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Le blog de Frédéric Delorca

Pas rentable

26 Septembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Certains sociologues (à quoi bon les citer ?) ont planché sur ce sujet si répandu chez nos congénères : le besoin de reconnaissance. J'aurais pu témoigner auprès dans leur enquête en tant qu'auteur qui n'en reçoit aucune.

Aujourd'hui (jour de mon anniversaire en plus), là où je bosse, le journal interne a fait circuler sur l'Intranet une pub pour une interview donnée dans un grand journal par un type qui a écrit sur l'ENA.... Ce type est un collègue. Fort jeune. Il se trouve que je travaille chez moi depuis hier, donc j'ignore si tout le monde s'est précipité sur son bureau pour aller lui serrer la paluche et le féliciter. Bien sûr le livre de ce type sera oublié par tout le monde dans 10 ans (mais après tout l'Atlas alternatif aussi sera vite oublié), toutefois le gars se sera senti soutenu par son milieu professionnel et aura un peu plus de plaisir cet hiver à se rendre au boulot que moi, qui n'ai jamais reçu, en 15 ans, l'ombre d'un soutien, non seulement des milieux professionnels où je sévissais, mais même d'aucune autre institution (n'étant publié que par des toutes petites structures qui ne pouvaient même pas faire de la com' efficace pour ce que je faisais).

Je ne trouve pas spécialement avantageux ce type de solitude qui finit par inspirer de l'amertume à l'égard de pas mal de milieux, alors qu'il vaudrait mieux cultiver à leur égard une indifférence neutre. Hier un pote que je n'avais pas recontacté depuis cinq ans me dit qu'il a "adoré" mon roman "la Révolution des Montagnes" (roman dont très peu de gens hélas auront une chance de connaître l'existence en France). Mes bouquins sont suivis par quelques proches ou ex-proches, à distance, qui, du coup, se dispensent de prendre de mes nouvelles, puisqu'ils en trouvent dans l'ouvrage qu'ils ont acheté à 15 euros. Et puis il y a des inconnus qui s'abonnent au blog on ne sait pas trop pourquoi. Mais cela reste infinitésimal. Une dame le 13 août, un garçon le 16 septembre. Pourquoi, on ne sait pas trop. Comme ceux qui tapent "delorca" sur Google de temps à autre.

Je me suis creusé la tête hier pour savoir à quel éditeur je pourrais envoyer mon dernier manuscrit sur mes dernières trois années passées dans une mairie "Front de Gauche" de la banlieue Nord de Paris, et je suis arrivé à la conclusion que je n'en voyais aucun. Idem pour mon petit recueil de considérations politiques décalées que j'ai écrit en janvier dernier. J'ai parlé à un petit éditeur. Tout de suite les questions fatidiques : "vous avez vendu combien d'ouvrages jusqu'ici ?", "combien d'exemplaires du nouveau livre seriez vous prêt à acheter avec vos propres deniers ?". La loi du marché. Et qu'on ne me réponde pas "publie tes bouquins en ligne". Ceux que j'ai postés sur Calameo ne sont lus par personne ! Et ils sont une floppée dans ma situation. Beaucoup aussi sont tellement écrasés par le fonctionnement absurde du système éditorial qu'ils n'arrivent même pas à prendre la plume pour écrire, malgré le besoins urgent qu'ils en ressentent (car l'écriture reste toujours une revanche, même chimérique, sur tout ce qui limite la "puissance" dans l'ordre du réel, comme dirait Spinoza).

Mais que faire ? Je ne vais quand même pas téléphoner à la directrice de cabinet de François Hollande, en lui disant : "Sylvie, vous vous souvenez ? Quand je bossais avec vous à l'ambassade de France à Madrid, vous m'aviez apporté des petits gateaux avenida de America !". Je n'ai gardé aucun contact avec elle depuis 18 ans. Je ne suis pas un homme de réseaux. Je le paye. De toute façon, sûr qu'elle ne me proposerait pas de plancher sur un projet de révolution à planifier sur les cinq années à venir. Donc je ne vais quand même pas adhérer à Terra Nova pour mendier un semblant de reconnaissance, pour ressentir un semblant d'utilité, alors qu'à 27 ans, malgré la plus grande souplesse de mon échine d'alors, je ne l'aurais certainement pas fait.

Mais je ne vais pas non plus (comme beaucoup de contestataires ridicules le font) me dire "allons allons, au moins je reste pur, je témoigne pour les générations à venir, je leur passerai le flambeau un jour, je suis la vieille taupe invisible" et autres balivernes. Ni non plus "sublimer" mon petit ressentiment, ou ma petite impuissance, en pondant un article définitif sur un conflit qui tue 6 millions de morts (le Congo) en me disant "bravo garçon, tu es le seul à le faire !". Certains blogueurs font ça. Six mois, un an. Puis quand ils voient qu'ils n'ont que trois lecteurs par jour ils arrêtent.

Une sociologue (nous commencions par les sociologues, finissons avec eux) m'a sollicité pour me poser des tas de questions sur Internet en ma qualité de blogueur (peut-être parce que mon blog est au dessus du rang 50 sur Overblog). Aucune des entrées de son questionnaire ne me paraissait pertinente. Ca me rappelle quand j'ai reçu le questionnaire de Bourdieu (à l'époque j'ignorais que c'était de lui) en 1988 après mon prix Concours général (il en a épluché les résultats dans Homo Academicus). Ces gens-là feraient mieux de se mettre à la broderie.

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Commenter cet article

T
<br /> Bon anniversaire de la part d'un "inconnu du web", fidèle lecteur qui n'aura pas oublié l'Atlas Alternatif dans 10 ans ni dans 20 et qui comprend vos doutes et espère que vous les dépasserez.<br /> <br /> <br /> Cordialement,<br /> <br /> <br /> Tanguy<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> ps : encore plus que certains sociologues, tout psychologue sait qu'il n'est pas facile de ne pas "rentrer dans le moule", car cela implique la destruction de plusieurs étages de la "Pyramide de<br /> Maslow"<br /> <br /> <br />  <br />
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F
<br /> <br /> Merci beaucoup cher lecteur, c'est important quand même de savoir qu'on aura été utile à quelques personnes, même avec des ouvrages pas très bien ficelés !<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> bon anniversaire !<br />
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