Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Logos spermatikos

9 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Une discussion récente avec un communiste qui me parlait de recherche d'un "paradis terrestre" m'a convaincu que je devrai un jour reprendre la rédaction d'un livre sur le stoïciens en général, et sur Caton d'Utique en particulier (le héros des conservateurs romains à l'époque de Jules César).

romans.jpgJ'ai commencé à écrire ce livre en 2006. Je l'avais conçu comme une sorte de biographie de Caton qui s'inspirait de celle qu'expose Plutarque dans ses Vies. J'étais encore à cette époque otage du style universitaire, n'ayant pour option de publication que L'Harmattan en dehors du Temps des Cerises. Et ma réflexion politique n'était pas assez avancée pour mobiliser le stoïcisme au service d'une réflexion contemporaine sur le monde.

Je crois que, à maints égards, la publication de mon livre sur la Transnistrie l'an dernier m'a libéré de beaucoup de contraintes formelles. J'ai vu qu'on pouvait composer un livre avec des bouts de ficelle tels qu'un journal de voyage auquel on peut accoller un article d'anayse juridique. L'ensemble tient quand même. Une partie en éclaire une autre. Et, même si un médiocre publiciste parisien dans une lettre à mon éditeur a tourné ce livre en ironie en le qualifiant de "brochure", la plupart des lecteurs, eux, y trouvent leur compte.

Ce livre libère une certaine audace. Je ne me sens plus obligé d'aligner des chapitres savants très cohérents entre eux. Si j'avais à écrire sur Caton aujourd'hui, bien sûr j'insisterais sur la biographie du personnage. Parce que Plutarque est singulièrement éloquent sur son compte. Et comme plus personne ne lit Plutarque aujourd'hui, il faut ressortir ces histoires. Elles montrent combien une éthique intègre à Rome au Ier siècle avant JC n'était pas "conservatrice" mais révolutionnaire, ce qui valait à Caton l'estime de la plèbe. C'est tout un rapport à la Loi, à l'Ordre, qui se joue là. Un sujet que les libéraux et les bobos n'aiment pas aborder car ça ne cadre pas avec l'esprit du capitalisme hédoniste contemporain. Cet ordre, les philosophes stoïciens l'appellent Logos. Le roi indien Asoka quand il parle de l'ordre dans ses décrets en pali utilise le mot "dharma" (bien connu des adeptes du bouddhisme), et dans leur version grecque... Logos.

Mais je voudrais aller bien plus loin que l'évocation du courage physique et moral de Caton d'Utique et de la vénération qu'il lui a valu (aux antipodes des sarcasmes de la récente série britanique "Rome" à son sujet). Je voudrais tirer diverses thématiques du stoïcisme dont Caton était adepte vers notre époque moderne. Le stoïcisme m'intéresse comme politique du "devoir" aux antipodes des téléologies marxistes et plus généralement progressistes - "Hacer la revolucion como un deber", "Faire la révolution comme un devoir" titrait audacieusement Republica.es cette semaine. Il m'intéresse aussi par l'innovation qu'il a apportée à son temps en terme d'unité de l'humanité, de cosmopoliteia. Un sujet diablement d'actualité à l'heure de la mondialisation. Enfin il pose des questions sur ce que la nature commande à l'humanité, ou du moins autorise chez elle, ce qui est aussi un thème très actuel maintenant que la génétique, les sciences cognitives et la paléoanthropologie nous ont réconcilié avec l'idée qu'une nature humaine existe et qu'elle détermine nos catégories mentales. Je me suis procuré hier l'ouvrage de Valéry Laurand sur la politique stoïcienne. J'écrirai peut-être mon livre sur Caton quand je serai à la retraite.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article