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Le blog de Frédéric Delorca

Paris de 1901 selon Zweig

3 Juillet 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

798px-Eiffel_Tower_20051010.jpgJe poste ici deux pages de Zweig (Le monde d'Hier que je cite beaucoup depuis 8 jours) parce qu'elles révèlent un Paris très différent de celui d'aujourd'hui (avec des remarques qui rejoignent un témoignage d'Arletty relatif aux années 1915-1916 entendu à la radio il y a quelques années.

 

Zweig de manière très éloiquente relie un peu plus loin ce récit à l'image pathétique du Paris occupé par les nazis qui s'offrait à lui peu avant son suicide. Mais l'intérêt de son tableau tient au fait qu'il relie l'insouciance et la bonhommie parisiennes à l'égalitarisme introduit par la Révolution, une idée que je trouve intéressante d'autant que je réfléchis depuis longtemps aux effets anthropologiques du socialisme et des expériences révolutionnaires largo sensu.

 

La comparaison avec l'Allemagne est aussi éclairante (Zweig a visité des villes comme Berlin en Prusse, et New York aux Etats-Unis avant qu'elles ne deviennent les métropoles économiques de grandes puissances ce qui a développé en lui un sens très aigu de la comparaison spatiale aussi bien que temporelle).

 

J'ai progressé au delà de ces pages dans la lecture de l'autobiographie de Zweig et suis tombé, comme je le souhaitais sur sa rencontre avec Romain Rolland. J'ai ainsi mieux compris à quoi tenait sa fascination pour cet écrivain. Notez que lorsqu'il le vit pour la première fois, aux début des années 1910, Rolland était aussi négligé en France que Paul Valéry et Marcel Proust bien qu'ils fussent tous trois fort avancés dans leur carrière littéraire). A Romain Rolland il prête un engagement visionnaire au servir d'un art pacifiste qui unifierait l'Europe et le monde, contre la logique du capitalisme et des marchands de canons. Je reviendrai sur tout cela car il nous faudra examiner un jour ce que fut le projet de ces hommes, aujourd'hui largement dévoyé par l'européisme postmoderne de Largardère et de la finance internationale. Je mentionne d'un seul mot ici l'émotion de Zweig lorsque dans un cinéma de quartier de Tours (en 1912 ou 1913) il voit le public s'étouffer de haine à la vue d'une image de Guillaume II. J'ai déjà interrogé l'été dernier (avec un addendum en septembre) l'échec du socialisme pacifiste avant 1914, et je ne cesse de me demander depuis lors si l'équivalence relativiste France=Allemagne qu'il a véhiculée après guerre (ainsi que le bolchéviks), n'est pas une imposture. Zweig malgré tout son amour de la France adhère pleinement à cette équivalence (en comparant par exemple deux fois Krupp et "Schneider du Creusot" comme il dit, notamment dans leur façon de tester leurs armes sur le "matériel humain" des Balkans, comme les fascistes en Espagne en 1937). C'est peut-être une de ses faiblesses, qui portera en germe sa rupture ultérieure avec Rolland. Il y a peut-être quelque chose de trop "allemand" dans la lecture que Zweig fait de l'histoire dont il fut témoin. Je reviendrai sur tout cela ultérieurement.

 

Pour finir je prie le lecteur du blog d'excuser la différence de format entre les deux pages, due aux aléas du scanner.

 

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