Un endroit à ne pas manquer à Pau : La
crêperie des Lys, 57 bd d'Alsace-Lorraine. Si vous voulez déguster par exemple une crêpe au foie gras sur pommes cuites, ou au canard au piment d'Espelette, n'hésitez pas à aller y faire un
tour. Vous y trouverez qui plus est des livres pleins de charme... notamment le roman "La Révolution des Montagnes" !
Tous les gens qui conjecturent autour de la Syrie en ce moment et s'envoient à la tête sur Facebook des cadavres de femmes décapités par des bombes en se demandant si l'obus était gouvernemental ou islamiste m'emm** presque autant que les cyniques ou les lâches à la Hollande qui nourrissent la guerre civile avec une parfaite bonne conscience. Que tous ces gens poursuivent leurs ratiocinations brutales loin des écrans de mes ordinateurs.
Hé, en ce moment je me sens plutôt l'âme du romancier solitaire ; voyez ces lignes de Flaubert écrites à Louis Colet l'avant-veille de noël 1853 : "C'est une délicieuse chose que d'écrire ! que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd'hui par exemple, homme ou femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt par un après-midi d'automne, sous sous les feuilles jaunes, et j'étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu'ils se disaient, et le soleil rouge" etc. Il venait d'écrire le récit d'une promenade à cheval de madame Bovary et de son amant.
Tout cela est très vrai. Je n'ai écrit qu'un roman dans ma vie, j'ai retenu le nom du personnage principal (parce que j'ai eu du mal à le trouver), et oublié, cinq ans après, celui de son héroïne, car je le voulais quelconque. Mais je me souviens de ces personnages comme s'ils avaient existé, et je me souviens des scènes que je leur ai fait vivre, spécialement des plus dures à écrires, de celles qui me touchaient le plus, de l'évolution complexe de leur relation, de leur quête. J'ai été en eux. En cela ils furent autre chose que mes enfants. J'ai été eux dans le sens que dit Flaubert, et bien sûr j'ai été les situations qu'ils vivaient. Tout cela m'a marqué autant voire plus que ce que j'ai vraiment vécu dans la vie "ordinaire". On ne devrait pas essayer d'oublier ce qu'on a écrit, ne serait-ce que parce que dans le morne vécu que nos sociétés ultranormées, ultraformatées nous réservent, seule notre création présente encore quelque chose de vraiment imprévisible et de vraiment humain.
Peut-être au 1er janvier enverrai-je mes voeux à mes personnages ? Il m'arrive d'avoir envie d'ajouter une suite à ce roman, juste pour éprouver la joie de retrouver les personnages qui le peuplaient. Mais cela sonnerait faux. Quel dommage que je n'aie pas la force d'inventer de nouveaux personnages, une nouvelle histoire ! Parce que je suis moins oppressé, moins "dans la seringue" (comme dit un mien ami) du non-sens que je ne l'étais en 2006-2007. Je ne sais. C'est toujours une chance que d'avoir encore devant soi un roman à écrire.
Pas tout à fait l'ambiance "La Révolution des Montagnes" surtout à cause de la musique US mais bon le jurançon coulait à flot. C'était mardi dernier...
"De façon générale, je pense qu'un individu
quel qu'il soit, en atteignant la quarantaine, le milieu de sa vie, a de plus en plus de mal à considérer l'existence et la société comme une plaisanterie - fût-ce une plaisanterie tragique. Ce
qui commence à vous frapper, c'est plutôt la tristesse qu'il y a dans la façon dont les choses tournent, dans les ratages, les erreurs commises
qu'on ne peut pas toujours réparer..." Voilà ce que déclarait en 2009, l'écrivain britannique Jonathan Coe dans Télérama.
La même année, en octobre, Technikart faisait un dossier sur la "crise des 40 ans". Décidément les quadras des années 2000 auront bien écrasé les jeunes sous le poid de leur tristesse. Il n'en allait pas de même dans les années 80, je crois. A l'époque au contraire les quadras de la génération d'avant nous écrasaient de leur autosatisfaction idiote de gens qui étaient fiers d'avoir "fait mai 68", renversé le vieil ordre conservateur et amené au monde le freudisme pour tous, les films X et le capitalisme boursier.
J'en profite pour dire un mot de Jonathan Coe. Je lisais son pavé sur les années Tony Blair "Le cercle fermé" ce weekend sans avoir lu la première partie du dyptique (c'est juste un livre que quelqu'un m'a passé, mais on peut le prendre en route sans avoir eu accès au premier tome). Par sa prolixité il fait penser à Irving auquel je m'intéressais à 20 ans. Son roman se lit assez bien, c'est efficace sur la première moitié. Mais à la longue on se lasse un peu et l'on repère les ficelles : ces chapitres courts avec les rebondissements de dernière minute qui vous donnent envie de connaître la suite. Un peu comme une bonne série TV ou un paquet de Chips dans lequel on glisse juste les ingrédients qui vous donneront envie d'en manger un second paquet, sans qu'on puisse affirmer que le premier était bon. Il y a quelque chose de l'ordre de l'addiction là dedans. A la moitié du livre, on se rend compte que c'est un peu trop gros. Ces personnages auxquels il faut absolument que quelque chose de palpitant arrive, comme dans Desperate Housewives. Ca ne peut pas être crédible sur toute la longueur. D'autant que qui peut accepter une seconde que sept ou huit personnes qui ont été ensemble dans un lycée provincial à Birmingham dans les années 70, se retrouvent toutes, comme par hasard, à des postes très importants (deux journalistes, un député etc, au point même que deux d'entre deux font partie du Top 50 des personnalités britanniques de l'année 2002) qui les mettent en prise avec la grande histoire (l'histoire avec un grand "h") de leur pays ? Il arrive un moment où cela devient un peu "too much", un peu trop tiré par les cheveux.
Mais bon, je sais que tout le monde n'aura pas un regard aussi sévère que le mien. D'ailleurs il y a vraiment des bons passages dans ce livre, et des personnages attachants. Par exemple l'éternelle célibataire (divorcée, mais ça revient au même) italophile qui, de retour dans son pays après une longue absence, découvre tout ce qui est devenu plus violent, plus absurde (notamment avec le culte du téléphone portable) en Angleterre - quelque chose qui fait penser qu'au tournant du millénaire ce pays a connu comme la France, un processus de très grande dégénérescence des mentalités : globalisation oblige, la vulgarité ne l'a pas épargné non plus. L'idylle du député néo-travailliste (blairiste) égocentrique de 35 ans avec une stagiaire de 20 ans est traitée sans manichéisme et sur un mode qui restitue parfaitement l'impasse à laquelle mène l'inadéquation affective probablement génétique entre hommes et femmes. (On retrouve cette thématique aussi dans le portrait au vitriol de l'incurie des hommes condamnés à surveiller leur progéniture dans les jardins d'enfants, mais là le trait est trop forcé). On peut apprécier aussi les petits allers-retours Normandie-Angleterre que l'auteur offre à au moins deux reprises à ses lecteurs et qui en dit long sur le regard anglais porté sur nos falaises. Tout cela suscite d'autant plus l'adhésion que le point de vue de l'auteur est très à gauche, presque aussi anti-blairiste qu'anti-thatchérien. Et, pour cette raison aussi sans doute, assez nostalgique.
Certains comparent Coe à Evelyn Waugh dont je lisais avec délice "Scoop" à 17 ans. C'est peut-être un peu exagéré. En tout cas je ne crois pas que Waugh ait jamais eu recours à des techniques de fabriquants de chips pour tenir son lecteur en haleine. Pas aussi grossièrement en tout cas (d'ailleurs ses livres étaient plus courts). Je pense qu'il faut voir l'influence de l'état d'esprit télévisuel sur la littérature dans le recours à des procédés si peu recommandables.
A chaque fois que je lis de la fiction, cela me rappelle que moi aussi j'ai écrit un roman, dont mon éditeur il y a peu encore disait qu'il était "excellent" et qu'il était fier de l'avoir publié. Je me demande si un jour des lecteurs éclairés s'y intéresseront. Après ma mort peut-être...
Après "Eros au FMI" avec l'affaire DSK voici "Eros dans le municipalités" avec l'affaire Tron.
Pas triste non plus. Il y a l'accusation contre M. Tron autour de sa supposée "podophilie" qui nourrit toutes sortes de fantasmes en rapport avec une scène de Pulp Fiction, mais il y a aussi les plaignantes, à laquelle la défense s'attaque maintenant en ressortant des détails fort croustillants.
Du genre à propos de la première des deux : "Dans une lettre à charge datée de juin 2010, Florence Fernandez de Ruidiaz, adjointe chargée des Affaires scolaires et du personnel communal,
relate un incident survenu lors des voeux du maire, en janvier 2010. "Elle s'est couchée sur une table, à soulever ses vêtements, et a eu des gestes très déplacés envers un adjoint", raconte
cette élue dans un courrier qu'a pu consulter LEXPRESS.fr.
Quelques jours plus tard, Virginie Faux adresse une lettre à "Georges". Loin d'y réfuter la scène, elle s'excuse de son comportement. " On avait tous un peu bu. Quelqu'un m'a poussée et je
suis tombée à plat ventre sur la table, on a vu ma culotte sous mes collants, c'est tout " " Ce sont là des informations que je me contente de pêcher dans l'Express. Pas besoin d'aller enquêter bien loin.
J'ai vaguement connu Draveil pour y avoir présenté "La Révolution des montagnes" dans un festival du premier roman organisé par la mairie. Mr Tron, à l'époque Villepiniste, avait fait un discours juste avant M. de Villepin himself (cf vidéo ci dessous). Aucun des deux n'avait parlé de réflexologie. Dommage car cela aurait cadré avec le sujet de mon roman...
Je quitte pour un temps l'uniforme du sociologue, pour endosser celui du
romancier dans la perspective du salon de Draveil du 14 novembre. Simplement pour trouver quelque chose à dire aux gens quand je tiendrai mon stand sur ma petite chaise, je relisais ces derniers
jours Kundera et Naipaul.
Frédéric Delorca sera au salon du Premier roman à
Draveil avec "La Révolution des Montagnes" (Editions du Cygne)
samedi 14 novembre 2009
Heure : 14 h à 18 h
Théâtre Donald Cardwell
1 allée de Villiers
91210 DRAVEIL
Tel: 01 69 40 95 00
Fax: 01 69 03 10 67
Un jeu pour les lecteurs de ce blog à la plage cet été : devinez qui a publié la recension suivante de mon roman "La Révolution des Montagnes", et dans quelle
revue -
Deux indices : c'était au printemps dernier (mais je ne l'ai découvert que cette semaine), et c'était au nord de la Loire
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Les montagnes dont il s’agit, ce sont les Pyrénées, plus précisément leur piémont béarnais, ayant pour capitale la cité d’Henri IV. L’auteur imagine que cette douce province est saisie par une pulsion autonomiste, sous l’action de deux compères anciens condisciples du lycée de Pau, l’un universitaire à Paris, l’autre demeuré au pays où il est devenu un notable.
Tout les sépare, hors le fait que l’un et l’autre s’ennuient de la banalité des jours et du train ordinaire de
l’univers mondialisé ; pourtant, de leurs retrouvailles fortuites autour d’un verre va naître l’improbable projet qui, contre toute attente, trouvera peu à peu une réalisation concrète. Ils
fonderont d’abord un groupuscule, puis un parti, infiltreront les milieux politiques locaux et gagneront une première victoire en obtenant la
création d’un département béarnais.
Pour conquérir les foules, ils ont l’astuce de rajouter à l’argumentaire classiquement indépendantiste de leur programme le piment soixante-huitard de la
liberté sexuelle. Ils sont alors rejoints par une militante de choc : une pétulante vedette de films porno qui met son talent au service de la cause. On se gardera, bien sûr, de gâter le plaisir du lecteur en dévoilant les péripéties qui s’ensuivent, et l’issue du combat pour la libération du
Béarn.
Pure fiction, donc ! Mais non pas simple farce picaresque, car l’auteur mène son histoire en homme qui a étudié
les ressorts et les mécanismes, tant internes qu’internationaux, du prurit sécessionniste qui démange les pays européens et parfois leur donne une forte fièvre.
Pour démonter sur le mode ludique le processus par lequel un trio de Pieds-Nickelés de la politique arrive à
faire naître et triompher le désir indépendantiste sur un territoire qui en était, au départ, totalement exempt, il se contente de puiser dans l’observation du réel tel qu’il est chaque jour présenté à nos yeux par les médias.
Les discours, la stratégie et la tactique des comparses sont une transposition à peine parodique de ce qu’on voit à l’œuvre en mainte région de notre continent, à l’est comme à
l’ouest.
Aussi ce récit s’apparente-t-il plus à un conte voltairien qu’à une fable de politique fiction. Au fil des pages, il épingle, dans une satire d’autant plus
percutante qu’elle n’est jamais appuyée, la plupart des tartes à la crème du moment. Les clins d’œil ironiques à l’actualité y abondent (on n’aura pas manqué de remarquer, par exemple, que
l’auteur présente comme une première victoire des compères l’obtention d’un département béarnais, alors que dans la réalité ce sont les indépendantistes basques qui réclament leur séparation
d’avec le Béarn !). Notons cependant que ce récit n’est pas une pure parabole, car l’auteur prend soin de donner à ses personnages une épaisseur psychologique et une histoire personnelle qui les
ancre solidement dans la problématique existentielle contemporaine.
Voici l'article publié dans la République des Pyrénées des 6 et 7 juin 2009. Ce journal avait déjà mentionné ce roman en mars, ainsi que mon "10 ans sur la planète
résistante", ai-je appris récemment... FD
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Livre : Le Béarnais Frédéric Delorca signe un roman aux formes d'essai politique
La Révolution des Montagnes
Dans son numéro d'avril, Philosophie Magazine a demandé à plusieurs penseurs d'imaginer à quoi pourrait ressembler le futur si s'accomplissait une hypothèse fondatrice (« Et si tout le monde parlait la même langue? », « Et s'il existait un gouvernement mondial? », « Et si la différence des sexes n'existait plus? », etc...). « Et si un mouvement révolutionnaire arrivait à arracher à l'État français un statut d'autonomie pour le Béarn? », telle pourrait être l'hypothèse à l'origine de « La révolution des montagnes », le premier roman de Frédéric Delorca, publié aux Éditions du Cygne.
L'auteur de ce roman est un authentique béarnais (originaire de Jurançon) de 38 ans vivant à Paris depuis une vingtaine d'années mais ayant gardé des liens très forts avec sa région
d'origine. Ceux-ci ne manquent pas d'affleurer dans les multiples descriptions qui émaillent son récit. D'une très grande qualité littéraire, elles évoquent avec justesse l'atmosphère des rues
paloises ainsi que certains des lieux emblématiques du Béarn (le cloître de Sarrance, la vallée d'Ossau,...). Est évoqué également le chant polyphonique qui, selon l'auteur, occupe une place
privilégiée au sein du patrimoine culturel béarnais.
Mais au-delà d'une évocation, peut-être nostalgique, de notre région, c'est avant tout de politique qu'il est question dans ce roman.
En les inscrivant dans le cadre du Béarn, l'auteur évoque les nouvelles formes politiques, telles l'altermondialisme, qui ont émergé dans le cadre de la gauche radicale. C'est en ce sens que
son roman acquiert une dimension universelle et échappe au cadre étroit et stéréotypé de « la littérature régionaliste ».
A travers les péripéties marquant l'action du Mouvement du Renouveau Béarnais, l'auteur donne à réfléchir sur la part de manipulation inhérente à la vie politique et à la problématique que,
selon lui, ne manquent pas de poser les séparatismes. En effet, pour Frédéric Delorca (comme en témoignent maints articles de son blog), dans le contexte actuel de globalisation, toute volonté
d'indépendance d'un territoire, si petit soit-il, concerne le reste du monde. Ces velléités ne manquant pas d'ailleurs d'être bien souvent instrumentalisées par les grandes puissances. C'est donc
à la lumière des événements qui ont secoué l'Europe centrale et orientale depuis la chute du mur de Berlin qu'il convient de lire ce livre.
Puisqu'aucun territoire, si petit soit-il, ne peut demeurer vierge de toute ingérence étrangère dès lors qu'il fait valoir son droit à l'autodétermination, comment faire vivre une
indépendance réelle qui ne soit pas le jouet d'une instance de pouvoir quelle qu'elle soit (puissances étatiques étrangères, multinationales, industrie du spectacle...)? C'est ainsi qu'au sein du
roman se rejoignent les thèmes de la manipulation et de l'autodétermination. Telle est, en tout cas, la problèmatique à laquelle tente de faire face son héros, Stéphane Fulgaran.
Se fondant sur sa connaissance intime du Béarn, Frédéric Delorca s'est, pour certains de ses personnages, inspiré de personnalités bien réelles que les lecteurs avertis s'amuseront à reconnaître derrière leur nom d'emprunt. Cela ne saurait cependant faire oublier que ce livre est une fiction et doit avant tout être appréhendé comme tel. Et en définitive, en plus d'être un ouvrage (fort bien écrit, ne boudons pas notre plaisir) qui évoque superbement notre région associé à une stimulante réflexion politique, « La révolution des montagnes » est aussi un très bon roman. Ce qui est déjà considérable..
Le principal journal local du Béarn La République de Pyrénées -
tirage quotidien 32 000 exemplaires (selon Wikipedia) consacre ce matin une demi-page à mon roman La Révolution des Montagnes, dont l'action se passe dans cette région, ai-je
appris il y a une demi-heure. J'ignore le contenu de leur commentaire, mais évidemment je me réjouis de cette nouvelle. Ils sont le deuxième média local à s'intéresser à ce livre après Radio Pais.
Je n'ai pas encore lu l'article de La République. Je ne me formaliserai pas du tout si
son contenu ne rejoint pas mon propre point de vue sur cet ouvrage. Il est normal que la visée qui fut la mienne quand je l'ai écrit (une visée que j'expliciterai peut-être davantage un jour)
ne soit pas partagée par les lecteurs et que ceux-ci fassent dériver leurs interprétations en fonction de préoccupations qui leur sont propres. L'important était seulement que les gens du cru aient
les moyens de savoir que le livre existe. Voilà qui est fait. J'en suis pleinement satisfait.
Hier le commentaire d'un autre ami :
"Le critique de Parutions me paraît un peu sévère, ton roman se lit très
bien, c'est écrit avec du style, c'est clair pour la langue et la construction et l'intrigue se suit bien, il y a du suspens, des personnages vivants crédibles , des passages amusants alternent
avec des moments élégiaques sur la nature, des notations psycho-sociales intéressantes sur les gens et les situations en Béarn, à Pau, Orthez, dans la montagne et à la campagne, tu amènes bien
tes thèmes de prédilection sur la socio et la philo en France aujourd'hui, l'université, le désir d'engagement et la politique avec ses pesanteurs et ses pièges, la possibilité problématique de
résistance et les filets de la récupération omniprésente, la génétique aussi ... J'aurais attendu peut-être des développements sur la question écolo, par exemple à propos de la vallée d'Aspe (
souvenir de prof de géo, c'est un cas emblématique des usages de ce milieu, avec le
débat sur le tunnel du Somport), et tu aurais pu mêler ça à ta socio du militantisme local enraciné, mais c'est secondaire. Je n'ai pas été choqué de ton exploitation, habile, du voyeurisme
érotique du thème porno ... outre que ça correspond à ta vision éthico-politique de l'importance d'une plus grande franchise, marxo-freudienne? - sur la place du sexe dans l'imaginaire
humain, ça fait partie des possibles après tout et la séduction est une stratégie marketing en politique (voir le cas Hamon!); que ton héros se fasse tailler une pipe devant le lecteur ne
choquera personne aujourd'hui et ne me gêne pas, après tout nous avons une vie sexuelle et depuis D.H. Lawrence elle s'étale crûment dans les livres sérieux ... la question est celle du sens
dramaturgique de l'événement ou du thème et ça entre bien, si je puis dire, dans ton récit. Entre nous, j'ai même trouvé ça bandant: je crois que le sexe hétéro m'excite plus en
image (mentale ou cinéma) qu'en réel ... mais je n'ai pas essayé (une limite peut-être, mais ça ne se fait pas comme ça, quand on manque de spontanéité et qu'on a une éducation classique, il
faudrait que je boive, je crois ... ). J'ai trouvé que les thèmes de société étaient tissés entre eux de façon intéressante et que le roman jouait bien son rôle de médiateur de la pensée, sans
tomber dans un collage de types abstraits et de digressions.
- J'avoue me demander qui est le narrateur. Entre les premières lignes et les dernières, il y a un décalage: ça me rappelle la remarque (un peu excessive) de Sartre sur Mauriac "Dieu n'écrit pas
de roman, M. Mauriac non plus". D'où parle-t-il? Où est l'oeil? Mais ça ne gêne nullement la lecture. Je me demande aussi ce que signifie finalement "la révolution DES MONTAGNES" ... "
Quelqu'un a commenté le livre sur Amazon.fr aujourd'hui.
Ce dernier commentaire m'a bien fait plaisir, je dois dire, mais il ne
suffira sans doute pas à me convaincre de m'investir à nouveau dans l'écriture d'un roman (même si je reconnais à ce genre une supériorité par rapport à l'essai). Tout ce que j'éprouve à l'égard de
ce livre, c'est que je suis heureux de l'avoir écrit avant la naissance de mon fils. Moi qui avais été un très joli petit garçon, ma beauté n'était rien à côté de la sienne, et son enfance fait
vieillir la mienne : au miroir de son regard, ma naissance (en 1970) est renvoyée au millénaire précédant, un temps désormais très lointain. Je suis d'un coup devenu une antiquité. Et mon
roman devient ainsi la dernière expression contemporaine de mon existence qui ne l'est presque plus. Mais cela, évidemment, le lecteur ne peut pas le saisir, même si j'avais tenté de
faire sentir, à demi-mot, ici ou là dans le livre, qu'il concluait un cycle. Beaucoup de gens qui ne comprennent pas la fin du roman, qui y voient une fuite, devraient réfléchir à cette dimension
existentielle du livre. Ce roman n'est pas principalement politique. Il est d'abord existentiel.
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