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Le blog de Frédéric Delorca

Un type qui m'impressionne

28 Mai 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je lis « Sahelistan » de Samuel Laurent (eds du Seuil). Ce type vaut tous les journalistes du monde   alors que lui-même n’est pas journaliste de profession. Il bosse pour des boites privées, il explore les zones à risque  où personne ne veut se rendre pour y évaluer les possibilités d’investissement ,  à croire qu’il ne fait ni travailler pour les Etats ni travailler pour les grands journaux pour pouvoir être près du réel. Seul le business regarde le monde dans les yeux, et paie des mecs pour ne pas se faire mener en bateau.

 

J’ai une estime folle pour ce type, une estime instinctive comme j’éprouve une méfiance instinctive pour Abdellatif Kechiche depuis son film sur la Vénus hottentote).  Je l’estime parce qu’il risque sa peau, parce qu’il est libre de sa parole, et plein de bon sens, et parce qu’il sait faire la paix des braves avec ses ennemis, même les islamistes. Il apprécie les gens de conviction contre les magouilleurs - il a un flair pour ça - et les vrais combattants de tout bord, visiblement le respectent pour cela  et lui ouvrent leurs portes. Bravoure et droiture sont devenues des vertus si rares chez les Occidentaux. Vous êtes bien placés pour le savoir hein, chers lecteurs, qui consommez de la contestation pénards devant votre  écran Internet ?

 

grille.JPGLaurent dit ce que disaient mes potes anti impérialistes pendant la guerre de Libye : que BHL et Sarkozy sont des petits cons, que le Conseil national de Transition libyen était une pantalonnade, qu’il n’y a jamais eu de mercenaires noirs aux ordres de Kadhafi, que nos journalistes ne sont bons que pour faire de la propagande. Mais il le fait sans s’illusionner avec de vieilles lunes héritées de la guerre froide. Il ne va pas se gargariser des restes de « socialisme » qu’il y avait dans le régime de Kadhafi. Il y voit juste un régime délirant, comme celui des milices qui lui ont succédé. Il ne va pas dire, comme l’ont affirmé certains marxistes que j’ai connus l’an dernier, que les Touregs du nord du Mali, notamment ceux du MNLA étaient par définition respectables parce qu’ils avaient bossé pour Kadhafi, donc pour la résistance à l’impérialisme. Au contraire, il dit que les Touaregs ont mauvaise réputation en Libye et ailleurs, parce que ce sont les champions du double jeu, et qu’ils ont révélé ce don de la duplicité dès avant la chute de Kadhafi en étant à la fois loyaux au dictateur et en contact avec Al Qaida Maghreb (ce qui explique qu’ils aient fait le lit d’Ansar Eddine au Mali). Samuel Laurent n’aime pas les faux culs. Il préfère, à Tripoli, un bon salafiste à un Frère musulman hypocrite. Et il entame même une impressionnante défense de l’ex gouverneur militaire de Tripoli Belhadj, que moi-même j’avais été enclin sous l’influence des grands médias (d’accord avec  les kadhafistes sur ce point) à voir comme un bras armé d’Al Qaida contre le CNT.

 

J’ai hâte de terminer ce livre et d’en faire la recension pour Parutions.com

 

 

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Samuel Laurent 03/06/2013 17:54


Merci de ce commentaire pour le moins agréable à lire !


J'éspère que la fin du livre vous a plu. Si vous aviez envie d'en discuter plus avant, j'en serais très heureux.


A bientôt j'éspère.


Samuel.