Lors des dernières élections européennes, le Dissident internationaliste m'avait communiqué
un sondage d'UAM93 qui donnait un fort potentiel électoral au Front de gauche dans l'électorat musulman pratiquant. Fidèle à ses principes maoïstes il en avait conclu que le PCF devrait se
rapprocher des organisations musulmanes (comme l'a fait le maire de Bagnolet par exemple) et abandonner des positions laïcardes islamophobes.
Le Dissident internationaliste est revenu enthousiaste de Damas où il avait été
invité ainsi que 1400 personnalités du monde entier pour protester contre l'annexion du Golan par Israël et où il a rencontré le leader du Hamas en exil. Il était notamment très emballé par le ministre de
l'information syrien Mohsen Bilal : "Il a dans son bureau une photo de lui avec la fille de Chavez, et une
avec la fille du Che dont il affiche par ailleurs un portrait. On a tout de suite compris qu'il était des nôtres, ce qui n'est pas le cas de tous les dignitaires de ce pays. Il nous a raconté qu'il
était étudiant dans une université italienne en 1968 et qu'il était monté à Paris spécialement en mai pour participer aux
manifs. Il admire beaucoup ce que fait la Chine en ce moment".
"Adessias lo Béarnais
A la suite d'un contact avec l'ARAC à la Fête de l'Humanité la semaine dernière, j'ai
ramené un stock de revues utiles, Le Réveil (qui est le journal de leur association) bien sûr, mais aussi les cahiers de l'Institut de documentation et de recherche sur la Paix de
juin 2009 dans lequel je trouve un bon article de Daniel Durand "Sécurité paneuropéenne : un mythe dépassé" à propos des débats sur l'avenir de l'OTAN, les ambiguités du concept de "sécurité
paneuropéenne" telle que l'entendent les Russes, et les absurdités de la politique de M. Sarkozy (en revanche les lecteurs de cette brochure pourront s'abstenir de lire les pauvres analyses de
Dérens et Samary sur les Balkans).
Je lis aussi le numéro 108 la revue "Défense et citoyen" (en ligne sur Internet, il exite aussi en version papier) de la Fédération des
Officiers de Réseve républicains et de la Fédération des Officiers Mariniers et Sous Officiers de Réserve Républicains (FORR-FOMSORR), des
structures basées à Ivry et qui sont nées dans l'atmosphère anti-fasciste des années 1930. J'y trouve un très bon article de Jacques Sapir sur le livre du général Vincent Desportes "La
guerre probable" qui nourrit une réflexion intéressante sur l'incapacité d'un Etat néo-libéral à consolider une conquête militaire (comme on l'a vu avec les Etats-Unis en Irak), sur la forte
capacité d'apprentissage d'une armée citoyenne comme le Hezbollah et sur l'importance d'entourer les moyens militaires d'une stratégie politique de soutien aux populations (ce que les auteurs
américains de la Révolution dans les affaires militaires, qui ne pensent qu'en termes de technologie, sont incapables de comprendre).
Parallèlement cette semaine, je reçois le bulletin trimestriel de l'association grenobloise "Initiatives Citoyenneté Défenses" (ICD) "L'arme et le paix" dont l'édito signé par Denis Anselmet (le
responsable de l'association qui m'avait contacté à août) est consacré à l'alignement de la France sur les USA et à la privatisation de la torture, un sujet qu'ils avaient aussi examiné dans leur
numéro de juillet 2005 téléchargeable ici.
Toutes ces revues baignent dans la dénonciation de l'alignement de la France sur la notion d' "Occident" et le projet de démantèlement de l'héritage du Conseil national de la Résistance.
Bien que je n'aie jamais été un passionné de stratégie ni de la chose militaire, je continue de penser que ces revues qui touchent au coeur régalien du pouvoir français et veulent
l'infléchir "à gauche", devraient être mieux diffiusées dans des cercles progressistes qui, de plus en plus coupés de l'armée, envisagent les relations internationales sous un angle
anti-militariste assez abstrait (je pense aux cercles anticapitalistes, à diverses composantes du PC, aux associations d'immigrés). Le lien intellectuel entre ces diverses nébuleuses de la gauche
n'est pas facile à faire. Mon Programme pour une gauche française décomplexée faisait un peu signe vers cela. On ne peut pas
penser un monde pacifique sans réfléchir à l'usage que la France doit faire de son armée dans cette perspective.
Un ami du bulletin dont je vous parlais me répond à propos du PCI (M)
Vous savez que je ne suis pas enclin à entrer dans les conflits internes de
la gauche. Je cherche juste à savoir où je mets les pieds quand je vais quelque part. Et, comme à la Fête de l'humanité, j'ai promis à un ami communiste de collaborer à un bulletin qui est très
soutenu par le Partido communista do Brazil, le Parti communiste sud-africain... et le Parti communiste d'Inde marxiste (CPI-M), il me fallait comprendre un peu mieux ce qui se joue autour de
ce parti dont on a vu qu'il a un peu reculé aux dernières élections législatives indiennes mais qui administre l'Etat du Bengal occidentale (un Etat où sévit par ailleurs une rébellion maoïste -
naxaliste - des exclus de la globalisation libérale).
Allez, un dernier billet court sur ce sujet dont certains diront peut-être que nous
n'y avons consacré que trop de lignes ces derniers temps.
Mr Ramirez a eu l'excellente idée de poster en commentaire sur ce blog un lien en rapport avec
la mythologie contemporaine des "résistants". Il est vrai, je l'admets, que les opposants à l'intervention de l'OTAN au Kosovo puis à la paranoïa anti-terroriste post-11 septembre se sont un peu
facilement appropriés le qualificatif de "résistants" en réponse à ceux qui les qualifiaient d'hitléro-staliniens, d'islamofascistes, de rouges-verts-bruns et autres noms d'oiseaux. Moi-même
j'ai créé un site en 1999 qui s'appelait "Résistance".
Nous parlions du "Nouvel ordre mondial", et de "résistance" à celui-ci. Je reconnais que ce sont des termes un peu faciles. "Nouvel ordre mondial" est un slogan que lança George Bush père au
début de années 1990, ça n'a rien d'un programme politique cohérent (disons symplement qu'il s'agit d'une conception plus ou moins consciente d'un espace mondial soumis au capitalisme et au
leadership occidental dominé par les USA, cette vision hante les esprits mais ce n'est pas un programme clairement défini et labellisé "Nouvel ordre mondial" comme une comodité de langage peut le
laisser croire).
"Résistant" est une notion qui en France renvoie à 1940-45, mais aussi à la résistance algérienne à partir de 1956. Cette expression s'applique surtout à une résistance armée, et il est un peu
exagéré de la transposer à la "cyber-résistance" qui est une position plus confortable. "Plus confortable", mais pas si confortable qu'on le croit tout de même quand on songe à quel point un
activisme contre les idées grégaires d'une époque vous coupe de votre milieu professionnel, de votre famille, de vos amis, de vos possibités de trouver une place dans la société et peut
conduire à la folie (j'ai beaucoup écrit sur la fragilité des "résistants" contemporains justement, une fragilité qui explique la difficulté de faire éclore une alternative crédible).
Je conserve néanmoins le terme pour faire simple. Je le préfère à "Dissident" car je ne veux rien avoir en commun avec un type comme Vaclav Havel. Mais il est clair qu'il ne faut pas prendre le
mot dans le sens d'une autocongratulation à laquelle certains activistes cèdent facilement. C'est un vocable passe-partout voilà tout.
Je lisais hier le compte rendu de "Diadore Cronos", grand lecteur du blog d'Edgar (et un peu moins du présent blog) sur son voyage à Cuba avec les jeunesses du PCF. J'ai bien ri à la lecture de son passage sur les chansons de stals dans le groupe de
voyage (toujours intéressant de parler de ses camarades d'excursions, je l'ai fait sur la Transnistrie, c'est une note d'ambiance importante). Très bonne son approche critique du point de vue du
quidam dans la rue qui essaie de rouler le visiteur dans la farine.
Diadore Cronos est un communiste souverainiste. Et pourtant il s'étonne que les Cubains aiment les treillis. Ca me rappelle cette nana du cercle bolivarien de Paris qui refusait d'inviter son
réseau à se rendre à une réunion de solidarité avec la Palestine organisée par l'espace Ishtar parce qu'il y avait une kalachnikov sur l'affiche.
Chers lecteurs qui avez tous acheté mon Programme pour une gauche française décomplexée, vous savez mieux que quiconque
que si l'on veut un virage à gauche, et se défaire de notre dépendance à l'égard du capitalisme globalisé, il faut vouloir avoir une armée forte. On ne peut pas éviter cela. Comme disait un vieil
adjudant chef ardéchois des Troupes de Marine pendant mon service militaire (un gars qui élevait des abeilles dans son patelin natal) : "L'armée est un mal nécessaire".
"Cuba hurts" (Eduardo Galeano),
parce que c'est un pays communiste too old fashioned, attaché à l'Etat, aux bruits de bottes, aux valeurs viriles (combien de fois entend-on condamner Cuba à cause de sa législation sur
l'homosexualité - en omettant de remarquer qu'elle est la même ailleurs en Amérique latine ?).
Je dialogue en ce moment avec une enseignante communiste d'une université de la Côte Est étatsunienne. Une Italienne née en Sicile (beaucoup d'échanges avec des Italiennes sur Facebook cette
année, l'attractivité de la gauche française sur ce qu'il reste des résistants de cette péninsule), avec toutes les caractéristiques de la fille méridionale, une fille intéressante (j'apprends
beaucoup de choses avec elle), et très "gender studies" alors qu'elle était communiste dans son adolescence. Quand elle cherche à me flinguer, ce n'est pas avec une kalachnikov comme à
Cuba, mais avec les mots de la political correctness : ceux de la mise en accusation du représentant du vieil "ordre patriarcal' que je suis censé être par certaines de mes prises de
position.
Quelle arme est la meilleure dans le combat politique ? Les partisans de la
mise en accusation par les mots ont eu leurs heures de gloire pendant la guerre d'Irak contre les défenseurs du treillis qui appelaient à soutenir la résistance armée irakienne. On s'enflammait
dans les campus américains avec des mots, et l'on voulait traîner Bush devant la justice internationale. Les mots n'ont rien donné, sauf l'élection d'Obama, c'est-à-dire de l'impérialisme
relooké dans un gant de velours. Bush n'est pas en prison, et les Américains sont encore en Irak.
Les treillis cubain posent la question du réalisme en politique, une question que la gauche ferait bien de considérer attentivement.
Depuis quelques heures je dialogue avec un ami par email sur le
rôle des intellos dans les combats progressistes.
J'étais hier à la librairie Résistance, 4, villa Compoint à Paris (vous trouverez
quelques images de cette librairie dans une vidéo publicitaire ci dessous), pour une conférence de Michel Collon sur son livre. Je ne veux pas jouer les anciens combattants, mais chacun (parmi
mes 5 lecteurs assidus !) sait que je suis presque un habitué des conférences de Collon, la première étant celle dont j'avais fait le compte rendu en 2000 pour le site Résistance (c'était avant
la naissance de la librairie homonyme), j'ai aussi filmé une de ses interventions en janvier 2002 cf sur ce
blog).
Il y avait beaucoup de monde, comme souvent quand Collon se déplace. Il faut dire que ses
exposés sont toujours efficaces, bien charpentés. Il aligne argument sur argument, avec des chiffres. Les meilleurs moments sont quand il parle des stratégies des multinationales, par exemple pour
le contrôle de l'eau en Amérique du Sud, ou la course au brevetage des plantes d'Amazonie. Les mots sont clairs, percutants, ils incitent au combat. En plus il y a toujours ensuite la phase des
"questions du public" qui a une dimension psychothérapeutique pour beaucoup- les gens se loncent dans de longues tirades d'un quart d'heure sur la situation internationale (en ce moment on
voit bien que l'Iran a la côte dans les sujets abordés). Bien sûr on peut faire la fine bouche. Le Sandiniste, qui connait bien le sujet, a noté que Michel est souvent schématique sur le
Venezuela, adepte de raccourcis, allusif sur de nombreux points. Beaucoup de facteurs politiques et économiques sont gommés dans ses analyses. Les nuances font souvent défaut. C'est cela
aussi que nous lui reprochions un peu sur la Yougoslavie. Mais il y a toujours à y prendre. Par exemple c'est grâce à son exposé hier que j'ai pris conscience que la répression du
Caracazo par les sociauxdémocrates le 27 février 1989 avait fait jusqu'à 3 000 morts. Jusque là les divers articles que j'avais lus sur le sujet (dans le Monde Diplomatique notamment) ne
m'avaient pas fait "tilter". Dans Wikipedia ce matin je lis que 3 000 est la fourchette "haute" de l'estimation, mais tout de même cela donne à penser, et cela a donné à penser parce que c'était
amené dans la rhétorique de combat de Michel, qui traçait un parallèle entre les faux charniers de Timisoara et les vrais charniers de Caracas ignorés en Europe. Quand Ramonet parle sur un ton très
intellectualisant de l'événement, cela frappe moins les neurones. Donc les topos de Michel Collon restent utiles.
Je pourrais, pour terminer cette journée, synthétiser tous les arguments qui ont
été échangés à propos de l'intéressant débat sur la burqa - débat qui rejoint le non moins intéressant débat sur l'Iran - mais
l'énergie me fait défaut et je trouve que l'intéressante ouverture sur Robespierre qu'esquisse Mme C de Belgique, dans son récent commentaire (cf cid-dessous), après avoir approuvé mon
point de vue sur la burqa constitue, au fond, la meilleure des conclusions possibles pour aujourd'hui (même si je ne partage pas complètement son adhésion aux références qu'elle avance sur
l'Iran ni certaines connotations un peu "complotistes" de son vocabulaire).
J'espère que les jeunes issus de l'immigration, et notamment ceux d'origine musulmane, en
France, en Belgique, et dans le reste de l'Europe, auront la force de ne pas se laisser impressionner par le discours des donneurs de leçons anti-burqa, et de ne pas non plus s'engouffrer
dans des impasses comme le vote Dieudonné ou la démission devant le combat politique. Car c'est par eux que passera le succès de stratégies contre le projet de choc des civilisations mené par les
élites euro-étatsuniennes (et qui est en réalité un projet d'asservissement du Moyen-Orient comme de toutes les régions remettent en cause leur hégémonie), projet dont sont solidaires,
objectivement quoique souvent à leur insu, ceux qui veulent utiliser Voltaire contre les cultures de nos anciennes colonies. Ces jeunes sont une composante importante des dispositifs qui
pourront se mettre en place pour faire pièce à la loi du cynisme et de l'intolérance à laquelle adhère une si grande part de notre classe politique. Un point à ne pas perdre de vue.
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