Débats chez les résistants

Dimanche 1 novembre 2009
Lors des dernières élections européennes, le Dissident internationaliste m'avait communiqué un sondage d'UAM93 qui donnait un fort potentiel électoral au Front de gauche dans l'électorat musulman pratiquant. Fidèle à ses principes maoïstes il en avait conclu que le PCF devrait se rapprocher des organisations musulmanes (comme l'a fait le maire de Bagnolet par exemple) et abandonner des positions laïcardes islamophobes.

J'ai pensé qu'il y avait du vrai dans son analyse. Mais les réalités de terrain telles que je les découvre en banlieue parisienne me font toucher du doigt toutes les difficultés du projet. D'une part il y a toute une petite bourgeoisie (ou une aristocratie ouvrière) d'origine maghrébine qui a déjà rejoint le Front de gauche (notamment ses structures municipales) et qui est assez laïque de sorte qu'elle n'a pas forcément envie de voir celui-ci se rapprocher d'organisations confessionnelles. Ensuite il y a une grande complexité du positionnement des gens issus de l'immigration qui sont souvent très pragmatiques, et peuvent miser sur plusieurs partis politiques à la fois (à la fois le Front de gauche, le PS, et l'UMP) sans qu'aucune alliance stable puisse être envisagée. Il y a aussi un jeu très complexe dans lequel sont pris les mouvements communautaristes - musulmans, antillais etc - par rapport aux néo-conservateurs (l'UMP, le CRIF).

Des aventuriers comme Soral qui ont flirté avec l'extrême droite pour soi-disant échapper au communautarisme voulu par les néo-conservateurs s'en rendent sans doute compte aujourd'hui. Son frère ennemi Jean Robin le lui a reproché, mais si l'on étudie les liens de Soral avec l'UOIF, et les rapports de l'UOIF avec le CRIF, on voit bien quelle dynamique est en train de happer tous les communautarismes, de sorte que la gauche de la gauche a tout intérêt à rester éloignée de ces spirales.

L'idéal serait de pouvoir travailler avec des structures qui, à la fois prennent en compte la spécificité de la condition des immigrés (le racisme, l'islamophobie etc) non prises en charge par les partis "classiques", et en même temps continuent à cultiver un progressisme universaliste, des structures comme les Indigènes de la République. Mais cela n'est envisageable que si celles-ci ne sont pas de purs groupuscules, et surtout si elles ne s'enferment pas dans un intellectualisme décalé par rapport aux réalités sociales profondes de l'immigration.
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Vendredi 16 octobre 2009
Le Dissident internationaliste est revenu enthousiaste de Damas où il avait été invité ainsi que 1400 personnalités du monde entier pour protester contre l'annexion du Golan par Israël et où il a rencontré le leader du Hamas en exil. Il était notamment très emballé par le ministre de l'information syrien Mohsen Bilal : "Il a dans son bureau une photo de lui avec la fille de Chavez, et une avec la fille du Che dont il affiche par ailleurs un portrait. On a tout de suite compris qu'il était des nôtres, ce qui n'est pas le cas de tous les dignitaires de ce pays. Il nous a raconté qu'il était étudiant dans une université italienne en 1968 et qu'il était monté à Paris spécialement en mai pour participer aux manifs. Il admire beaucoup ce que fait la Chine en ce moment".

Du fait de son parcours au PCF dans les années 1970-80, le Dissident aime bien les révolutionnaires qui dirigent des structures bureaucratiques. Il pense qu'ils ont un certain pouvoir, une certaine efficacité, qui peut se combiner avec celle de ceux qui mènent la lutte armée, qui font grève, qui se battent. Beaucoup d'anarchistes que je connais mettraient en doute cette position, mais chacun réagit en fonction de sa culture. Pour ma part j'enregistre ce genre de témoignage sans former aucun jugement. Je trouve intriguant qu'un régime comme celui du Baas syrien ait une aile "guévariste". On devrait faire une sociologie des gens qui ont accroché le portrait du Che dans leur bureau. Je pense qu'on aurait des surprises.
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Mardi 29 septembre 2009
Un lecteur de mon roman "La révolution des montagnes" qui m'avait déjà contacté en 1999 quand je tenais un site d'info sur la guerre du Kosovo et qui aujourd'hui a rejoint une communauté anarchiste connue du côté de Sisteron m'écrit ceci cet après-midi après avoir lu ce livre :

"Adessias lo Béarnais

J'y suis depuis 5 ans dans la montagne et le maquis; hote d'une petite communauté "Jansiac" qui essaye de s'y maintenir depuis 30 ans sur une base écolo-libertaire.

Je dois dire que les conditions d'hébergement sont sommaires et que la vie y est des plus frugale. Celà dit les alternatifs et les décroissant ne se bousculent pas pour rejoindre de tel lieux. J'ai l'impression que je vais passer l'hiver seul à la cabane avec les bêtes.

Pourtant 300 Hectares isolés c'est plus grand que la principauté de Monaco ; mais je ne me vois pas initier une lutte pour l'indépendance.

Ton bouquin m'intéresse au plus haut point.

Durant le grand "monome" de 1968 ; nous fumes une douzaines de gamins de 17 à 22 ans à prendre le maquis avec armes et bagages dans les hautes vallées du comté de Nice notre zone d'opération nous permetant de passer réguliérement en Italie pour échapper aux poursuites. Nous nous sommes ainsi "battu" jusqu'à fin Octobre 68. La neige, le froid, et le manque de vivre, nous ont obligés à déposer les "armes".

Il ne reste que la nostalgie d'avoir vécue une aventure dans une zone libérée avec l'appuis des populations locales.

Les montagnes sont certainement les derniers espaces de liberté que nous pouvons partager."


Ce mail sympathique me va droit au coeur. Evidemment pour tous les esprits de gauche désolés de voir les espoirs de changement social confisqués par telle ou telle caste, telle ou telle nomenklatura, le retour à des communautés villlageoises égalitaires façon Sparte est toujours une tentation. Il y a 5 ans, avant la naissance de mon gamin, un ancien pote de Sciences Po qui avait acheté une grande maison (un ancien établissement religieux) dans l'Ardèche pour y contituer une communauté avait tenté de me mettre sur cette voie là. J'avais découvert à travers lui toutes sortes d'expérimentations auxquelles des ingénieurs et toubibs écolos se livrent dans le désert français disons entre le Périgord et les Alpes. Evidemment, tout cela mérite l'attention de l'observateur politique, même si la limite de ce genre d'expérimentation est évidente (limitation géographique, à des franges très particulières de la société). Je pense que ces tentatives (sous réserve qu'elles soient menées honnêtement, et je vois sur certains blogs des critiques acerbes contre l'esprit des organisateurs de Jansiac), sont une sorte de poumon de l'esprit de gauche : des espaces où des choses s'inventent, se testent, des laboratoires.
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Dimanche 20 septembre 2009

A la suite d'un contact avec l'ARAC à la Fête de l'Humanité la semaine dernière, j'ai ramené un stock de revues utiles, Le Réveil (qui est le journal de leur association) bien sûr, mais aussi les cahiers de l'Institut de documentation et de recherche sur la Paix de juin 2009 dans lequel je trouve un bon article de Daniel Durand "Sécurité paneuropéenne : un mythe dépassé" à propos des débats sur l'avenir de l'OTAN, les ambiguités du concept de "sécurité paneuropéenne" telle que l'entendent les Russes, et les absurdités de la politique de M. Sarkozy (en revanche les lecteurs de cette brochure pourront s'abstenir de lire les pauvres analyses de Dérens et Samary sur les Balkans).

Je lis aussi le numéro 108 la revue "Défense et citoyen" (en ligne sur Internet, il exite aussi en version papier) de la Fédération des Officiers de Réseve  républicains et de la Fédération des Officiers Mariniers et Sous Officiers de Réserve Républicains (FORR-FOMSORR), des structures basées à Ivry et qui sont nées dans l'atmosphère anti-fasciste des années 1930. J'y trouve un très bon article de Jacques Sapir sur le livre du général Vincent Desportes "La guerre probable" qui nourrit une réflexion intéressante sur l'incapacité d'un Etat néo-libéral à consolider une conquête militaire (comme on l'a vu avec les Etats-Unis en Irak), sur la forte capacité d'apprentissage d'une armée citoyenne comme le Hezbollah et sur l'importance d'entourer les moyens militaires d'une stratégie politique de soutien aux populations (ce que les auteurs américains de la Révolution dans les affaires militaires, qui ne pensent qu'en termes de technologie, sont incapables de comprendre).

Parallèlement cette semaine, je reçois le bulletin trimestriel de l'association grenobloise "Initiatives Citoyenneté Défenses" (ICD) "L'arme et le paix" dont l'édito signé par Denis Anselmet (le responsable de l'association qui m'avait contacté à août) est consacré à l'alignement de la France sur les USA et à la privatisation de la torture, un sujet qu'ils avaient aussi examiné dans leur numéro de juillet 2005 téléchargeable ici.

Toutes ces revues baignent dans la dénonciation de l'alignement de la France sur la notion d' "Occident" et le projet de démantèlement de l'héritage du Conseil national de la Résistance.

Bien que je n'aie jamais été un passionné de stratégie ni de la chose militaire, je continue de penser que  ces revues qui touchent au coeur régalien du pouvoir français et veulent l'infléchir "à gauche", devraient être mieux diffiusées dans des cercles progressistes qui, de plus en plus coupés de l'armée, envisagent les relations internationales sous un angle anti-militariste assez abstrait (je pense aux cercles anticapitalistes, à diverses composantes du PC, aux associations d'immigrés). Le lien intellectuel entre ces diverses nébuleuses de la gauche n'est pas facile à faire. Mon Programme pour une gauche française décomplexée faisait un peu signe vers cela. On ne peut pas penser un monde pacifique sans réfléchir à l'usage que la France doit faire de son armée dans cette perspective.

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Samedi 19 septembre 2009
Un ami du bulletin dont je vous parlais me répond à propos du PCI (M)

"Les conflits au Bengale avec les naxalistes c'était, dans les années 1960 début 1970. Aujourd'hui les naxalistes sont surtout présents au Bihar, Orissa, jusqu'au sud de l'Inde. Au Bengale occidental beaucoup moins et, effectivement, ils ont été éliminés dans les années 1960-70, par l'armée centrale indienne, mais on ne peut pas dire que le CPI-M n'ait pas coopéré à cette élimination, ou tout au moins fait comme s'il ne voyait pas (à vérifier tant les opinions sont partagées). Cela étant, les élections donnent toujours le CPI-M gagnant depuis cette date, ce qui démontre son ancrage populaire.

Sur le plan international, le CPI-M a une position radicalement correcte, anti-impérialiste (et c'est la position des PC qui comptent en plus, ceux d'Afrique du Sud, du Brésil, de Chine, du Japon, du Viet-Nam, de Russie, de Grèce, etc), et de notre point de vue, c'est ce que nous devons me semble-t-il retenir. la question quels communistes soutenir est une question interne aux Indiens à laquelle nous ne pouvons pas nous mêler, d'autant plus que le CPI-M est le plus grand parti jusqu'à preuve du contraire. C'est aussi pour cela que notre bulletin a eu des contacts aussi avec le CPI, mais que ces contacts sont toujours passés par un accord avec le CPI-M. Si un jour les naxalistes prennent le dessus (comme au Népal où c'est exactement le contraire qui s'est passé, les maoïstes ayant dépassé en ancrage le PC local pro-CPI-M) alors on pourra revoir les choses. Si nous devions avoir des contacts privilégiés au Népal, cela devrait être avec les maoistes avant tout en revanche, pour cette même raison.

Pour avoir discuté avec les uns et les autres, mon impression est que les deux tendances ont leurs propres bases sociales très différentes, mais toutes deux populaires, les uns dans les villes et chez les salariés, les autres dans les campagnes et chez les sans terres les plus pauvres, et qu'ils sont objectivement complémentaires, même s'il y a eu des conflits entre eux, ce qui est regrettable, mais ce n'est pas la première fois dans l'histoire des mouvements révolutionnaires. C'est pour cela qu'on a soutenu le FLN algérien et pas le PCA en première ligne. Tu sais aussi comment cela s'est passé pendant la guerre d'Espagne mais ce n'était pas aux étrangers de choisir entre le PCE et le POUM ou d'autres (même si l'URSS l'a fait, ce qui fut sans doute une erreur)."


Ce mail est intéressant, mais il m'a semblé "à côté" du problème soulevé par  Jairus Banaji  qui est celui d'une leader syndical battu par des villageois selon lui à la demande de cadres du PCI(M) parce qu'il a défendu les employés d'un programme de développement géré par ce parti...

Après une nouvelle objection, voici les remarques complémentaires que je reçois :

"Tu as raison et je suppose qu'il y a autoritarisme. En revanche il n'y a pas de vrai recul du CPI-M électoral en terme de voix. En terme de siège oui, et pour ses alliés aussi en terme de voix, mais pour lui-même il a pratiquement le même pourcentage de voix que précédemment (à quelques, 0,xxx % de voix prêts) ...Ce qui ne veut pas pour autant dire que tout baigne ! A cet égard, il est intéressant de lire les communiqués de son dernier comité central post-électoral.

Il est clair que les naxalistes représentent une force réelle (quoique malheureusement divisés en plusieurs scissions) qui a choisi dès l'origine la voie de la lutte armée, accompagnant un combat syndical de masse en particulier parmi les travailleurs sans statuts et dispersés, ce qui est tout à fait compréhensible et répond à la terreur régnant dans certaines régions ou poches régionales de l'Inde de la part des propriétaires. On peut comprendre que la fraction moins terrorisée de la population préfère des moyens plus "classiques" et il est normal que les deux voies se heurtent parfois, d'autant plus qu'il y a des inimitiés anciennes et du sang.

Par ailleurs, le rapprochement avec l'autre frère ennemi du CPI (plus à droite dans les faits) et d'autres partis de gauche ne peut pas ne pas avoir d'effets sur les rapports avec les groupes plus à gauche, surtout les naxalitses. Donc bien entendu le navire tangue. C'est humain. Regrettable mais humain.

Et sans doute l'écho de ce qui se passe dans la Népal voisin du Bengale doit aussi éveiller certaines passions de part et d'autres. Imaginons ce que serait la gauche française s'il y avait une révolution armée du PTB en Belgique qui serait arrivé au pouvoir (on peut toujours rêver !) ?

Même si dans les faits la pratique des maos au Népal ne semble pas très différente de celle du CPI-M au Bengale depuis qu'ils sont au gouvernement. Mais il faudrait scruter cela plus précisément.

Au moins peut-on dire une chose, là-bas, il se passe des choses !!!
et les contradictions portent sur des enjeux réels, et les comportements sont à la hauteur de ces enjeux !!!
Effectivement, il faut les observer, les analyser, mais on ne peut pas faire plus. "
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Vendredi 18 septembre 2009
Vous savez que je ne suis pas enclin à entrer dans les conflits internes de la gauche. Je cherche juste à savoir où je mets les pieds quand je vais quelque part. Et, comme à la Fête de l'humanité, j'ai promis à un ami communiste de collaborer à un bulletin qui est très soutenu par le Partido communista do Brazil, le Parti communiste sud-africain... et le Parti communiste d'Inde marxiste (CPI-M), il me fallait comprendre un peu mieux ce qui se joue autour de ce parti dont on a vu qu'il a un peu reculé aux dernières élections législatives indiennes mais qui administre l'Etat du Bengal occidentale (un Etat où sévit par ailleurs une rébellion maoïste - naxaliste - des exclus de la globalisation libérale).

Comme le collaborateur de l'Atlas alternatif qui enseigne à Trinity college (aux USA) Vijay Prashad faisait l'apologie sur Facebook ce matin du livre de Prabhat Patnaik "The Public and the Private" qui explique pourquoi les paysans indiens aujourd'hui se suicident plutôt que de se syndiquer, un certain Jairus Banaji s'est répandu en imprécations contre le CPI-M en ces termes : "If Prabhat’s article is an attack on the current policies of governments led by his party in states like West Bengal, why doesn’t he express that in a more transparent way? Wasn’t it a CPM-led government that came down against the agitation of the Kanoria Jute Mill workers in the middle Nineties? Did he say anything at the time? When Nandigram exploded, it was Prabhat who defended ‘revolutionary violence’ (!!) , i.e. state repression of a mass movement."

Comme je suis néophyte, j'ai appris ainsi que Prabhat Patnaik était un économiste très connu du CPI (M). Il dirige le comité de planification du Kerala qui est aussi administré par le CPI (M).

J'ai dans un premier temps songé que Jairus Banaji  devait être trotskiste. Malgré ce risque de parti pris je l'ai néanmoins contacté via Facebook et interrogé à la fois sur son appartenance partisane et sur les faits qu'il reprochait au CPI(M) ainsi que ses sources.

J'ai reçu cette réponse dans l'après-midi :

"Dear Frederic, The CPI(M) remains one of the most unreconstructed Stalinist parties anywhere in the world. Many of their leaders still admire Stalin and one of their two key leaders, Sitaram Yechury, has even written a long eulogy of Stalinn by way of introduction to someone else's book. The CPM-led government in Bengal has never encouraged worker action or the wider interests of the labour movement and when they feel threatened by independent movements, they react with ferocious sectaranism and violence. Here is an example of how they have almost murdered the leaders of an independent agricultural workers' union called the PBMKS.
Look up
http://www.mail-archive.com/jharkhand@yahoogroups.co.in/msg04339.html

About the Kanoria mills struggle, the best source would be journals or magazines like the Economic and Political Weekly and Frontier from that period (1994 on). EPW is available on line. You can also try googling 'Kanoria jute mills workers' or some combination like that to get more material.
I am of course a Trotskyist in the eyes of the CPM, I was in the International Socialism group till 1972 when I came to India after studying in the UK. Today I see myself simply as a revolutionary Marxist...
Hope this helps, in solidarity,
Jairus"


Je connais depuis longtemps les accusations de l'extrême gauche contre les communistes, accusations qui ne sont pas toujours dépourvues de fondements factuels. Je ne pouvais pas les ignorer dans le cadres de mes éventuels contacts avec le CPI (M) d'autant que je serai un peu confronté à une situation analogue en Seine-Saint-Denis (où le PC est une "middle class" au dessus des classes populaires). Evidemment en Inde (comme en Espagne en 1937-38), la situation est particulièrement grave puisqu'on accuse le CPI (M) d'avoir du sang de travailleurs sur les mains. Cette gravité particulière est presque "naturelle" dans le Tiers-monde où la violence des rapports de classes est plus accentuée qu'en Europe (certains disent même que ces rapports sont violents pour que les nôtres puissent être plus doux). Sans adhérer totalement aux thèses de cet accusateur du CPI(M), dont j'apprends d'ailleurs qu'il est l'auteur d'un livre Agrarian Change In Late Antiquity in India (Presses universitaires d'Oxford), je ne puis manquer de les prendre  en compte.
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Mercredi 26 août 2009
Allez, un dernier billet court sur ce sujet dont certains diront peut-être que nous n'y avons consacré que trop de lignes ces derniers temps.

Juste un extrait de "Philosophie républicaine et colonialisme" de Stéphanie Couderc-Morandeau (chapitre 1) :

"A 18 ème siècle, le chemin de l'humanité est compris comme une progression et les théoriciens estiment que la longue marche depuis la sauvagerie jusqu'à la civilisation est une marche ascendante, conformément à l'idéologie optimiste du progrès.(...) Les sauvages, objets d'études nouvelles, ne sont plus pensés comme des êtres inintelligibles mais des individus capables d'assimiler des apprentissages (...) C'est un principe constant. Par suite, les peuples les moins aancés, c'est à dire ceux qui ne posèdent pas le développement des techniques, pariendront également à une évolution. Le sauvage est toujours considéré avec mépris. Que ce soit dans l'athropologie d'un Buffon (monogéniste) - 'qui sert de fondement à une théorie de la civilisation' selon M. Duchet - ou dans celle d'un Voltaire (polygéniste),  les conclusions se résument à des propos quasi identiques : le sauvage est pure négativité, qualifié d'être stupide, ignorant, inerte, paresseux. (...) Parallèlement au droit de civilisation, une pratique civilisatrice se dessine à l'intérieur de laquelle la notion d'assimilation vient se greffer. Civiliser le sauvage est dans l'esprit d'un peseur du 18 ème siècle, lui transmettre les coutumes, les moeurs, une organisation politique et sociale occidentale. Civiliser et imposer deviennent des actions similaires (...) Le discours philosophique des Lumières indique commet mieux coloniser les pays, comment mieux les diriger, les dominer aussi. Il propose une colonisation plus juste, plus humaine, en introduisant des notions de droit"
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Lundi 17 août 2009

Mr Ramirez a eu l'excellente idée de poster en commentaire sur ce blog un lien en rapport avec la mythologie contemporaine des "résistants". Il est vrai, je l'admets, que les opposants à l'intervention de l'OTAN au Kosovo puis à la paranoïa anti-terroriste post-11 septembre se sont un peu facilement appropriés le qualificatif de "résistants" en réponse à ceux qui les qualifiaient d'hitléro-staliniens, d'islamofascistes, de rouges-verts-bruns et autres noms d'oiseaux. Moi-même j'ai créé un site en 1999 qui s'appelait "Résistance".

Nous parlions du "Nouvel ordre mondial", et de "résistance" à celui-ci. Je reconnais que ce sont des termes un peu faciles. "Nouvel ordre mondial" est un slogan que lança George Bush père au début de années 1990, ça n'a rien d'un programme politique cohérent (disons symplement qu'il s'agit d'une conception plus ou moins consciente d'un espace mondial soumis au capitalisme et au leadership occidental dominé par les USA, cette vision hante les esprits mais ce n'est pas un programme clairement défini et labellisé "Nouvel ordre mondial" comme une comodité de langage peut le laisser croire).

"Résistant" est une notion qui en France renvoie à 1940-45, mais aussi à la résistance algérienne à partir de 1956. Cette expression s'applique surtout à une résistance armée, et il est un peu exagéré de la transposer à la "cyber-résistance" qui est une position plus confortable. "Plus confortable", mais pas si confortable qu'on le croit tout de même quand on songe à quel point un activisme contre les idées grégaires d'une époque vous coupe de votre milieu professionnel, de votre famille, de vos amis, de vos possibités de trouver une place dans la société et peut conduire à la folie (j'ai beaucoup écrit sur la fragilité des "résistants" contemporains justement, une fragilité qui explique la difficulté de faire éclore une alternative crédible).

Je conserve néanmoins le terme pour faire simple. Je le préfère à "Dissident" car je ne veux rien avoir en commun avec un type comme Vaclav Havel. Mais il est clair qu'il ne faut pas prendre le mot dans le sens d'une autocongratulation à laquelle certains activistes cèdent facilement. C'est un vocable passe-partout voilà tout.

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Vendredi 14 août 2009

Je lisais hier le compte rendu de "Diadore Cronos", grand lecteur du blog d'Edgar (et un peu moins du présent blog) sur son voyage à Cuba avec les jeunesses du PCF. J'ai bien ri à la lecture de son passage sur les chansons de stals dans le groupe de voyage (toujours intéressant de parler de ses camarades d'excursions, je l'ai fait sur la Transnistrie, c'est une note d'ambiance importante). Très bonne son approche critique du point de vue du quidam dans la rue qui essaie de rouler le visiteur dans la farine.

Diadore Cronos est un communiste souverainiste. Et pourtant il s'étonne que les Cubains aiment les treillis. Ca me rappelle cette nana du cercle bolivarien de Paris qui refusait d'inviter son réseau à se rendre à une réunion de solidarité avec la Palestine organisée par l'espace Ishtar parce qu'il y avait une kalachnikov sur l'affiche.

Chers lecteurs qui avez tous acheté mon Programme pour une gauche française décomplexée, vous savez mieux que quiconque que si l'on veut un virage à gauche, et se défaire de notre dépendance à l'égard du capitalisme globalisé, il faut vouloir avoir une armée forte. On ne peut pas éviter cela. Comme disait un vieil adjudant chef ardéchois des Troupes de Marine pendant mon service militaire (un gars qui élevait des abeilles dans son patelin natal) : "L'armée est un mal nécessaire".

 

"Cuba hurts" (Eduardo Galeano), parce que c'est un pays communiste too old fashioned, attaché à l'Etat, aux bruits de bottes, aux valeurs viriles (combien de fois entend-on condamner Cuba à cause de sa législation sur l'homosexualité - en omettant de remarquer qu'elle est la même ailleurs en Amérique latine ?).

Je dialogue en ce moment avec une enseignante communiste d'une université de la Côte Est étatsunienne. Une Italienne née en Sicile (beaucoup d'échanges avec des Italiennes sur Facebook cette année, l'attractivité de la gauche française sur ce qu'il reste des résistants de cette péninsule), avec toutes les caractéristiques de la fille méridionale, une fille intéressante (j'apprends beaucoup de choses avec elle), et très "gender studies" alors qu'elle était communiste dans son adolescence. Quand elle cherche à me flinguer, ce n'est pas avec une  kalachnikov comme à Cuba, mais avec les mots de la political correctness : ceux de la mise en accusation du représentant du vieil "ordre patriarcal' que je suis censé être par certaines de mes prises de position.

Quelle arme est la meilleure dans le combat politique ? Les partisans de la mise en accusation par les mots ont eu leurs heures de gloire pendant la guerre d'Irak contre les défenseurs du treillis qui appelaient à soutenir la résistance armée irakienne. On s'enflammait dans les campus américains avec des mots, et l'on voulait traîner Bush devant la justice internationale. Les mots n'ont rien donné, sauf l'élection d'Obama, c'est-à-dire de l'impérialisme relooké dans un gant de velours. Bush n'est pas en prison, et les Américains sont encore en Irak.

Les treillis cubain posent la question du réalisme en politique, une question que la gauche ferait bien de considérer attentivement.

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Jeudi 9 juillet 2009
Depuis quelques heures je dialogue avec un ami par email sur le rôle des intellos dans les combats progressistes.

Point de départ de ce dialogue, un mail d'une journaliste anti-impérialiste qui circule en ce moment et qui en fait rire plus d'un. Elle parle d'un article à elle publié sur le Net

"Pourquoi diffuser cette traduction sauvage quand il existe la version "officielle" française écrite par l'auteur - c'est-à-dire moi? Elle se trouve sur (nom du site) **. J'avoue que je suis agacée par ces traductions qui sont faites sans jamais me demander s'il existe déjà une version française. J'attache la version autorisée."

J'ai dit à mon ami combien je trouvais dérisoire et égotique de s'arcbouter sur un problème de traduction (alors que l'auteure écrit mal le français) - surtout dérisoire au regard des enjeux politiques que pose son texte (qui touche à des dysfonctionnements de la "démocratie" française).

"Tu réagis comme moi ! s'est exclamé mon ami. Ca ne me serait même pas venu à l'esprit de perdre mon temps relire les virgules de traduction d'un texte de moi qui circulerait sur Internet. (...) Ces gens de gauche "collectivistes" avec des ego plus gros que toute la collectivité sont très fatigants !!! "

Et d'ajouter : "Mais comme disait le camarade Joseph (le dur !) à un cadre du Parti qui se plaignait des egos des intellectuels soviétiques : "Vous avez raison camarade, mais ce sont les seuls intellectuels que nous avons, et le Parti a besoin d'intellectuels, alors nous devons bien les garder et travailler avec eux"...bref il valait mieux être intello sous Staline que militant du Parti ou petit ouvrier !!!"

La citation finale de mon ami m'a intéressé, car elle désignait le point de vue d'un Chef, Staline, comme le point de vue légitime sur les intellos, et peut-être comme le dépassement possible des limites des intellos. Et elle me faisait songer aux propos récents de Chavez sur les intellectuels.

Le peuple éprouve une méfiance instinctive à l'égard des intellos qu'ils perçoivent comme des petits cons narcissiques éternels premiers de la classe. Tout le peuple ne pense peut-être pas ça, mais la majeure partie oui, même s'ils n'osent pas le dire aux gens instruits, ou ne le formalisent même pas pour eux mêmes parce qu'ils n'ont pas envie de prendre du temps à le formuler. Instinctivement ils perçoivent l'égotisme de l'intello, et sa trahison potentielle. Seuls les petits bourgeois frustrés par des demi-succès demi-échecs scolaires admirent les intellos.

Donc pour le peuple, le Chef peut être la voie de dépassement de toutes les limites des petits bourgeois, des intellos, des bureaucrates etc (en parlant de bureaucrates je pourrais longuement disserter ce soir sur toute la connerie des petits chefs dont je fus témoins aujourd'hui, les pires des petits chefs étant ceux qui se veulent bien intentionnés, dévoués, justes, intelligents etc).

Ce peuple, dans son amour du Chef, a-t-il tort ? La pensée 68 qui a donné à beaucoup de gens un vernis d'intelligence à des idées complètement  connes, libertaires à deux balles, a dénoncé dans l'amour du chef la recherche libidinale d'un Père absent. C'est réduire à bon compte la problématique. Les Chefs ont d'énormes défauts, mais ils ont aussi des qualités que n'auront jamais les armées d'intellos autoproclamés narcissiques et lâches : un sens profond du dévouement à la collectivité, un courage physique. Ces qualités ils les doivent à l'énergie collective des masses qui croient en eux.

Aujourd'hui l'expérience chaviste au Venezuela, comme le castrisme à Cuba hier, le maoïsme et le stalinisme avant-hier, pose cette question du Chef, du liderazgo, avec beaucoup d'accuité. Nous voyons quelle médiocrité, quelle iniquité, quelles injustices, quels blocages politiques le refus des chefs dans les démocraties parlementaires a produits : toute cette multiplication des souschefferies les plus médiocres, dans les entreprises, les administrations, le monde intellectuel, qui, finalement, ne fait que renforcer le capitalisme et la loi de la jungle. Je ne dis pas que le charisme d'un Chef est le seul moyen de dépasser la médiocrité de la petite-bourgeoisie et de l'intelligentsia. Mais je dis que, si l'on veut penser le rôle du Chef en politique, c'est en ces termes qu'il faut poser la question de sa légitimité : est-elle ou non le remède à la bêtise et à la lâcheté des classes intermédiaires ?
 



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Vendredi 26 juin 2009
J'étais hier à la librairie Résistance, 4, villa Compoint à Paris (vous trouverez quelques images de cette librairie dans une vidéo publicitaire ci dessous), pour une conférence de Michel Collon sur son livre. Je ne veux pas jouer les anciens combattants, mais chacun (parmi mes 5 lecteurs assidus !) sait que je suis presque un habitué des conférences de Collon, la première étant celle dont j'avais fait le compte rendu en 2000 pour le site Résistance (c'était avant la naissance de la librairie homonyme), j'ai aussi filmé une de ses interventions en janvier 2002 cf sur ce blog).

Comme je m'y attendais, cette conférence fut l'occasion d'un retour vers le passé : à peine avais je franchi la porte que je tombai sur le jeune serbe que j'avais interviewé en septembre 2000, un habitué de ces conférences lui aussi. J'ai aussi pu brièvement saluer Nicolas Shahshahani, un des patrons d'Europalestine et de cette librairie (c'est lui qui parle sur le clip ci-dessous). C'est immersions ne sont pas toujours bonnes. Elles rappellent ce qui a pu être fait, et ce qui ne l'a pas été (qui s'est peut-être reflété dans la brièveté de cet échange avec Shahshahani, that's life. J'ai quand même pu vérifier que la librairie Résistance a encore un exemplaire de l'Atlas alternatif dans ses rayons, mais un vieux, avec la première jaquette... Juste avant qu'il s'installe à sa table pour signer son livre "Les 7 péchés d'Hugo Chavez", j ai rappelé à Michel Collon le temps où il parlait de créer un "portail anti impérialiste", il y a neuf ans. Il m'a dit qu'il faudrait qu'on en reparle le lendemain (c'est à dire aujourd'hui). Mais de toute façon à quoi bon ? ce projet est comme un serpent du Loch Ness.

Mais cette conférence, c'était aussi le présent, malgré tout. J'étais venu avec le Sandiniste pour lui montrer les lieux - cette librairie/salle de conférence souvent cible de la LDJ. Cétait aussi la première fois que j'y mettais les pieds, mais je connaissais la réputation de l'endroit.

Il y avait beaucoup de monde, comme souvent quand Collon se déplace. Il faut dire que ses exposés sont toujours efficaces, bien charpentés. Il aligne argument sur argument, avec des chiffres. Les meilleurs moments sont quand il parle des stratégies des multinationales, par exemple pour le contrôle de l'eau en Amérique du Sud, ou la course au brevetage des plantes d'Amazonie. Les mots sont clairs, percutants, ils incitent au combat. En plus il y a toujours ensuite la phase des "questions du public" qui a une dimension psychothérapeutique pour beaucoup- les gens se loncent dans de longues tirades d'un quart d'heure sur la situation internationale (en ce moment on voit bien que l'Iran a la côte dans les sujets abordés). Bien sûr on peut faire la fine bouche. Le Sandiniste, qui connait bien le sujet, a noté que Michel est souvent schématique sur le Venezuela, adepte de raccourcis, allusif sur de nombreux points. Beaucoup de facteurs politiques et économiques sont gommés dans ses analyses. Les nuances font souvent défaut. C'est cela aussi que nous lui reprochions un peu sur la Yougoslavie. Mais il y a toujours à y prendre. Par exemple c'est grâce à son exposé hier que j'ai pris conscience que la répression du Caracazo par les sociauxdémocrates le 27 février 1989 avait fait jusqu'à 3 000 morts. Jusque là les divers articles que j'avais lus sur le sujet (dans le Monde Diplomatique notamment) ne m'avaient pas fait "tilter". Dans Wikipedia ce matin je lis que 3 000 est la fourchette "haute" de l'estimation, mais tout de même cela donne à penser, et cela a donné à penser parce que c'était amené dans la rhétorique de combat de Michel, qui traçait un parallèle entre les faux charniers de Timisoara et les vrais charniers de Caracas ignorés en Europe. Quand Ramonet parle sur un ton très intellectualisant de l'événement, cela frappe moins les neurones. Donc les topos de Michel Collon restent utiles.

Juste avant le début de la conférence, Olivia Zémor avait fait savoir que Michel Collon avait témoigné en faveur d'Europalestine à la 17ème Chambre Correctionnelle du Palais de Justice de Paris dans le cadre des poursuites judiciaires engagées contre l’association CAPJPO-EuroPalestine, en raison de ses écrits sur la guerre d’Afghanistan. Olivia Zémor a expliqué qu'ils étaient accusés "d'injure à l'armée" et d' "apologie du crime terroriste" parce qu'ils auraient dit que la France en Afghanistan menait une "sale guerre". Mon camarade d'origine serbe a sursauté sur sa chaise : "Quoi ? en France on peut être poursuivi en justice pour ça ?" J'ai quand même dit qu'en règle générale je me méfiais un peu de la façon dont les accusés rendaient compte des griefs qu'on leur adresse (rappelez vous l'affaire Bishara que j'évoque dans 10 ans sur la planète). En tout cas Europalestine va y perdre des sous - les procès sont des moyens de couler les mouvements, rapelez vous Living Marxism. Michel Collon a souligné que les débats sur l'Afghanistan au procès étaient passionnants et qu'il était dommage que l'on n'ait pas eu les mêmes dans les médias. Je veux bien le croire - les procès politiques sont toujours instructifs : j'avais moi même fait un compte rendu détaillé  le 27 mars 2000 pour le site Résistance du procès de l'Avocats sans frontières contre Le Monde sur les propos anti-serbes publiés dans ses colonnes. Malheureusement il ne reste de ce procès que le résumé du verdict final après appel sur StopUSA. Il faudrait peut-être que je remette mon texte de Résistance en ligne à l'occasion...


Comprendre la guerre en Irak à la Librairie Résistance

Post scriptum : Quelques jours après cet article, le 3 juillet, la librairie a été à nouveau ataquée (cf vidéo ci-dessous), suscitant une condamnation formelle et un appel à manifester des partis de gauche (NPA, PG, Verts, Indigènes de la République)

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Lundi 22 juin 2009
Je pourrais, pour terminer cette journée, synthétiser tous les arguments qui ont été échangés à propos de l'intéressant débat sur la burqa - débat qui rejoint le non moins intéressant débat sur l'Iran - mais l'énergie me fait défaut et je trouve que l'intéressante ouverture sur Robespierre qu'esquisse Mme C de Belgique, dans son récent commentaire (cf cid-dessous), après avoir approuvé mon point de vue sur la burqa constitue, au fond, la meilleure des conclusions possibles pour aujourd'hui (même si je ne partage pas complètement son adhésion aux références qu'elle avance sur l'Iran ni certaines connotations un peu "complotistes" de son vocabulaire).

Plutôt que de longues analyses (et il y en a eu de nombreuses dans nos commentaires) que les lecteurs d'Internet lisent souvent de façon sélective, partiale, en fonction de leurs propres préjugés sur les questions qu'ils abordent, je pense que l'heure est à l'action (ce gros mot que la gauche de la gauche privilégie de moins en moins ainsi qu'elle l'a montré après la victoire du "non" au référendum sur le Traité constitutionnel européen). L'action, c'est à dire la stratégie, et la tactique, sur le terrain politique, en prenant les forces et les faiblesses des groupes réellement existants ou susceptibles de se constituer en peu de temps. J'ai quelques idées derrière la tête que j'espère pouvoir "tester" en situation dans quelques mois. Bien sûr un blog n'est pas un espace où les stratégies peuvent se dévoiler, mais j'entends terminer cette journée par le mot "stratégie" afin que les lecteurs de bonne foi n'aillent point s'imaginer qu'il ne s'agit que de décorticage de concepts.

J'espère que les jeunes issus de l'immigration, et notamment ceux d'origine musulmane, en France, en Belgique, et dans le reste de l'Europe, auront la force de ne pas se laisser impressionner par le discours des donneurs de leçons anti-burqa, et de ne pas non plus s'engouffrer dans des impasses comme le vote Dieudonné ou la démission devant le combat politique. Car c'est par eux que passera le succès de stratégies contre le projet de choc des civilisations mené par les élites euro-étatsuniennes (et qui est en réalité un projet d'asservissement du Moyen-Orient comme de toutes les régions remettent en cause leur hégémonie), projet dont sont solidaires, objectivement quoique souvent à leur insu, ceux qui veulent utiliser Voltaire contre les cultures de nos anciennes colonies. Ces jeunes sont une composante importante des dispositifs qui pourront se mettre en place pour faire pièce à la loi du cynisme et de l'intolérance à laquelle adhère une si grande part de notre classe politique. Un point à ne pas perdre de vue.
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