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Le blog de Frédéric Delorca

Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer

27 Janvier 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

"Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer." Ha la belle devise de Guillaume d'Orange ! Tout le stoïcisme est là-dedans ! Rien à voir avec le finalisme marxiste. De l'apriorisme pur !

 

Blandine Kriegel dont j'ai découvert le dernier bouquin grâce au blog de BHL, exhume à juste titre cette citation qui vaut le plus beau des encouragements (mieux que l'exemple qu'un lecteur m'avait donné en novembre pour m'inciter à reprendre mon blog) d'autant plus qu'elle a été prononcée par un homme d'une grande envergure historique (que l'auteure compare à une sorte "d'âme du monde sans cheval" si je me souviens bien de ses termes ironiques à l'endroit de Hegel).

 

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Mais oui, il faut puiser nos références chez les grands hommes qui ont déployé leur génie dans l'histoire réelle, dans l'action, et au prix de leur vie, plutôt que chez les fantômes internautiques. Sainte Blandine tient un beau sujet avec la révolution néerlandaise, même si elle le gâche un peu avec ses manières grande bourgeoise : "Ah ! les beaux tableaux de Bruegel", "Ah les musées !" "Ah la démocratie parlementaire modérée !" "ha Spinoza !".

 

J'apprends mille choses. Le rôle des protestants français qui ont combattu en Hollande. Oui... ceux qui me travaillent tant depuis mes travaux sur l'histoire des parlements français (et aussi ma vieille lecture de Walzer, c'est lié aussi à mes origines béarnaises). Et les marranes aussi. Ah, les marranes ! Dans la revue Books ce mois-ci une critique par David Nirenberg dans la London review of Books de 2009 du dernier livre de Yirmiyahu Yovel "L'aventure marrane. Judaïsme et modernité", ça rejoint Blandine Kriegel. J'ai lu ça en diagonale dans le RER hier. La phrase "Les conclusions de Yovel font parfois involontairement écho aux arguments formulés, au début du XXesiècle, par les critiqyes antisémites de la modernité", et cette autre "L'auteur voit dans les marranes le meilleur exemple de l'impossibilité d'échapper à la judéité". Yovel pourtant est laïque. Je me souviens avoir lu son bouquin sur Spinoza en 91 ou 92. Nirenberg se sent enfermé par la survalorisation des marranes. Problème des universitaires qui exagèrent parfois l'importance de leur sujet. Pour ma part je ne sais pas.

 

Je ne sais pas non plus s'il faut survaloriser la révolution néerlandaise. Intuitivement j'ai tendance à penser que la révolution suisse antérieure, fut plus importante, et la deuxième révolution suisse, la révolution dans la révolution à Genève, le fut aussi. Mais je n'ai pas encore lu la deuxième partie du livre de Kriegel, celle qui parle de la théorisation politique de la révolution hollandaise. Attendons donc un peu.

 

Je lis dans les transports, je me transporte dans la lecture. Voyages. Le lecteur qui avant-hier cherchait "Frédéric Delorca idéologue" sur Google est -il le même qui hier a tapé "de droite Frédéric Delorca" et "Frédéric Delorca sur le socialisme" ? Il y a en tout cas de la volonté de m'étiqueter dans l'air. On veut me river dans des cases. Mais je reste pour ma part dans le voyage, dans la translation.

 

p1000082.jpgDes voyages sans aller bien loin, autour de Paris, mais des voyages quand même. Hier je suis sorti du métro Gare Du Nord côté rue de la Chapelle pour tomber sur ce tronçon de la rue du Faubourg Saint-Denis où s'alignent sans interruption les commerces indiens : statuettes de Ganesh et et de Shiva, salons de manucure et de massage tamouls, restaurants. On croirait avoir changé de continent. Puis je me suis retrouvé boulevard de Strasbourg au niveau du numéro 40, là où les boutiques ne sont plus que salons de coiffure afro, fast-food "Best of Africa", et officines de manucure qui puent les produits chimiques où des petits chinoises industrieuses et masquées liment les ongles de filles noires. Un ami m'a fait visiter une galerie non loin de l'arc de triomphe de Strasbourg Saint-Denis où tous les restaurants étaient indiens. "Indiens du Nord, a précisé l'ami, pas comme à Gare du Nord où ils sont tamouls". Nous train.jpgavons dîné dans un excellent restaurant turc. Au retour dans ma rame de métro, à l'autre bout du wagon, un type aux yeux bridés s'est fait tabasser gratuitement par un grand black barbu excité portant bonnet. Pas un mot des gens autour de lui, pas un soupir, même pas un cri comme les femmes en poussent d'habitude en pareille circonstance. Comme un film sans parole. Le type passé à tabac est descendu et s'est retrouvé seul à marcher sur le quai avec ses ecchymoses et le non-sens de ce qui lui était arrivé. La vie urbaine devient de plus en plus irréelle.

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