Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

Servitude volontaire : 40 % de sarkozystes en France

18 Janvier 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

On a beau se répéter que les partis politiques ne font plus recette et que Sarkozy est discrédité, l'UMP représente encore une force dans ce pays (elle l'a prouvé aux dernières européennes, malgré le taux d'abstention dont on ne peut rien déduire), et 40 % des Français continuent d'approuver l'action du président de la République. 40 % d'opinions favorables, ça veut dire presqu'un Français sur deux qui cautionne un homme politique inconsistant, qui leur ment de façon grossière (certains sites se sont même spécialisés dans les plaisanteries autour de ses bobards dans le registre du "plus c'est gros plus ça passe"), qui aligne lâchement sa politique sur la loi du plus fort, qui renonce à tout ce qui a fait la noblesse de la République française. J'ai tendance à rapprocher ce triste constat de la lâche sympathie qu'éprouvent bon nombre de Français par exemple pour les Etats-Unis d'Amérique, un pays qui est en train de les humilier à Haïti en interdisant tantôt à ses ressortissants de quitter le pays, tantôt à ses avions d'atterrir, ou certauns de leurs alliés les plus agressifs comme le régime de Kigali ou celui de Tel Aviv tout aussi prompts à mépriser le drapeau et les diplomates français.
P1010278.jpg
On ne peut pas prétendre qu'il s'agisse là seulement d'un défaut d'information. Les gens savent. Ils ont tous les moyens de savoir. On ne peut pas non plus imputer la situation à l'absence d'alternative : en Ukraine non plus les alternatives ne sont pas reluisantes, et pourtant depuis des années le président sortant n'était crédité que de 5 % de bonnes opinions.

Le chiffre à peu près incompressible depuis plus d'un an de 40 % de sarkozystes en France est sans doute un des symptomes des changements accomplis autour de nous par le néo-libéralisme enrobé d'idéologie "sympa" médiatique, ce mélange d'esprit petit-bourgeois et de consumérisme effreiné. On aurait envie de rapprocher ce chiffre du recul général des valeurs humanistes que provoque ce système politico-économique : recul du sens de l'honneur, de la parole donnée, de l'amour entre hommes et femmes, du respect des ainés etc. La roublardise et le calcul personnel érigés en étalon de ce qu'il faut faire et de ce qui doit être. En un sens Mitterrand et Chirac nous avaient déjà bien préparés à cela. Comment on tire un peuple vers le bas. Une partie de l'intelligentsia italienne face aux 70 % de berlusconistes est confrontée au même constat.

 

On peut se demander parfois s'il y a encore dans le peuple français quelque sujet de fierté qu'on puisse mettre en avant, autre chose qu'un héritage des siècles passés. Peut-être est-il encore un peu plus "de gauche" que certains peuples. Dans son aptitude encore à défendre ses services publics comme il l'a montré lors du pseudo-référendum sur la Poste (mais il ne descend déjà plus dans les rues comme à l'époque de Villepin). Peut-être aussi dans son ouverture aux peuples étrangers. Une question très débattue. Je crois que c'est Bricmont qui disait récemment que le fait que l'expression "vous êtes raciste" puisse faire mouche de nos jours est le signe que le racisme est devenu minoritaire. Tout dépend où l'on place la barre. Sans doute une bonne moitié des gens sont relativement ouverts à l'autre (les mariages mixtes en attestent), l'autre moitié ronge le frein de sa xénophobie en silence... Mais si l'on entend par "absence de racisme" la disposition à abandonner tout préjugé, tout ethnocentrisme, tout paternalisme, alors cela ne doit concerner qu'un Français sur mille, et encore...

 

Bref tout cela pour dire donc que l'atmosphère n'est pas très saine dans notre "douce France". Mieux vaut ne pas trop savoir sans doute de quoi ces 40 % de sarkozystes "sont le nom", comme dirait l'autre. Mais force est de constater qu'on peine de plus en plus à trouver des vertus à ses compatriotes.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

N

Cher Frédéric,

Comme vous y allez ! Je reprends un petit passage de votre chronique : "malgré le taux d'abstention dont on ne peut rien déduire" Ah bon !?
Vous qui avez écrit un texte dans le cahier de l'Herne consacré à Chomsky, n'avez sans doute pas oublié comment fonctionnent les "mainstream" media, comment opère leur endoctrinement, vous savez
bien ce qu'est réllement le pouvoir politique médiatisé aujourd'hui (Tzarko ou ô Bama...et les autres), et où se situe le vrai pouvoir, invisible lui, mais bien actif. On pourrait
aussi convoquer Bourdieu et Serge Halimi et leur efficace analyse des chiens de garde de la technostructure politico-médiatique.
Et donc considérer que les sondages sont de la poudre de perlimpinpin, que 40% de "satkozystes" (adjectif totalement typiquement fabriqué pour l'endoctrinement), ne veulent strictement rien dire,
que, surtout, une grande majorité d'abstentions aux dernières élections européennes signifie énormément sur le rejet, par le peuple, du système d'oligarchie (international) actuel qui nous
écrase (voir à titre d'exemples : 1/la mascarade du sommet de Copenhague, 2/ le silence assoudissant des mainstream media sur la marche sur Gaza fin décembre avec Noam Chomsky, Mgr Gaillot, et 1400
courageux qu'on a interdit de pénétrer à Gaza devenu le plus grand camp de concentration connu, pour soutenir alimentairement et médicalement les opprimés gazaouis. 
Donc, prendre d'autres lunettes et ne pas désespérer.


Répondre
F


Cher Nignam. Bourdieu et chomsky n'ont pas eu tt à fait la même approche des sondages. Chomsky n'hésite pas à en citer parfois (sauf que ses citations sont très sélectives, par exemple quand il
affirme que la majorité des Américains sont hostile sà une guerre contre l'Iran, il oublie les chiffres inverses sur la Corée du Nord - et plus récemment le Yémen cf mon article sur le blog de
l'Atlas alternatif). Il y a une certaine idéalisation du peuple chez Chomsky comme chez Bourdieu que je n'approuve plus. Les penchants de droite ne seraient selon eux que l'effet de la
manipulation par les médias et les sondeurs. Sauf que les gens n'arrêtent pas de se laisser manipuler et il arrive un moment où on doit bien pointer leur responsabilité dans leur complicité avec
l'ordre dominant. Ne pas les traiter comme d'éternels mineurs. Idem aux élections. Au temps de Chirac on a dit "le bon peuple n'est pas de droite il s'abstient". En 2007 il ne s'est pas abstenu,
les gens se sont sués sur les urnes... pour voter Sarko ou Ségolène ! En 2009 on ressort la vieille chanson "aux Europénnes ils s'abstiennent, donc ils désavouent Sarko !" Tu parles.
Ils s'asbtiennent just eun peu plus qu'aux précédentes européennes (abstention qui n'avait pas empêché de belles victoires de la droite dans les années qui ont suivi). En vérité beaucoup des
abstentionnistes de 2009 sont prêts à voter UMP à n'importe quelle élection locale ou nationale. Ils ont juste boudé les urnes parce que le parlement européen ne leur dit rien. La gauche ne gagne
rien à s'illusionner sur le peuple et sur sa capacité de résistance au néolibéralisme. Même dans la banlieue nord où je bosse la droite fait d'excellents scores dans les quartiers les plus
populaires.