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Le blog de Frédéric Delorca

Restos du coeur et minarets

5 Décembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

"Les restos du coeur font salle comble cette année, ça me remue rien que de le dire" me disait une responsable locale de cette association cette semaine. Au même moment on débat de l'identité nationale, on interdit les minarets en Suisse, et "Ni putes ni soumises" propose aux municipalités des spectacles clé-en-main pour diviser les couches populaires issues de l'immigration autour du droit des femmes. Un ami m'écrivait hier : "Toutes ces affaires "islamiques" manipulées ont du bon : il semblerait d'après ce que je suis sur les différentes organisations implantées en banlieues, que même les organisations musulmanes les moins "sociales" et donc les plus "identitaires", comme celle-ci, comprennent désormais, à l'image de Tariq Ramadan se référant ouvertement au marxisme, que ces campagnes de stigmatisation style antisémitisme des années 1930 ne sont qu'un écran de fumée visant à éviter le débat sur la crise économique, la crise sociale et la crise du capitalisme. On peut donc remercier les Besson, Sarko et extrême droite suisse pour l'excellent cours de marxisme réel qu'ils donnent aux populations de nos banlieues, toutes origines confondues ...Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'arment pas en même temps une future extrême droite dure ("blanche" par exemple sioniste ou "islamo-identitaire") qui leur servira de gros bras lors de la phase dure de la lutte des classes qui se profile à l'horizon."

Pour la lutte des classes "dure" qui s'annonce je ne sais pas trop. Je me méfie toujours du wishful thinking et des eschatologies.Je traduis en ce moment pour un bouquin un texte d'un marxiste argentin qui annonce une nouvelle apocalypse financière pour 2010. Je suis un anti-finaliste (et pour cette raison un peu marxien, mais très peu marxiste). En éthique je deviens kantien (et d'autant plus que je vieillis). On doit agir selon les impératifs qu'on se donne, marqués du sceau de l'inconditionné, et de l'universel, et pas en fonction d'un Grand Soir téléologique et théologique, puéril et dépourvu de tout intérêt. Mais pour ce qui est du jeu entre le social et l'identitaire il crève en effet les yeux. Et tant mieux si les gens ne tombent pas dans ce piège grossier.

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C

Cher Frédéric,

J’ai dit que je n’étais pas sûre d’avoir raison.
Mais...  je pense que peut-être vous ne m’avez pas bien comprise, ou alors, c’est moi qui me suis mal expliquée.

Précisions :

Pour ma part, on peut bien construire tous les minarets qu’on veut, du moment que ça rend les fidèles de la base heureux et qu’ils arrivent à cohabiter avec les autres populations sans que personne
ait envie d’étriper l’autre, tout baigne.

La question que je posais était plus démocratique que vous ne pensez. Je demandais QUI avait eu l’idée et la volonté de, etc.

Or, si vous avez bien lu ce que dit M. Halim Akli (Kabylie, Suisse), vous aurez vu les mots « que personne ne demande ». Si personne n’a demandé, alors ma question reste pertinente : qui a voulu,
qui finance et pourquoi. Je ne crois pas aux féodaux mécènes. Et j’observe que les champions de la dignité musulmane n’ont même pas eu l’idée de demander aux principaux intéressés quel était leur
sentiment, avant de se lancer dans des intrusions mal perçues. (Les instigateurs du réfenrendum non plus, certes. Mais eux-mêmes, avaient-ils été consultés avant d’être mis devant le 13e ou le 14e
fait accompli ?)

Chercher la vérité n’est jamais perdre son temps et quand on veut y voir clair dans une obscurité organisée, rien ne vaut les principes.
MA République (celle de 93) a légiféré pour dire que, désormais, tous les cultes étaient libres en France, et que les hiérarchies de ces cultes n’avaient rien à voir dans la conduite des affaires
publiques, lesquelles étaient la responsabilité de l’État. Point. Elle ne l’a pas fait pour s’amuser, ni par caprice, elle l’a fait pour arrêter un effrayant gâchis qui durait depuis pas loin de
trois siècles : de François Ier à Voltaire, ou plutôt de l’Affaire des Placards à celle du Chevalier de la Barre, la France a été un abattoir à ciel ouvert. Tout au long de ces pseudo guerres de
religion, les uns et les autres se sont étripés – non sans avoir liquidé tous les athées d’abord – de manières qui n’ont rien à envier à Guantanamo ou Abu Ghraib, en se traitant réciproquement
d’hérétiques, mais en réalité, de part et d’autre, pour assouvir leur appétit de pouvoir et leur rapacité, ces deux moteurs de toutes les guerres.  Dès la séparation du civil et du religieux
prononcée, certes le Vatican n’a plus pu (jusqu’au Concordat) se mêler des affaires intérieures de la France – too bad... – mais en revanche, les Juifs et les Protestants ont pu, pour la première
fois dans l’histoire du pays, accomplir leurs rites respectifs en paix dans leurs synagogues et leurs temples, sans que cela porte aucun tort aux autres, toujours majoritaires. Croyez-vous que le
Vatican l’aurait lâché, son pouvoir de tout régenter et de lever l’impôt, si on ne l’y avait pas forcé ? Vous trouvez que ça n’en valait pas la peine ? Dans ce cas, vous êtes plus catholique que le
bas clergé du temps, qui, non seulement a accepté de bon gré cette décision, mais a si bien coopéré que la seule vraie révolution, celle des jacobins robespierristes, n’aurait tout simplement pas
pu avoir lieu s’ils ne lui avaient servi de courroie de transmission.  Et vous voulez me faire croire que les imams de proximité ne sont pas capables d'accepter et d'accomplir les mêmes choses
que jadis nos curés de villages ?
Voyez-vous, je sais que mes intérêts et ceux des musulmans de la base coïncident, même si je suis athée et eux croyants. Mais les intérêts de leurs féodaux et ceux de mes oligarques aussi
coïncident. Peut-être avez-vous renoncé à la lutte des classes. Moi, non. Jamais. Et je ne suis pas disposée à me laisser conduire dans des marécages de diversion.

Voir des rues entières de Paris barrées et leurs trottoirs couverts d’hommes (pas de femmes, hein) en prière à même le sol est inadmissible. Ce le serait de la part de n’importe qui. Je suis
certaine aussi que ces hommes QU’ON FAIT prier sur la voie publique, n’en auraient jamais eu, d’eux-mêmes, l’idée. Le sentiment religieux ne s’accomode pas du cirque. Qui les manipule ? Dans quel
but ? L’Islam ne manque pas de milliardaires qui pourraient, s’ils le voulaient, leur distribuer quelques-uns des nombreux bâtiments, souvent luxueux, qu’ils possèdent en France, en Suisse et
ailleurs, afin que les vrais fidèles (dont ils ne sont pas) puissent accomplir leurs rites dans la dignité, au lieu de le faire en bétail qu'on mène à l'abattoir.
Quant à nos bien-pensants de droite-gauche, au lieu de s’écraser devant toutes les provocations-qui-sont-autant-de-tests, comme ils l’ont fait jadis devant les provocs et les avancées par bonds
successifs savamment calculés de l’oncle Adolf, ils feraient mieux de donner de la voix avec ensemble, pour faire respecter la Mosquée d’Al Qods, qui est le lieu le plus saint de l’Islam après La
Mecque, et qui est présentement profanée par la soldatesque sioniste sans que personne y trouve apparemment rien à redire. Marrant, non ? Il suffirait pourtant qu’ils évitent juste de « rehausser
les relations de l’U.E. avec Israël » et la messe serait dite. Schizophrènes nos « élites » ? Non, juste gredins.
Bref, ce ne sont pas, Frédéric, les Suisses, qui ont voté pour Sarkozy, pour Besson et pour Hortefeux. Or, jusqu’à preuve du contraire, ce sont eux (en France) les principales épines dans les pieds
des musulmans. Allez demander dans le 9-3.
Une dernière petite chose avant de vous lâcher les baskets : je ne comprenais vraiment pas pourquoi des gens comme Finkielkraut ou les zozos de Libé et du Monde se mettaient tout à coup à défendre
comme les économies de leur grand’mère la dignité des musulmans. Avaient-ils donc retourné leur veste,  à ainsi lyncher les Suisses ? Je viens de comprendre en lisant une phrase de 
Richard Werly, dans Le Temps : “La démocratie directe reste, en l’état, l’obstacle majeur à une future intégration de la Confédération dans l’Union européenne.”
« Aaah !, dit la vache en voyant le fromage, je compreeennnds » : la démocratie directe de la Suisse est dans le chemin de son absorption par l’UE, et voilà qu’elle fait quelque chose qui permet de
la diaboliser... Chic. Taïaut ! taïaut ! taïaut ! cornent nos ineffables, qui savent de quel côté leur tartine est beurrée.
Le coeur se soulève ? Bof ! On en avalera d’autres.

C’est trop long. Mille excuses. Mais vous aurez peut-être un peu de temps pour lire dans le train.
Bon voyage et sans rancune.

Catherine


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C

Cher Frédéric,
Même si vous partez pour l'Abkhazie et si vous n'êtes pas de mon avis, je vous envoie à toutes fins utiles ou inutiles, ma réflexion sur cette affaire "du minaret".

Ce qui m'a paru bizarre dans cette affaire, c'est le lynchage des Suisses, à propos de religion musulmane, par des gens qui brillent plutôt,
d'habitude, par leur islamophobie. Autant de retourneurs de veste en une seule nuit est à tout le moins troublant. Du coup, j'y suis allée de ma contribution personnelle.


Elle est mal écrite car à la hâte, mal éditée, elle essuie les plâtres d'un blog qui démarre, et je ne suis pas sûre d'avoir
raison. 


http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/
("orchades" et "thalamèges" sont des noms de bateaux inventés par Rabelais. Je ne les ai trouvés dans aucun dictionnaire.)
Bon voyage. Et j'espère que vous raconterez.
Catherine




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F

Merci Catherine. C'est plutôt "que le meurtre récréatif insupporte" qu' "intolère" pour la première partie. Pour la seconde partie de la page nous sommes en effet en désaccord. Sur le détail
(l'Europe n'est pas vouée, selon moi, à devenir Gaza, pour des tas de raisons, et la Bosnie n'a pas, heureusement, été débarrassée des Serbes etc.), que sur l'essentiel : votre légitimation du vote
suisse par l'impérialisme américano-saoudien est habile (et rejoint le soutien de certains jadis au nationalisme serbe par l'existence de ce même impérialisme en ex-Yougoslavie) mais c'est
une réduction dangereuse. L'argument "Vous crevez la dalle à quoi bon élever un minaret" est une façon d'oublier la grande phrase de Sékou Touré plagiant l'Evangile "l'homme ne vit pas
seulement de pain mais aussi de dignité"... La question de la place des minarets, des cimetières musulmans dans le paysage européen, de l'Aït dans nos calendriers est une question à part entière
que les gens d'origine musulmane, croyants ou non, ont raison de poser (et d'ailleurs posent de plus en plus depuis des années sur divers blogs), que ce soit avec l'aide des dollars saoudiens ou
sans elle. Et la réponse des Suisses n'est simplement pas juste.

Si l'on veut neutraliser l'impérialisme US-saoudien, ce n'est pas en interdisant les minarets qu'on l'obtiendra. C'est en soutenant au Proche-Orient toutes les forces porteuses de changement,
qu'elles soient laïques ou non (l'opposition égyptienne, le Hezbollah etc). Mais ne nous leurrons, ces forces ne seront jamais "qualibrées" selon nos critères. Le temps où une gauche laïque
dans le monde arabe était à l'école de l'Occident est terminé. Cette gauche est morte (ou presque) en même temps que la gauche occidentale. Si l'opposition égyptienne renverse Moubarak un jour, il
y a de fortes chances qu'elle soit à dominante "Frères musulmans", et si elle obtient un effet de domino sur l'Arabie saoudite, il se peut bien que le nouveau régime qui s'y instaurera sera aussi
très barbu, et continuera d'employer l'argent du pétrole à construire des mosquées à travers le monde... Le fond du problème sur ce point des rapports avec le monde musulman n'est pas
l'impérialisme. C'est une nouvelle orientation des consciences politiques à travers le monde, qui n'est plus conforme à l'occidentalocentrisme, et à l'égard de laquelle, me semble-t-il, nous devons
adapter notre vision.
Bien à vous
F