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Le blog de Frédéric Delorca

Mali : Michel Collon, "Descartes", les multinationales

23 Janvier 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Les blogs étant de l'ordre de l'éphémère (comme tout sur Internet) juste un mot sur une intervention de Michel Collon (journaliste dont j'ai déjà parlé dans mes livres et sur ce blog) à propos du Mali dans la vidéo ci-dessous que je vois circuler en ce moment (émission "Ce soir ou jamais"). Celles-ci me semblent faire la part trop belle aux intérêts des multinationales dans l'analyse du geste de François Hollande d'envoyer l'armée au Mali (et seulement sur cette séquence là, car ensuite bien sûr l'impéralisme économique est toujours susceptible de jouer à nouveau un rôle, notamment sur la décision - que je condamne - d'enliser dans la France dans une guerre pour la reconquête "totale" du Mali).

 

Bien sûr il y a eu le socialisme de Modibo Keita. Bien sûr il y a eu les coups fourrés de la France pour le renverser. Bien sûr il y  a Areva au Niger etc (des éléments qui, contrairement à ce que dit Collon, n'expliquent pas à eux seuls la pauvreté de ces pays). 

 

Mais dans la séquence spécifique de l'intervention française pour empêcher une poignée de 4 000 fanatiques de s'emparer de l'Etat malien, je ne vois pas le rôle des multinationales. J'ai écrit l'an dernier pour le blog de l'Atlas alternatif sur les parts du Qatar dans Total Mauritanie et leur intéret commun potentiel (car il faut être très prudent là dessus) à destabiliser le Sahel. Il est clair que les multinationales françaises qui s'entendent avec le Qatar peuvent aussi s'entendre avec Ansar Dine. Prétendre le contraire c'est conférer à Ansar Dine une médaille de libérateurs nationaux qu'ils ne méritent pas. L'impérialisme économique du point de vue des modalités de la lutte contre l'islamisme est assez neutre (il peut faire le jeu des islamistes ou les anéantir suivant les circonstances et suivant les tendances antagonistes qui s'affirment dans les milieux d'affaire et les milieux politiques, il peut même s'accomoder d'une guerre civile larvée comme en Libye. L'impérialisme économique est dans le cadre général des relations internationales, mais il n'est pas dans la dans le détail du choix d'intervenir militairement.

 

Je suis d'accord avec le blogueur communiste "Descartes" pour considérer que la question de l'abandon ou pas des "failed states" est une question très compliquée. Je pense qu'on pourrait la penser par exemple à la lumière d'une interrogation sur la légitimité ou non de l'ingérence vietnamienne au Cambodge à la fin des années 70 (où là aussi il s'agissait de sauver un "failed state" de l'emprise d'une bande de fanatiques).

 

Par contre je ne pousse pas la francolâtrie jusqu'à légitimer après coup l'ingérence française en Côte d'Ivoire par l'assise populaire qu'y a acquise le gouvernement de Ouattara. On peut prend acte de la légitimation progressive du régime ivoirien (encore qu'il faudrait y regarder de très près en lisant les journaux locaux) sans que cela ne valide pour autant notre ingérence qui 1) ne concernait pas un "failed state", 2) ne répondait même pas à la demande d'un gouvernement légal puisque l'issue du scrutin présidentiel était demeurée très obscure.

 

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gilles 05/02/2013 12:57


Frédéric, qui achètera les informations en provenance de cette agence de presse ? Quelles seront ses sources de financement nécessaire pour rémunérer ses journalistes, payer ses abonnements aux
fils des autres agences, aux périodiques payants spécialisés, aux quotidiens, pour louer ses locaux, son matériel, … ?


Je ne vois, mais peut-être que je manque d'imagination, que trois solutions :


1] Une fondation avec un capital de départ conséquent pour amorcer la pompe afin que cette agence, si elle évite les écueils qui ne manqueront pas sur sa route, puisse arriver à une notoriété et
une crédibilité telle que soit reprise comme source et puisse à son tour être profitable. C'est le modèle du « Monde Diplomatique »


2] S'adosser à une autre structure qui rapporte financièrement, du genre agence d'informations financières payantes et confidentielles qui fait cracher au bassinet ceux qui ont quelques sous de
côté pour financer la structure déficitaire d'agence de presse alternative !


3] Explorer les sentiers escarpés ( et peut-être tortueux pour l'éthique de rémunération des participants ) de l'agence de presse en collaboration participative :

https://ixquick.com/do/search?lui=francais&language=francais&cat=&query=agence+presse+collaboration+participative


https://encrypted.google.com/search?hl=fr&lr=lang_fr&q=agence+de+presse+en+collaboration+participative






Frédéric Delorca 05/02/2013 20:56



effectivement tu as raison ce sont les trois options possibles. Une quatrième est une sorte d'agence de presse sur le Net reposant sur le bénévolat des gens je ne sais pas si c'est ce que tu
entends par agence participative), mais ça doit être très. Comme je le raconte dans un de mes livres, dès 1998, l'apparition d'Internet, tout le monde y a pensé dans l'ordre de l'info
alternative. Déjà en 2000 Collon tentait d'en former une il m'avait invité. Puis Meyssan a appelé son Réseau Voltaire "agence de presse non alignée". Et quand le patron de Bastille République
nations a contacté Jacques Sapir pour créer une agence d'information sur les "Etats voyous" (à l'époque de Bush) celui ci lui a répondu qu'il fallait une fondation avec 2 millions d'euros minimum
de capital. Tu vois ce serpent de mer a la vie dure, et pourtant je pense que personne ne le fera avant longtemps. Or ce serait un moyen majeur pour corriger les injustices de notre époque. 



laurent 30/01/2013 22:49


D'accord dur Collon.


J'ai lu son bouquin sur la Lybie qui, au début est intéressant et argumenté, mais qui au bout d'un moment finit par se faire le relai de la propagande du régime de Kadhafi sans aucune nuance.

gilles 30/01/2013 18:32


Pour confirmer :


 


http://ivoire.telediaspora.net/fr/texte.asp?idinfo=76515

Frédéric Delorca 30/01/2013 19:20



Gilles, on retombe toujours sur le même problème : on ne peut déduire du silence des sans voix que tout va bien. Il faut créer une agence de presse alternative qui permette de déterminer la
réalité des répressions (sans d'ailleurs les exagérer non plus)



gilles 30/01/2013 18:00


J'ai un ami français qui a émigré en Côte d'Ivoire, il habite à Youpougon, le bastion du Front Patriotique Ivoirien, il m'a raconté en novembre que des membres ou des sympathisants du FPI se font
poursuivre et tuer par des milices et qu'il vaut mieux ne pas poser de questions sur ces « incidents ». Si les communications téléphoniques n'étaient pas aussi chères entre la Côte d'Ivoire et la
France, je l'aurais relancé pour avoir des informations. Pour le Mali, comme Joe Liqueur, je n'ai pas l'arrière-plan culturel pour en juger.

Joe Liqueur 26/01/2013 15:08


Je ne pense pas avoir la culture géopolitique nécessaire pour prendre position sur cette intervention au Mali. Mais je pense être suffisamment renseigné pour considérer ce Michel Collon comme un
énergumène assez grotesque. Je crains même qu'il ne fasse beaucoup de tort aux causes qu'il s'imagine défendre. La critique des média, quand c'est Halimi, ça va ; quand c'est Collon, ça craint.

Frédéric Delorca 26/01/2013 18:59



Je suis d'accord. Depuis la guerre du Kosovo où il nous expliquait qu'il fallait soutenir Milosevic et que cette guerre était une guerre pour les couloirs pétroliers, ses analyses nuisent souvent
au combat anti-impérialiste. C'est l'inconvénient de la simplification à outrance. L'avantage est que cela faisait passer quelques messages efficaces sur certains "médiamensonges" dans les
publics qui n'ont pas envie de construire des visions nuancées. Le phénomène Collon à l'extreme gauche, comme certains phénomènes analogues à l'extrême droite, posent la question de la
possibilité d'une réelle démocratie participative autour des relations internationales (domaine dans lequel il faut intégrer des connaissances géographiques, historiques, et une vision des
cultures des peuples et des logiques économiques ou étatiques).