La gauche

Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 23:12
Jeudi prochain si tout va bien je partirai pour l'Abkhazie (mission de contrôle électoral pour la présidentielle). J'ai prévenu que je ne cautionnerai pas l'indépendance de l'Abkhazie pour autant. L'Abkhazie, une "côte d'azur en guerre" come ils disent dans Le Figaro. J'espère qu'il s'agit là de mon dernier voyage politique. Ce genre d'expédition cause beaucoup d'ennuis (l'obtention des visas, les ordres et contre ordres sur la composition des délégations) et ne sert à rien. Une ou deux personnes dont mon éditeur sont contentes que j'y aille. Mais c'est mon dernier périple de cette sorte.

De même je vais espacer mes contacts avec les intellos parisiens révolutionnaires distingués de la mouvance du Temps des Cerises qui me fatiguent aussi.

Je préfère le réel : ma commune de la banlieue nord dont je n'ai plus de droit de vous parler - devoir de réserve oblige. Savez vous ce que j'y fais ? J'y interviewe une vieille résistante communiste pour écrire un livre dessus. Et surtout : j'encourage l'émergence d'actions associatives solides dans les milieux populaires (notamment ceux d'origine immigrée - là bas on appelle ça du terme moche "les communautés"). Dans des jeux politiques locaux aussi bloqués qu'au niveau national, l'espoir véritable est là : dans la capacité des citoyens, surtout des plus jeunes, à créer des associations artistiques, sportives, des associations de coopération avec le Tiers-Monde, de soutien à la Palestine etc, de fédérer toutes ces initiatives, de les faire converger sur des bases politiques novatrices, c'est ainsi que nous aurons des peuples et des leaders à même de changer la donne.

Un lecteur de ce site m'a accusé de vouloir ratisser des voix d'immigrés au profit de la vieille classe politique. Rien n'est plus faux. Je crois que dans les communes les institutions doivent être au service de l'émancipation des consciences et non l'inverse. Quand je parle d'alliance entre petite bourgeoisie de gauche et classes populaires issues de l'immigration, je ne songe à aucune inféodation. Il faut une relève complète au système actuel paralysé.
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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /2009 23:25
Vous connaissez mon intérêt pour les débats à gauche à travers le monde. Même s'il est toujours difficile d'en juger depuis la France (par exemple que pouvons-nous savoir de l'effectivité de la résurgence d'une aile gauche au sein du parti communiste chinois dont on nous parle parfois ?). Grâce à un lien de Vijay Prashad, contributeur de l'Atlas alternatif, je suis tombé sur un bon débat sur http://www.pragoti.org/node/3685 à propos du maoïsme en Inde. L'intervention de Jayati Ghosh, une universitaire qui a un délicieux accent de Cambridge, et que le Guardian qualifie de "one of the world's leading female economist", me paraît mériter le détour. Cette dame, membre du PC indien (PCIM), et qui partage sur l'avenir du monde un regard commun à toute la gauche institutionnelle mondiale, pose des questions justes sur le romantisme de la violence maoïste dans le sous-continent indien (les naxaliste, les Tigres du Sri Lanka, les maoïstes népalais), questions qui ont aussi existé en Europe, autour de la gauche révolutionnaire basque par exemple - je me souviens de l'excellent bouquin que j'ai lu il y a presque vingt ans de Joseph Zuleika, Basque Violence: Metaphor and Sacrament (Reno, Las Vegas, University of Nevada Press, 1988. 89).



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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 14:58
Je reçois cet article par mail ce matin :

"ALLEMAGNE: UNE DEPUTEE COMMUNISTE DE CHOC ...Une députée communiste dans la Ruhr

Les élections législatives ont eut lieu il y a quelques semaines en Allemange, Die Linke a obtenu 11,9% des voix. Coup de projecteur sur la nouvelle députée de Düsseldorf (région de la Ruhr), la communiste Sahra Wagenknecht

Avec 13.244 voix et 9,9% (+4 points) pour Die Linke sur la circonscription de Düsseldorf-Sud, Sahra Wagenknecht fait son entrée au Bundestag. Ancienne députée européenne du PDS (Parti du Socialisme Démocratique - ex SED), elle a placé sa campagne électorale sur la nécessité d'organiser de la riposte sociale contre la loi Hartz IV, la retraite à 67 ans et contre les coupes sociales justifiées au nom de la crise. Tout en défendant la taxation des millionnaires, des revenus très élevés et des transactions boursières Sahra Wagenknecht place le socialisme au coeur du projet politique de Die Linke, elle insiste sur la nécessité de surmonter les contradictions dans les rapports de production capitaliste.

Sahra Wagenknecht (née le 16 juillet 1969 à Jena en ex-RDA) adhérente au Parti Socialiste Unifié d'Allemagne (SED) en 1989, elle co-anime la plate forme communiste au sein du PDS (Parti du Socialisme Démocratique successeur de la SED) et aujourd'hui de Die Linke, ainsi que la plate forme de la gauche anticapitaliste. Elle met en avant les expériences positives du socialisme réel (tout en tirant les erreurs de ce dernier) afin de mettre à bas le capitalisme. Ses positions l'ont souvent opposée à Gregor Gysi et Michael Leutert l'accusant de rejeter l'expérience de la RDA sous couvert d'accusation d'être "stalinien".

La presse allemande la considère comme un faucon au sein de Die Linke et ses positions sont claires : socialisme, marxisme, pas d'alliances avec le SPD et les verts, solidarité avec Cuba et le Venezuela, anti-racisme, anti-fascisme, lutte contre l'anti-communisme, pacifisme. Elle n'hésite pas critiquer Oskar Lafontaine (co-président de Die Linke) et les positions réformistes de ce même parti.

Ainsi la députée communiste de la Ruhr place l'objectif du socialisme comme moyen pour dépasser le capitalisme. Comme quoi tout n'est pas à jeter à Die Linke."


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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /2009 08:42
Bader Lejmi a bien voulu écrire ceci sur ce blog :

"Je découvre votre blog.... je discutais récemment avec un ami et on est arrivé à la conclusion, qu'on peut dire à peu près tout ce qu'on veut en France, du moment qu'on prends la posture d'intellectuel et que le jargon est assez obscur pour ne pas déboucher de façon explicite sur une prise de position politique. ce culte de l'intello a ses bons cotés... mais bon de l'autre coté, on ne retient que ce que l'on veut de vous. tout comme barthes et bourdieu sont recyclés pour enrichir le panthéon de la gloire de la france... récemment j'ai entendu citer bourdieu pour contrer ceux qui parlaient de discriminations. pour celui qui citait bourdieu il s'agissait de dire que non, les gens n'étaient pas discriminés, ils partaient juste avec un trop gros handicap... histoire de dire que ça vient d'eux et qu'on peut rien y faire... c'est le revers de la médaille del 'intello qui peut être manipulé pour dire exactement l'inverse de ce qu'il entendait..."

Je dois dire tout d'abord que je ne me considère pas comme un intellectuel. Je suis juriste de profession comme je pourrais être marchand de t-shirts. Ensuite je n'adopte pas de posture. J'ai fait de la philo, je suis docteur en sociologie, j'ai toujours aimé lire, écrire, réfléchir au sens des choses, et j'ai publié des bouquins. Je ne vois pas pourquoi je devrais m'excuser de ça. Ce n'est pas une posture. C'est ce que j'aime faire.

Je ne crois pas du tout qu'il faille avoir un style intellectuel pour pouvoir s'exprimer. Prenons par exemple le blog d'Eva, ou celui d'Hadria, pour n'en citer que deux, il n'y a pas de posture intellectuelle dans ces blogs, et cependan nul ne les censure. La censure légale ne peut porter que sur les crimes (pédophilie, appel au meurtre) ou certains délits d'opinion (apologie de la haine raciale, négationnisme), ce dernier point constituant une particularité française contestable, mais dont les juges font une application modérée.

Le problème concerne l'expression dans les grands medias. Ne sont autorisés à y parler que les gens qui ont le vocabulaire et les idée du journaliste moyen passé par ciences po - impérialisme droit-de-l'hommiste occidento-centré accompagné d'une solide foi en l'aptitude des classes dirigeantes à guider les masses "idiotes", le tout enveloppé dans un vocabulaire aussi chic que superficiel. C'est là le problème. Toute incartade par rapport à cette "doxa" journalistique quant au choix des thèmes (certain thèmes son tabous comme le 11 septembre, autrefois c'était la Serbie), ou quant à la manière de l'aborder (si par exemple vous décidez de dire que l'Iran est un pays assiégé ou que Chavez est un type bien), rique de vous identifier à un des fantômes qui hantent les placards de cette profession (les "staliniens", les "rouges-bruns", les "islamo-fascistes", les "populistes" toutes sortes de clichés dont les racines se trouvent dans la connaissance schématique que les gens ont construite autour de la seconde guerre mondiale). Et si j'ai une fenêtre d'opportunité en ce moment dans les grands médias sur l'anthropologie du corps, ce n'est pas parce que j'adopte une "posture intellectuelle", mais parce que c'est un thème qu'ils aiment et que ce que j'ai à dire n'est pas politique d'une façon parfaitement visible (même si ça le sera en partie d'une manière détournée, comme tout ce qui touche aux sciences sociales).

L'intellectuel, bien sûr, garde une place de prestige, même chez les journalistes peu cultivés, à cause d'une vieille tradition française. Mais cette posture bénéficie davantage à des intellectuels formatés comme Glucksman (qui pérorait encore sur un ton insupportable chez Taddei hier soir) qu'aux intellectuels contestataires.

Concernant Bourdieu, une enseignante lyonnaise me faisait remarquer naguère que les dominants l'aimaient de mieux en mieux pour "naturaliser" les inégalités car sa théorie permettait de culpabiliser les dominés et les décrire comme voués à subir la domination, ce que confirme le propos de Bader sur Bourdieu et la discrimination (j'ajoute cependant qu'il y a une dimension culturelle et pas seulement classiste à la discrimination postcoloniale actuelle que ni Marx ni Bourdieu ne permettent d'intégrer). Ce dévoiement est un effet prévisible (et déjà anticipé du vivant de Bourdieu) de son système. Notez aussi qu'hier Luc Ferry s'exclamait : "Marx avait raison : le capitalisme c'est la révolution permanente !". La tendance des libéraux à s'autoriser de Marx est également bien connue. Derrida (dans Otobiographie) disait que toute théorie est susceptible de faire l'objet d'une lecture de gauche et de droite à cause de l'ambivalence de l'écriture. Je ne suis pas d'accord avec sa conception relativiste de l'interprétation et de la vérité. Mais il est clair que l'invention (ou découverte) intellectuelle dérange toujours un ordre (et fait donc le jeu des contestataires) de sorte que les dominants chercheront toujous à en neutraliser les effets soit en récupérant cette invention, soit en en neutralisant la portée.

Pour ma part je pense qu'en sciences sociales il faut essayer de coller le plus possible aux faits, à la profondeur historique de leurs conditions d'émergence, et, si possible aussi, prendre en compte les acquis politiquement neutres des sciences naturelles. En ce sens les sciences sociales doivent clairement énoncer la partie de leur analyse qui peut être politiquement neutre de celle qui est plus engagée. Sur la partie la plus politiquement engagée l'autorité intellectuelle est nécessairement plus faible. Il n'y a pas de raison "intellectuelle" à être plutôt de gauche ou plutôt de droite, plutôt pour le Tiers-Monde ou plutôt pour l'Occident, plutôt pour les dominés ou plutôt pour les dominants. Chacun des choix politiques engage une vision de l'humanité, mais aucun savoir objectif ne permet, selon moi de dire qu'une vision est meilleure que l'autre. En ce sens mon engagement à gauche n'est pas lié à mes travaux intellectuels, tout comme ne l'étaient pas ceux de Bourdieu et de Marx (quoi que Marx et Bourdieu aient pu en penser). L'engagement est un choix affectif qui se nourrit d'un savoir intellectuel mais qui demeure distinct de ce savoir. C'est pourquoi, pour plus de clarté, j'ai opté pour un nom de plume spécifique pour tous mes textes politiques.
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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /2009 13:26
Je lis la presse israélienne ce matin, en quête d'infos sur un incident survenu sur l'esplanade des Mosquées dimanche (des extrémistes juifs aidés par la police ont frappé des arabes, la violence de l'occupant en Palestine reste omniprésente). Je trouve dans ses pages de nombreuses interrogations sur le moyen d'améliorer l'image d'Israël dans le monde, et notamment cet article d'Haaretz qui se demande si le porno gay peut sauver Israël. Un rapprochement entre communautarismes gay et sioniste qui peut plaire à Paris (où les deux sont soutenus), mais aussi peut-être l'occasion d'une réflexion encore une fois sur le rapport entre la politique et le corps. Sur Facebook un garçon proche des Indigènes de la République écrivait : "Les mêmes qui trouvent la burqa indécente (inhumaine etc) en France vont promener leurs gros culs dénudés sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem sans aucun espèce de complexe". Ce commentaire lui était inspiré par la dépêche de Reuters : "Mais la police a indiqué que les heurts ont été provoqués par des Palestiniens rendus furieux par la tenue vestimentaire, à leurs yeux indécente, de certains touristes étrangers sur le lieu saint. " Mais après discussion avec lui il m'a indiqué qu'en fait il est plus probable que ce soit une provocation des colons juifs qui ait conduit aux affrontements plutôt qu'une exhibition de nudité. En tout cas, nous savons bien que le rapport au corps est au centre désormais de beaucoup d'enjeux de "coexistence pacifique" en Europe comme en Occident. Et c'est un problème que nos politiques devraient prendre "à bras le corps" si j'ose dire, et sans ethnocentrisme.

A part cela je pense à l'OTAN chérie de notre centre-droit bien aimé. Va-t-elle mourir dans le piège afghan qu'elle avait initialement tendu aux Soviétiques (il y a trente ans) sous les armes de ceux qu'elle a armés telle l'arroseur arrosé (merci M. Brzezinski) ou, un jour sous les missiles de cette "OTAN des pays du sud" que le colonel Kadhafi a promis de promouvoir au dernier sommet afro-latino-américain de Margarita ? A moins que ce ne soit dans le cadre d'une apocalypse nucléaire avec la Chine ? Who knows. Nous avons semé la guerre, nous la semons encore (voyez notre discours irresponsable à l'égard de l'Iran). Nous ne pouvons que récolter le pire en retour.

Je suis d'accord avec ceux qui affirment que l'Occident n'est pas belliqueux uniquement parce qu'il est capitaliste. Il y a un colonialisme spécifique au judéo-christianisme européen, qui n'a pas eu d'équivalent ailleurs (notamment pas du côté de la Chine, qui, pourtant, au début du XIVeme siècle s'était  lancée dans une conquête des océans à laquelle elle a su mettre fin, à la différence des puissances européenne). La culture joue une rôle. Et tout ce qui peut nous guérir du bellicisme et de l'intégrisme de notre culture sera bon à prendre.

Après notre pensée pour le peuple palestinien, une pensée pour le peuple hondurien dont la dictature ferme les médias indépendants et qu'il soumet à l'état d'urgence. Le Honduras est une pièce de la reconquête réactionnaire de l'Amérique centrale. Ne comptez pas sur nos médias pour vous en parler.

Une pensée aussi pour les Guinéens. Après l'échec des démocraties fantoches issues du processus de La Baule initié il y a vingt ans, voici revenu le temps des dictatures en Afrique. A quand un processus "bolivarien" sur ce continent ?

Triste époque. En Europe obsession sécuritaire, xénophobie, paranoïa de la grippe A sont notre lot quotidien. Rien qui puisse aider nos concitoyens à réfléchir. Qui s'étonne ensuite que Sarkozy, Berlusconi et Merkel fassent de bons scores à chaque élection, tandis que des partis au service du néo-libéralisme comme le FDP en Allemagne, les Verts et le Modem en France récupèrent les décombres de l'effondrement des sociaux-démocrates ? Et n'est-il pas dérisoire de se consoler en disant que Die Linke passe de 8 à 12 % (dimanche dernier en Allemagne), que le bloc de gauche au Portugal progresse ou que la gauche de la gauche marque des points à Corbeil-Essonnes ?

Je trouve incroyable que le suicide des cadres de France Télécom dont on parle aujourd'hui ne donne pas lieu à un grand débat national sur le totalitarisme des nouvelles formes de management, que l'on tolère avec la même placidité que le recul des avantages sociaux des salariés et les cadeaux énormes faits aux entreprises et aux banques. Le déficit public français atteint les 8 % cette année, qu'attend-on pour mettre fin aux exonérations fiscales des entreprises, et contraindre celles-ci à cesser de détruire le tissu social ? Quand nationalisera-t-on les banques pour les empêcher de reconstituer leurs bulles spéculatives au lieu d'endetter nos enfants pour leur survie ? Quand ponctionnera-t-on sur leur bénéfice l'argent nécessaire alphabétiser les populations les plus pauvres du tiers-monde et leur donner les moyens de se nourrir ? (évidemment nous ne le ferons pas, si les opinions publiques européennes s'étaient réellement souciées un jour du tiers-monde cela se saurait et le FMI n'existerait pas). Tout le monde se résigne chaque jour davantage à voir nos sociétés glisser vers les logiques les plus destructrices. Il faut laisser le business faire son beurre, toujours, et que les Etats jouent les pompiers, à la marge.  Les européistes béats étaient ravis au colloque de l'école militaire  jeudi dernier de voir nos armées patrouiller au large des côtes de Somalie (l'opération Atalante). Aucun ne se demandait s'il n'eût pas été plus judicieux d'éviter la destruction par les multinationales du poisson au large des côtes somaliennes (et des autres pays du Sud) et d'aider à la reconstruction du tissu social somalien plutôt que de maintenir la population de ce pays dans la dépendance alimentaire et de la pousser vers la piraterie. Tant qu'il y a des gens pour payer leurs impôts à des Etats superflics nationaux et planétaires, pourquoi se gêner ?
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /2009 00:57
94 personnes annoncées sur Facebook pour les dédicaces à la fête de l'Humanité dimanche après-midi. Au final 1 seule personne a acheté l'Atlas alternatif et qui n'avait rien à voir avec Facebook.

Une bonne fête néanmoins. Nous avons parlé plus de mon futur poste en Seine-Saint-Denis que d'anti-impérialisme, mais tout de même. Je garderai un souvenir ému du stand Bolivie où une dame faisait de l' "Alba libre" (de la tisane de coca au rhum). Du stand Nicaragua où nous avons bu du Sequito au miel. Souvenir de l'historien de l'ARAC qui m'a dit "il ne faut pas laisser la Russie à l'extrême droite", et du patron de Correspondances internationales qui pense qu'un jour la Chine s'intéressera à son bulletin (auquel je vais collaborer). De ce cinéaste amateur chilien qui vend le DVD du documentaire qu'il a tourné sur Evo Morales. Souvenir de cette dame très digne au stand de l'ACER qui, quand je lui ai demandé à quel nom je devais dédicacer le livre de mon grand-père a dit :
"Mme Rol-Tanguy.
- Comme le résistant ? ai-je demandé.
- Oui, je suis sa fille" a-t-elle répondu avec une sobriété presque protestante.

J'ai beaucoup songé depuis deux jours en en parcourant les allées à tout ce qu'il y avait de faible dans cette fête, toutes les facilités de comportements et de pensée qui rendent sceptique sur ce qu'un peuple (même un peuple de militants) peut arriver à faire. Mais à partir du moment où on s'oppose à un système politique, il faut accepter d'agir avec ses opposants, par delà leurs insuffisances - et les siennes propres.


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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 12:00
Dîné hier avec une jeune employée de l'Association de critique des médias (Acrimed), une militante prometteuse qui écrit beaucoup, une fille de 25 ans qui est de tous les combats, de toutes les manifs : anti-OTAN, anti-LRU, anti-Hadopi, Bruxelles, Strasbourg, Nanterre.

Une fille de l'Ouest, la Vendée rouge. Elle dit des choses intéressantes sur des mouvements fachos "bretonnistes", sur Le Lay, et le lobby patronnal (l'Institut de Locarn) qui défend l'identité bretonne contre la France. Elle raconte le voyage à Jersey, organisé par Attac Saint-Malo (une antenne radicale et encore dynamique d'Attac, dans cette structure en crise qui, comme le PCF, n'est plus qu'un chapelet de fiefs locaux). Elle parle de ces vieilles dames, fondatrices d'une cellule d'Attac sur les îles anglonormandes, qui utilisaient des pseudos, fidèles à leur culture de la clandestinité qu'elles avaient développé... en 1940 dans la Résistance, du temps où leurs îles étaient les seules possessions britanniques sous occupation allemande.

Elle a des mots justes quand elle décrit les salafistes violents qui débarquent avec des slogans anti-Juifs dans les manifs pro-Palestine parisiennes. "Il va falloir trouver un moyen d'évincer ces gens des manifs, dit-elle, parce que moi je n'ai plus envie d'y aller, j'assisterai plutôt aux manifs pro-Palestine à Rennes où il n'y a pas des slogans comme ça." Elle dit que les Indigènes de la République ont traité l'Acrimed de sioniste à cause de sa lenteur à réagir sur Gaza. Je ne le savais pas. "C'était injuste, on n'est pas nombreux, on ne peut pas réagir aux événements comme on claque des doigts comme ça". Toujours les divisions de l'extrême gauche.

Elle est d'accord pour que la France sorte de l'Union européenne, mais pas au nom de la défense de la République française. La République et son passé trouble ça ne l'intéresse plus. Pour elle c'est comme défendre l'université et ses pontes qui envoient les étudiants au casse-pipe dans le cadre des manifs contre la loi LRU (jusqu'à même leur taper directement dessus in fine, pour débloquer sa fac). Elle est d'accord quand je lui dis que c'est comme vouloir défendre la nomenklatura soviétique en 1982. "Il faut voir plus loin" estime-t-elle. Elle en connaît un bout sur les mouvements anarchistes (ils sont puissants en Armorique) dont elle me dit qu'ils ont tendance à se replier sur eux-mêmes depuis l'affaire Coupat. Beaucoup sont "intello-chiants" dit-elle, Tiqqun fait partie des plus pédants. Pas étonnant.
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Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /2009 11:08
Dans le sillage de mon article d'hier sur les peuples et les chefs j'ai été intéressé par le plaidoyer de B. en faveur des "comités d'ouvriers" ou des "comités de citoyens", qui est une idée que j'avais moi-même défendue dans Programme pour une gauche française décomplexée. Comme il faut toujours raisonner à propos de ce qui s'est fait, cet article me rappelait un chapitre de l'historien très connu Marc Ferro (dans Nazime et communisme, Hachette 1999 p. 114) qui s'intitulait : "Y a-t-il "trop de démocratie" en URSS ?"

L'article commençait ainsi :

" "Ne sommes nous pas trop démocrates, et cela ne conduit-il pas à un affaiblissement de la discipline ?" Cette interrogation de K. Tchernenko, en 1982, a de quoi paraître insolite. (...) Pour comprendre la vie politique en URSS, on voudrait tenter ici de rendre ce jugement intelligible."

Ferro y parle d'une double bureaucratisation du système soviétique dans les années 1920 : par en haut (imposée par le PCUS) et par en bas avec l'adhésion des multiples responsables de soviets (au début non communistes) au PC. Pour remédier à ce phénomène, dans les années 30 le parti doit susciter l'apparition de ce qu'on appelle de "Organisations sociales" consacrées comme instances parallèles à l'Etat dans la constitution de 1977. Or ces organisations ont de plus en plus soustrait à l'Etat une partie de ses compétences : par exemple le syndicats gèrent les services de cure, leurs services d'équipement et de transport. Au niveau local sous Brejnev les soviets locaux reprennent de l'importance "la prolifération des banlieues, la création de cités isolées sont autant d'occasionsqui suscitent la naissance d'un nouveau soviet urbain" (p. 123). De même se développe un comité de contrôle du peuple (Komitet Nardnogo Kontrolja) associée aux soviets dont un Soviétique adulte sur 6 avait été ou était inspecteur. "Ces milliers de comités reçoivent des rapports, des plaintes, des protestations sur tous les dysfonctionnements imaginables : la Pravda du 8 août 1977 indique que le bureau central du KNK à Moscou avait reçu 575 000 lettres en deux ans" (p. 124), et les inspections menées par la KNK dans les usines les kolkhozes, n'étaient pas toujours purement symboliques. Le développement de ces "organisations sociales" était souvent une source d'anarchie, de confusions de compétences avec le Parti et l'Etat, mais il n'en constituait pas moins un phénomène typique des années 60-70.

L'histoire des diverses initiatives pour créer des instances de contrôle collectif sur les administrations, les entreprises etc est très fournie. En France par exemple, il y a eu une littérature foisonnante là dessus dans les années 1970 dans la logique de l'autogestion (les socialistes avaient des projets de création des comités d'usagers un peu partout). beaucoup des idées lancées à ce moment là devraient être actualisées et étendues : créer ds comités de contrôle citoyen des banques, des enreprises privées, des journaux, de la TV, de la SNCF, de la police, de l'armée, des services publics en général, des maisons d'éditions, de l'activité des intellectuels, des pratiques médicales etc.

Par ailleurs, en ce moment si l'on regarde à l'étranger, on trouve encore des exemples de valorisation des comités de citoyens. En Amérique latine le mouvement bolivarien repose beaucoup sur des comités de quartier (juntas vecinales). On retrouve cela aussi dans la Jamahirya libyenne (cliquer sur le lien) qui, tout en étant une dictature s'est toujours voulue autogestionnaire.

Evidemment la frontière est toujours ténue entre la participation citoyenne spontanée et l'embrigadement, et entre le contrôle populaire sur les institutions, et le flicage de tous par tous dans le cadre de ces organes "participatifs". Sans oublier cette tendance apparemment inévitable des plus instruits, des plus malins, des plus déterminés à appliquer une ligne, à accaparer les organes de contrôle au détriment des autres réduits au rang de figurant (et cela vaut, que l'organe soit de pur contrôle ou qu'il ait un pouvoir décisionnel réel). On constate le phénomène dans n'importe quelle AG d'étudiants, et n'importe quel comité des fêtes villageois

La solution imaginée dans le cadre de la révolution culturelle chinoise - de virer les apparatchiks dès les prémices de leur institutionnalisation - n'est pas satisfaisante car elle déchaîne dans la sociétés des tendances anarchiques et paranoïaques, une logique de guerre civile.

Il existe aussi un risque que les comités de citoyens à force de palabres et d'inspections tous azimuts (ou de décisions anarchiques s'ils ont un pouvoir décisionnel) nuisent gravement à l'efficacité de l'appareil de production voire paralyse toute l'économie (mais l'argument économique me semble moins intéressant ici que celui de la justice politique, c'est à dire celui des entraves à la participation de tous, l'économie n'étant qu'un objectif secondaire de l'organisation politique d'une société).

Etant philosophiquement sceptique sur l'aptitude de l'humanité à atteindre un équilibre social juste sur le long terme, je ne puis que prendre acte de ces difficultés à pérenniser les possibilités de contrôle populaire sur les organes d'Etat et sur les entreprises sans déboucher sur de nouvelles formes de confiscation du pouvoir par une minorité. Mais prendre acte de cela ne signifie pas pour autant qu'il faille renoncer au projet. Il me semble que, paradoxalement, c'est toujours par une impulsion "par en haut" que les organes de contrôle (ou de décision) "de base" peuvent garder une visée réellement démocratique. C'est en liquidant par en haut les tentatives d'accaparement par des minorités que les contrôles de base peuvent continuer de fonctionner au profit du plus grand nombre. Mais il faut reconnaître que l'équilibre entre le haut et le bas dans ce système pour éviter les dérives dictatoriales est nécessairement difficile à trouver...

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Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /2009 09:54
"Quelle horrible saison que l'été, m'écrit un correspondant. Avec ces jupes qui raccourcissent, ce désir suscité en vain. La loi de la jungle dans toute sa tristesse. Une vraie torture." je l'approuve tout à fait.

Le Dissident internationaliste est revenu de Sao Paulo. Mais il n'y était pas pour se rincer l'oeil sur les minijupes et les strings. Accompagné de trois ou quatre autres délégués, il représentait la France dans une conférence organisée par le Partido communista do Brasil et le Parti du Travail brésilien, une sorte de congrès de tous les organes qui dans l'ancienne mouvance communiste se veulent encore anti-impérialiste. A ma grande surprise j'ai appris que mon nom figurait dans la liste de la délégation mais qu'il serait passé à la trappe au dernier moment comme celui d'un ancien leader syndical. En revanche une étudiante que j'ai présentée au Dissident internationaliste l'an dernier y était.

Je fus surpris car je n'ai plus de rapport depuis un an avec le Temps des Cerises ni avec aucun membre de la gauche du PC à part le Dissient, et, comme je passe mon temps à me dire marxien et non marxiste, je m'étonne qu'ils soient prêts à m'inclure dans leurs délégations.

Je m'étonne mais ne m'en plains pas car je leur reconnais deux mérites que n'ont pas les autres mouvements de gauche.

Premièrement ils sont internationalistes c'est à dire qu'ils ne renoncent pas à concevoir une amélioration du monde à partir d'un combat coordonné de forces résistantes sur divers continents (très peu de mouvements dans la gauche française font de même). Deuxièmement leur vision repose sur autre chose que sur des slogans creux comme "un autre monde est possible" ou "démocratie pour les iraniens/les chinois" leitmotiv qui convient à M. Strauss-Kahn et au club de Davos (au passage je dois dire que je trouve risible le texte alambiqué sur l'Iran signé par toute une intelligentsia qui va des crypto-néo-conservateurs français aux anarchistes égocentriques).

Je dois aussi mettre à leur actif un certain réalisme (au contraire de la religiosité de leurs parents sous Thorez ou Marchais), même s'ils conservent parfois quelques rigidités inopportunes. Ils considèrent la bureaucratie comme un mal nécessaire au développement des peuples (à la différence des libertaires dont l'imaginaire envahit la gauche, qui ne veulent même pas comprendre ce qu'est un Etat). Ils ont aussi, souvent, l'intelligence d'intégrer à leur pensée l'histoire concrète des peuples et d'en évaluer sérieusement le potentiel, ce qui les pousse par exemple à vouloir réfléchi (comme Frantz Fanon naguère) au potentiel révolutionnaire de l'Islam ou à ne pas considérer d'emblée  comme vides de contenu les slogans (encore) socialistes du Vietnam ou de la Chine. Un réalisme dans l'approche qui m'intéresse quoiqu'ensuite les conclusions de l'analyse puissent diverger

Je pense donc que les occasions de travailler avec eux ne manqueront pas dans les années qui viennent.

A part cela, je me dis que plutôt que de compter les bibliothèques qui achètent mes livres (Beaubourg vient d'acheter celui sur la Transnistrie), je devrais sortir de la logique de publication de textes courts (qui explique en partie non seulement l'indifférence de beaucoup à mon égard, mais aussi les incompréhensions) et me lancer dans l'écriture d'un livre un peu difficile qui couvrirait plusieurs aspects de la conditions humaine (politique, philosophie, religion, affects divers et variés). Peut-être un livre sur la croyance. La lecture récente de David Stove (si injustement inconnu en France) m'y incite. Encore faudrait-il que cet été me laisse un peu de temps pour ce faire, ce qui n'est pas gagné d'avance. Et puis y aura-t-il un éditeur au bout ? (je ne peux me payer le luxe d'écrire sans débouché éditorial).
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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /2009 21:20
Je m'étais promis de ne pas commenter le résultat des élections européennes, mais j'en dirai quand même un petit mot.

La leçon principale qu'on peut tirer de ce scrutin partout en Europe, à part le fort taux d'abstention qui manifeste le désintérêt (justifié) de l'électorat pour la construction européenne telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est que, malgré la crise du capitalisme financier, les peuples d'Europe font confiance à la droite. Et ceux qui ne se rallient pas à la droite votent plutôt timidement pour les écologistes ("ma santé, mon petit environnement") dont on peut se demander s'ils ont quelque chose à voir avec la gauche. La fausse gauche (les sociaux-démocrates) est à juste titre sanctionnée, sans que la gauche de la gauche en profite réellement. Si le NPA n'avait pas fait cavalier seul (ce qui ne lui a rien rapporté) les anti libéraux en France auraient totalisé sans doute plus de 12 %, ce qui aurait marqué les esprits et distingué notre pays du reste de l'Europe, mais leur incapacité à s'unir à elle seule en dit long sur la faiblesse de cette gauche-là qui n'a au fond pas grand chose à envier à celle de la fausse gauche...

In fine ces élections montrent une fois de plus la fragilité structurelle (souvent évoquée sur ce blog) des idées de gauche en Europe (c'est encore en France qu'elles sont le moins anéanties), à la différence de ce que l'on peut constater ailleurs (en Amérique latine, ou dans le sous-continent indien). Il n'est pas impossible que quelques décennies à venir d'hypnose médiatique et de destruction de l'éducation nationale finissent par couler définitivement les idées progressistes sur notre continent.

Du coup, si l'on peut se réjouir de ce que la poussée des eurocritiques au Royaume-Uni et en Irlande menace directement la ratification du traité de Lisbonne, voire puisse à terme aboutir à un retrait de ces pays de l'UE, on peut se demander si un effondrement de l'UE n'aboutirait pas à une récupération encore plus forte des peuples qui la composent par des courants de droite, et donc à un dangereux retour des nationalismes xénophobes, à l'opposé de patriotisme universaliste (non ce n'était pas un oxymore) dont la gauche se réclamait au 19 ème siècle.
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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 13:01
J'ai dit un peu de mal du Front de gauche il y a quelques semaines, il faut que j'en dise un peu de bien avant les élections. Disons pour faire court que cette coalition a des mérites et que, si je jugeais ces élections utiles, c'est sans doute pour ses listes que je voterais. Le Front de gauche est un effet une des rares tendances qui, à mes yeux, s'inscrivent dans la lignée d'une histoire politique cohérente (celle du PCF et de la gauche du PS) tout en manifestant une certaine souplesse idéologique (parfois un peu trop même, mais bon), ce qui l'ouvre à de nécessaires actualisations de l' "agenda politique" (pour employer une expression empruntée aux anglo-saxons).

Quand je vois une liste comme celle des Verts réunir les ouiouistes et les nonistes d'autrefois sans le moindre état d'âme apparent, ou un mouvement comme le Modem s'immerger dans un imaginaire de "révolution orange" purement médiatique en rupture complète avec la tradition démocrate-chrétienne (bourgeoise et atlantiste) dont il est issu (qui plus est au nom d'un européisme béat présenté comme "subversif" alors que c'est par lui que le néo-libéralisme nous est imposé depuis 1984), je ne comprends pas la motivation des électeurs "antisystème" à se précipiter vers ces listes. Et je suis las de toutes ces logiques "stratégiques", cyniques, de "vote utile, selon lesquelles il faut voter Bayrou pour faire barrage à Sarkozy (comme hier Ségolène pour faire barrage à Strauss-Kahn et au même Sakozy). Je ne comprends pas non plus l'intérêt de voter pour le NPA, parti presque aussi piégé par les logiques médiatiques que le Modem et les Verts, et qui, au nom des bénédictions reçues par TF1 et France 2 a cru, depuis déjà le temps de la LCR en 2003, pouvoir se murer dans la surenchère.

Sur le plan de la résistance à l'Occidentalocentrisme et aux ingérences néo-coloniales qui est un de mes chevaux de bataille privilégiés, je trouve certes à redire sur de nombreuses positions du Front de gauche, et sur les votes de ses élus au Parlement européen : le vote de M. Wurtz pour le financement du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, l'enthousiasme des élus PC pour des résolutions contre la Chine et le Myanmar, le "ninisme" du PC pendant la guerre d'Osétie du Sud, certaines déclarations malheureuses de M. Mélenchon sur l'Iran (liées à un laïcisme un peu trop intégriste, qui, dans le même mouvement fait l'apologie du film "La journée de la jupe"), tout cela ne me plait guère. Mais je n'oublie pas par ailleurs que les élus PCF ont voté contre l'indépendance du Kosovo au Parlement européen, que M. Mélenchon a eu des paroles fortes sur le Dalaï Lama, que le PC, malgré parfois une approche un peu larmoyante et paternaliste de la question, reste un parti pro-Palestinien, donc résistant à un rouleau compresseur médiatique sur le sujet, et par ailleurs solidaire des mouvements progressistes en Afrique et en Amérique latine (des positions que je rencontre d'ailleurs souvent sur un mode encore plus clair chez les militants de base du PC et du PG).

Donc, si j'avais jugé utile de voter cette fois (c'est-à-dire si j'avais pensé que l'Union européenne pouvait encore être "refondée" sans une sortie préalable de la France de ses institutions) voilà sans doute pour quelle liste j'aurais voté.
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Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /2009 16:02
Les grands esprits se rencontrent. Aujourd'hui je repensais à cette discipline, cette soumission collective des ex-peuples soviétiques (Transnistriens en tête, les Russes de Russie font peut-être exception aujourd'hui, mais parce que notre arrogance les y a forcés), aux abonnés des briefings de l'ambassade d'Ouzbékistan qui reprochaient au Dissident internationaliste et au patron du Samizdat leur turbulence.

Et je trouve sur le blog La lettre volée sous la plume d'Edgar (mais quand Diable prendra-t-il un pseudo plus présentable pour signer des livres ?) une article qui pourfend la dérive bismarckienne de Pierre Rosanvallon (Edgar n'emploie pas ce terme, mais je le trouve assez adéquat pour résumer son propos) et appelle l'extrême-gauche (so to speak) à se faire le chantre de la démocratie formelle face à une droite et un centre-gauche qui la bafouent.

Apparemment cela n'a rien à voir, et pourtant je prétends que si. Dans les deux cas, c'est la question de l'individualisme qui se pose là. Mes petits camarades anciens de l'aile gauche du PC, tout défenseurs du "centralisme démocratique" qu'ils fussent autrefois, et chantres de la souveraineté des Etats-nations et de leurs structures verticales aujourd'hui, sont des rebelles avant tout, c'est-à-dire des gens qui font passer instinctivement l'individualité de leur esprit critique avant les convenances diplomatiques et les rapports d'autorité.

Et Edgar qui demande à l'extrême-gauche de se réconcilier avec la démocratie formelle rejoint l'héritage de la Révolution des Saints, de cette filiation entre individualisme puritain et démocratie anglosaxonne que Michael Waltzer a fort bien identifiée.

L'histoire de l'Occident est faite de cela, c'est une de ses singularités (qu'il partage peut-être avec d'autres cultures, mais sans doute pas si nombreuses). Il la faut assumer, elle fait sa richesse. C'est pourquoi dans un article de la revue Commune de septembre dernier, je m'étais fait l'avocat d'une conciliation intime entre socialismes "autoritaire" et "libertaire".

Toute la difficulté est que l'individualisme fasse de nous des Bertrand Russell et pas des Bernard Kouchner.
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