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Le blog de Frédéric Delorca

Todd, le PS, la banque et l'Allemagne

12 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Extrait d'une interview de Todd dans Marianne :

 

"La réforme bancaire a été neutralisée par la toute fraîche députée PS Karine Berger, qui, je cite Wikipédia, avait auparavant travaillé pour Euler Hermes, filiale du groupe allemand Allianz, aidée par son associée, Valérie Rabault, venue, elle, de la Société générale et de BNP Paribas. Ensemble, elles ont signé un livre au titre visionnaire : Les Trente Glorieuses sont devant nous.

On pourrait aussi citer des gens comme Emmanuel Macron, jeune secrétaire général adjoint de l'Elysée, venu de la banque Rothschild. Le passé de ces personnes, et sans doute leur avenir, à partir de 2017, quand il n'y aura plus qu'une poignée de députés PS à l'Assemblée, sont dans le système bancaire. L'opération « mains propres » est donc un scandale. (...) L'incarnation totémique du système français, c'est Michel Pébereau, devenu le parrain de ce petit monde. "

 

En revanche je suis en désaccord complet avec Todd sur l'Allemagne, à la fois quand il présente Merkel comme une simple fondée de pouvoir des banques (c'est une fondée de pouvoir de son électorat) et quand il lance des anathèmes délirants du genre "La social-démocratie allemande, historiquement et géographiquement, est dans la continuité du protestantisme, donc du nationalisme.", ou "Mais l'Allemagne, qui a déjà foutu en l'air deux fois le continent, est l'un des hauts lieux de l'irrationalité humaine. Ses performances économiques « exceptionnelles » sont la preuve de ce qu'elle est toujours exceptionnelle. L'Allemagne, c'est une culture immense, mais terrible parce que déséquilibrée, perdant de vue la complexité de l'existence humaine."

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laurent 15/05/2013 18:32


Oui, certains passages de l'interview de Todd sont délirants...


D'une part, la première guerre mondiale est la résultante d'une crise qui a éclaté dans les Balkans.


De même, la montée de l'hitlérisme n'est pas dueà une poussée d'irrationalité du peuple allemand mais trouve, en partie, ses origines dans les clauses du traité de Versailles, l'abaissement de la
nation allemande et la ruine économique qui en résultat...


Ce qui m'épate chez Todd, c'est sa capacité à enchaîner les jugements très pertinents et les conneries édifiantes.


En 1992, il a eu raison avant beaucoup de monde (avant moi en tout cas) sur Maastricht. Cela ne l'a pas empêché de soutenir le "oui" en 2005.


Après avoir débattu face à Hollande en 2008 qui lui refusait le soutien au protectionnisme européen et avoir écrit des choses très justes sur le PS (parti d'élu et de fonctionnaires) dans "Après
la démocratie", il a soutenu sans moufeter Hollande dès le premier tour en 2012 et élucubré sa théorie du "Hollandisme révolutionnaire" à laquelle il croyait encore en décembre dernier.


Toi et moi ne sommes pas assez (voir pas du tout) complotistes pour croire, comme diront certains, "qu'il a été acheté par le système". Lavérité se trouve ailleurs, mais où?...

Frédéric Delorca 15/05/2013 23:32



Pour ma part je crois quand même que l'Allemagne a été un vrai problème pour l'Europe avant 14 (plus que les Balkans). Cela ressort assez clairement de tous les écrits des intellectuels
non-Allemands des années 1900-1910, et même d'un Autrichien comme Zweig (malgré tout son amour pour le peuple allemand, amour partagé par Romain Rolland qui pensa de même). Mais de là à dire
qu'elle est un pays "d'irrationnalité", c'est idiot. Certes le thème de l'Allemagne anti-rationaliste est présent de Nietzsche à Benda, mais il fait l'impasse sur Leibniz, Kant, Habermas, Grass.
Et je vois moins de délires irrationnels dans l'Allemagne actuelle qu'en France ! 


Pour le reste je suis d'accord avec toi. Je ne pense pas que Todd soit "acheté". C'est juste un petit malin, qui a su séduire dès le début les cercles du pouvoir intellectuel (la revue Le Débat
par exemple) avec une démographie politique parfaitement fumeuse (sa théorie de la structure des familles françaises et leur impact électoral). Et le système médiatique aime bien les types qui
peuvent allier éloquence-titre au CNRS-opinion de centre gauche et non-conformisme apparent. C'est bon pour l'audimat sans faire trop peur... Au total, il aura fait plus de mal que de bien, et
son cas illustre la nécessité de rééduquer l'intelligentsia, lui redonner le goût du rationalisme, qu'ils relisent tous Russell, Benda et Chomsky.