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Le blog de Frédéric Delorca

Objectivation des structures de domination, totalitarisme de la condition humaine

13 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je lis ceci sur le blog "Vie de Meuf"

 

"Je passais mon permis pour la première fois, j'étais très stressée, comme l'immense majorité des candidats. Quand ça a été à moi, l'inspecteur a dit à mon moniteur, bien fort et devant moi, "de toute façon, les femmes, ça sait pas conduire". J'étais en colère, hors de moi. Je me suis plantée. Et j'ai eu droit au regard "Ben je vous l'avais bien dit"."

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Evidemment ça fait penser  à ce que disait Tonton Pierre (Bourdieu) : la domination s'objective dans des structures, que les dominés intègrent à leurs habitus, ce qui provoque des comportements qui finalement confortent les hiérarchies. Je pose que les femmes ne savent pas conduire, ce qui accroît la pression sur la femme, laquelle finit par mal conduire de ce fait et conforte le postulat de départ.

 

Autant que je me souvienne Tonton Pierre n'a jamais trouvé de solution à ça (je me souviens d'un de ses derniers cours au collège de France où il parlait d'une libération par le savoir à la manière stoïcienne : savoir qu'on est conditionné serait la principale liberté qui puisse être conquise), ce qui fait que beaucoup de gens de droite finisse par apprécier le boudieusisme (le disait une enseignante lyonnaise).

 

Sur mes terres de mission dans des zones défavorisées de banlieue, je découvre ces cercles diaboliques un peu partout, et un peu tout le temps. Plus les gens veulent montrer qu'ils ne sont pas aussi nuls que la doxa dominante le laisserait croise et plus ils se tirent des balles dans le pied (comme cette conductrice qui stresse le jour du permis), en choisissant les mauvaises voies pour prouver leur valeur.

 

Un universitaire bourdieusien n'y trouvera rien à redire puisque cela conforte ses hypothèses, et lui permet d'asseoir son autorité académique (à ses propres yeux à tout le moins). Mais quelqu'un qui voudrait agir politiquement pour l'avenir de son pays, au bout d'un moment tirera des conclusions. Il se demandera si cela vaut le coup de passer toute sa vie à vouloir provoquer du "socialisme par en bas", et s'il ne vaut pas mieux revenir au bon vieux principe platonicien de la coalition des philosophes-rois pour mener le troupeau politique (avec bien sûr des nuances de concertation, d'écoute et de maïeutique avec lesdites masses).

 

A part cela mes interrogations du jour : Pourquoi est-ce que Fidel Castro s'obstine à vouloir nous pronostiquer une guerre irano-états-unienne pour cet été ? Est-ce une lubie de vieux monsieur ou a-t-il un intérêt politique à jouer les Cassandre ? Car après tout, même s'il a raison, il pourrait le garder pour lui. Chacun sait que ses articles ne changeront rien, et ne feront pas descendre, à eux seuls, le peuple étatsunien devant les grilles de la Maison blanche. Et s'il a tort, on jugera plutôt déplacée sa prétention a lire dans le marc de café. En tout cas les idolâtro-gauchistes font circuler abondamment ses textes sur le Net. Toujours ce besoin insensé de se trouver des prophètes.

 

Autre question : Mao, pourquoi, comment ? Je lis un vieux bouquin, témoignage d'un journaliste français à Pékin dans les années 50. La période de la création des communes populaires, de la "folie de l'acier" etc. Etonnant comme un groupe d'aventuriers, à un moment donné, ont cru avoir les pleins pouvoirs sur des peuples, en Russie, en Chine. Avec l'assentiment desdits peuples qui, au passage, y trouvaient l'avantage d'un meilleur accès à l'éducation, à la médecine, dans un contexte de foi dans le Progrès dont le marxisme-léninisme n'était qu'un des noms possibles.

 

La notion de "totalitarisme" autour de cette frénésie du progrès qui laminait des millions de gens sur son passage ne me paraît pas pertinente. Les communistes ont raison d'objecter que l'ordre ancien que connaissait ces peuples, qui soumettait le paysan au bon vouloir de son seigneur, était tout aussi violent et sanguinaire, sinon plus, vu qu'il ne débouchait sur aucune perspective existentielle intéressante pour ledit paysan ni pour ses enfants.

 

Pour ma part, le totalitarisme, je le vois dans l'ensemble de la condition humaine : dans ce ressort foncièrement social qui travaille l'animalité humaine comme chez les fourmis. Vous vous souvenez de cette remarque de Patrick Pharo dans "Sociologie de la morale" qui disait que, quand je croise ma voisine dans l'escalier, je ne me dis pas que c'est une vieille primate aux poils blancs, mais que d'emblée je me dis "c'est Mme Dupont, je vais lui dire bonjour". Voilà : le totalitarisme humain est là-dedans : dans cette impossibilité où se trouve, sous peine de se nier lui-même, tout individu de voir en autrui un primate, et l'obligation qui lui incombe de se penser comme une personne saisie dans une série de liens et de rapports de jeu avec d'autres personnes. Toute cette comédie sociale de l'empathie, de la haine, du respect, du mépris, de la jalousie, de la générosité, de l'égoïsme, des coalitions, de l'approbation et du refus, des projets qu'on monte ensemble ou qu'on abandonne, tout ce jeu social auquel l'individu ne peut pas éviter de participer sous peine de devenir fou et de mourir. Voilà, me semble-t-il, ce qu'il y a d'irrémédiablement totalitaire dans notre condition, comme dans celle des abeilles ou des chympanzés (à ceci près que ces animaux, n'ont pas la possibilité d'avoir un regard théorique critique sur l'absurdité de leur sociabilité).

 

 

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