Le monde autour de nous

Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 15:50
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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /2009 00:10
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Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /2009 22:59
Me voilà de retour de mes pérégrinations dans les beaux quartiers (des quartiers de plus en plus triste du reste).

La conférence qui durait de 9 h à 16 H fut particulièrement rébarbative. Je soupçonne que le patron de BRN a pu croire un instant que la Politique européenne de sécurité et de défense allait transformer l'Union en un aigle d'acier qui détruirait le monde. Mais il n'en est rien car à l'évidence l'UE reste assez divisée sur le militarisme, beaucoup préférant la protection de l'oncle Sam. Le ministre Hervé Morin ayant dit que l'Europe peut être "à la fois Vénus et Mars", j'ai voulu intituler mon papier "Aux armes Vénus européenne", on verra si ça passe.

Le ministre de la défense au début de la conférence était à tu et à toi avec tout le monde. On avait l'impression d'une réunion de famille. Les filles avaient des airs de bourgeoises coincées, les hommes bien élevés se lavaient longuement les mains aux toilettes. Tous sentaient le déodorant à 10 mètres. Un d'eux a remarqué qu'une des intervenantes du ministère (qui a un physique d'Inde du Sud) était "très bronzée mais avec un nom bien français", une remarque berlusconienne. C'est à ce genre de chose qu'on sait qu'on est au milieu des centristes chrétiens. Quel délice...

De l'école militaire je pourrais garder plutôt l'image des gradés qui faisaient tous deux têtes de plus que moi, qui se sont levés comme un seul homme quand le ministre et arrivé et qui se sont tous barrés quand il est parti, laissant le reste de la salle à ses ratiocinations - ça s'est carré. Mais non, j'ai préféré encore la toute première vision : celle de cette sous-off féminine (ou peut-être était un capo, je n'ai pas bien regardé) en treillis et béret qui faisait courir en rond autour d'elle un beau cheval au bout d'une corde. Je n'aurais pas pensé que quelqu'un quelque part avait ce genre de chose à faire à 9 h du matin chaque jour à Paris quand je prends mon petit dej'.

Puis j'ai filé à 18 h à l'Institut de la démocratie et de la coopération, dirigé par le très thatchérien M. Laughland et pourtant financé par M. Poutine... Deux vieilles dames égocentriques qui s'étaient distinguées il y a dix ans dans l'action contre le bombardement de la Serbie (de rares anti-OTAN de gauche à cette époque-là) trônaient au milieu de la salle. Il y avait aussi un vieux monsieur de l'Appel franco-arabe. S'il n'y avait pas eu deux ou trois jolies filles russes sur les bas-côtés, je crois que j'aurais vraiment déprimé. Comme je le disais hier, on parlait de Vassily Kononov. L'avocat russe s'est attaché à démontrer que le gouvernement letton veut criminaliser la résistance russe et blanchir les bourreaux nazis, en violation des attendus de Nüremberg. Il semble qu'un des noeuds factuels de cette affaire tienne dans le fait de savoir si les 9 personnes qu'a tuées M. Kononov étaient des miliciens pro-nazis comme le soutient l'avocat : il dit avoir les preuves, mais évidemment nous autres du public n'avons rien pu vérifier. J'ai repensé à la phrase d'Houria Bouteldja à propos du Hezbollah : "Il n'y a pas de résistance propre". Un des amis républicains espagnols de mon grand père, dans la résistance communiste dans le sud-ouest de la France en 44 a fait torturer à mort par erreur un pilote anglais qu'il croyait allemand. Suite à une enquête de la famille de la victime, il a dû retourner en Espagne où il fut tué par les franquistes. N'importe quel petit malin révisionniste poudré et cravaté aujourd'hui pourrait faire un procès posthume  pour crime contre l'humanité à ce brave résistant espagnol pas doué pour les langues étrangères. En Russie les autorités ont peur que les Lettons nous fassent avaler la thèse du "nazisme moindre mal face au communisme" et de "Staline fauteur de guerre". Elles ont bien raison de s'inquiéter. Cela me rappelle les débats autour de l'historien allemand Nolte qui, il y a trente ans, voulait à tout prix voir dans la montée de l'hitlérisme une légitime défense face au péril rouge. Un serpent de mer de la propagande.

Au fait, ça n'a rien à voir mais j'y pense maintenant : vous ai-je dit qu'Hugo Chavez dans les anées 1990 était blairiste ? C'est Collon qui le rapporte dans son dernier livre. On n'imagine plus aujourd'hui l'attrait que le "caniche de Bush", Antony Blair a pu exercer sur diverses personnalités en un temps. En 2000 (malgré son attitude criminelle dans les Balkans et en Irak qu'il bombardait déjà, but nobody cared) il était même chic de citer son conseiller Antony Giddens dans les facs de sociologie. Je ne crois plus que ce soit le cas. Heureusement.
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /2009 19:09
Moi qui ne suis qu'un des bloggueurs les moins lus de la planète anti-impérialiste je serais fort mal placé pour prétendre aider à la notoriété des travaux de quiconque. Je me permets quand même de vous faire part de mes coups de coeur : les blogs sont faits pour cela !

Donc mon enthousiasme du jour va vers Hassina Méchaï. Retenez ce nom, chers rares lecteurs de ce blog ! Oui, lecteurs, Hassina Méchaï peut tout faire : attaquer Laurence Ferrari sur le site de l'Acrimed en citant Ce que Parler veut dire de Pierre Bourdieu (l'ancienne version de son bouquin, s'il vous plaît, celle de 1982, pas le "remix" Langage et pouvoir symbolique qu'on trouve en livre de poche), "filer des analogies subliminales jusqu'au noeud gordien" dans une défense flamboyante de l'Iran reprise par divers sites (mon seul désaccord avec son article, tient à ce qu'elle parle de la Rome impériale pour Caton, glorieux sénateur de la Rome républicaine, mais cette République devenait déjà un peu impériale), dénigrer les Etats-Unis sur le site des Indigènes de la République et Oulala.net, devenir l'invitée d'honneur de Michel Collon en mordant Luc Ferry. Mesdames et messieurs, je vous le dis : cette jeune doctorante ira loin. Tremblez Frédéric Ancel, Alexandre Adler et autre chouchous des plateaux de télévision. Vous avez devant vous le genre de jeune intellectuelle qui demain posera une lourde pierre tombale sur vos très funestes théories.

Pourtant ce matin, je n'étais pas parti pour citer cette publiciste (dont à ma grande honte j'ignorais même le nom). Je voulais vous dire un mot de ma correspondante italienne qui découvre une université très à gauche du Nord-Est des Etats-Unis, et me dit que sur la Côte Est, les directeurs de thèse font la bise aux doctorants pour faire plus "européens".

Je voulais aussi vous parler de mon amie Sophie qui est éducatrice spécialisée et qui encadre des adultes mentalement très attardés.

Elle m'écrit aujourd'hui : "Tu as raison lorsque tu dis que nous touchons à la complexité de l'humain. Nous sommes au carrefour de la déficience et de la pychiatrie. Nous flirtons avec la pulsion à l'état pur, avec les comportements archaïques les plus forts. La dépendance totale ou partielle, les troubles du comportement, l'automutilation, les cris, la violence, l'angoisse dans ce qu'elle a de plus fort, font partie de mon quotidien. Il faut être prêt à donner beaucoup tout en sachant que l'on recevra peu, ou pas du tout, en retour.

L'accompagnement des familles qui sont touchées par ce handicap est essentiel. Il nous faut les soutenir, les rassurer, les aider à accepter l'inacceptable: à savoir que leur fils, fille, certes est adulte, mais n'atteindra jamais plus que l'autonomie d'un enfants de 3 ans (pour les plus chanceux!). La moyenne d'âge mental de la population que j'accompagne, ne dépasse généralement pas les 6 mois, 1 an. Souviens toi de ton fils à cet âge là et transpose le tout sur des adultes et tu auras une image assez proche des personnes que je prens en charge.


Ce métier n'en demeure pas moins formidable. C'est un remède absolu contre la grosse tête. En effet, ce qui peut convenir un jour, en terme de prise en charge, peut ne pas convenir le jour suivant. Il faut donc se réinventer sans cesse, se réinterroger, trouver ce qui aidera le patient à aller mieux. Parfois, plus rien ne marche...et cela nous rappelle que l'on ne peut "sauver" tout le monde...que la toute puissance n'existe pas dans notre domaine. C'est à ce moment là que l'on sait si on est fait pour ce métier... ou pas."

Sophie a toujours été une littéraire. Elle devrait écrire sur sa profession.

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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /2009 12:42
Encore de bonnes remarques de Mélenchon sur la SNCF leurs hotline stupides, leurs services de rensignements injoignables, toute cette "déterritorialisation" du service public (bientôt il faudra appeler une plateforme off-shore basée dans l'océan indien pour connaître les horaires du Nîmes-Alès, peut-être est-ce d'ailleurs déjà le cas d'ailleurs). Cela fait penser à Michéa. On ne veut plus de structures territoriales, tout doit être déraciné, "déterritorialisé", les gens, les services publics qui les font vivre ensemble. Je parlais hier avec un garçon qui travaille à la modernisation des chambres de commerce. Idem, ça ennuie tout le monde maintenant qu'il y ait pratiquement une chambre par arrondissement "c'est irrationnel, ça fait doublon, c'est de l'argent gaspillé". Idem le sous-préfecture, les tribunaux d'instance, les hôpitaux tout ce maillage étatique et paraétatique, on n'en veut plus.

Evidemment quand 80 % de la population habite une grande ville et peut se retrouver à Rio de Janeiro en moins de 10 heures, ou passer une commande de presse-purée à Tokyo en un clic, pourquoi entretenir des employés de la chambre de commerce ou une sous-préfecture à 30 kilomètres dans la cambrousse ?

Evidemment... Sauf que le déni du territoire devient le déni de l'humain. C'est un eu comme ces gens qui se présentent en rang d'oignon sur Facebook, dans des listes de visages, parfois des listes de croupes, hors de l'espace, hors du temps, sans contexte. Ils sont parfois des dizaines à porter le même nom, à tenter vainement de se distinguer les uns des autres par leurs goûts culinaires ou musicaux. On dirait un alignement de tombes dans un cimetière.

On ne peut pas y couper, le vivre ensemble passe par des espaces, même quand les distances sont réduites. Refaire l'apprentissage des chemins à parcourir pour se voir, des répartitions de sol, entre individus, entre groupes. On ne peut pas tout virtualiser.
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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 01:32
La "hardeuse" dont je parlais jeudi s'étant employée avec son mari à écrire son autobiographie (elle n'a pourtant même pas 30 ans, mais sa vie est déjà riche en histoires), j'ai lu cet ouvrage (un ouvrage autopublié et délaissé par les circuits officiels) et j'ai adressé à l'intéressée ma réaction à chaud. Je me permets de la publier ici parce que, plus qu'un courrier privé, il s'agit pour moi d'un jalon dans une réflexion que j'aimerais poursuivre. Déjà une heure après l'avoir envoyé, je ne suis plus tout à fait d'accord avec ce message. Je me dis que j'ai eu tort de parler d'une vie "remplie de corps", car après tout, la vie d'une ouvrière indonésienne dans un sweat shop est aussi une vie remplie de corps : de son propre corps fatigué, douloureux, de celui des autres ouvrières. Et la vie du mourant à l'hôpital est aussi remplie de son propre corps, peut-être celle de l'intellectuel en bonne santé aussi (si on refuse le dualisme), la densité du travail neuronal étant aussi physique que le reste. Il eût fallu parler d'une vie "remplie de la fonction érotique", mais le vocabulaire fonctionnaliste désincarne la chose. "Remplie d'érotisme" eut été flou. "Rempli des sécrétions, des odeurs, des joies et tourments, de l'érotisme" eut été plus précis, mais "érotisme" reste un vocable un peu bizarre qui n'a pas grand sens. Je n'ai tout simplement pas de mots pour dire de quoi est remplie la vie que nous livre l'actrice dans son ouvrage, mais je sais qu'elle en est remplie, saturée, habitée, au sens où l'on dit qu'une vocation ou une inspiration vous habitent, jusqu'à l'addiction.

J'ai en tout cas de plus en plus le sentiment que l'itinéraire de cette personne (que par bonheur elle semble vouloir verbaliser dans le vocabulaire des gens cultivés) interroge profondément le statut de la pulsion sexuelle dans notre société, beaucoup plus profondément que les textes de Sollers, Houellebecq ou même Millet, précisément parce qu'ici il s'agit d'une authentique dévotion.

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"Bonsoir X,

J'ai lu votre livre (ou celui de votre mari). Beaucoup de choses dans cet ouvrage. Beaucoup de questions à sa lecture. Evidemment il est toujours un peu difficile de savoir si ce sont vraiment vos mots ou ceux de votre mari qu'on trouve là (vous dites que vous et votre mari êtes un seul et même point de vue, mais quand on aime les individus, on ne peut s'empêcher de souhaiter entendre les nuances que chacun peut faire entendre, donc je suppose qu'il y aurait peut etre quelques petites différences de mots dans votre propre vocabulaire, enfin je ne sais pas)

Je pense qu'il est très bien que votre mari et vous ayez entrepris ce travail de mise en mots. Etrange que vous vous soyez autopubliée. Certains petits éditeurs seraient sans doute preneurs de ce texte.

Une remarque naïve : je trouve ce texte très religieux, par moments même mystique (ce n'est pas une critique, juste une impression qui m'est venue, et je ne porte aucun jugement là dessus). On sent le souffle d'une prédication dans ces lignes : comme une volonté de sauver l'humanité (ou quelques Elus), par la chair. Peut-être n'est ce pas exactement le sentiment qui vous anime, peut-être la simple mise en forme littéraire de votre sentiment lui donne-t-elle cette connotation "évangélisatrice", parce que la littérature de toute façon a partie liée depuis toujours avec la démarche religieuse et que construire des récits hors de cette connotation est difficile à faire.

Je pense que votre texte donne beaucoup à réfléchir, sur ce que peut être une vie "remplie de corps" (remplie de son propre corps et des corps des autres dont on ne cesse jamais de sentir la chaleur, les odeurs, l'attraction, la répulsion, la violence). Ce choix d'un investissement complet sur le corps, et un investissement si honnête, presque si sacrificiel parfois, qu'il ne s'accommode d'aucun compromis avec ceux qui veulent n'en tirer que "de l'argent" voire des petits plaisirs faciles sur fond de pharisianisme.

Une vie de dévotion charnelle et de révolte (contre les tièdes, et contre les persécuteurs). Tout cela est très intéressant et n'a pas suffisamment sa place dans la culture officielle, toujours trop intellectualiste, faite par et pour ceux qui se réfugient dans les mots par crainte de la pulsion.

Il est probable que votre vécu, et votre sincérité à tous les deux, vous donnent des armes et des ressources pour écrire encore dans le prolongement de ce livre d'autres textes (et notamment sans doute pour faire éclater certaines trames du récit érotique dont votre mari use avec brio, mais qu'à mon avis il a les moyens aussi de dynamiter, ce qui vous donnerait encore plus de liberté).

C'est en tout cas là une belle étape que vous avez atteinte en construisant ce livre. J'ai été ravi de pouvoir le lire, et serai heureux d'en parler avec vous à l'occasion autour d'un verre.

f

ps : vous êtes trop durs, vous et votre mari, avec les singes dans ce livre : les singes ont des moeurs sexuelles, des cultures, des éthiques, qui valent les nôtres"
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Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /2009 09:19
Visiblement il est aussi difficile de faire un coup d'Etat en 2009 en Amérique latine qu'en 1991 en URSS : le renversement du président Zelaya au Honduras suscite une grande mobilisation populaire et l'armée ne semble rien contrôler. Voilà qui, comme le coup d'Etat avorté contre Chavez, pourrait renforcer le président déchu. Il faut s'en réjouir.

Il me faut l'indiquer ici parce que tous ceux qui ici en France se sont mobilisés - sous l'influence de grands médias - contre une "fraude" aux élections iraniennes (fraude dont l'ampleur n'est pas si évidente que cela et sur ce point j'en reste à l'avis de Robert Fisk) n'ont pas l'air trop genés de voir les vieux démons antidémocratiques continuer de travailler l'Amérique latine.  Vérité en deça de l'Atlantique, mensonge au delà, les médias et l'opinion publique européenne vivent éternellement dans la guerre froide.

Notez que dans notre sphère d'influence, au Niger, il s'est produit, au moment même où le président du Honduras était renversé pour avoir organisé un référendum en vue de pouvoir renouveler son mandat, exactement l'inverse : dans ce pays c'est le président de la République qui provoque un coup d'Etat en prononçant mardi la dissolution du parlement, vingt-quatre heures après avoir été désavoué par la Cour constitutionnelle sur la tenue d'un référendum institutionnel qui permettrait au chef de l'Etat de tenter de briguer un troisième mandat.

Le coup d'Etat nigérien est-il un événement grave pour le peuple de ce pays ? Difficile à savoir. Celui du Honduras en tout cas l'était, car il s'incrivait à contre-courant d'un grand mouvement d'émancipation populaire qui touche l'Amérique latine depuis 20 ans, et dans un Etat qui souffre beaucoup du pouvoir de l'oligarchie de droite. C'était une mauvaise nouvelle pour tous les pauvres du continent et il est heureux que cette action militaire commence à avoir du plomb dans l'aile.

 
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /2009 06:07

L'ambiance parisienne est réellement infecte. Elle l'était il y a 20 ans, elle le demeure. Toute cette insoutenable légèreté : parce que M. X connaît M. Y ou déjeune avec Mme Z, M. X n'est plus lui-même, M. X est pris dans le jeu, ne vous écoute pas, n'écoute personne, n'écoute qu'à moitié. Le jeu, il n'y a plus que cela qui compte : le jeu entre quelques personnes, ce que Machin pense de Bidule, comment on se positionne. Comme la cour de Louis XIV disséquée par Norbert Elias, la notion de champ de Bourdieu. A Paris il n'y a que cela, et c'est très conscient. Même chez les militants. J'ai décrit ce phénomène à propos du salon de l'Ecrivain engagé. Je le découvre partout. Et cela m'exaspère, cette satisfaction de soi-même, ce sentiment d'être arrivé à quelque chose parce qu'on est dans un jeu avec X et Y, la surdité à l'égard du réel qui en découle. On croit pouvoir juger de tout, on croit avoir assez lu même si l'on a pas le temps de lire. Ce n'est pas telle ou telle personne en particulier que je vise ici, c'est un trait constant que je trouve chez tout le monde à Paris. C'est Paris, en tant que telle, pourrait-on dire, cette chienne de ville. Les gens y sont plus sympa qu'il y a 20 ans, mais en profondeur c'est la même ronde des vanités qui les entraîne.

Pourtant ceux qui travaillent ou militent dans cette ville, en raison de la proximité particulière qu'ils ont à l'égard des médias et de tous les pouvoirs nationaux concentrés en quelques quartiers, devraient être pétri d'un esprit de sérieux, et même de modestie, presque monacale. Tous devraient trembler à l'idée qu'ils sont peut-être en position d'influer par leurs faits et gestes sur le destin de 60 millions de leurs compatriotes, et peut-être au delà, sur l'Europe et le monde. Mais non, c'est tout le contraire. C'est une indifférence complète à l'égard de la lourdeur des enjeux qui l'emporte, une absence totale de sens de l'analyse, et même, bien plus, d'esprit philosophique, c'est à dire de goût pour l'interrogation, le taumazein. Tout va de soi pour qui milite à Paris. Les certitudes sont de mises. Et même lorsque chacun s'inscrit en faut contre la superficialité des médias, ce n'est que pour y substituer la vacuité de ses dogmes propres. Des dogmes qu'on n'interroge guère, puisque seul le jeu compte... seul compte le fait de savoir qui j'ai vu avant-hier, qui je verrai demain, où j'irai parlé, où l'on m'a entendu...

On voudrait pouvoir ignorer Paris, et pourtant on ne le peut pas : ce n'est pas en Franche-Comté, ce n'est pas en Charente que l'on peut monter des partis politiques qui pèseront sur la politique étrangère de la France. Il faut donc faire avec Paris tout en sachant que tout ce que l'on y dit, tout ce que l'on y fait, tombera dans le biais de la frivolité intrinsèque de cette ville. Misère de la concentration des pouvoirs, misère de la délégation, du système représentatif. Dans ces moments on se sent anarchiste. On eût voulu que l'Europe ne fût qu'une fédération de petites communautés qui ne délégât jamais le pouvoir à des représentants, des partis politiques constitués dans les grandes villes. Le ver est dans le fruit dès que l'action politique est déléguée.

 

 

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Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /2009 22:18
Je veux juste signaler ici l'article de Robert Fisk sur http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fiskrsquos-world-in-tehran-fantasy-and-reality-make-uneasy-bedfellows-1710762.html qui me paraît assez équilibré sur l'Iran. Fisk n'aime ni la République islamique ni Ahmadinejad, mais reconnaît que les quartiers pauvres ont voté pour lui. D'après lui Ahmadinejad a sans doute recueilli 51 ou 52 % mais la bureaucratie de la République islamique aurait cru, maladroitement, rendre sa victoire moins contestable en rajoutant une louche de fraudes pour dépasser les 60 %, sciant ainsi la branche sur laquelle elle était assise. Une ironie de l'histoire en somme.
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 12:21
Interview de la scénariste polonaise Olga Lipińska Piotr Najsztub (revue Przekrój, 4.06.2009):
 
"J'ai critiqué la Pologne socialiste et j'ai peut-être aidé à ce qu'elle soit la baraque la plus gaie dans le camp socialiste, mais je n'aime pas le capitalisme.

Nous avons passé les dernières vingt années à courir après l'argent. Le socialisme réel s'est effondré parce que tel était le voeux de Gorbatchev, pas à cause de l'Egluse.

Ces vingt années de liberté ne sont pas des années de liberté pour l'être humain moyen. Pour lui, c'était beaucoup mieux avec le socialisme, mais il n'ose pas le reconnaître et, quand il peut, il crache sur le socialisme, car c'est à la mode. Je ne suis pas du tout une fan de la Pologne socialiste, mais paradoxalement, cette liberté que vous fêtez monsieur le journaliste aujourd'hui à l'occasion de l'anniversaire du 4 juin 1989 (élections pluralistes), c'est la fin de la liberté pour le Polonais moyen. Il était alors libre du souci de devoir faire vivre sa famille, de la peur qu'on l'expulse de son logement, il était libre de la peur d'avoir à perdre son travail, de celle que la banque lui prenne tout ce qu'il a, il avait un sentiment de sécurité totale. Et cette absence de peur, c'est terminé. La peur est apparue, et, à cause de la peur, la fuite vers Dieu.

Je n'aime pas du tout ce régime actuel. J'ai travaillé dans le capitalisme à la télévision française et j'y ai même obtenu des succès réels. On m'a proposé de rester en France au poste de metteur en scène de programmes.

Je n'ai pas voulu. Je suis rentrée à la maison après un long séjour et j'ai dit à mon mari : "que c'est bien que nous n'ayons pas le capitalisme chez nous". J'ai vu ce qui se passait là-bas, j'ai vu cette course effrénée, cette course de rats, de gens qui s'arrachaient les cheveux de désespoir et de peur de perdre leur emploi. Cela n'existait pas chez nous. Au contraire, nous avions du temps pour tout et « un manque d'êtres humains pour faire le travail ».

Dans les 21 revendications des grévistes de Gdansk de 1980, il n'était pas question de capitalisme, ils demandaient d'améliorer le visage du socialisme. Je pense que si les ouvriers des chantiers navals avaient su qu'aujourd'hui on les jetterait dehors, même ces revendications ils les auraient même déchirées."


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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /2009 11:46
Un peu minable la réplique de Bayrou à Cohn-Bendit hier à propos de son passé pédophile. Les paroles d'un homme qui s'énerve parce qu'il baisse dans les sondages face à un challenger qui a les mêmes idées (centristes et pro-européennes) que lui. Mais Cohn-Bendit est nul aussi. Un type d'extrême droite sur Facebook a écrit à un type très valorisé par l'extrême gauche en ce moment (j'ai été fort surpris que le second attire dans son réseau  un gars de ce genre, c'était en soi instructif, évidemment je ne donnerai les noms ou pseudos ni de l'un ni de l'autre) en lui rappelant une intervention de Serge de Beketch (la clique réac de Radio courtoisie) qui montait en épingle une pétition de 1977 signée par Althusser, Kouchner, Sartre, Beauvoir, Mazneff, Sollers et Derrida en faveur d'un pédophile. En ce temps là les théories de Reich voulaient abolir les frontières entre enfance et âge adulte. Ce contexte historique n'est même plus rappelé aujourd'hui. C'est un tort.

Mélenchon a dit ce qu'il fallait dire, sur Canal+ à propos de la façon dont la journaliste Chabaud avait organisé le débat d'hier. Une imposture semblable à celles qui pourrirent la campagne du référendum sur le TCE naguère. Quoi qu'il en soit la Grande Bretagne devrait donner bientôt du fil à retordre aux européistes fanatiques, avec la victoire annoncée du Parti pour l'indépendance du Royaume Uni, la déroute prochaine de Gordon Brown, le retrait du Parti conservateur du Parti populaire européen, leur refus de soutenir le Traité de Lisbonne, et leur soutien prévisible aux Irlandais forcés de revoter par Bruxelles. Cela pourrait gonfler les voiles des anti-UE en France (notamment celles du MPEP à gauche). Croisons les doigts.

Passons à des sujets plus gais. Un ami hier m'a parlé  d'un conseiller municipal de sa ville qui incarne le pire de l'arrivisme qui caractérise certains jeunes loups du Parti communiste en ce moment (une caractéristique heureusement minoritaire dans ce parti qui compte beaucoup de gens honnêtes et désintéressés, mais l'existence de cette minorité ne doit pas être négligée), des cours de Robert Bonnaud, l'ex porteur devalises du FLN, qu'il suivait jadis à Jussieu, et d'un ancien militant de la cause sandiniste qui vit en France et que je me suis promis d'interviewer (s'il l'accepte), avec une caméra vidéo un jour.

J'ai été contacté par un militant du POI qui dit être d'accord avec mes analyses sur l'Union européenne et qui se plaint de la marginalisation médiatique de son parti qui compterait autant de militants que le NPA. Un ami me dit que le POI est marqué par le lambertisme, et que tout le monde à gauche se méfie d'eux à cause de cela. Je n'ai aucune opinion sur ce mouvement dont je connais seulement les déclarations publiques (des déclarations souvent justes du reste, sur l'Europe notamment). 

Un ami m'a envoyé un étrange sondage (la source est UAM93, je ne sais pas ce que c'est) :

LAS - Liste Dieudonné M'bala M'bala - (Liste Antisioniste)
242 46.6%
PCF - Liste Patrick LE HYARIC (Front de gauche)
99 19.1%
NPA - Liste Omar SLAOUTI (Pas question de payer leur crise)
43 8.3%
UMP - Liste Michel BARNIER - (Quand l'Europe veut, l'Europe peut)
28 5.4%
VERTS - Liste Daniel COHN-BENDIT (Europe écologie)
23 4.4%
Abstention
20 3.9%
PS - Liste Harlem DESIR (Changer l'Europe maintenant)
19 3.7%
Vote BLANC
19 3.7%
MODEM - Liste Marielle DE SARNEZ - (Nous l'Europe)
16 3.1%
FN - Liste Jean-Michel DUBOIS - (Front National)
5 1%
Autres listes ...
4 0.8%
DLR - Liste Jean-Pierre ENJALBERT - (Debout La République)
1 0.2%

500 personnes c'est un peu limite pour un sondage "représentatif" et les musulmans "pratiquants" je ne sais pas ce que c'est (je crois me souvenir en tout cas que les sociologues disent que la pratique religieuse est très minoritaire chez les gens de culture musulmane en France).
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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /2009 21:24

A relever dans notre bloc note l'article de l'historien communiste italien Domenico Losurdo sur Tiananmen qui critique la version officielle occidentale des événements il y a 20 ans. Je précise que je n'ai pas d'opinion précise sur Losurdo dont j'ai appris récemment qu'il avait aussi écrit un livre qui "revisite" l'histoire du stalinisme. Son article a en tout cas aussi le mérite de rappeler le bombardement du Panama par les Etats-Unis en 1989 et les victimes civiles qu'il provoqua.

Dans l'actualité on relève aussi le déblocage manu militari de l'université du Mirail à Toulouse qui s'était obstinée dans la rebellion. En Espagne, à l'université de Saragosse, 87,77 % des étudiants refusent que leur université intègre l'espace européen de l'enseignement supérieur (processus de Bologne). Saragosse rejoint ainsi Barcelone, Gérone, Lérida et la Complutense de Madrid où ce genre de consultation a aussi été organisée.

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