
"Les restos du coeur font salle comble cette année, ça me remue
rien que de le dire" me disait une responsable locale de cette association cette semaine. Au même moment on débat de l'identité nationale, on interdit les minarets en Suisse, et "Ni putes
ni soumises" propose aux municipalités des spectacles clé-en-main pour diviser les couches populaires issues de l'immigration autour du droit des femmes. Un ami m'écrivait hier : "Toutes ces
affaires "islamiques" manipulées ont du bon : il semblerait d'après ce que je suis sur les différentes organisations implantées en banlieues, que même les organisations musulmanes les moins
"sociales" et donc les plus "identitaires", comme celle-ci, comprennent désormais, à l'image de Tariq Ramadan se référant ouvertement au marxisme, que ces campagnes de stigmatisation style
antisémitisme des années 1930 ne sont qu'un écran de fumée visant à éviter le débat sur la crise économique, la crise sociale et la crise du capitalisme. On peut donc remercier les Besson,
Sarko et extrême droite suisse pour l'excellent cours de marxisme réel qu'ils donnent aux populations de nos banlieues, toutes origines confondues ...Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'arment pas en
même temps une future extrême droite dure ("blanche" par exemple sioniste ou "islamo-identitaire") qui leur servira de gros bras lors de la phase dure de la lutte des classes qui se profile à
l'horizon."
Mes fonctions en banlieue parisienne m'ont conduit cette semaine à être informé très vite du décès de l'écrivaine Hamida Ben Sadia. J'avoue que je ne connaissais pas son oeuvre. Des alternatifs,
les Indigènes de la République, Politis et
d'autres lui rendent hommage. Dans des mails collectifs que je reçois j'observe qu'une communiste de Seine-Saint-Denis met en cause la façon dont elle fut traitée au cabinet d'un élu du PCF dont
elle était la collaboratrice. Voilà un mail qui au moins souligne que le PCF l'employa pendant un certain temps, ce qui est à son honneur. Aucune biographie sur Internet ne le précise. Pour le
reste il semble que l'itinéraire de cette personne fût à l'opposé de celui de Fadela Amera, ce qui la rend d'autant plus intéressante évidemment.
Des débats historiques intéressants se développent dans la mouvance communiste autour du
rapport des bolchéviks à l'Islam. Vous en trouverez un écho dans l'article suivant de Bruno Drweski, qui rappelle
notamment le rôle de Sultan Galiev, auquel un livre fut consacré chez Fayard en 1986.
Tout cela est sans doute utile pour les débats actuels de la gauche..
L'histoire hongroise a gardé le souvenir des tanks de Khrouchtchev tirant sur
l'ambassade de Hongrie en 1956 où s'était réfugié le président légitime Imre Nagy. L'histoire latino-américaine retiendra celle du gouvernement putschiste de Tegucigalpa, probablement encouragé par
les secteurs conservateurs de l'apareil d'Etat américain (ceux qui traitent Obama de "singe" en
ce moment) balançant des gaz toxiques dans le locaux l'ambassade du Brésil où s'est réfugié le président légitime et Manuel Zelaya, et menaçant le Brésil de faire perdre à cette
ambassade son immunité diplomatique "Si dans les dix jours le statut de Manuel Zelaya n'a pas été défini".
Un historien spécialiste des réfugiés espagnols de 1939 m'a écrit hier
pour encenser les mémoires de mon grand-ère que j'ai traduites et annotées. Il touve qu'elles éclairent sous un jour nouveau bien des événements, sur la chute de Barcelone notamment. Bien
évidemment tout le monde se fout des mémoires de mon grand-père, tout comme tout le monde se fout éperdument de mes écrits anti-impérialistes. Ce qui fait le "buzz" en ce moment, c'est une
interview que j'ai donnée sur la nudité, qui a été reprise par un blog très connu auquel une quarantaine d'autres blogs sont connectés. J'avais déjà remarqué cela en 2007. J'avais écrit sur la
guerre du Kosovo, celle d'Irak, j'avais dirigé l'Atlas alternatif. Tout le monde s'en foutait. En revanche dès que j'ai signalé que j'écrivais en anthropologie du corps on a commencé à m'inviter à
des conférences.
Désolé, mais tard le soir il n'est pas possible de monologuer devant une caméra. Je dois donc retrouver le clavier.
La Fête de l'Humanité me pose beaucoup de questions sur ce que je peux faire et ne pas faire dans mes nouvelles fonctions au milieu de la "middle class" communiste du "9-3", un milieu dont je
n'ai pas les codes (mais de quel milieu ai-je les codes ?) et dont certaines caractéristiques m'inquiètent. Mais je crois avoir suffisamment de recul à l'égard de tout pour pouvoir tenter d'y
faire une ou deux choses utiles, très modestement.
J'ai été content de pouvoir revoir à cette fête toutes sortes de gens qui comptent dans mon
horizon. Mais j'ai aussi été heureux d'évoluer principalement autour des stands du NIcaragua et de la Bolivie. Je sais qu'il est toujours artificiel de chercher la Vérité chez l'autre (ou le
grand Autre), et de fuir dans l'exotisme. L'étanger est d'autant plus séduisant qu'il est investi dans des rapports sociaux qui nous touchent moins directement : on ignore une partie des langages
intellectuels et corporels à travers lesquels les mépris et les haines s'expriment dans son pays, on en est donc "prémuni" en tant qu'observateur extérieur. Par delà cette facilité de choix de
l'Autre et de l'ailleurs, je persiste cependant à penser que l'Occidental, pour guérir de son propre dogmatisme, a besoin du détour par son contraire, par celui qu'il a
construit comme son contraire, comme une brute à asservir. On m'objectera peut-être qu'au contraire c'est par le détour par autrui que le Blanc européen in fine légitime sa
tyrannie, parce qu'il croit que le détour suffit à légitimer son universalité. Je n'en suis pas convaincu. En tout cas à titre personnel, j'ai besoin de cet ailleurs.
J'avais besoin de cet air nicaraguayen confiné dans le pauvre chapiteau de l'association "Adelante", et de la saveur andine de la tisane de coca qu'on me servit en fin de fête de l'Huma, mêlée à
du rhum Habana club, sous le délicieux nom (inventé ad hoc au milieu des débats du weekend) d' "ALBA libre". J'ai besoin de vous parler de ce petit-fils de Républicain espagnol
comme moi, qui fut naguère apprenti-chercheur, et aujourd'hui carreleur pour nourrir sa famille (enfin des intellectuels qui ne crachent pas sur le travail manuel ! je n'en ai pas
connu beaucoup dans les décennies antérieures, les diplômés-chômeurs de mon entourage préféraient le RMI je crois). Je l'interviewerai prochainement sur le Nicaragua sandiniste de la grande
époque, qu'il a connu directement.
J'ai besoin aussi de faire ici la promotion du documentaire militant du chilien René Davila sur le mouvement social en pays aymara bolivien. Une interview en français de lui existe déjà
ici, et son blog en espagnol là. Un documentaire techniquement très correct,
politiquement consistant, et poétiquement ouvert à toute la réalité de la terre bolivienne combattante. Cela s'appelle Bajo los
volcanes - voici la bande annonce en espagnol (le film est doublé en français) :
Je repensais à l'article
d'Hassina Méchaï ce matin. Il me semble que c'est faire beaucoup d'honneur à Mme Cinton et M. Obama que de les comparer à Caton le Censeur. Si je me souviens bien la phrase de Caton fut
prononcée dans le cadre de a troisième guerre punique. Carthage ne représentait plus une menace pour la République romaine comme elle l'avait été par le passé (de mémoire les troupes de Carthage
avaient été aux portes de Rome, et une bonne part de la noblesse romaine avait été massacrée dans un bataille au nord de l'Italie). Mais pendant longtemps on avait cru que Carthage et Rome ne
pouvaient construire leur puissance commerciale que l'une au détriment de la survie de l'autre. La paranoïa romaine n'était pas complètement infondée (quand on se souvient de la trace dans
l'inconscient collectif de a mise à sac par les Gaulois). Si l'Iran avait, dans les années 60 ou 70, assiégé Washington et massacré des parents, oncles ou tantes de M. Obama ou Mme Clinton,
leur obstination à désarmer ce pays se comprendrait plus aisément. Mais notre impérialisme à nous occidentaux est bien plus inhumain que celui de la vieille Rome. Il ne se nourrit d'aucun
instinct de survie. Seulement d'une intolérance à l'égard de tout ceux qui ne nous vénèrent pas.
Dans une démonstration sur le fait que le rationalisme des Lumières n'a rien à se
reprocher quant au colonialisme, le lecteur de ce site "Etienne Diderot" a attiré mon attention sur l'ouvrage "Histoire philosophique et politique des deux Indes", best seller de la France
pré-révolutionnaire (1772 pour la première édition). Je me propose de faire prochainement un petit commentaire de la version "synthétique" de cet ouvrage collectif apparemment complexe,
baroque, et souvent contradictoire, telle que nous la présentent les éditions La Découverte (après un gros élagage sembe-t-il).
Avant d'en venir au contenu même du livre j'observe que le préfacier note que l'Histoire philosophique "propose des réformes pour les colonies certes - et, à cet égard, elle ne va pas plus loin
que les agents les plus lucide du ministère de la Marine" (p. 10) ce qui tend à prouver que ce livre n'est pas une preuve de la non-compromission des Lumières avec le
colonialisme, mais plutôt que les Lumières étaient au colonialisme ce qu'Obama est à l'impérialisme étatsunien. Au passage je remercie Gilles pour sa remarque sur les libéraux. Les libéraux
européens au 19 ème siècle ont souvent développé des analyses critiques intéressantes contre l'impérialisme, parce qu'ils en détestaient le versant étatique et le trouvaient trop cher pour
les finances bourgeoises. JA Hobson, Lénine et Luxembourg leur doivent beaucoup.
Mon commentaire très prochainement donc.
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NB : ce billet est le 500 ème depuis la naissance de ce blog
NB 2 : Une amie historiene me disait hier : "Bien évidemment que les Lumières ont favorisé le colonialisme, avec leur vision du progrès linéaire que l'homme blanc peut apporter aux 'peuples
enfants', aux 'bons sauvages'. Cette influence indirecte sur le colonialisme est claire, tu n'avais même pas à t'embarquer dans un débat sur la question de savoir si Ferry se référait à Condorcet
ou nom quand il colonisait l'Afrique. La responsablité de leur vision dans le processus colonial est si évidente "
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