La droite

Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /2009 00:09
Longtemps j'ai cru que la nouvelle orientation du Modem n'était qu'un rid eau de fumée, comme le décrit Marianne2 cette semaine. En même temps l'aspiration à une "radicalité centriste", l' "extrême-centre", malgré sa légèreté idéologique, promue depuis 30 ans par Jean-Fançois Kahn, a parfois donné de bons résultats : elle nous a soustraits à la dictature belliciste en 1999 par exemple. Je n'ai jamais voulu caricaturer les phénomènes politiques, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, ni les concevoir trop facilement comme de vulgaires pièges, car ce serait prendre les gens qui s'y engouffrent pour des abrutis. Je m'interdis ce genre de mépris facile. Quand une catégorie de gens révoltés choisissent une option, on peut espérer qu'ils ne feront pas qu'épuiser leur énergie dans ladite option mais aussi parviendront à l'infléchir dans le sens du projet social qu'ils veulent mettre en oeuvre. Voilà pourquoi en ce moment les anti-systèmes du Modem (ceux qui le sont sincèrement) m'intriguent. Je m'intéresse à ce qu'ils pourront éventuellement faire de leur mouvement.
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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /2009 15:13
M. Dupont-Aignan lance une caravane gaulliste à travers le pays. En lisant cette nouvelle j'ai pensé à Caton d'Utique : un homme jeune qui arrive dans les années 60 av JC comme une bénédiction pour une aristocratie romaine conservatrice qui ne croyait plus elle-même en ses propres valeurs.

Sauf que Caton avait un talent, un charisme, que n'a pas Dupont-Aignan. Mais le profil de jeunesse dans la maison de retraite des vieux gaullistes que présente ce dernier fait un peu cet effet-là. Je doute donc qu'il puisse contrecarrer la sarkozysation de la droite. Car que représente le gaullisme pour les jeunes générations ? Certains en défendent tel ou tel aspect (même Bayrou a tenté de capter une part de l'héritage récemment). Mais pour ce qui est du message dans son ensemble, personne n'en peut rien faire. Le gaullisme sans de Gaulle était déjà bien peu de chose (comme le bonapartisme sans Napoléon), le gaullisme sans les barons du gaullisme n'est plus rien du tout.

Il y a peu j'ai eu une conversation avec Edgar du blog la Lettre volée, qui, en ces temps d'intégration du commandement de l'OTAN, en serait presque à troquer son mendésisme pour le gaullisme. Lui aussi présente peut-être un aspect "catonien". J'ai remarqué notamment combien il voulait croire en un gaullisme émancipateur des peuples, ce que la doctrine du général n'a jamais été. Elle était encore impériale et coloniale à l'époque de la guerre du Biafra, et, à l'intérieur des frontières, le mythe du héros salvateur n'a jamais émancipé personne.

Voilà donc où en sont mes considérations devant l'initiative de M. Aignan. Mais peut-être les militants de DLR démentiront-ils mon sombre pronostic sur l'avenir de leurs croyances.
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Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /2008 16:13
Je vous conseille la lecture de http://www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=6586, à propos de la proposition de loi 1080 « visant à interdire le port de signes ou de vêtements manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, politique ou philosophique à toute personne investie de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou y participant concurremment » du groupe de 65 députés (dont 63 UMP ). Un sujet compliqué sur lequel j'ai déjà dit un mot dans mon bouquin. Le regain d'intérêt de l'UMP pour la Turquie à cette occasion est intéressant à noter.
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Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /2008 12:31
Ce matin une émission sur De Gaulle sur France Culture (d'autant plus facile à faire que l'option gaulliste en France est morte et reléguée au registre de la nostalgie).

Ce que ces productions apologétiques nous font oublier, c'est que De Gaulle, en tant que possibilité sociologique, est un phénomène banal dans n'importe quel pays doté d'une certaine tradition étatique, et même dans ceux qui n'en ont pas. Le phénomène De Gaulle, au départ, à la racine, c'est la figure de l'officier rebelle, idéaliste, qui, au nom d'une vision patriotique différente de celle que cultive le reste de l'armée, prend une initiative personnelle.

Je le répète, le phénomène est banal, et c'est l'absence du phénomène qui est presque anormale  - on notera que le monde anglosaxon a été relativement épargné, transformant plutôt ses militaires en politiciens civils (Dwight David Eisenhower, Westley Clark) à cause de sans doute du fait qu eces pays n'ont jamais été véritablement vaincus ni humiliés sur leur propre territoire.

Les pays arabes, les Japonais, les latino-américains ont eu des De Gaulle. En 1941 quand la Serbie attaquée par les Allemands fut prête à signer l'Armistice, un groupe d'officier a pris le pouvoir à Belgrade pour l'en empêcher. Ces gens étaient des De Gaulle. J'ai même appris que la République espagnole, humiliée par les fascistes et les libéraux occidentaux, a eu son propre De Gaulle, le général José Riquelme, gouverneur de la place de Barcelone en 1939, qu, en octobre 1944,i appela, sans le feu vert gouvernemental à la reconquête de l'Espagne par le Val d'Aran (un épisode vite enterré par les Occidentaux et le PC pour cause de logique des blocs).

Ces généraux sont dits "visionnaires" quand ils gagnent, et "fêlons" quand ils perdent. Mais toutes les armées en produisent. Ils sont le produit même de l'ethos militaire comme disent les sociologues. Si De Gaulle n'avait pas existé, peut-être la France en eût elle produit d'autres, en 1942, en 1944, pourvu que l'Angleterre et les Etats-Unis encouragent un peu le mouvement. De Gaulle était surtout et avant tout cela, au début, une des réalisations parmi tant d'autres de la figure de l'officier idéaliste rebelle. Le hasard a fait aussi que c'était par ailleurs un homme de culture, assez intelligent pour saisir les occasions offertes, et assez constant dans sa vision politique (sauf sur les colonies, et quelques autres sujets). Mais le 18 juin 1940 n'est pas un phénomène si exceptionnel qu'on le pense.

Plus étrange (et cela surprend les Anglosaxons) est justement la propension française à idéaliser l'événement, puis à idéaliser son auteur, comme ils l'avaient fait avec Jeanne d'Arc. Ce besoin du sauveur. La France a toujours été un pays étrange, prompt à diviniser son chef (le roi ou l'empereur) comme à le renverser au nom de l'Egalité. Voyez même le silence respectueux du peuple parisien (si révolutionnaire pourtant) au passage de la charette de Marie-Antoinette vers l'échaffaud (un silence qui embarrassa tant Robespierre). La France fut toujours ainsi : à la fois la Commune de Paris, et le Sacré Coeur expiatoire, non pas tant "deux Frances" juxtaposées que deux Frances entremêlées, plus entremêlées qu'on n'a pu le croire, au coeur même de chaque Français. Je parle bien sûr de la France historique, celle d'avant les journaux télévisés et les supermarchés, la France où les gens se parlaient encore et avaient l'impression de partager une réalité commune.

De la France d'aujourd'hui j'ai du mal à penser quoi que ce soit. Ce matin je voyais dans la vitrine d'un libraire un livre co-écrit par Ségolène Royal et Alain Touraine. Savez-vous qu'Alain Touraine fut l'homme qui soutint tous les interventionnismes dans les années 1980-90 : en 1989 il appelait à l'envoi de troupes françaises en Roumanie (mais oui !), en 1991 il approuvait la guerre américaine contre l'Irak, comme guerre pour la défense de la "société civilie" (sic - on voit quelle société civile l'interventionnisme a produit à parti de 2003 !). Mme Royal amie d'Alain Touraine, ou Nicolas Sarkozy ami de George W. Bush, choisissez votre camp !

Pour revenir à nos généraux fêlons, il semble qu'il n'y en ait plus en France, non seulement en acte, mais même en pensée ou en intention, la lettre du groupe Solon publiée contre Sarkozy et le reformatage des armées n'étant qu'un embryon de fêlonnerie qui ne mérite guère qu'on s'y attarde. Le premier militaire qui s'efforcerait de penser quelque chose contre l'état actuel de son pays serait immédiatement désavoué par son épouse, ses enfants, ses amis, ses collègues, si bien qu'il n'ose plus guère le faire, même s'il est à la retraite (les officiers à la "général Gallois" sont bien rares). Il préféra se faire historien des temps anciens. Il y a peu un général (je crois le gouverneur militaire de la place de Paris) expliquait dans Paris Match que les militaires français sont de grands sentimentaux qui ont besoin de sentir qu'on les aime. Telle est la victoire de la société (c'est-à-dire du libéralisme) sur la "Grande Muette".

FD
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Vendredi 27 juin 2008 5 27 /06 /2008 23:41
On lit dans Aporrea aujourd'hui que Villepin est en visite privée chez Chavez au Vénézuéla. Pourquoi ?

On lit aussi qu'il n'y aurait pas eu un suicide sur le tarmac de l'aéroport israélien au moment du départ de Sarkozy, que c'était en réalité un assassinat, dixit le Service de la Sécurité Fédérale de la Fédération de Russie. Mais je doute du bien fondé de cette information.
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Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /2008 21:49

Les conservateurs de Sciences Po blâment ce qu’ils appellent la « passion égalitaire » des Français (peut-être l’expression est-elle de Tocqueville, je ne sais pas). A mon avis il ne faut pas avoir de « passion » égalitaire, car ce serait une passion déçue. Comme me le disait un ami, une jolie femme intelligente voudra toujours être au dessus du laideron idiot, un homme bien portant au dessus d’un handicapé, un riche au dessus d’un pauvre. C’est un besoin presque existentiel : celui de sauver sa peau, son confort de vie, au détriment de ceux d’autrui en essayant de se placer toujours "dans le haut du panier". C’est aussi inscrit dans l’instinct hiérarchique de tous les grands singes (lisez De Waal à ce sujet).

Il ne faut pas avoir la « passion » de l’égalité, mais il faut avoir une volonté égalitaire. C’est-à-dire vouloir rationnellement qu’il y ait le moins possible d’inégalités.   kmgd.JPG

Et au nom de cela il faut refuser notamment les inégalités entre les peuples.

Un ami me lisait hier le message de solidarité du souverainiste villiériste Paul-Marie Coûteaux adressé aux manifestants anti-sécession du Kosovo pour demain.

Le message n’est pas mal, sauf une petite fausse note :

« Chers amis, le peuple serbe est libre de son destin: mais il doit aussi être libre de choisir l'Europe qui lui convient; soit il choisit l'Europe libre, l'Europe des peuples souverains, celle qui n'a pas peur des peuples, qui s'appuie sur eux , et qui fait d'eux la première de ses forces. Soit il choisit l'Europe de Bruxelles, une fausse Europe, supranationale, quelquefois dictatoriale, soumise sur de très nombreux sujets à l'influence de Washington, qui parle anglais, ou plutôt américain, une fausse Europe de plus en plus hostile à la Russie tout en étant bienveillante vis à vis de la Turquie ! »

Certaines personnes me demandent quelles différences peuvent exister entre la gauche et la droite. Il y a dans ce « bienveillante vis-à-vis de la Turquie » une rancœur évidente à l’égard de ce pays qui ne cadre pas avec une idée qu’un homme de gauche peut se faire à ce sujet.

Pour un homme de gauche, qu’il soit souverainiste ou non, l’égalité entre les peuples prévaut, il n’y a pas des peuples « plus égaux que d’autres », et il n’y a ni croisade, ni « choc des civilisations » à organiser. La Turquie, l’Albanie, les Musulmans de Bosnie, ont autant leur place géographique et historique en Europe que les Serbes et les Ukrainiens. La Turquie a gagné sa place en Europe à partir du moment où les Européens ont perdu tout espoir raisonnable d’éradiquer sa culture des Balkans – c'est-à-dire le XVII ème siècle environ. On peut pour des raisons tactiques juger utile de tenir la Turquie ou même (si l'on et conséquent) les Pays-Bas hors de Union européenne parce qu’ils sont trop proches des Etats-Unis, mais on ne peut poser comme principe l’exclusion d’un pays quelconque et encore moins son exclusion sur une base purement religieuse, ce qui est la tendance souvent déclarée du souverainisme de droite.

Par ailleurs, la position de M. Coûteau s’appuie sans doute sur des rumeurs entendues récemment  - je crois que Paul Craig Roberts, un homme de droite lui aussi, les reprend à son compte - selon lesquelles l’indépendance du Kosovo serait un gage de Washington à la Turquie. Il semble plutôt que cette indépendance est un cadeau que Washington se fait à lui-même. En fait de « bienveillance » à l’égard de la Turquie, il y a surtout eu une promesse rompue (la promesse d’adhésion à l'UE) à l’égard d’Ankara, ce qui n’est pas tellement bienveillant… Toutes ces allusions anti-turques sont particulièrement absurdes quand on sait tout ce qu’il y a de turc dans la culture balkanique, qu’elle soit orthodoxe ou musulmane. J'ai peur que le message subliminal qu'entendront les Serbes dans cette manif parisienne demain c'est "la perte du Kosovo, c'est à cause des Turcs". Les Balkans n'ont vraiment pas besoin de cela. A quand, dans ce genre de manif, des messages de solidarité d'hommes ou d'organisations de gauche (Mélenchon ? voire le MRAP ?) pour ne pas laisser les esprits glisser sur cette pente négative ?

Mais revenons à cette affaire d’égalité. En dehors de l’utopie infantile gauchiste, deux grands courants au XX ème siècle ont voulu l’égalité rationnellement. La socialdémocratie, qui s’est aujourd’hui pratiquement effacée devant la version moderne de la charité chrétienne qu’on nomme le social-libéralisme, et le communisme bureaucratique, qui survit encore sur des îlots (Cuba, la Corée du Nord). Ces deux options méritent une analyse froide, équilibrée, loin des caricatures que les adversaires de l’égalité ont construites sur leur compte. C’est un sujet sur lequel il nous faudra revenir prochainement.

 

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Dimanche 14 octobre 2007 7 14 /10 /2007 10:34
Pierre Zaoui, de la bande à Vacarme (une revue des beaux quartiers, mais très à gauche) dans Mouvements (http://www.mouvements.info/spip.php?article179) défend le libéralisme et considère que la gauche doit mettre ses pas dans les siens, comme d'ailleurs Marx lui-même le fit.

Il n'a pas tort. Je plaide moi même dans ce sens. Le geste libéral, en économie, en politique, en philosophie, fut d'abord un geste contestataire, et qui libérait l'humain contre les pouvoirs conservateurs. Ce qui ne signifie pas qu'il fut parfait. Il eut ses monstruosité. Karl Polanyi a en partie raison par exemple de décrire le XIX ème anglais dans les termes d'une monstruosité anthropologique digne du stalinisme (en même temps, ne le traiter que comme une monstruosité n'ext-ce point partir d'un préjugé conservateur qui idéalise les communautés rurales ?). Mais le libéralisme porta une dynamique extraordinaire. Il fut un facteur de déconstruction des vieux dogmes et des pires illusions humaines. Je pense à l'empirisme et à l'utilitarisme anglais qui furent les alliés naturels du libéralisme, et qui fécondèrent même la pensée de Kant (dont de Quincey rappelle à juste titre qu'il avait des ancêtres écossais et qu'il fut un lecteur assidu de Hume).

Il faut assumer le libéralisme, y compris dans ses dimensions les plus protestantes (Walzer avec sa Révolution des Saints nous y aide). Deleuze n'avait pas tort de mettre la Révolution américaine sur le même plan que la Révolution soviétique (je pense que Chomsky dirait la même chose, et que tous les deux s'entendraient pour y voir des révolutions qui ont en partie mal tourné).

Mais assumer l'héritage libéral, ne signifie pas s'en tenir à lui. Et c'est précisément ce que voudraient faire les conservateurs. Figer les révolutions : statufier la révolution française dans une forme périmée de la République, utiliser les pères fondateurs des Etats-Unis pour attaquer l'Iran, rester sur le discours d'Adam Smith pour légitimer les oligopoles capitalistes (je dirai bientôt un mot du dernier livre de Galbraith à ce sujet). La gauche ne doit pas attaquer le libéralisme, elle doit combattre sa rigidification conservatrice à l'oeuvre dans le néo-libéralisme, doctrine réactionnaire apparue à la fin du XIX ème siècle pour contrer le socialisme, et que l'Ecole de Chicago dans les années 1970 instrumentalisa à son tour pour liquider le keynésianisme. Ne nous trompons pas d'ennemi.
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