La conférence qui durait de 9 h à 16 H fut particulièrement rébarbative. Je soupçonne que le
patron de BRN a pu croire un instant que la Politique européenne de sécurité et de défense allait transformer l'Union en un aigle d'acier qui détruirait le monde. Mais il n'en est rien car à
l'évidence l'UE reste assez divisée sur le militarisme, beaucoup préférant la protection de l'oncle Sam. Le ministre Hervé Morin ayant dit que l'Europe peut être "à la fois Vénus et Mars",
j'ai voulu intituler mon papier "Aux armes Vénus européenne", on verra si ça passe.
Puis j'ai filé à 18 h à l'Institut de la démocratie et de la coopération, dirigé par le très
thatchérien M. Laughland et pourtant financé par M. Poutine... Deux vieilles dames égocentriques qui s'étaient distinguées il y a dix ans dans l'action contre le bombardement de la Serbie (de
rares anti-OTAN de gauche à cette époque-là) trônaient au milieu de la salle. Il y avait aussi un vieux monsieur de l'Appel franco-arabe. S'il n'y avait pas eu deux ou trois jolies filles russes
sur les bas-côtés, je crois que j'aurais vraiment déprimé. Comme je le disais hier, on parlait de Vassily Kononov. L'avocat russe s'est attaché à démontrer que le gouvernement letton veut
criminaliser la résistance russe et blanchir les bourreaux nazis, en violation des attendus de Nüremberg. Il semble qu'un des noeuds factuels de cette affaire tienne dans le fait de savoir si les 9
personnes qu'a tuées M. Kononov étaient des miliciens pro-nazis comme le soutient l'avocat : il dit avoir les preuves, mais évidemment nous autres du public n'avons rien pu vérifier. J'ai repensé à
la phrase d'Houria Bouteldja à propos du Hezbollah : "Il n'y a pas de résistance propre". Un des amis républicains espagnols de mon grand père, dans la résistance communiste dans le sud-ouest de la
France en 44 a fait torturer à mort par erreur un pilote anglais qu'il croyait allemand. Suite à une enquête de la famille de la victime, il a dû retourner en Espagne où il fut tué par les
franquistes. N'importe quel petit malin révisionniste poudré et cravaté aujourd'hui pourrait faire un procès posthume pour crime contre l'humanité à ce brave résistant espagnol pas
doué pour les langues étrangères. En Russie les autorités ont peur que les Lettons nous fassent avaler la thèse du "nazisme moindre mal face au communisme" et de "Staline fauteur de
guerre". Elles ont bien raison de s'inquiéter. Cela me rappelle les débats autour de l'historien allemand Nolte qui, il y a trente ans, voulait à tout prix voir dans la montée de
l'hitlérisme une légitime défense face au péril rouge. Un serpent de mer de la propagande.
Donc mon enthousiasme du jour va vers Hassina Méchaï. Retenez ce nom, chers rares lecteurs
de ce blog ! Oui, lecteurs, Hassina Méchaï peut tout faire : attaquer Laurence Ferrari sur le site de l'Acrimed en citant Ce que
Parler veut dire de Pierre Bourdieu (l'ancienne version de son bouquin, s'il vous plaît, celle de 1982, pas le "remix" Langage et pouvoir symbolique qu'on trouve en livre de
poche), "filer des analogies subliminales jusqu'au noeud gordien" dans une défense flamboyante de l'Iran reprise par divers
sites (mon seul désaccord avec son article, tient à ce qu'elle parle de la Rome impériale pour Caton, glorieux sénateur de la Rome républicaine, mais cette République devenait déjà un
peu impériale), dénigrer les Etats-Unis sur le site des Indigènes de la République et Oulala.net, devenir l'invitée d'honneur
de Michel Collon en mordant Luc Ferry. Mesdames et messieurs, je vous le
dis : cette jeune doctorante ira loin. Tremblez Frédéric Ancel, Alexandre Adler et autre chouchous des plateaux de télévision. Vous avez devant vous le genre de jeune intellectuelle qui demain
posera une lourde pierre tombale sur vos très funestes théories.
Ce métier n'en demeure pas moins formidable. C'est un remède absolu contre la grosse tête. En effet, ce qui peut convenir un jour, en terme de prise en charge, peut ne pas convenir le
jour suivant. Il faut donc se réinventer sans cesse, se réinterroger, trouver ce qui aidera le patient à aller mieux. Parfois, plus rien ne marche...et cela nous rappelle que l'on ne peut
"sauver" tout le monde...que la toute puissance n'existe pas dans notre domaine. C'est à ce moment là que l'on sait si on est fait pour ce métier... ou pas."
Sophie a toujours été une littéraire. Elle devrait écrire sur sa profession.
Encore de bonnes remarques de Mélenchon sur
la SNCF leurs hotline stupides, leurs services de rensignements injoignables, toute cette "déterritorialisation" du service public (bientôt il faudra appeler une plateforme off-shore basée dans
l'océan indien pour connaître les horaires du Nîmes-Alès, peut-être est-ce d'ailleurs déjà le cas d'ailleurs). Cela fait penser à Michéa. On ne veut plus de structures territoriales, tout doit être
déraciné, "déterritorialisé", les gens, les services publics qui les font vivre ensemble. Je parlais hier avec un garçon qui travaille à la modernisation des chambres de commerce. Idem, ça ennuie
tout le monde maintenant qu'il y ait pratiquement une chambre par arrondissement "c'est irrationnel, ça fait doublon, c'est de l'argent gaspillé". Idem le sous-préfecture, les tribunaux d'instance,
les hôpitaux tout ce maillage étatique et paraétatique, on n'en veut plus.
La "hardeuse" dont je parlais jeudi s'étant employée avec son mari à écrire son
autobiographie (elle n'a pourtant même pas 30 ans, mais sa vie est déjà riche en histoires), j'ai lu cet ouvrage (un ouvrage autopublié et délaissé par les circuits officiels) et j'ai adressé
à l'intéressée ma réaction à chaud. Je me permets de la publier ici parce que, plus qu'un courrier privé, il s'agit pour moi d'un jalon dans une réflexion que j'aimerais poursuivre. Déjà une heure
après l'avoir envoyé, je ne suis plus tout à fait d'accord avec ce message. Je me dis que j'ai eu tort de parler d'une vie "remplie de corps", car après tout, la vie d'une ouvrière indonésienne
dans un sweat shop est aussi une vie remplie de corps : de son propre corps fatigué, douloureux, de celui des autres ouvrières. Et la vie du mourant à l'hôpital est aussi remplie de son propre
corps, peut-être celle de l'intellectuel en bonne santé aussi (si on refuse le dualisme), la densité du travail neuronal étant aussi physique que le reste. Il eût fallu parler d'une vie "remplie de
la fonction érotique", mais le vocabulaire fonctionnaliste désincarne la chose. "Remplie d'érotisme" eut été flou. "Rempli des sécrétions, des odeurs, des joies et tourments, de l'érotisme" eut été
plus précis, mais "érotisme" reste un vocable un peu bizarre qui n'a pas grand sens. Je n'ai tout simplement pas de mots pour dire de quoi est remplie la vie que nous livre l'actrice dans son
ouvrage, mais je sais qu'elle en est remplie, saturée, habitée, au sens où l'on dit qu'une vocation ou une inspiration vous habitent, jusqu'à l'addiction.
Visiblement il est aussi difficile de faire un coup d'Etat en 2009 en Amérique
latine qu'en 1991 en URSS : le renversement du président Zelaya au Honduras suscite une grande mobilisation populaire et l'armée ne semble rien contrôler. Voilà qui, comme le coup d'Etat avorté
contre Chavez, pourrait renforcer le président déchu. Il faut s'en réjouir.
L'ambiance parisienne est réellement infecte. Elle l'était il y a 20
ans, elle le demeure. Toute cette insoutenable légèreté : parce que M. X connaît M. Y ou déjeune avec Mme Z, M. X n'est plus lui-même, M. X est pris dans le jeu, ne vous écoute pas, n'écoute
personne, n'écoute qu'à moitié. Le jeu, il n'y a plus que cela qui compte : le jeu entre quelques personnes, ce que Machin pense de Bidule, comment on se positionne. Comme la cour de Louis XIV
disséquée par Norbert Elias, la notion de champ de Bourdieu. A Paris il n'y a que cela, et c'est très conscient. Même chez les militants. J'ai décrit ce phénomène à propos du salon de
l'Ecrivain engagé. Je le découvre partout. Et cela m'exaspère, cette satisfaction de soi-même, ce sentiment d'être arrivé à quelque chose parce qu'on est dans un jeu avec X et Y, la
surdité à l'égard du réel qui en découle. On croit pouvoir juger de tout, on croit avoir assez lu même si l'on a pas le temps de lire. Ce n'est pas telle ou telle personne en particulier que je
vise ici, c'est un trait constant que je trouve chez tout le monde à Paris. C'est Paris, en tant que telle, pourrait-on dire, cette chienne de ville. Les gens y sont plus sympa qu'il y a
20 ans, mais en profondeur c'est la même ronde des vanités qui les entraîne.
Pourtant ceux qui travaillent ou militent dans cette ville, en raison de la proximité particulière qu'ils ont à l'égard des médias et de tous les pouvoirs nationaux concentrés en quelques
quartiers, devraient être pétri d'un esprit de sérieux, et même de modestie, presque monacale. Tous devraient trembler à l'idée qu'ils sont peut-être en position d'influer par leurs faits et
gestes sur le destin de 60 millions de leurs compatriotes, et peut-être au delà, sur l'Europe et le monde. Mais non, c'est tout le contraire. C'est une indifférence complète à l'égard de la
lourdeur des enjeux qui l'emporte, une absence totale de sens de l'analyse, et même, bien plus, d'esprit philosophique, c'est à dire de goût pour l'interrogation, le taumazein. Tout va de soi
pour qui milite à Paris. Les certitudes sont de mises. Et même lorsque chacun s'inscrit en faut contre la superficialité des médias, ce n'est que pour y substituer la vacuité de ses
dogmes propres. Des dogmes qu'on n'interroge guère, puisque seul le jeu compte... seul compte le fait de savoir qui j'ai vu avant-hier, qui je verrai demain, où j'irai parlé, où l'on
m'a entendu...
On voudrait pouvoir ignorer Paris, et pourtant on ne le peut pas : ce n'est pas en Franche-Comté, ce n'est pas en Charente que l'on peut monter des partis politiques qui pèseront sur la politique
étrangère de la France. Il faut donc faire avec Paris tout en sachant que tout ce que l'on y dit, tout ce que l'on y fait, tombera dans le biais de la frivolité intrinsèque de cette
ville. Misère de la concentration des pouvoirs, misère de la délégation, du système représentatif. Dans ces moments on se sent anarchiste. On eût voulu que l'Europe ne fût qu'une
fédération de petites communautés qui ne délégât jamais le pouvoir à des représentants, des partis politiques constitués dans les grandes villes. Le ver est dans le fruit dès que l'action
politique est déléguée.
Je veux juste signaler ici l'article de Robert Fisk sur http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fiskrsquos-world-in-tehran-fantasy-and-reality-make-uneasy-bedfellows-1710762.html qui
me paraît assez équilibré sur l'Iran. Fisk n'aime ni la République islamique ni Ahmadinejad, mais reconnaît que les quartiers pauvres ont voté pour lui. D'après lui Ahmadinejad a sans doute
recueilli 51 ou 52 % mais la bureaucratie de la République islamique aurait cru, maladroitement, rendre sa victoire moins contestable en rajoutant une louche de fraudes pour dépasser les 60 %,
sciant ainsi la branche sur laquelle elle était assise. Une ironie de l'histoire en somme.
"J'ai critiqué la Pologne socialiste et j'ai peut-être aidé à ce qu'elle soit la baraque
la plus gaie dans le camp socialiste, mais je n'aime pas le capitalisme.
Un peu minable la réplique de Bayrou à Cohn-Bendit hier à propos de son passé pédophile.
Les paroles d'un homme qui s'énerve parce qu'il baisse dans les sondages face à un challenger qui a les mêmes idées (centristes et pro-européennes) que lui. Mais Cohn-Bendit est nul aussi. Un
type d'extrême droite sur Facebook a écrit à un type très valorisé par l'extrême gauche en ce moment (j'ai été fort surpris que le second attire dans son réseau un gars de ce genre, c'était
en soi instructif, évidemment je ne donnerai les noms ou pseudos ni de l'un ni de l'autre) en lui rappelant une intervention de Serge de Beketch (la clique réac de Radio courtoisie) qui montait en
épingle une pétition de 1977 signée par Althusser, Kouchner, Sartre, Beauvoir, Mazneff, Sollers et Derrida en faveur d'un pédophile. En ce temps là les théories de Reich voulaient abolir les
frontières entre enfance et âge adulte. Ce contexte historique n'est même plus rappelé aujourd'hui. C'est un tort.
A relever dans notre bloc note l'article de l'historien communiste
italien Domenico Losurdo sur Tiananmen qui critique la version officielle occidentale des événements il y a 20 ans. Je précise que
je n'ai pas d'opinion précise sur Losurdo dont j'ai appris récemment qu'il avait aussi écrit un livre qui "revisite" l'histoire du stalinisme. Son article a en tout cas aussi le mérite de
rappeler le bombardement du Panama par les Etats-Unis en 1989 et les victimes civiles qu'il provoqua.
Dans l'actualité on relève aussi le déblocage manu militari de l'université du Mirail à Toulouse qui s'était obstinée dans la rebellion. En Espagne, à l'université de Saragosse, 87,77 %
des étudiants refusent que leur université intègre l'espace européen de l'enseignement supérieur (processus de Bologne). Saragosse
rejoint ainsi Barcelone, Gérone, Lérida et la Complutense de Madrid où ce genre de consultation a aussi été organisée.
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