J'ai publié il y a un an un article Puppet on a string qui m'avait valu les foudres de JD à l'époque. J'ai déjeuné tantôt avec une fille qui présente les
mêmes caractéristiques à quelques détails près que celle que je décrivais l'an dernier, dans le registre "femme d'influence, qui a fait sciences po" (quatre ans après celle de l'an dernier), qui se
trouve à un noeud relationnel important au coeur du système capitaliste parisien et qui, mécontente de "faire la pute" au service de ce système dans la journée (ce sont ses propres mots), écrit des
blog "dissidents" sous pseudos. La comparaison s'arrête là, car je crois que celle-ci a bien plus de valeur morale que la précédente. Je l'apprécie beaucoup en tout cas. Elle m'a donné des
clés pour que je me vende aux grands médias comme spécialiste de l'anthropologie du corps. C'est étrange. Ca a l'air tout simple finalement. Tout simple, et en même temps cela fait un peu peur. On
voit bien le truc : on devient un agent de communication comme un autre, dans un système où tout n'est que flux. On vend son image jusqu'à ce que le système s'en lasse et vous préfère d'autres
"spécialistes". Entre temps vous aurez bénéficié de cette mélasse pour être publié par de plus grands éditeurs... dont les livres se distribuent par milliers.... et finissent au pilon... rien ne
restera de cette aventure.
J'ai été interviewé hier par une revue parisienne branchée sur un livre
d'anthropologie sur la nudité que j'ai publié sous mon nom d'état civil à l'automne 2008. Bien sûr la moitié de mes réponses (que j'ai essayé de faire courtes) ont été coupées et réduites de
moitié, et le journaliste a déclaré qu'il intègrerait le reste dans son propre article sur la nudité à la TV (nul n'est propriétaire de ses idées), mais cela ne me gène guère. L'important était que
le journaliste ait lu mon livre (ce qui était visiblement le cas), et qu'on parle de l'ouvrage pour mon éditeur (je ne cherche pas à en vendre de tonnes mais juste un minimum pour qu'il pense
n'avoir pas eu tort de m'accepter dans son catalogue).
Frédéric Delorca dédicacera ses ouvrages "Atlas
alternatif" (ouvrage collectif), "Programme pour une gauche française décomplexée", "Transnistrie", "La Révolution des Montagnes" et "10 ans sur la planète résistante" à la fête de
l'Humanité le dimanche 13 septembre 2009 au stand "jeunesse" du Temps des Cerises à 16 h et au stand "Cité du livre" du Temps des Cerises à 17 h, venez nombreux !
L'ouvrage sur Chomsky dans lequel figure mon article sur Bourdieu et Chomsky
vient de paraître en anglais aux Etats-Unis.
The book on Chomsky in which I wrote an article about Bourdieu and Chomsky has just been publihed in English
in the USA.
Frédéric Delorca
Dans le domaine de l'édition, comme dans celui du militantisme politique, je suis un outsider : je ne connais pas les personnes influentes, je n'ai jamais cherché à les courtiser, je
fonctionne "au feeling", ce qui me conduit à sympathiser plutôt avec d'autres outsiders, des francs-tireurs de l'université, des petits éditeurs mal diffusés etc. Je ne m'en plains pas du reste,
car au moins je n'ai pas le sentiment d'avoir "forcé mon naturel" pour obtenir plus que ce qui devait me revenir dans l'état actuel de la société (je vous renvoie d'ailleurs à mon "10 ans
sur la planète" pour le récit de la seule fois où j'ai failli réellement plaire à des insiders en me forçant, du temps où la Serbie était au bord de la guerre civile).
Installé dans ma petite marge, j'en apprends et j'en découvre chaque jour sur les mécanismes de production (comment on fabrique un livre, comment il est bien ou mal relu) et de diffusion des
oeuvres (comment le livre atteint-il ou n'atteint-il jamais les étagères des libraires, les bureaux des journalistes). Au début c'est toujours une source d'agacements (on croit avoir écrit un
livre iimportant, et on se rend compte qu'il reste inconnu parce qu'une attachée de presse "amateur" n'a pas daigné l'envoyer au journal que vous lui aviez indiqué, ou parce qu'au moment de son
exposition à la vente dans un salon important il est resté au fond des cartons). C'est ainsi que j'ai passé tout l'année 2007 à pester contre toutes les entraves que je décelais à la notoriété de
l'Atlas alternatif dont je pensais qu'il était un ouvrage important (parce que certains lecteurs le qualifiaient comme tel).
La semaine dernière, dans la même veine, le Dissident internationaliste se plaignait aussi de ce
que son éditeur ait refusé d'informer les 40 librairies musulmanes de la région parisienne de la publication d'un livre sur l'Irak.
Aujourd'hui, je suis beaucoup plus fataliste. Je ne sais plus trop si ce que je publie est important ou non. J'observe des réactions très contrastées face à mes textes. Une réfugiée serbe du
Kosovo recommande mon livre à un type à Moscou, et, le même mois, un anti-OTAN crache sur le livre dans une revue qui pourtant était censée être un peu proche de certaines de mes
positions. Untel a trouvé mon roman très bon, un autre s'est ennuyé à sa lecture... Les goûts et les couleurs... Et quand bien même ce que j'écris serait bon, quel mal y aurait-il à ce que
personne ne sache que cela existe ? Je n'ai pas le génie suffisant pour écrire une Critique de la Raison pure ou des Nourritures terrestres. Qu'un livre mineur, bon ou mauvais,
soit connu ou inconnu n'a donc en soi guère d'importance. Par conséquent je me borne à parler de mes activités sur ce blog, pour nouer quelques sympathies autour d'elles, et faire avancer
une ou deux idées, mais sans autre prétention. Cet état d'esprit me fait du coup considérer avec beaucoup de sérénité, et un brin de curiosité, disons une curiosité d'entomologiste, tout ce
que je découvre au jour le jour sur les mécanismes de la diffusion des idées dans les marges éditoriales où je me trouve.
Voici ma dernière découverte en date. Jusqu'ici tous mes éditeurs m'avaient dit qu'il était plus facile de défendre un essai qu'un roman. Plus personne n'achète plus de roman - et surtout plus
les jeunes filles en attente d'un mari - sauf les superproductions consacrées par les grands médias ou les romans de gare préformatés (Arlequin, San Antonio). Quand vous écrivez sur la
Transnistrie, vous pouvez espérer que quelques personnes en France aient envie de connaître ce pays. Et donc on leur dit "déboursez 15 euros et votre soif de connaissance sur ce sujet sera
en partie étanchée". Le même discours est difficile à tenir en ce qui concerne les romans. "Sortez 15 euros de votre porte-monnaie et vous découvrirez l'univers d'un auteur qui vous séduira",
c'est un peu comme demander de signer un chèque en blanc. Il n'y a pas de garantie que cet univers vaille vraiment le détour, et les gens ont d'autres chats à fouetter que d'entrer dans la
fantasmagorie d'autrui. A tout prendre ils préfèrent encore une tranche de savoir positif pêchée dans un essai sur un sujet précis.
Voilà ce que j'avais cru comprende jusqu'ici. Mais il y a aussi un autre versant de cette réalité. C'est que les institutions, du moins certaines d'entre elles, mettent un point d'honneur à
soutenir la création romanesque. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être quelqu'un quelque part pense-t-il qu'un pays qui perd son art de la fiction perd un peu de son âme. Et donc ce matin mon
éditeur a reçu un courriel d'une fonctionnaire de la mairie de Paris, qui lui expliquait que depuis 1997, les bibliothèques de la Ville de Paris par l’intermédiaire de 7
bibliothèques "constituent des fonds riches en premiers romans et entraînent les 46 autres bibliothèques du réseau et leurs lecteurs à s'intéresser aux textes de ces nouveaux auteurs,
particulièrement ceux qu'ils ont remarqués. Le groupe acquiert systématiquement un exemplaire de tous les premiers romans qui paraissent, mais pour multiplier lectures et avis nous avons besoin
d’un second exemplaire. Cette année 10 des 30 lauréats ont été reçus au Salon du Livre, sur le stand de la Ville de Paris, pour un échange enrichissant et très suivi des lecteurs." Aussi lui
demandait-elle de lui adresser un "service de presse" de trois premiers romans qu'il a publiés récemment dont La Révolution des Montagnes.
J'ai été un peu surpris car jusqu'ici les bibliothèques parisiennes n'ont
jamais commandé mes essais, à la différence de celles de Lille, Nantes, Lyon et Marseille, ce qui était une anomalie à mes yeux. Ainsi donc il se peut que ce soit par l'intermédiaire de mon roman
que les abonnés de ces bibliothèques auront les moyens de connaître d'autres aspects de mes productions. Voilà un cas où le volontarisme public inverse un déséquilibre : celui qui persiste entre
romans et essais. C'est une bonne nouvelle pour ce petit roman que la région qui l'a inspiré (le Béarn) continue de bouder ostensiblement (son principal journal local a refusé de
publier un article à son sujet la semaine dernière, seul le site Internet Alternatives Paloises, a bien voulu en
dire un mot). Espérons qu'il y en aura d'autres.
C'est allé très vite. J'avais dit en
janvier que je ferais une pause sur le front des publications. Et puis en février j'ai parlé de la Transnistrie avec un copain et sa femme. Ils étaient intéressés. Je me suis dit que peut-être je
devrais ressortir de mon tiroir mon compte-rendu de voyage dans ce pays, pour en faire profiter d'autres personnes. Je l'ai envoyé à tout hasard à Patrice Kanoszai qui a publié mes derniers livres.
Il a été emballé, car la Transnitrie le passionne.
Je n'ai jamais été doué pour la tactique
éditoriale. On m'explique en ce moment qu'avoir publié chez Thélès n'était pas une très bonne idée, parce que c'est, dit-on, un éditeur un peu "cheap" en termes d'image. En plus le livre est un
peu cher (24 euros). Peut-être va-t-il devenir une pièce de collection, qui sait (car il est d'apparence fort belle). Je n'ai pas trop la tête à réfléchir à nouveau à la diffusion. Je
suis occupé à corriger mon roman qui paraîtra en janvier. Je devrais trouver un attaché de presse pour penser à ça à ma place...
Je voudrais écrire un nouveau livre maintenant. Une sorte de remise en perspective du travail accompli avec une analyse philosophique de la condition humaine. Mais rien n'indique que je puisse
trouver le temps de le faire à côté de mon boulot, notamment si Mme Dmitrienko maintient son idée de me faire écrire sur la Russie. Tout cela devient problématique...
Qui écrit les rapports de Mme Christiane Taubira ? Je découvre ce soir sur Internet le
rapport intitulé "Rapport sur les accords de partenariat économique" du 16 juin 2008 (http://www.holambecomores.com/public/IMG/pdf/Rapport_TAUBIRA_APE.pdf), rapport commandé à la députée de Guyane par M.
Sarkozy en avril 2008.
Dans la bibliographie du rapport : des livres de Samir Amin, de François-Xavier Verschave et... l'Atlas alternatif coordonné par Frédéric Delorca... Je ne sais si c'est à cette dame, à son attaché parlementaire, ou à quelque administrateur de l'Assemblée nationale que nous devons cette brillante entrée de l'Atlas alternatif dans la bibliographie du Parlement français... J'avais déjà noté que la bibliothèque de Sciences Po réservait à ce livre un bien meilleur accueil que les médias dissidents, voilà qui confirme son succès auprès des institutions de la République... Je devrais peut-être m'en inquiéter... Heureusement qu'Amin et Verschave sont aussi cités. Cela fait partie, je suppose, de l'éclectisme de l'élue radicale-socialiste qui lui assure un succès des cénacles centristes aux cercles anti-impérialistes.
L'Atlas a aussi du succès à Cuba. Je vous en reparlerai.
Je signale deux recensions de
mon livre "10 ans sur la planète résistante" parues récemment.
L'une sur La Lettre volée et BRN :
http://www.lalettrevolee.net/article-24827991.html
L'autre sur Parutions.com :
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=6&srid=63&ida=10064
On pourrait discuter de leur contenu, mais j'évite de commenter les commentaires... Merci en tout cas à leurs auteurs !
La responsable de Thélès a fait preuve d'une très grande compréhension, je pense que
nous trouverons une solution satisfaisante. Je ne connais pas les gens de Thélès à part leur directrice que j'ai eu au téléphone deux ou trois fois et dont je commence à cerner quelques
traits. J'entrevois quelques forces et faiblesses de cette structure, mais grosso modo, je la considère encore comme un continent inconnu. Je l'aborde sans trop de préjugés, en mobilisant tout de
même tout ce que j'ai appris sur le monde de l'édition parisienne, à travers mes lectures, mais aussi à travers mes pratiques (L'Harmattan, La Différence, Le Temps des
Cerises). D'autant que, parallèlement à ce livre politique, je cherche à publier sous un autre nom, au même moment, auprès d'autres éditeurs un travail d'anthropologie, ce qui est aussi une
source d'apprentissages intéressants. Si je survis à toutes ces épreuves j'en sortirai avec une connaissance encyclopédique de ces milieux.
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