partagé les tourments de certaines personnes sous les bombes de l'OTAN du côté de Belgrade, j'ai regardé Underground de Kusturica, un film ponctué par cette chanson à divers moments clés... Film inspiré, profond, émouvant, qui vous promène entre rire et pleurs à chaque instant, surtout quand on connaît un peu certaines injustices des Balkans.

 

Dans "L'insoutenable légèreté de l'Etre" de Philip Kaufman la scène la plus forte est peut-être celle de l'entrée des chars russes à Prague. Dans Underground il y a aussi une scène d'entrée de chars... Les chars nazis en Yougoslavie... On ne s'attend pas à voir ces images sur fond de Lili Marleen (et c'est après avoir vu le film que j'ai appris que cette chanson avait été "le" tube de la seconde guerre mondiale, chez les Allemands comme chez les Alliés). Il est très fort de la part de Kusturica de montrer la grande tragédie nationale de son pays sur fond de cette chanson pour midinette. Très fort aussi bien sûr de juxtaposer ces images de foules enthousiastes pour la svastika à Ljubjiana, Zagreb, et des rues vides à Belgrade (à un moment, 1995, où on traitait les Serbes de nazis). Le cinéaste reprend cette chanson à la mort de Tito, comme pour montrer que cette mort est encore un épisode de la seconde guerre mondiale... avec un cercueil qui parcourt exactement le même chemin que les nazis.

 

Aujourd'hui j'apprends en lisant l'excellente revue Books de ce mois-ci que sosu l'occupation "Lili Marleen" était diffusé chaque soir sur Radio Belgrade aux ordres des nazis comme signal du couvre-feu...

 

Naturellement si cette mise en scène de "Lili Marleen" dans Underground m'a beaucoup touché (ce qui fait que je n'ai plus pu ensuite entendre cette chanson comme avant), c'est parce que Kusturica a concentré en elle toute la seconde moitié du XXe siècle, un siècle à l'égard je n'ai pas fini de payer ma dette. Regardez bien qui est aux funérailles du maréchal... Ca en dit long sur ce que la Yougoslavie a été pour le monde en ce temps là... Et voyez le visage d'Helmut Schmidt comme antithèse du regard carnassier de l'officier nazi juste avant qu'on voie le panneau "Belgrade". Rappelez vous que l'ex-chancelier allemand fut un des rares politiciens occidentaux à condamner l'agression contre Belgrade en 1999. Un homme honnête. Le XXIe siècle pressé d'oublier Lili Marlene a enterré tout cela sous son arrogance imbécile et ses bombes. Mais chaque second de ces morceaux de vidéos me parlent. Moins sans doute que si j'avais eu des origines yougoslaves (car je suppose que beaucoup d'ex-Yougoslaves ne peuvent même pas les supporter). Même les quelques secondes de ces jeunes "pionniers" aux foulards rouges qui vont poser des fleurs sur les rails... J'ai connu des gens, des gens de mon âge ou un peu plus âgés, qui ont eu ces foulards rouges en Yougoslavie. Ils savent bien sûr combien ce foulard les trompait. Mais ils savent aussi ce que les autres ont fait en prétendant les "détromper".

 

Il y a un très beau texte de Pasolini sur le moment où les lucioles ont disparu des marécages italiens et où tout le système politique occidental a changé de sens sans que les gens n'en aient conscience. C'est ce jour là aussi, bien avant la mort de Tito en vérité, que l'acte de décès de la Yougoslavie, et de tout ce qui avait fait le XXe siècle, a été signé.

 

 

 

 

 

 

 

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