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Le blog de Frédéric Delorca

Roland Dumas, l'extrême droite, et les formes de résistances que nous n'aimons pas

8 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

J'ai fait l'éloge il y a peu du geste de Roland Dumas se dressant contre le système politico-médiatique impérial pour se faire l'avocat de la défense en Côte d'Ivoire. Geste noble (car il ne pouvait lui attirer que des critiques) et nécessaire (car il faisait entendre le point de vue des accusés, inaudible dans les grands médias).

 

Un lecteur du blog, par ailleurs attentif aux papiers de Libération et du Monde, m'explique que M. Dumas en réalité s'est rendu en Côte d'Ivoire avec l'aide de l'extrême-droite, et qu'en réalité toute sa démarche intellectuelle serait de plus en plus inspiré par cette mouvance.

 

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Je ne sais pas si les éléments qu'il cite à l'appui de sa démonstration sont tous vérifiés (Le Monde et Libé nous ont souvent habitué à de la désinformation, en particulier sur ce genre de sujet). Si tel est le cas cependant, effectivement il y a matière à interrogation. Peut-on isoler le geste de résistance de ces deux anciens avocats du FLN, du parcours éventuellement tortueux que ceux-ci ont suivi ? - dans le cas de M. Dumas, non seulement du côté de l'extrême-droite (ce qui est à vérifier), mais aussi sur les chemins de la corruption mitterrandienne qui a causé encore plus de servitude et de morts dans ce monde depuis 30 ans que l'extrême droite (je songe ici aux morts angolais du fait qu'Elf sous Mitterrand soutint aussi bien le MPLA que l'UNITA, entre autres exemples).

 

Question philosophique importante sur le geste et les individus que j'ai déjà posée il y a peu.

 

Une autre interrogation encore autour de ce sujet : pourquoi est-ce que dès qu'une forme de résistance concrète se manifeste à l'égard de l'empire euro-étatsunien, le canal de liaison est il celui de l'extrême-droite ? Cela s'est vérifié sur la Côte d'Ivoire, précédemment aussi le Liban quand Meyssan a voulu rencontrer le Hezbollah. Il n'y a guère que l'Amérique latine qui échappe à cette règle. N'est-ce pas parce que la gauche de la gauche se montre un peu trop pusillanime ? Gbagbo faisait partie de l'Internationale socialiste. Il est aberrant que seul le FN maintenant puisse servir d'intermédiaire avec lui...

 

N'est-ce pas le résultat d'un trop grand "purisme" de la gauche de la gauche qui se limite à des slogans abstraits du genre "halte à l'impérialisme" sans vouloir connaître concrètement les protagonistes des luttes.

 

Cela me fait penser au témoignage d'un ami de gauche à l'issue d'une manifestation de solidarité avec la Tunisie qui jeudi dernier.

 

"La manif était assez massive. Comme d'habitude deux mondes, les laics (PG en tête qui a refusé presque jusqu'au bout la participation des islamistes) et les Tunisiens de Tunisie ...Là Mohamed m'a dit qu'il a fourni aux organisateurs les messages provenant de Tunisie des structures syndicales qui se sont rebellées contre la centrale et qui sont en fait aux mains des islamistes de Nahda ...ils n'ont pas fait confiance à sa traduction, ils ont donc fait appel à un autre traducteur qui a confirmé que les islamistes se battaient pour une démocratie pluraliste et constituaient l'élément le plus dynamique des syndicalistes actuels ...
 
On se demande pour quelle Tunisie on se bat ??? celle des Tunisiens ou celles que les Français progressistes aimeraient voir en Tunisie ?"

 

La question qu'il pose à la fin me paraît juste : comment nous positionnons-nous à l'égard des formes de résistance que nous n'aimons pas ? Celui qui s'en tient à énoncer des idéaux de résistance dans le vide sans discuter avec ceux qui résistent vraiment n'est-il pas hors du monde, hors de la vie, et n'est-il pas au fond objectivement complice du système qu'il combat, puisqu'il se limite à contempler des mots désincarnés ?

 

Sujet complexe s'il en est...

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J
<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> Moins complexe qu'il pourrait paraître si on l'observe du point de vue de la sincérité, ce qui nous ramène au geste pour l'occasion. <br /> <br /> <br /> Pour Vergés son attitude est celle d'un dandy, il se place dans la provocation, il a commencé par le FLN pour finir par Milosevic en passant par Barbie, le seul point commun est la volonté<br /> délibérée de choquer. Il n'y a aucune valeur morale commune derrière ces engagements juste une prétention à exister à travers une opposition systématique. La seule révélation qui pourrait nous<br /> surprendre de la part de Vergés serait qu'il nous dise ce qu'il fit lorsqu'il disparu pendant 7 ans.<br /> <br /> <br /> Pour Dumas son attitude est celle d'un cynique, grand ami de Mitterrand qui s'est institué homme de gauche pour pouvoir exister face au gaullisme tout en conservant ses amitiés à l'extrême<br /> droite. Dumas, d'une indéniable intelligence, a joui avec délectation de tout ce que pouvait apporter la proximité du pouvoir mais il a été condamné de maniére définitive pour abus de confiance<br /> dans la succession Giacometti.<br /> <br /> <br /> Au delà de la question du geste il y a aussi la question de la sincérité, quelle est la sincérité profonde de cet engagement. Pour en revenir à l'exemple du soldat russe plantant le drapeau sur<br /> le Reichstag, si celui-ci était un combattant qui à pillé et violé, la symbolique du geste n'en reste pas moins forte, si c'est un acteur délégué par les studios de Moscou pour que le planté de<br /> drapeau soit esthétisé alors le geste deviens creux, c'est la sincérité à l'origine du geste qui lui donne sa valeur, peu importe les qualités ou défaut de l'homme qui le commet.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Bonjour, le film de B. Schroeder sur Vergès montrait tout de même une constante anti-colonialiste dans son engagement (qui fonctionne aussi sur la Serbie si l'on considère que celle-ci fut<br /> victime d'une ingérence impérialiste en 1999). Il a aussi avancé cette conviction à l'appui de sa décision de défendre Barbie car, bien qu'il fût résistant dans ses jeunes années, il souhaitait<br /> rappeler aux dirigeants que les crimes du nazisme ne devaient pas occulter ceux du colonialisme. Qu'on soit d'accord ou non avec cette logique là, on doit quand même admettre qu'elle va au delà<br /> du simple dandysme. Concernant Dumas, on peut supposer qu'il y a là un retour aux idéaux de jeunesse (comme Mélenchon du reste), puisqu'il fut avocat du FLN (comme Vergès, ex mari de Djamila<br /> Bouhired)... Après effectivement la collusion avec l'extrême droite (si elle est avérée, mais il faut être prudent) "brouille" la clarté du geste anticolonial...<br /> <br /> <br /> <br />