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Le blog de Frédéric Delorca

Suite de la visite de l'histoire de France à travers les yeux de la droite

16 Décembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Est-il vrai que, comme le soutient Bernanos sur la base d'une interview de Werlé, maire de Ferrières, dans Le Figaro Bismarck n'aurait pris à la France que 5 km le long du Rhin et Strasbourg si celle-ci avait accepté l'armistice plus tôt en 1870 ? Bernanos a en tout cas des mots intéressants - un peu les mêmes que Flaubert - quand il décrit cette fièvre révolutionnaire républicaine un peu théâtrale qui s'empare du peuple français après la chute de Napoléon III. Les raisons de la chute de l'empereur d'ailleurs sont d'ailleurs évoquées en des termes convainquants par l'auteur : cette idée que l'il entretenait à la France le rapport d'un amant illégitime à une maîtresse qu'il couvre de cadeaux et demande régulièrement "m'aimes-tu ?" à travers ses plébiscites, en sachant qu'il ne pourra jamais l'épouser. Un pouvoir illégitime, mal assuré.

 

fusiltab.jpgTout de même cet imaginaire de la levée en masse, cette conviction quasi-religieuse qu'elle aboutira à un Valmy miraculeux, à l'image de cet ouvrier français qui se jette avec une baïonette sur les flancs d'une soldats prussien. Bernanos (qui esquisse aussi une comparaison intéressante avec la résistance espagnole des années 1810) décrit magistralement cette superstition comme Flaubert le fait de la Commune (d'ailleurs saluons l'honnêteté avec laquelle Bernanos dénonce, comme Flaubert, la bassesse de la répression versaillaise). L'Histoire se répète sur le mode de la comédie comme l'avait noté Marx (un peu comme, si l'on veut, le hollandisme aujourd'hui est une répétition comique du mitterrandisme de 81, nous y reviendrons un jour), et il n'y eut pas de second Valmy. La fièvre de 1870, nos professeurs nous apprirent à la considérer comme une résurgence "normale" de l'instinct républicain de notre peuple, pourtant le phénomène n'a rien de normal, et il n'y a rien de normal dans le fait de voir un Gambetta, un homme fraîchement naturalisé comme le note Bernanos, envoyer des tas de pauvres bougres au casse-pipe avec des "fusils à tabatière"...

 

Etrange que la mystique révolutionnaire ait si bien fonctionné en France en 1870, alors que les Républicains étaient si minoritaires dans le pays. Tout le monde y a vu l'effet d'un fond chimérique de l'esprit français, en retard à maints égards sur le "positivisme" prussien. La création de Sciences Po est née de là, à l'époque, la volonté de remédier à la bêtise d'un peuple à travers la regénérescence de ses élites.

 

Etrange a contrario que cette mystique-là n'ait pas du tout marché en 1940, pas même dans les rangs des marxistes, alors qu'il y eut un appel dans ce sens lancé par le communiste Charles Tillon à Bordeaux le 17 juin. On peut pousser plus loin encore l'étonnement philosophique : pourquoi n'y eut-il pas de sursaut révolutionnaire à Bagdad à la chute de Saddam (qui était le Napoléon III de son pays) en 2003, face à l'invasion US ? Question faussement naïve, bien sûr, qui nous aide juste à mesurer le fossé entre le monde actuel et celui de 1870.

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edgar 17/12/2012 12:50


Peut-être aussi que la guerre de 14-18 et ses charniers a fait passer le sursaut républicain du stade artisanal au stade industriel, avec l'émergence d'un pacifisme intégral prêt à tout pour
conserver la paix. Peut-être aussi ce pacifisme intégral est-il encore le grand triomphateur du moment ? Le hollandisme comme renoncement à tout, comme accomodement systématique avec tout ce qui
tient le haut du pavé, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Frédéric Delorca 20/12/2012 05:41



Oui, mais notons un point important - qui m'avait échappé jusqu'ici parce que je ne suis pas un spécialiste du XIXe siècle - et que souligne Bernanos : les Républicains sous le Second empire
étaient des pacifiste intégraux, partisans de la suppression de l'armée permanente, et leur conversion au revanchisme dans les années 1870 va avec le tournant opportuniste (les compromis avec la
banque etc). Autrement dit la gauche n'est pas spontanément dans la lignée de Valmy (peut-être parce que le courant militariste de la gauche a été originellement capté par le bonapartisme). Le
pacifisme est dans le "programme génétique" de la gauche depuis 1848. Ce qui explique l'Affaire Dreyfus, les années 30, l'européisme de Briand puis des années 50 (même si, comme tu le notes,
Mendès-France et quelques autres avaient des réticences devant l'inspiration "américaine" de la CEE).


Autre point que je signale ici :: Wikipedia osait dire hier que "La Grande Peur des Bien pensants" faisait un éloge vibrant" de la Commune. Contresens complet sur le livre. Bernanos comme
Flaubert voit dans la Commune un bon peuple parisien égaré par la "canaille" révolutionnaire. Il dénonce la répression odieuse entreprise par les Versaillais. Mais seuls les esprits incultes et
binaires formés à l'école d'Internet (et, au passage, épris de fusion très à la mode aujourd'hui entre l'extrême droite et l'extrême gauche) peuvent croire qu'un auteur qui dénonce une répression
soutient ceux qui sont réprimés.