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Le blog de Frédéric Delorca

Revue des cours littéraires de la France et de l'étranger 1867-1868

29 Août 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Comment voyait-on le monde en 1867 ? La revue des cours sur laquelle je suis tombé par hasard aujourd'hui en donne une petite idée.

 

Le XIXe siècle en matière de compréhension sociologique et psychologique de l'histoire est souvent le siècle de la simplicité, ce qui a l'avantage de permettre d'entrer dans trop d'efforts dans des sujets compliqués sans trop se fatiguer, mais cela suppose bien sûr qu'on ne se contente pas des clichés produits.

 

J'aime bien celui-ci par exemple, dans le numéro du 2 mai 1868, sous la plume de Jean Zeller à propos de la Renaissance : "La France, on le sait, se trouvait alors entre l'Italie, qui retournait au paganisme par l'étude des chefs d'oeuvre profanes des Grecs et des Latins, et l'Allemagne, qui tournait à une révolution religieuse en s'attachant aux livres saints et aux premiers Pères. (...) François Ier et Marguerite s'intéressaient, dans leur mesure et selon leurs directions différentes, à ce renouvellement de l'esprit ; François se faisait traduire et lire les historiens latins et grecs, Tite-Live ou Thucydide ; Marguerite ouvrait les Epîtres de saint Paul ou la Cité de Dieu, de l'évêque d'Hippone" (Soirée littéraire de la Sorbonne).

 

Plutôt amusant, avouons le. Cette formule élégante avec sa passion pour les "caractères nationaux" ferait presque de François Ier un italien et de la Marguerite des Marguerite une allemande, ce qui, du coup, permet aussi de figer la femme dans le stéréotype de la dévotion comme on l'aimait alors ("Marguerite était avant tout bonne soeur" écrit-il plus loin, on verra ailleurs sur mon blog ce que je pense de cela), oubliant Marguerite lectrice de Boccace...

 

Par Léon Feer de l'Ecole des lettres orientales (miracle ! il a sa fiche dans Wikipédia) dans la revue du 29 juillet 1868 on apprend que la France fut pionnière dans la philologie des  textes tibétains grâce à l'envoi par Pierre le Grand de liasses de textes de ce pays à l'Académie des inscriptions de Paris, mais qu'il en fut fait un mauvais usage. Il note à propos de la colonisation occidentale en Asie : "L'invasion européenne (car elle mérite ce nom) secoue les peuples de leur torpeur (...). Le développement de l'activité nationale par une meilleure administration des ressources de chaque contrée, l'accroissement de la richesse publique, peuvent seuls faire pardonner l'immixtion, peut-être nécessaire, en tout cas inévitable, mais assurément trop pressante, et non exempte de violence et d'usurpation, des Européens dans des contrées qui ne sont pas les leurs". Sans doute est-ce là le reflet de l'opinion majoritaire de l'époque.

 

Dans le numéro du 7 mars, Emille Beaussire (qui sera un des fondateurs de Sciences Po) s'inquiète du contenu dogmatique du spiritualisme académique et défend un essai de François Magy (réimprimé aux USA il y a peu semble-t-il voir ici) qui concilie matérialisme et spiritualisme autour de Leibnitz. J'aperçois aussi des considérations de Paul Janet sur les âmes des animaux, des conférences sur la littérature américaine, sur la Prusse, sur les premières colonies françaises (au XVe siècle), sur l'Antiquité. Il faudra que je vous reparle de tout ça un autre jour.

 

 

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