Je reçois cet article par mail ce matin :
Le problème concerne l'expression dans les grands medias. Ne sont autorisés à y
parler que les gens qui ont le vocabulaire et les idée du journaliste moyen passé par ciences po - impérialisme droit-de-l'hommiste occidento-centré accompagné d'une solide foi en l'aptitude des
classes dirigeantes à guider les masses "idiotes", le tout enveloppé dans un vocabulaire aussi chic que superficiel. C'est là le problème. Toute incartade par rapport à cette "doxa" journalistique
quant au choix des thèmes (certain thèmes son tabous comme le 11 septembre, autrefois c'était la Serbie), ou quant à la manière de l'aborder (si par exemple vous décidez de dire que l'Iran est
un pays assiégé ou que Chavez est un type bien), rique de vous identifier à un des fantômes qui hantent les placards de cette profession (les "staliniens", les "rouges-bruns", les
"islamo-fascistes", les "populistes" toutes sortes de clichés dont les racines se trouvent dans la connaissance schématique que les gens ont construite autour de la seconde guerre
mondiale). Et si j'ai une fenêtre d'opportunité en ce moment dans les grands médias sur l'anthropologie du corps, ce n'est pas parce que j'adopte une "posture intellectuelle", mais parce que
c'est un thème qu'ils aiment et que ce que j'ai à dire n'est pas politique d'une façon parfaitement visible (même si ça le sera en partie d'une manière détournée, comme tout ce qui touche aux
sciences sociales).
94 personnes annoncées sur Facebook pour les dédicaces à la fête de l'Humanité dimanche
après-midi. Au final 1 seule personne a acheté l'Atlas alternatif et qui n'avait rien à voir avec Facebook.
Une fille de l'Ouest, la Vendée rouge. Elle dit des choses intéressantes
sur des mouvements fachos "bretonnistes", sur Le Lay, et le lobby patronnal (l'Institut de Locarn) qui défend l'identité bretonne contre la France. Elle raconte le voyage à Jersey, organisé par Attac Saint-Malo (une antenne radicale et encore dynamique d'Attac, dans cette structure en
crise qui, comme le PCF, n'est plus qu'un chapelet de fiefs locaux). Elle parle de ces vieilles dames, fondatrices d'une cellule d'Attac sur les îles anglonormandes, qui utilisaient des pseudos,
fidèles à leur culture de la clandestinité qu'elles avaient développé... en 1940 dans la Résistance, du temps où leurs îles étaient les seules possessions britanniques sous occupation
allemande.
Dans le sillage de mon article d'hier sur les peuples et les chefs j'ai été intéressé par le
plaidoyer de B. en faveur des "comités d'ouvriers" ou des "comités de citoyens", qui est une idée que j'avais moi-même défendue dans Programme pour une gauche française
décomplexée. Comme il faut toujours raisonner à propos de ce qui s'est fait, cet article me rappelait un chapitre de l'historien très connu Marc Ferro (dans Nazime et
communisme, Hachette 1999 p. 114) qui s'intitulait : "Y a-t-il "trop de démocratie" en URSS ?"
"Quelle horrible saison que l'été, m'écrit un correspondant. Avec ces jupes qui
raccourcissent, ce désir suscité en vain. La loi de la jungle dans toute sa tristesse. Une vraie torture." je l'approuve tout à fait.
Je m'étais promis de ne pas commenter le résultat des élections
européennes, mais j'en dirai quand même un petit mot.
J'ai dit un peu de mal du Front de gauche il y a quelques semaines, il faut que j'en dise
un peu de bien avant les élections. Disons pour faire court que cette coalition a des mérites et que, si je jugeais ces élections utiles, c'est sans doute pour ses listes que je voterais. Le Front
de gauche est un effet une des rares tendances qui, à mes yeux, s'inscrivent dans la lignée d'une histoire politique cohérente (celle du PCF et de la gauche du PS) tout en
manifestant une certaine souplesse idéologique (parfois un peu trop même, mais bon), ce qui l'ouvre à de nécessaires actualisations de l' "agenda politique" (pour employer une expression empruntée
aux anglo-saxons).
Et Edgar qui demande à l'extrême-gauche de se réconcilier avec la démocratie formelle rejoint
l'héritage de la Révolution des Saints, de cette filiation entre individualisme puritain et démocratie anglosaxonne que Michael Waltzer a fort bien identifiée.
Le 1er mai dernier, une chaîne herzienne diffusait un documentaire sur le décès de Pierre Bérégovoy, il y a 16 ans. C'est amusant parce que ce décès n'a laissé pratiquement aucun
souvenir dans les esprits, ni aucun regret. Les commentateurs avaient du mal à mettre sur le compte de "Béré" le moindre point positif qui pût "accrocher" l'affection populaire : c'était un
ouvrier fier de fréquenter désormais les restaurants du 16 ème arrondissement, d'avoir libéralisé les marchés financiers et défendu le franc fort. La belle affaire ! quelle reconnaissance le
"peuple de gauche" que soit disant il aimait peut lui accorder de ce fait ? Quel courage y avait-il dans son petit bonheur personnel à épouser les croyances des riches ? Tout était petit dans les
souvenirs évoqués dans ce documentaire, jusqu'à même cette affaire de l'agenda disparu le jour de son suicide - une disparition qui accréditait la thèse de l'assassinat, oui mais voilà, on
apprenait juste qu'un proche l'avait substitué pour que son épouse, qui croyait follement en leur amour, n'y décèle point l'adresse d'une embarrassante maîtresse...
Je songeais à cela en tombant sur cette nouvelle aujourd'hui "Tapie dit avoir des soutiens pour s'emparer du Club Med". Car Tapie témoignait, le 1er mai, à la suite du documentaire. Il disait, à
propos des derniers jours de "Béré" : "Il n'allait pas bien, j'ai téléphoné à Kouchner pour lui en parler". Tapie, Kouchner, Béré. Cela me faisait vaguement penser au Clan des Siciliens. Et
Mitterrand dans le rôle du parrain. Très triste époque que celle-là. Et l'on découvre maintenant que le pouvoir de nuisance de Tapie n'est pas encore tout à fait épuisé, loin s'en faut ! On
repense à Mitterrand. Qu'il ait fait entrer tant de jeunes et vieux loups dans les bergeries de la République, tant d'aventuriers, de corsaires. N'y avait-il pas quelque fascination
nihiliste dans son amour pour les carnassiers, lui le vieil homme rongé par le cancer ? Comment la France a-t-elle pu vivre dans ce climat malsain ? C'est triste à dire (car j'ai plus d'une fois
voté socialiste au second tour, comme les gens de ma famille) mais Chirac représentait presque une bouffée d'air salubre au sortir du mitterrandisme... Il est dommage parfois que la gauche
s'accroche au pouvoir. Mieux valent les feux de paille du Front populaire et du Chili d'Allende.
Une partie du mitterrandisme a fini au Front de gauche, une autre partie dans le ségolénisme et l'aubrysme, une autre dans le sarkozysme. Une postérité bigarrée.
En parlant de gauche qui s'accroche, Chavez, lui, tient toujours bon au Venezuela.
Mais au moins son action au service des pauvres ne fait aucun doute. Avoir fait de son pays émergeant un pays "libre de toute forme d'analphabétisme" selon les critères de l'UNESCO, cela à soi
seul suffit à justifier ses mandats. Mitterrand lui, au profit des plus défavorisés, ne pouvait afficher que des mesurettes - celles de 1981 (les 39 heures, la retraite à 60 ans), rien qui le
distinguât sensiblement de ses pairs à la tête des autres pays d'Europe. "Il aura tout sacrifié à l'unification européenne" dit-on. Il y a sacrifié la gauche. Quel intérêt ?
La destruction de la gauche française par Mitterrand et son européolâtrie font qu'aujourd'hui je trouve plus de volonté de rupture avec le libéralisme chez des membres du Modem que chez des
socialistes ! quel héritage !
J'ai nourri quelque espoir, il y a quelques mois, lors de la formation
du Front de gauche. J'appréciais notamment en son sein le MPEP qui osait poser la question incontournable de la sortie de l'UE.
Mais l'évolution de Mélenchon et du PC n'est pas des plus encourageantes en ce moment. Sur l'UE ils font mine de croire à "une autre Europe" alors qu'aucun indice ne plaide dans ce sens (ce
genre d'incantation, qui ne se fonde sur aucune stratégie crédible devient à la longue irresponsable et malhonnête car elle détourne les gens de la construction d'un projet alternatif urgent -
celui qui passe par la sortie de l'UE). Et Mélenchon qui avait été très bon sur le Tibet et le Kosovo, se répand en insultes contre
Ahmadinejad (dont le discours de Genève était pourtant irréprochable), et adopte une position faible face à Israël (à l'heure où même le Département d'Etat américain s'inquiète du fait que
le Quai d'Orsay est dominé par les néoconservateurs).
Dans ma région gasconne le PC abandonne les clés de la boutique à un spécialiste de la guerre civile espagnole qui n'a pourtant guère la cote dans l'opinion publique locale et suscite
bien des controverses (comme me le disait le Scientifique belge, c'est au moment où le PC renonce le plus clairement à la révolution qu'il commémore la seule époque de son histoire
où il était révolutionnaire : 1936 - encore son côté révolutionnaire pendant la guerre d'Espagne est il très contesté par les poumistes et les anars). En Seine-Saint-Denis il s'en remet à
des figures montantes pour le moins contestables (mais on avait vu la même chose à Paris avec le phénomène Clémentine Autain). Sur le plan théorique triomphent en son sein des penseurs d'un
communisme parfaitement abstrait (Spire, Badiou, Zizek).
On peine à trouver là les signes d'une stratégie lucide et courageuse.
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