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Le blog de Frédéric Delorca

Roudinesco et Onfray

2 Septembre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Il y a beaucoup de sujets en ce bas monde qui méritent plus d'attention que la polémique Roudinesco-Onfray. Par exemple la question : pourquoi les inondations au Pakistan intéressent-elles moins les médias et les foules alors que, de l'avis de l'ONU, elles sont plus désastreuse que le tremblement de terre d'Haïti qui a ému tant de personnes ?

 

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Je serai donc bref sur la polémique parisienne, en signalant seulement combien les querelles intellectuelles ont parfois du bon pour résumer les caractéristiques des gens. Bien sûr on est toujours, de part et d'autre, dans le registre de la caricature, mais la caricature dit aussi quelque chose de vrai sur la limite d'un raisonnement, d'une posture. Dans le dernier livre de Roudinesco contre Onfray il y a de très beaux paragraphes, un très beau portrait de la pensée de son adversaire. Preuve, comme disait Gide, qu'il faut faire raconter une histoire par un homme (ou une femme) en colère, ou encore, comme disait Nietzsche, que la colère est une source d'inspiration formidable. A-t-elle vraiment, par ailleurs, tenté de faire couler financièrement l'université populaire d'Onfray ? Ce ne serait pas très élégant, pas plus d'ailleurs que la réponse du philosophe à la psychanalyste dans Libé. C'est un problème assez constant en France depuis l'après-guerre : les gens ne savent pas garder une hauteur de vue.

 

N'étant ni pour la psychanalyse, ni pour la religion païenne que M. Onfray cherche à imposer, je ne me sens pas vraiment concerné par le fond des arguments qui sous-tendent cette polémique. En revanche je trouve qu'on a raison de reprocher à M. Onfray sa désinvolture méthodologique sur le volet de l'historiographie. On ne devrait jamais laisser un philosophe faire de l'histoire. Dans le livre de Roudinesco, la façon dont l'historien Guillaume Mazeau démonte les écrits d'Onfray sur Charlotte Corday m'a paru tout-à-fait exquise.

 

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L
<br /> <br /> Du point de vue de l'histoire de la construction de la psychanalyse, oui, l'histoire de Freud/Bernays est secondaire. Il ne s'agit que d'un élément parmi de nombreux autres qui<br /> témoignent, chez l'individu Freud, d'un rapport très problématique avec le sexe (le rôle central que joue la pathogénie sexuelle dans sa "science" est à cet égard significative). Au final, qu'il<br /> y ait eu coucherie ou non, le corpus psychanalytique aurait été le même (à quelques détails près).<br /> <br /> Ceci dit, que Freud ait couché avec Minna est une hypothèse très probable (d'ailleurs, si mes souvenirs sont bons, Onfray ne dit que cela : qu'il s'agit d'une hypothèse très probable), vu que la<br /> relation de Freud avec sa belle-sœur était extrêmement ambigüe. Enfin, je tiens à préciser une chose. La thèse de l'adultère (et de l'avortement de Minna), à laquelle adhèrent d'ailleurs de<br /> nombreux psychanalystes, s'appuie sur un faisceau d'indices et non pas sur cette seule histoire d'hotel. Un historien assez génial, Peter Swales, a écrit sur ce sujet des articles très fouillés<br /> (à partir d'analyses textuelles et historiques qu'il serait laborieux de résumer ici). Lisez-le si vous désirez en savoir plus, ça vaut largement Gala. <br /> <br /> Pour les explications suivantes, je suis d'accord. D'un autre côté, j'aimerais avoir une explication sociologique/anthropologique de cet acharnement contre Onfray chez les gauchistes : au-delà du<br /> jeu du "c'est moi qui suis le plus radical" (variante du "c'est moi qu'a la plus grosse"), pourquoi une telle haîne, une telle fixation ? Je trouve qu'il y a un côté morbide dans ce comportement.<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Tu as raison en ce qui concerne l'acharnement anti-onfray. Je ne sais pas si je peux répondre là dessus en tant que "sociologue". Mais ma vision de "la gauche" entendu depuis comme grand<br /> mouvement réformatur au profit des classes inférieures (petite bourgeoisie ou prolétariat) est la même que celle de tous les grands mouvements réformateurs qu'a connu l'humanité (les révolutions<br /> rationalistes, les grandes réformes éthiques des courant religieux) : ce sont des mouvements qui ne peuvent pas aller au bout de leur essence, et se heurtent rapidement aux contradictions de la<br /> nature humaine dans l'application de leur programme.<br /> <br /> <br /> "La gauche" est un mouvement qui depuis 1789 dans son essence lutte contre les monarchies (mono-arkhè) et les artistocraties (aristos-kratos) et, à ce titre doit miser sur le pouvoir collectif<br /> des démunis (leur réunion sur un pied d'égalité dans des assemblées etc.). De fait elle attire à elle des gens réellement humbes et qui ne cherchent pas le pouvoir pour eux mêmes, mais elle<br /> attire aussi des tas d'esprits un peu solitaires, épris d'innovation et qui n'aiment pas la société telle qu'elle est, notamment une majorité des intellectuels (du moins jusqu'à très récemment).<br /> Ces esprits là ne sont pas réellement "fans" des manifs de masse et des palabres infinies des assemblées, mais ils n'ont pas d'autrechoix que d'être dans cette mouvance et même parfois de siéger<br /> dans ces assemblées et de s'imaginer qu'ils aiment ça. Ce fut assez typique d'Onfray quand il était au milieu des collectifs anti-libéraux. Une pétition récente contre lui  a souligné en<br /> revanche que son université n'a rien d'une assemblée démocratique (comme l'était vincennes au temps de Deleuze par exemple). Et réciproquement la gauche tout en les respectant s'est toujours un<br /> peu méfié des intellectuels (tout comme de ses leaders un peu trop narcissiques), surtout au moment  des révolutions. Donc c'est un équilibre toujours un peu précaires qui unit la gauche à<br /> ses leaders intellectuels ou politiques, un équilibre qui peut être notamment rompu quand la droite vante les mérites de l'un d'entre eux, ce qui est le cas d'Onfray en ce moment...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Je ne comprends pas. Le passage de la vidéo (7''44) montre plutôt Onfray afficher une moue dubitative lorsque l'autre lui sort qu'il est caricatural.<br /> <br /> Quant à la liaison de Freud avec sa belle-sœur (hypothèse qui repose sur bien plus qu'un simple bout de papier, soit-dit en passant), c'est un sujet secondaire. Lorsque je dis que le livre<br /> d'Onfray est bon sur le plan historiographique, je ne parle pas de ces histoires de coucherie (qui relèvent de la psychobiographie) mais des mensonges sur lesquels repose la construction de la<br /> psychanalyse : faux patients (Etudes sur l'hystérie), fausses guérisons (les Cinq psychanalyses furent un échec) et dissimulation des preuves de la supercherie (archives bloquées, révisionnisme<br /> hagiographique, calomnies sur les contradicteurs "scientistes/réactionnaires/névrosés", etc.).<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Je crois qu'il dit "oui je suis caricatural et alors"<br /> <br /> <br /> Pour être "nickel" sur le plan historiographique, il faut l'être aussi sur les détails comme les coucheries quand on décide d'en parler (le diable est dans les détails disaient les Anglais).<br /> D'ailleurs les coucheries sont-elles un détail ? Quand on défend une philosophie de l'Eros (seul point commun d'ailleurs entre Onfray, la psychanalyse, et l'humble auteur de ce blog), on ne peut<br /> pas reléguer le sexe à la périphérie.<br /> <br /> <br /> Cela dit, soyons généreux, Onfray a le mérite de révéler au grand public les défauts de la psychanalyse que des auteurs plus confidentiels avaient révélé avant lui, comme Akhenaton a sans doute<br /> révélé en son temps les défauts d'un culte trop soumis au dieu Amon. Ca ne fait ni d'Onfray ni d'Akhenaton de grands rationalistes, mais ça instruit quand même dans une grande mesure le public<br /> non averti. Je me rends compte de plus en plus combien un type qui dépense de l'énergie à mener des débats "grand public" ne peut plus en avoir après pour fignoler le détail d'une pensée ni de<br /> donner à celle-ci une profondeur. Il y a quelques jours par exemple quand j'ai vu le présentateur de Cdansl'air arbitrer un débat sur la corrida comme on arbitre un match de boxe, je me suis dit<br /> qu'il était normal qu'après ce type soit un journaliste conformiste et peu rigoureux sur le fond des dossier : la pédagogie grand public qu'il organise dans son travail de modération des débats<br /> absorbe nécessairement 80 % de son énergie intellectuelle quotidienne.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> j'ai l'impression que tu m'attendais au passage.<br /> <br /> <br /> "étant ni pour la psychanalyse, ni pour la religion païenne que M. Onfray cherche à imposer, je ne me sens pas vraiment concerné par le fond des arguments qui sous-tendent cette polémiqueé"<br /> <br /> <br /> Sauf que l'essentiel de la polémique ne porte pas sur la philosophie païenne mais sur les preuves de l'imposture freudienne. Si Onfray a dit des conneries sur Charlotte Courday, son livre sur<br /> Freud a, lui, été relu par un spécialiste incontesté de l'histoire du freudisme (Borch-Jacobsen). Onfray a simplement rajouté une couche philosophique ; sur le plan historiographique (exception<br /> faite de certaines interprétations psychobiographiques) c'est nickel.<br /> <br /> <br /> Quant à Roudinesco, c'est une vraie s** et il n'est pas étonnant qu'elle ait voulu faire supprimer les subventions de l'université populaire. Pour se faire un avis sur cet individu, voici un<br /> compte-rendu intéressant de ses contributions à la "Cause" : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=622<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Roudinesco a un fonctionnement assez stalinien effectivement. Je ne vois pas comment on peut dire qu'est "nickel" une allégation sur une relation sexuelle supposée entre Freud et sa belle soeur,<br /> par exemple, sur la base d'une signature d'hôtel qui dit "Herr Freud u Frau". Contre Freud je préfère le Livre noir de la psychanalyse (même si je ne suis pas fan des psychologies<br /> comportementalistes). Note qu'Onfray reconnaît être caricatural à la minute 7.44 de la vidéo http://www.dailymotion.com/video/xd8s0n_michel-onfray-et-freud-on-n-est-pas_news. Onfray a son propre projet<br /> religieux, comme Epicure. Si notre époque n'exigeait pas des penseurs qu'ils donnent des gages d'un semblant de rationalité ça fait longtemps qu'Onfray tout comme Roudinesco d'ailleurs auraient<br /> fondé une secte. <br /> <br /> <br /> <br />