Cela m'attriste toujours. Quand je tombe sur un livre bien écrit, plein d'idées, et que
je découvre que son auteur appartient à la droite de la droite, à cette mouvance un peu bizarre qui s'est formée autour d'Alain de Benoist et d'autres. Je me demande alors ce que je peux faire de
ce genre de livre, comment en parler. C'est le cas de Ludovic Maubreuil, qui a son blog à quelques clics d'ici. Son bouquin "Le cinéma de se rend
pas" publié chez un petit éditeur de ma contrée d'origine n'est pas mauvais dutout. Je lis les 40 premières pages, je suis d'accord avec tout. J'apprécie surtout la précision du style. Son
descriptif des techniques de mise en scène de l'érotisme dans le cinéma contemporain est un modèle du genre. Ce qu'il dit du rapport du cinéma classique au style X est intéressant, quoique le
présupposé de départ soit aux antipodes de Julien Servois que j'aime beaucoup aussi (mais il
faudrait parvenir à faire dialoguer les deux approches entre elles pour voir à quoi cela mènerait).
Je me dis : "C'est lui qui se fourvoie, parce qu'on ne peut pas clamer son amour de Bunuel comme le fait ce type à longueur de pages et fricoter avec l'extrême droite". C'est un
argument évidemment que les benoistiens ne peuvent pas entendre parce qu'ils sont tellement dans une "fin de l'histoire" postmoderne, qu'ils sont convaincus que Bunuel et Franco ont des choses à
se dire outretombe. Mais non, je sais ce qui est à droite de la droite dans son texte, même si ça ne ressort jamais de son vocabulaire. C'est que justement il n'est pas du bord de Servois. Il
défend une mystique de l'érotisme à la Marzano, au fond, alors que je suis sans doute davantage prêt à suivre Servois dans sa banalisation de la sexualité. En fait nous sommes au seuil du Styx.
Le libéralisme a ouvert la voie d'une instrumentalisation de la sexualité à des fins consuméristes. Servois relève le défi en prétendant pouvoir tourner cet acquis vers autre chose.
Notez que c'était déjà la position de Marx à l'égard de toutes les autres transformations causées par le capitalisme libéral. Maubreuil lui reste sur la berge, regarde avec nostalgie vers le
passé. C'est ce qui fait de lui un réac. Tous ces gens gardent une peur du progrès, c'est leur trait caractéristique, une méfiance à l'égard de l'homme. Ouf, ça y est, je suis sauvé, je retrouve
ce qui m'oppose à son esthétique. Mais cela ne m'a pas sauté aux yeux tout de suite. Parce que personne aujourd'hui ne peut être révolutionnaire spontanément, honnêtement, sans crainte. Personne
n'est prêt à s'embarquer sur le Styx. Personne n'est sûr de pouvoir détourner le Styx vers des cieux plus cléments comme Staline l'était de détourner les fleuves sibériens.
Non content d'avoir mieux compris aujourd'hui le dur cheminement qui peut me distinguer des réacs, j'ai aussi mieux saisi la philosophie de tous ces gens qui crachent sur la démocratie à longueur
de journée. Je veux dire les chouchous de nos medias. Ce matin en lisant que Cohn-Bendit voulait faire revoter les Suisses sur l'affaire des minarets j'ai sursauté. J'y ai vu une
caricature de ce qu'avait été la position des oui-ouiste à l'égard des différents référendums sur l'Europe - le mépris de la souveraineté populaire. Quand Cohn-Bendit dit "la démocratie directe
ne doit pas être le prétexte pour s’en prendre à une communauté et la blesser", je dois reconnaître qu'il a raison. Je n'accepte pas un référendum contre les musulmans, pas plus que contre les
homosexuels, contre les types qui portent des bottes rouges, contre les gens qui veulent quitter la planète à tout prix etc. Mais alors quoi, si je suis prêt à faire invalider un référendum qui
me semble totalitaire parce qu'attentatoire à la dignité d'une minorité, pourquoi serais-je hostile à la remise en cause des résultats d'autres référendums, sur d'autres sujets ? Mais dans
l'embarras par Maubreuil, je le suis aussi par Cohn-Bendit. Me voilà bien.
Le serai-je aussi par Chavez ? Il nous annonce la création d'une cinquième internationale socialiste. On aimerait y croire.
Mais malgré toute la sympathie que j'éprouve pour les initiatives "bolivariennes" du gouvernement de Caracas, je reste un peu sceptique. Il y a un risque que la cinquième ne fonctionne
pas mieux que la quatrième, dont le bilan est à mes yeux risible. Elle sera sans doute moins dogmatique que les deux précédentes en tout cas, du moins si c'est le Venezuela qui les inspire.
Peut-être un atout, qui sait...
"Ethique de l'existence post-capitaliste" - Lu sur les conseils d'un lecteur de ce
blog, je l'ai commenté pour Parutions.com ici :
Vous trouverez ma recension pour Parutions.com des "7 péchés d'Hugo Chavez" ici :
Pour info, vient de paraître sur Parutions.com mon compte-rendu de lecture du dernier livre sur les mouvements sociaux boliviens de Raúl
Zibechi, qui, par ailleurs, fut contributeur de l'Atlas alternatif il y a quelques années.
Parutions.com vient de publier mon dernier compte-rendu du livre Palabre africaine sur le socialisme de Manga Kuoh - pour le lire cliquez ici.
Voici mon compte-rendu du livre de Béatrice Guelpa : Gaza debout face à la mer,
publié sur le site Parution.com
Pour le lire cliquez sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=84&ida=10837
Voici mon nouveau CR sur Parutions.com, un livre qui est assez proche des idées
défendues dans ce blog : "La haine de l'Occident" de Jean Ziegler - cliquez sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=97&ida=10370.
Sur les conseils d'un lecteur de ce blog, j'ai lu "Le crime de Jean Genet". L'ouvrage est
moins intéressant par ce qu'il dit de Genet que par ce qu'il révèle, en filigrane, de son auteur, une bourgeoise libanaise maronite amie de la Palestinienne Leïla Shahid. On voit bien quel genre de
femme elle fut, modèle de la lettrée des seventies, de ces "nouvelles entrantes" comme on dit en sociologie qui s'émancipaient (un peu) du machisme et du conservatisme de leur milieu par
l'université (je vous conseille cependant le film documentaire sur Vincennes qui parle des nanas devenues MLF à cause du machisme des maoïstes, le choix des cercles militants tenait à peu de
choses). Une sorte de femme archétypale, qui commence sa carrière comme attachée de presse et la finit comme "écrivain", c'est-à-dire la débute en fumant des cigarettes dans les bistrots
auprès des "grands hommes" en se gargarisant de leurs mots, de leurs références (Freud, Kafka, Proust), et la finit dans la case "auteur" d'un Galligrasseuil déclinant en couchant par écrit
les choses vues et entendues.
Pour ceux que ça intéresse, deux recensions que j'ai faites pour Parutions.com - cliquez
sur
Je viens de publier sur Parutions.com un compte-rendu de La Raison Politique en Islam de Mohammed Abed al-Jabri. Ce texte peut être lu sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=91&ida=9355.
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