Je m'étais engagé à ne plus publier d'ouvrage, mais je dois faire une petite exception à cet engagement pendant quelques mois car j'ai deux livres de commande à terminer.
Le premier est mon journal de voyage en Abkhazie que mon éditeur veut avoir dans ses collections. Le deuxième est un livre sur une résistante de la banlieue nord de Paris, que je co-signerai avec
deux autres personnes. A cela devrait s'ajouter la publication chez L'Harmattan sous mon nom d'état civil d'une petite réflexion sur la contingence de l'histoire.
Bien évidemment ne vous attendez pas à ce qu'aucun média ou site Internet en parle. Et, comme je n'ai nullement l'intention d'aller implorer les journalistes, vous n'aurez des renseignements sur
ces livres que sur ce blog.
Nous réfléchissons également, toujours dans la banlieue nord de Paris, avec quelques amis, à la création d'une sorte d'association d'éducation populaire et de mobilisation contre le Zeitsgeist néocolonialiste qui domine notre monde. Tout cela se fera hors d'Internet et des réseaux éditoriaux, mais aura peut-être un plus d'ancrage dans le réel, qui sait, que ce flux de bruit, d'articles inconsistants et de paperasse en tout genre qui innonde chaque jour les ondes, les écrans, les kiosques à journaux. Si le sujet vous intéresse faites me le savoir.
Dans le bestiaire de la semaine : le petit normalien en
province aigri qui a raté les trains de la réussite universitaire (mais n'est ce pas un oxymore aujourd'hui ?), qui ne publie rien, et qui, la bouche en cul de poule me dit : "pourquoi as-tu décidé
de publier encore un livre ? who cares ? et puis soigne le détail, l'écriture notamment !", le vieux tiersmondiste rouge-brun paumé qui après avoir entraîné quelques rêveurs dans ses
égarements me traite de "trou du cul", parce que je lui reproche d'avoir forwardé mes mails sans ma permission ("trou du cul" est son insulte favorite, qu'il réserve en général aux journalistes
médiatiques), une journaliste de 27 ans (la connerie n'attend pas le nombre des années) qui juge "très déplacé" mon mail lui demandant quand elle entend publier mon interview sur la Transnistrie,
il y a aussi le gars qui a menacé le dir cab de ma commune avec un flingue ce matin, et puis encore cette blogueuse qui me balance que son blog "est le plus libre de la blogosphère : la preuve Arte
l'a reconnu, ils vont m'interviewer" (ne riez pas, il y a des gens qui pensent comme ça). Au fait, à propos de trou du cul, ma disciple (qui m'énerve tellement que je la renie déjà) me disait jeudi
: "la recherche c'est tourner son doigt dans son cul" - c'est beau comme les sciences humaines croient encore en elles mêmes.
On me rapportait hier les propos de Patricia Latour, auteure d'un livre sur la question : "En 1936, les femmes françaises ne
demandaient pas le droit de vote. Elles avaient d'abord des revendications plus concrètes à satisfaire comme celles d'obtenir des clés dans les toilettes des usines pour que les contremaîtres
arrêtent d'ouvrir les portes pour se rincer l'oeil".
L'histoire prend un aspect particulier quand on la considère sous l'angle du corps. Marx l'avait déjà relevé même s'il n'employait pas le mot "corps".
J'observe que le corps sous l'angle sexuel est à la mode en philo. Le Cinéma pornographique de Servois aux éditions
Vrin. La prêtresse Marzano a publié un "La philosophie du corps" en Que-sais-je? l'an dernier. Une correspondante doctorante de retour des rencontres d'histoire de Blois m'écrivait
lundi : "J'ai vu notre grande amie, Marzano elle intervenait dans une conférence sur la nudité et la pudeur, alors je ne sais pas comment j'ai pu l'utiliser dans mes travaux, j'ai trouvé son
discours axé uniquement sur l'image de la femme humiliée dans les médias, le besoin du voile de pudeur sur le corps (blablabla). effectivement c'est un discours très réducteur de la nudité et je
comprends mieux quand tu disais que les sciences sociales regorgent de curé - en l'occurrence ici il s'agit d'une bonne sœur. "
Hier sur la place de la Sorbonne, j'ai constaté que, comme on le redoutait depuis des
années, un magasin de fringues est venu à bout de la librairie des PUF. Triste époque. A 18 ans quand je suis parti pour Paris mon prof de philo m'avait dit : "Vous verrez la Sorbonne, la
librairie Vrin, celle des PUF, vous ne voudrez plus revenir le Sud-Ouest après". Aujourd'hui on ne peut pas dire la même chose à un jeune cadet de Gascogne. Il a déjà la philo et le porno sur son
ordinateur (c'est-à-dire tout ce qu'il faut pour survivre intellectuellement en ce bas monde). Dans le Quartier latin il n'y a plus que les magasins de nipes qu'il trouve aussi dans son chef-lieu
d'arrondissement. So what ? Il n'a plus d'intérêt à se ruer sur le Boul'Mich, ni non plus à rêver d'explorer le pôle nord : il n'y aura plus de calotte glacière dans 20 ans.
Ah il faudrait aussi que je vous dise un mot de Claude Allègre et de tous ces savants qui ont la bonne idée de critiquer les dogmes écolos du moment. Une autre fois.
Rattrappé par le spleen ce soir après une journée vide et insignifiante à
Brosseville, un mauvais coup que me fait une journaliste écervelée de la presse féminine, qui, malgré ses promesses, squeeze mon interview après deux soirées de travail sur son sujet (le
plus horripilant n'est pas le manque total de respect, mais le fait que cette goujaterie émane d'une imbécile), et une soirée encore plus pénible avec un petit cercle communiste dont le chef
redécouvre tous les ans mes origines espagnoles (malgré un livre que je lui ai offert là dessus il y a un an, mais ce n'est qu'un signe parmi mille du fait qu'il se fout complètement de mon
existence et veut juste m'instrumentaliser), je tombe sur des vidéos marrantes d'un éditeur d'extrême droite sioniste sur son blog. Ce qui est rigolo, c'est qu'il utilise un procédé que j'ai
expérimenté le mois dernier (le remplacement de l'écrit par la vidéo) et surtout qu'à travers ses vidéos s'exprime un besoin maladif de reconnaissance (il ne cesse de demander des débats à Soral,
à Blanrue etc). Le pauvre !
Ces jeunes types de la nouvelle extrême droite, qu'ils soient prosionistes ou antisionistes sont des accros aux caméras, des shootés de l'interview, au point qu'ils passent leur temps à poser
devant des camescopes dans l'attente d'être invités par Taddei. Rien à voir avec mon petit jeu actuel qui consiste à aller parler de seins siliconés dans des revues pour dames. Eux veulent
vraiment pouvoir exposer urbi et orbi au peuple français si le danger vient d'Israël ou des Musulmans, de Poutine ou d'Obama (dans des grandes considérations géopolitiques qui du reste ignorent
largement la question sociale). Tout cela semble souligner l'urgence de vendre son ordinateur et sa télé et d'aller élever des chèvres dans les Alpes comme mon ami Fonseca !
En parlant de question sociale, un jeune gars de l'équipe municipale de Brosseville m'a dit mardi :"Je préfère ce que représente Chomsky que ce que représente Bourdieu. Bourdieu
j'ai essayé de le lire, mais je n'ai jamais pu aller jusqu'au bout. Ca m'a paru très foid et désagréable. Chomsky est beaucoup plus agréable".
Depuis qu'il n'est plus physiquement là pour défendre ses écrits l'étoile de Bourdieu pâlit à grande vitesse. Une seconde mort en quelque sorte. Bientôt on se demandera ce que les gens des années
1970-80 ont bien pu lui trouver. Sic transit gloria mundi.
Donc fuir la reconnaissance oui. Je fais une séance de signature de mes livres le 19 novembre. La dernière de l'année. Après basta. Je serai tout acquis à la tristesse de mes quarante ans. Il
faut savoir la savourer dans une austère solitude.
J'étais censé aider une hardeuse dissidente à publier son autobiographie fin septembre. Mais elle est passée à Paris en
"oubliant" de me contacter, et en ne répondant pas à mon SMS. Parallèlement comme je rencontrais une blogueuse très introduite dans la
com' des multinationales qui veut bien contribuer un peu à donner de la "visibilité" à mes bouquins, du coup j'ai proposé à cette dame de l'aider à publier ses nouvelles érotiques, ce
qui ne me permettra plus d'aider la hardeuse et éloigne la perspective (un peu folle, mais qui avait sa logique interne) que j'avais envisagée cet été de devenir le préfacier d'un livre d'une
star du X. Ainsi va la vie.
Des "amis" remuent le couteau dans la plaie en me demandant en ce moment si je vais faire qualifier ma thèse devant le Conseil national des universités. Une fois de plus, la troisième depuis
2006, je reporte l'échéance. C'est peut-être suicidaire moi qui viens de passer mon 39ème anniversaire. Mais de toute façon n'ayant même plus de contact avec mon ex directeur de thèse, à quoi bon
chercher la moindre reconnaissance de ce côté là ? Tous les universitaires que j'ai croisés, y compris les membres de mon jury de thèse, me voient comme un diplômé des grandes
écoles qu'ils envient un peu, qui est venu s'amuser chez eux, mais dont la présence parmi eux les gènerait plutôt qu'autre chose, alors à quoi bon ? A quoi bon monter sur leur Titanic ? Ma
nouvelle vie professionnelle en Seine Saint Denis ne sera peut-être pas rose, mais je la considère comme la Sibérie que tous ces braves gens bien intentionnés m'ont réservée. Le choix est entre
faire ça où aller candidater d'une fac à l'autre pour devenir maître de conf, être payé deux fois moins qu'aujourd'hui (avec tous les problèmes pour l'éducation du gamin) et enseigner
Durkheim... Ce serait une forme de stabilité oui (alors que la Seine Saint Denis offre un avenir très précaire). Mais l'entrée à l'université présente un rapport coût/avantage bien plus
défavorable encore, me semble-t-il.
Pour le moment, tout est suspendu à ma prise de fonctions dans le 9-3 jeudi prochain, y compris la publication de mon prochain livre "Incursion en classes lettrées" que mon éditeur
adressera à l'imprimeur à ce moment-là. Je n'ai aucune visibilité sur mon emploi du temps au delà du 1er octobre (à part ma participation au salon du premier roman de Draveil et à une conférence
universitaire sur la nudité à Cannes en novembre).
Je sais gré à certains lecteurs d'entretenir la flamme de ma réflexion par des suggestions de lecture comme les livres de Christian Arnsperger (dont je vais peut-être tenter de faire une
recension pour Parutions.com, au moins pour le plus récent d'entre eux). Je suis voué, je crois, à rester dans l'expérimentation en free lance.
Vu mon éditeur ce soir. C'était la première rencontre réelle. "Chaque livre vendu est
une victoire" a-t-il dit.
En ce moment, je termine ma petite autobiographie intellectuelle qui paraîtra sans doute
fin septembre. Je retravaille aussi le témoignage d'une passion amoureuse que je publierai peut-être l'an prochain. Mes tout derniers ouvrages avant une longue période de silence, je pense. Ce blog
sera mon seul exutoire scriptural avec mon journal papier (et bien sûr le blog de l'Atlas alternatif - au fait merci au Grand soir, et bien d'autres sites d'avoir repris mon article
"Colombie"). Je prépare la fête de l'Huma. Comme les Editions du Cygnes ne sont pas, d'ordinaire, présentes dans ce cénacle, je dois trouver des moyens personnels d'y introduire mes livres. Le
samedi sera consacré aux 70 ans de la "retirada" des républicains espagnols. Mon ami le Sandiniste essaie de voir avec une association de Républicains si je peux y placer les mémoires de mon grand
père que beaucoup de gens trouvent intéressantes et utiles (le groupe sur Facebook consacré à ce livre a dépassé les 100 adhérents en 48 heures). Je reste un outsider de ces réseaux, à la
différence de mon compatriote le maître de conférences Jean Ortiz.
La semaine dernière j'ai vu Les derniers jours du monde, un film qui se passe dans le Sud Ouest. Sa complaisance dans le catastrophisme et le nihilisme écolo ne m'a
pas plu (c'était peut-être du second degré, mais trop lourd à mon goût). Il est tiré d'un roman.... publié il y a 18 ans... Cela laisse un espoir pour le mien !
Savez vous où j'aimerais être demain ? A Tripoli pour le 40 ème
anniversaire de la Révolution libyenne. El comandante Chavez y sera. J'aimerais être dans une délégation officielle. Saisir les ambiances, écouter dans les halls d'hôtels ce que Vénézuéliens,
Chinois, Syriens et Russes se racontent.
Délaissant les débats enflammés sur l'avenir de l'Iran (Paul Veyne a bien raion :
aujourd'hui tout le monde cherche à avoir un avis sur le relations internationales comme au temps de Sénèque tout le monde devait avoir un avis sur les dipositions de l'âme, une scène de Bridget
Jones dit aussi cela je crois), j'ai dîné hier en célibataire au Pakistanais près de chez moi. J'avais amené le livre "Histoire du Bouddhisme tibétain : La Compassion des Puissants" d'Elisabeth Martens, un
ouvrage pas terrible qui part d'un bon sentiment (dénoncer notre engouement pour le Dalaï Lama) mais qui se perd trop dans des rappels "neutres" de l'histoire antique, et, sur des points essentiels
de l'époque contemporaine, renvoie à d'autres livres sans les résumer, comme si nous avions le temps de nous y reporter, sans parler des familiarités de langage assez déplacées que le livre
s'autorise.
Le Dissident internationaliste m'a annoncé cette semaine qu'il commencerait
sans doute à écrire un livre cet été : "des scènes de vie pour parler de gens que j'ai croisés dans mon itinéraire, des gens rencontrés dans des circonstances exceptionnelles, et qui eux-mêmes ne
peuvent pas parler parce qu'ils subissent d'énormes censures, professionnelles ou autres".
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