Débats chez les résistants

Jeudi 24 décembre 2009 4 24 /12 /2009 15:21
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Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 11:57
Apparemment oui...

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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 10:03
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 19:54
Il n'y a pas d'un côté un monde réel avec des pauvres gens qui souffrent et qui seraient tous en puissance de bons pacifistes, et de bonnes personnes attachées à la solidarité, au service public, et à l'intérêt général, et, de l'autre, une bulle politico-médiatique néo-libérale qui veut la guerre de tous contre tous, les inégalités, le choc des civilisations.

Il y a, c'est vrai, d'un côté une religion officielle néo-libérale, avec ses grandes messes (autour de la guerre de Yougoslavie, de la mort de Michael Jackson, de celle de Claude Lévi-Strauss, ou des commémorations de la chute du mur de Berlin) avec ses grands prêtres (Bernard-Henry Lévy, Claire Chazal, Elie Wiezel, Vlaclav Havel etc). Mais cette religion n'est pas une bulle. Elle compte des tas d'adeptes ardents hypnotisés par la TV ou les grands journaux, arrogants, agressifs, prêts à fliquer les dissidents. Et cette masse (peut-être 20 % de la population - dans les pays du Nord, mais aussi du Sud), bien qu'hallucinée, est une composante à part entière de la réalité de ce monde, une force politique, pas simplement une superstructure.

Et puis, face à ces 20 %, il y en a peut-être 10 ou 20 % qui sont prêts à heurter de front les dogmes les plus sacrés de la religion politico-médiatique. 10 ou 20 % de gens comme Sahra Wagenknecht, Allemande de l'Est qui ne renie pas le passé de son pays et se sent prête à se battre pour le socialisme, comme Chavez prêt à donner sa vie pour combattre le néo-libéralisme, comme ces femmes voilées qui refusent de montrer leur visage à la Sainte Laïcité, comme ces Palestiniens qui ne rendent pas les armes.

Entre les deux il y a 60 à 70 % qui n'ont pas vraiment d'opinion fixe sur quoi que ce soit. Qu'on peut pousser à voter "non" au traité constitutionnel européen une année sans que ça les empêche de voter Sarkozy l'année suivante, qui se méfient des mass médias, tout en les adorant, qui sont prêts à toutes sortes de petits arrangements, dans un sens ou dans l'autre, dans le sens du voile, dans celui de la laïcité, dans le sens du néo-libéralisme, dans celui du socialisme, suivant le jour, suivant l'humeur, suivant l'évolution de la fiche de paye, suivant la dose de courage ou de lâcheté accumulée (et de ce point de vue là n'importe qui est susceptible de faire partie des 60 à 70 % un jour).

Ce qui exaspère les 20 % de tenants de la religion dominante, ce sont les 10 ou 20 % d'opposants motivés. Il est insupportable à leurs yeux qu'il y ait encore dans ce monde des réalités comme le gouvernement cubain, comme le Hezbollah, comme la gauche révolutionnaire basque etc (on pourrait multiplier les exemples d'organisations ou d'actes individuels anti-systémiques, dont tous ne sont pas également vertueux ni recommandables, mais qui ont en commun de heurter de plein fouet les dogmes libéraux). L'existence de ces opposants n'est pas seulement susceptible de faire basculer les 60 à 70 % d'esprits flottants dans une direction opposée aux intérêts des gouvernants. Elle est surtout, par elle-même, la preuve que le dogme n'est pas intangible. Puisqu'il y a des esprits humains qui peuvent les contredire de front, leur solidité laisse à désirer. Et donc il faut toujours plus, dans le camp des croyants, s'autoconvaincre par le matraquage (qui n'est pas seulement matraquage des opposants, mais d'abord auto-matraquage). Il faut toujours réinviter sur les plateaux TV Finkielkraut, BHL, Rupnik, Adler, toujours plus publier des livres dans leur sillage, toujours plus répéter sans cesse les mêmes inepties. Et bien sûr plus on ressace, plus on éveille des vocations à l'opposition dans le camp d'en face (en ce moment beaucoup de mes amis sont très remontés contre le matraquage sur le Mur de Berlin).

On peut se demander pourquoi tant de dogmatisme chez les 20 % du camp dominant, pourquoi tant de religiosité, et pourquoi ce besoin d'unanimisme sans lequel la "fête" officielle paraîtrait terriblement gâchée. Pourquoi, alors qu'il n'y a plus de parole divine révélée dont il faudrait être le témoin ? N'est-ce pas justement, paradoxalement, parce qu'il n'y a plus de Dieu dans ce camp dominant ? Puisqu'aucun Dieu ne vient valider le discours, il faudrait de l'unanimité humaine pour compenser. Cette nouvelle forme de religiosité politique, et la véritable hystérie unanimiste qu'elle provoque, mériterait une analyse anthropologique sérieuse. Je crois qu'il n'y a pas eu de précédent dans l'histoire.
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 11:45

Quelqu'un me demandait ce matin pourquoi les ex-dissidents du bloc de l'Est, alliés aux "réformistes" gorbatchéviens sont tous devenus les pires laquais du néo-conservatisme américain au point de se faire les zélateurs de la guerre en Irak. N'est-ce point le signe, me demandait-il, qu'ils étaien déjà objectivement dès 1970-75, les alliés objectifs du capitalisme états-unien (même si beaucoup se croyaient de gauche) ? 

Pour ma part je ne suis pas convaincu que tous les dissidents aient basculé dans le camp pro-Occidental ou anti-communiste. Un type comme Alexandre Zinoviev par exemple n'a pas basculé dans ce camp (même si son itinéraire n'est pas forcément très glorieux). Piotr Ikonowicz que je cite dans mon livre sur la Transnistrie a ussi gardé une position intègre.
 
Mais il y a un phénomène de génération qui fait que ce qui s'énonçait dans les années 70 dans les formes du libertarisme, se formule trente ans plus tard dans les mots du néo-libéralisme. A ce phénomène s'ajoute un mécanisme de vieillissement et d'embourgeoisement des individus qui, à force de fréquenter les salons littéraires occidentaux, se laissent contaminer par leurs idées. Seule une minorité peut rester, passée la cinquantaine, éthiquement pure et ostracisée par le reste des élites.
 
Je ne pense pas qu'on puisse en déduire a posteriori que ces mouvements étaient déjà capitalistes ou néo-libéraux dans l'âme. Parce qu'alors raisonner de la sorte (avec une anachronisme rétrospectif) reviendrait à condamner comme potentiellement capitaliste toute critique libertaire du socialisme autoritaire depuis Bakounine jusqu'au Black block d'aujourd'hui.

Et puis il y a une particularité de l'Europe de l'Est. Des processus culturels très complexes y sont à l'oeuvre. Rien n'est binaire. Il y a d'abord leur extrême fascination pour l'Europe de l'Ouest et leur frustration d'en avoir été coupés. C'est un mécanisme psychologique puissant qu'on trouve même chez les poutiniens et les partisans de Milosevic.
 
En outre il existe un racisme profond à l'égard du Tiers monde (des Chinois, des Noirs, des Arabes) qui les fait facilement basculer dans le camp des "valeurs occidentales", y compris du sionisme en tant qu'il se pense comme avant-garde de ces valeurs (et ce malgré e vieux fond antisémite qui travaille ces pays). En 2000 l'opposition serbe faisait campagne sur le thème "nous sommes plus proches de Badgad que de Londres "et "les Chinois nous envahissent".
 
Ce n'est pas un hasard si Balkans Infos, tout anti-américain qu'il fût, ait en grande partie basculé comme leur ami Jean Robin dans le camp sioniste (un de ses journalistes m'a reproché de m'allier "aux pires ennemis des serbes" parce que, après avoir combattu l'agression de l'OTAN contre la RF de Yougoslavie, je suis resté solidaire du Tiers monde), non que Balkans Infos soit à proprement parler "raciste" à l'égard des peuples du Tiers-monde, mais les guerres civiles yougoslaves les ont fait évoluer dans une ambiance islamophobe qui au final les conduit à se sentir beaucoup plus proches de fervents défenseurs d'Israël que des chantres de l'esprit de Durban. Là encore même les poutiniens jouent un jeu très ambigu entre Arabes et Israéliens. Il n'est pas étonnant que ces tropismes qui affectent les parties les plus anti américaines de ces sociétés aient a fortiori fonctionné sur les "dissidents" qui fréquentaient les salons littéraires du quartier latin voire du Figaro Magazine.

Ce facteur culturel va de pair avec l'influence matérielle des réseaux (par exemple le rôle de l'EHESS comme trait d'union entre les dissidents et l'Oncle sam). Cette profonde "déconnexion" pour parler comme Samir Amin entre les ex-dissidents d'Europe de l'Est et les causes progressistes du Tiers-monde, n'est qu'une exagération d'une autre déconnexion très profonde entre les sociétés de ces pays et celles d'Asie ou d'Afrique. Si bien qu'il me semble que les nouvelles alliances entre Poutine et Chavez, ou même sur un mode plus ambigu entre Moscou et Pékin - alliances dont se réjouissent les tiers-mondistes - participent davantage de froids calculs géopolitiques au niveau des Etats que d'un réel rapprochement entre les peuples. Ce froid calcul bismarckien est toujours réversible et peut se retourner en sainte-alliance russo-occidentale contre le reste du monde, si les Etats-Unis cessaient de jouer la carte de l'encerclement de la Russie (ce qu'une partie de l'administration Obama semble prête à faire mais que la partie la plus belliciste des élites étatsuniennes s'emploiera toujours à contrecarrer).

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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /2009 23:37
Lors des dernières élections européennes, le Dissident internationaliste m'avait communiqué un sondage d'UAM93 qui donnait un fort potentiel électoral au Front de gauche dans l'électorat musulman pratiquant. Fidèle à ses principes maoïstes il en avait conclu que le PCF devrait se rapprocher des organisations musulmanes (comme l'a fait le maire de Bagnolet par exemple) et abandonner des positions laïcardes islamophobes.

J'ai pensé qu'il y avait du vrai dans son analyse. Mais les réalités de terrain telles que je les découvre en banlieue parisienne me font toucher du doigt toutes les difficultés du projet. D'une part il y a toute une petite bourgeoisie (ou une aristocratie ouvrière) d'origine maghrébine qui a déjà rejoint le Front de gauche (notamment ses structures municipales) et qui est assez laïque de sorte qu'elle n'a pas forcément envie de voir celui-ci se rapprocher d'organisations confessionnelles. Ensuite il y a une grande complexité du positionnement des gens issus de l'immigration qui sont souvent très pragmatiques, et peuvent miser sur plusieurs partis politiques à la fois (à la fois le Front de gauche, le PS, et l'UMP) sans qu'aucune alliance stable puisse être envisagée. Il y a aussi un jeu très complexe dans lequel sont pris les mouvements communautaristes - musulmans, antillais etc - par rapport aux néo-conservateurs (l'UMP, le CRIF).

Des aventuriers comme Soral qui ont flirté avec l'extrême droite pour soi-disant échapper au communautarisme voulu par les néo-conservateurs s'en rendent sans doute compte aujourd'hui. Son frère ennemi Jean Robin le lui a reproché, mais si l'on étudie les liens de Soral avec l'UOIF, et les rapports de l'UOIF avec le CRIF, on voit bien quelle dynamique est en train de happer tous les communautarismes, de sorte que la gauche de la gauche a tout intérêt à rester éloignée de ces spirales.

L'idéal serait de pouvoir travailler avec des structures qui, à la fois prennent en compte la spécificité de la condition des immigrés (le racisme, l'islamophobie etc) non prises en charge par les partis "classiques", et en même temps continuent à cultiver un progressisme universaliste, des structures comme les Indigènes de la République. Mais cela n'est envisageable que si celles-ci ne sont pas de purs groupuscules, et surtout si elles ne s'enferment pas dans un intellectualisme décalé par rapport aux réalités sociales profondes de l'immigration.
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 11:53
Le Dissident internationaliste est revenu enthousiaste de Damas où il avait été invité ainsi que 1400 personnalités du monde entier pour protester contre l'annexion du Golan par Israël et où il a rencontré le leader du Hamas en exil. Il était notamment très emballé par le ministre de l'information syrien Mohsen Bilal : "Il a dans son bureau une photo de lui avec la fille de Chavez, et une avec la fille du Che dont il affiche par ailleurs un portrait. On a tout de suite compris qu'il était des nôtres, ce qui n'est pas le cas de tous les dignitaires de ce pays. Il nous a raconté qu'il était étudiant dans une université italienne en 1968 et qu'il était monté à Paris spécialement en mai pour participer aux manifs. Il admire beaucoup ce que fait la Chine en ce moment".

Du fait de son parcours au PCF dans les années 1970-80, le Dissident aime bien les révolutionnaires qui dirigent des structures bureaucratiques. Il pense qu'ils ont un certain pouvoir, une certaine efficacité, qui peut se combiner avec celle de ceux qui mènent la lutte armée, qui font grève, qui se battent. Beaucoup d'anarchistes que je connais mettraient en doute cette position, mais chacun réagit en fonction de sa culture. Pour ma part j'enregistre ce genre de témoignage sans former aucun jugement. Je trouve intriguant qu'un régime comme celui du Baas syrien ait une aile "guévariste". On devrait faire une sociologie des gens qui ont accroché le portrait du Che dans leur bureau. Je pense qu'on aurait des surprises.
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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 18:10
Un lecteur de mon roman "La révolution des montagnes" qui m'avait déjà contacté en 1999 quand je tenais un site d'info sur la guerre du Kosovo et qui aujourd'hui a rejoint une communauté anarchiste connue du côté de Sisteron m'écrit ceci cet après-midi après avoir lu ce livre :

"Adessias lo Béarnais

J'y suis depuis 5 ans dans la montagne et le maquis; hote d'une petite communauté "Jansiac" qui essaye de s'y maintenir depuis 30 ans sur une base écolo-libertaire.

Je dois dire que les conditions d'hébergement sont sommaires et que la vie y est des plus frugale. Celà dit les alternatifs et les décroissant ne se bousculent pas pour rejoindre de tel lieux. J'ai l'impression que je vais passer l'hiver seul à la cabane avec les bêtes.

Pourtant 300 Hectares isolés c'est plus grand que la principauté de Monaco ; mais je ne me vois pas initier une lutte pour l'indépendance.

Ton bouquin m'intéresse au plus haut point.

Durant le grand "monome" de 1968 ; nous fumes une douzaines de gamins de 17 à 22 ans à prendre le maquis avec armes et bagages dans les hautes vallées du comté de Nice notre zone d'opération nous permetant de passer réguliérement en Italie pour échapper aux poursuites. Nous nous sommes ainsi "battu" jusqu'à fin Octobre 68. La neige, le froid, et le manque de vivre, nous ont obligés à déposer les "armes".

Il ne reste que la nostalgie d'avoir vécue une aventure dans une zone libérée avec l'appuis des populations locales.

Les montagnes sont certainement les derniers espaces de liberté que nous pouvons partager."


Ce mail sympathique me va droit au coeur. Evidemment pour tous les esprits de gauche désolés de voir les espoirs de changement social confisqués par telle ou telle caste, telle ou telle nomenklatura, le retour à des communautés villlageoises égalitaires façon Sparte est toujours une tentation. Il y a 5 ans, avant la naissance de mon gamin, un ancien pote de Sciences Po qui avait acheté une grande maison (un ancien établissement religieux) dans l'Ardèche pour y contituer une communauté avait tenté de me mettre sur cette voie là. J'avais découvert à travers lui toutes sortes d'expérimentations auxquelles des ingénieurs et toubibs écolos se livrent dans le désert français disons entre le Périgord et les Alpes. Evidemment, tout cela mérite l'attention de l'observateur politique, même si la limite de ce genre d'expérimentation est évidente (limitation géographique, à des franges très particulières de la société). Je pense que ces tentatives (sous réserve qu'elles soient menées honnêtement, et je vois sur certains blogs des critiques acerbes contre l'esprit des organisateurs de Jansiac), sont une sorte de poumon de l'esprit de gauche : des espaces où des choses s'inventent, se testent, des laboratoires.
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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /2009 10:56

A la suite d'un contact avec l'ARAC à la Fête de l'Humanité la semaine dernière, j'ai ramené un stock de revues utiles, Le Réveil (qui est le journal de leur association) bien sûr, mais aussi les cahiers de l'Institut de documentation et de recherche sur la Paix de juin 2009 dans lequel je trouve un bon article de Daniel Durand "Sécurité paneuropéenne : un mythe dépassé" à propos des débats sur l'avenir de l'OTAN, les ambiguités du concept de "sécurité paneuropéenne" telle que l'entendent les Russes, et les absurdités de la politique de M. Sarkozy (en revanche les lecteurs de cette brochure pourront s'abstenir de lire les pauvres analyses de Dérens et Samary sur les Balkans).

Je lis aussi le numéro 108 la revue "Défense et citoyen" (en ligne sur Internet, il exite aussi en version papier) de la Fédération des Officiers de Réseve  républicains et de la Fédération des Officiers Mariniers et Sous Officiers de Réserve Républicains (FORR-FOMSORR), des structures basées à Ivry et qui sont nées dans l'atmosphère anti-fasciste des années 1930. J'y trouve un très bon article de Jacques Sapir sur le livre du général Vincent Desportes "La guerre probable" qui nourrit une réflexion intéressante sur l'incapacité d'un Etat néo-libéral à consolider une conquête militaire (comme on l'a vu avec les Etats-Unis en Irak), sur la forte capacité d'apprentissage d'une armée citoyenne comme le Hezbollah et sur l'importance d'entourer les moyens militaires d'une stratégie politique de soutien aux populations (ce que les auteurs américains de la Révolution dans les affaires militaires, qui ne pensent qu'en termes de technologie, sont incapables de comprendre).

Parallèlement cette semaine, je reçois le bulletin trimestriel de l'association grenobloise "Initiatives Citoyenneté Défenses" (ICD) "L'arme et le paix" dont l'édito signé par Denis Anselmet (le responsable de l'association qui m'avait contacté à août) est consacré à l'alignement de la France sur les USA et à la privatisation de la torture, un sujet qu'ils avaient aussi examiné dans leur numéro de juillet 2005 téléchargeable ici.

Toutes ces revues baignent dans la dénonciation de l'alignement de la France sur la notion d' "Occident" et le projet de démantèlement de l'héritage du Conseil national de la Résistance.

Bien que je n'aie jamais été un passionné de stratégie ni de la chose militaire, je continue de penser que  ces revues qui touchent au coeur régalien du pouvoir français et veulent l'infléchir "à gauche", devraient être mieux diffiusées dans des cercles progressistes qui, de plus en plus coupés de l'armée, envisagent les relations internationales sous un angle anti-militariste assez abstrait (je pense aux cercles anticapitalistes, à diverses composantes du PC, aux associations d'immigrés). Le lien intellectuel entre ces diverses nébuleuses de la gauche n'est pas facile à faire. Mon Programme pour une gauche française décomplexée faisait un peu signe vers cela. On ne peut pas penser un monde pacifique sans réfléchir à l'usage que la France doit faire de son armée dans cette perspective.

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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /2009 11:22
Un ami du bulletin dont je vous parlais me répond à propos du PCI (M)

"Les conflits au Bengale avec les naxalistes c'était, dans les années 1960 début 1970. Aujourd'hui les naxalistes sont surtout présents au Bihar, Orissa, jusqu'au sud de l'Inde. Au Bengale occidental beaucoup moins et, effectivement, ils ont été éliminés dans les années 1960-70, par l'armée centrale indienne, mais on ne peut pas dire que le CPI-M n'ait pas coopéré à cette élimination, ou tout au moins fait comme s'il ne voyait pas (à vérifier tant les opinions sont partagées). Cela étant, les élections donnent toujours le CPI-M gagnant depuis cette date, ce qui démontre son ancrage populaire.

Sur le plan international, le CPI-M a une position radicalement correcte, anti-impérialiste (et c'est la position des PC qui comptent en plus, ceux d'Afrique du Sud, du Brésil, de Chine, du Japon, du Viet-Nam, de Russie, de Grèce, etc), et de notre point de vue, c'est ce que nous devons me semble-t-il retenir. la question quels communistes soutenir est une question interne aux Indiens à laquelle nous ne pouvons pas nous mêler, d'autant plus que le CPI-M est le plus grand parti jusqu'à preuve du contraire. C'est aussi pour cela que notre bulletin a eu des contacts aussi avec le CPI, mais que ces contacts sont toujours passés par un accord avec le CPI-M. Si un jour les naxalistes prennent le dessus (comme au Népal où c'est exactement le contraire qui s'est passé, les maoïstes ayant dépassé en ancrage le PC local pro-CPI-M) alors on pourra revoir les choses. Si nous devions avoir des contacts privilégiés au Népal, cela devrait être avec les maoistes avant tout en revanche, pour cette même raison.

Pour avoir discuté avec les uns et les autres, mon impression est que les deux tendances ont leurs propres bases sociales très différentes, mais toutes deux populaires, les uns dans les villes et chez les salariés, les autres dans les campagnes et chez les sans terres les plus pauvres, et qu'ils sont objectivement complémentaires, même s'il y a eu des conflits entre eux, ce qui est regrettable, mais ce n'est pas la première fois dans l'histoire des mouvements révolutionnaires. C'est pour cela qu'on a soutenu le FLN algérien et pas le PCA en première ligne. Tu sais aussi comment cela s'est passé pendant la guerre d'Espagne mais ce n'était pas aux étrangers de choisir entre le PCE et le POUM ou d'autres (même si l'URSS l'a fait, ce qui fut sans doute une erreur)."


Ce mail est intéressant, mais il m'a semblé "à côté" du problème soulevé par  Jairus Banaji  qui est celui d'une leader syndical battu par des villageois selon lui à la demande de cadres du PCI(M) parce qu'il a défendu les employés d'un programme de développement géré par ce parti...

Après une nouvelle objection, voici les remarques complémentaires que je reçois :

"Tu as raison et je suppose qu'il y a autoritarisme. En revanche il n'y a pas de vrai recul du CPI-M électoral en terme de voix. En terme de siège oui, et pour ses alliés aussi en terme de voix, mais pour lui-même il a pratiquement le même pourcentage de voix que précédemment (à quelques, 0,xxx % de voix prêts) ...Ce qui ne veut pas pour autant dire que tout baigne ! A cet égard, il est intéressant de lire les communiqués de son dernier comité central post-électoral.

Il est clair que les naxalistes représentent une force réelle (quoique malheureusement divisés en plusieurs scissions) qui a choisi dès l'origine la voie de la lutte armée, accompagnant un combat syndical de masse en particulier parmi les travailleurs sans statuts et dispersés, ce qui est tout à fait compréhensible et répond à la terreur régnant dans certaines régions ou poches régionales de l'Inde de la part des propriétaires. On peut comprendre que la fraction moins terrorisée de la population préfère des moyens plus "classiques" et il est normal que les deux voies se heurtent parfois, d'autant plus qu'il y a des inimitiés anciennes et du sang.

Par ailleurs, le rapprochement avec l'autre frère ennemi du CPI (plus à droite dans les faits) et d'autres partis de gauche ne peut pas ne pas avoir d'effets sur les rapports avec les groupes plus à gauche, surtout les naxalitses. Donc bien entendu le navire tangue. C'est humain. Regrettable mais humain.

Et sans doute l'écho de ce qui se passe dans la Népal voisin du Bengale doit aussi éveiller certaines passions de part et d'autres. Imaginons ce que serait la gauche française s'il y avait une révolution armée du PTB en Belgique qui serait arrivé au pouvoir (on peut toujours rêver !) ?

Même si dans les faits la pratique des maos au Népal ne semble pas très différente de celle du CPI-M au Bengale depuis qu'ils sont au gouvernement. Mais il faudrait scruter cela plus précisément.

Au moins peut-on dire une chose, là-bas, il se passe des choses !!!
et les contradictions portent sur des enjeux réels, et les comportements sont à la hauteur de ces enjeux !!!
Effectivement, il faut les observer, les analyser, mais on ne peut pas faire plus. "
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /2009 16:19
Vous savez que je ne suis pas enclin à entrer dans les conflits internes de la gauche. Je cherche juste à savoir où je mets les pieds quand je vais quelque part. Et, comme à la Fête de l'humanité, j'ai promis à un ami communiste de collaborer à un bulletin qui est très soutenu par le Partido communista do Brazil, le Parti communiste sud-africain... et le Parti communiste d'Inde marxiste (CPI-M), il me fallait comprendre un peu mieux ce qui se joue autour de ce parti dont on a vu qu'il a un peu reculé aux dernières élections législatives indiennes mais qui administre l'Etat du Bengal occidentale (un Etat où sévit par ailleurs une rébellion maoïste - naxaliste - des exclus de la globalisation libérale).

Comme le collaborateur de l'Atlas alternatif qui enseigne à Trinity college (aux USA) Vijay Prashad faisait l'apologie sur Facebook ce matin du livre de Prabhat Patnaik "The Public and the Private" qui explique pourquoi les paysans indiens aujourd'hui se suicident plutôt que de se syndiquer, un certain Jairus Banaji s'est répandu en imprécations contre le CPI-M en ces termes : "If Prabhat’s article is an attack on the current policies of governments led by his party in states like West Bengal, why doesn’t he express that in a more transparent way? Wasn’t it a CPM-led government that came down against the agitation of the Kanoria Jute Mill workers in the middle Nineties? Did he say anything at the time? When Nandigram exploded, it was Prabhat who defended ‘revolutionary violence’ (!!) , i.e. state repression of a mass movement."

Comme je suis néophyte, j'ai appris ainsi que Prabhat Patnaik était un économiste très connu du CPI (M). Il dirige le comité de planification du Kerala qui est aussi administré par le CPI (M).

J'ai dans un premier temps songé que Jairus Banaji  devait être trotskiste. Malgré ce risque de parti pris je l'ai néanmoins contacté via Facebook et interrogé à la fois sur son appartenance partisane et sur les faits qu'il reprochait au CPI(M) ainsi que ses sources.

J'ai reçu cette réponse dans l'après-midi :

"Dear Frederic, The CPI(M) remains one of the most unreconstructed Stalinist parties anywhere in the world. Many of their leaders still admire Stalin and one of their two key leaders, Sitaram Yechury, has even written a long eulogy of Stalinn by way of introduction to someone else's book. The CPM-led government in Bengal has never encouraged worker action or the wider interests of the labour movement and when they feel threatened by independent movements, they react with ferocious sectaranism and violence. Here is an example of how they have almost murdered the leaders of an independent agricultural workers' union called the PBMKS.
Look up
http://www.mail-archive.com/jharkhand@yahoogroups.co.in/msg04339.html

About the Kanoria mills struggle, the best source would be journals or magazines like the Economic and Political Weekly and Frontier from that period (1994 on). EPW is available on line. You can also try googling 'Kanoria jute mills workers' or some combination like that to get more material.
I am of course a Trotskyist in the eyes of the CPM, I was in the International Socialism group till 1972 when I came to India after studying in the UK. Today I see myself simply as a revolutionary Marxist...
Hope this helps, in solidarity,
Jairus"


Je connais depuis longtemps les accusations de l'extrême gauche contre les communistes, accusations qui ne sont pas toujours dépourvues de fondements factuels. Je ne pouvais pas les ignorer dans le cadres de mes éventuels contacts avec le CPI (M) d'autant que je serai un peu confronté à une situation analogue en Seine-Saint-Denis (où le PC est une "middle class" au dessus des classes populaires). Evidemment en Inde (comme en Espagne en 1937-38), la situation est particulièrement grave puisqu'on accuse le CPI (M) d'avoir du sang de travailleurs sur les mains. Cette gravité particulière est presque "naturelle" dans le Tiers-monde où la violence des rapports de classes est plus accentuée qu'en Europe (certains disent même que ces rapports sont violents pour que les nôtres puissent être plus doux). Sans adhérer totalement aux thèses de cet accusateur du CPI(M), dont j'apprends d'ailleurs qu'il est l'auteur d'un livre Agrarian Change In Late Antiquity in India (Presses universitaires d'Oxford), je ne puis manquer de les prendre  en compte.
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 07:06
Allez, un dernier billet court sur ce sujet dont certains diront peut-être que nous n'y avons consacré que trop de lignes ces derniers temps.

Juste un extrait de "Philosophie républicaine et colonialisme" de Stéphanie Couderc-Morandeau (chapitre 1) :

"A 18 ème siècle, le chemin de l'humanité est compris comme une progression et les théoriciens estiment que la longue marche depuis la sauvagerie jusqu'à la civilisation est une marche ascendante, conformément à l'idéologie optimiste du progrès.(...) Les sauvages, objets d'études nouvelles, ne sont plus pensés comme des êtres inintelligibles mais des individus capables d'assimiler des apprentissages (...) C'est un principe constant. Par suite, les peuples les moins aancés, c'est à dire ceux qui ne posèdent pas le développement des techniques, pariendront également à une évolution. Le sauvage est toujours considéré avec mépris. Que ce soit dans l'athropologie d'un Buffon (monogéniste) - 'qui sert de fondement à une théorie de la civilisation' selon M. Duchet - ou dans celle d'un Voltaire (polygéniste),  les conclusions se résument à des propos quasi identiques : le sauvage est pure négativité, qualifié d'être stupide, ignorant, inerte, paresseux. (...) Parallèlement au droit de civilisation, une pratique civilisatrice se dessine à l'intérieur de laquelle la notion d'assimilation vient se greffer. Civiliser le sauvage est dans l'esprit d'un peseur du 18 ème siècle, lui transmettre les coutumes, les moeurs, une organisation politique et sociale occidentale. Civiliser et imposer deviennent des actions similaires (...) Le discours philosophique des Lumières indique commet mieux coloniser les pays, comment mieux les diriger, les dominer aussi. Il propose une colonisation plus juste, plus humaine, en introduisant des notions de droit"
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