Les rapports hommes-femmes

Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /2009 18:38
Voilà qui manquait à mon expérience : j'ai contacté ce matin une hardeuse renco ntrée par Facebook. Nous avons parlé un peu au téléphone. Son profil m'intéressait parce que non contente de faire du hard, elle se dit d' "extrême gauche" et engagée contre la religion (comme vous le savez, si politiquement je soutiens le dialogue avec les religions dans les sociétés postcoloniales, notamment l'Islam, philosophiquement je suis athée). A y regarder d'un peu près, c'est une hardeuse un peu "hors circuit", même si elle a fait pas mal de plateaux TV.

Elle vit dans le Sud, elle s'est fachée avec le milieu (j'ai même trouvé une émission d'elle où elle mettait en cause les "parties privées" organisées par une revue centrale dans la profession, une pratique dont j'ignorais l'existence - quand quelqu'un en vient à révéler les travers d'une institution clef de son métier professionnelle, c'est qu'il est sur la voie d'une dissidence réelle).

Les personnes qui ont une sensualité débordante et qui se sentent obligées de mettre en scène cette sensualité soit en choisissant de tourner des films X soit en s'affichant comme des libertines sur Facebook (beaucoup me contactent à cause de mes écrits sur le sujet) m'intéressent. Surtout lorsqu'il s'agit de femmes, parce qu'il leur faut tout un cheminement personnel pour en arriver là, tout un jeu avec des censures sociales de tous ordres. Ce genre de personne est assez énigmatique. On ne sait jamais si elles doivent leur intérêt pour le corps à un surplus de vie et de dispositions procréatives innées (notamment à travers un surplus d'oestrogène), à leur beauté physique (mais la beauté physique reflète souvent un excès d'oestrogènes chez les femmes) ou d'un parcours familial et social chaotique (mais cela aussi est lié à la biologie, car un corps trop attrayant soumet précocément à la fois aux tentatives de séduction des hommes, à la censure des parents, à la jalousie des femmes moins belles, et à toutes les tentations qui éloignent du succès scolaire : ce qui voue ce genre de femme à être profondément méprisée des intellectuels, et, du coup, absentes de la culture officielle et caricaturées par elle).

J'ai trouvé cette jeune hardeuse assez attendrissante. Originaire d'Ile de France, elle s'est montrée terriblement sévère à l'encontre du Sud-Ouest, mettant en cause en particulier le racisme qui y est répandu (elle m'a dit notamment qu'on la prenait pour une Arabe ce qui lui valait des malheurs). Vous reconnaîtrez là sans doute le propos d'une de mes lectrices d'orgine berbère, reproduit dans un article de novembre dernier. A l'époque un apparatchik de l'occitanisme (je puis maintenant le critiquer vu qu'il n'a pas tenu sa promesse à mon égard de commenter mon roman ! - je plaisante, bien sûr) avait été choqué par la virulence du propos. Mais force est ici de constater que les témoignages à charge sur le racisme du Sud-Ouest se multiplient (j'en ai reçu d'autres par ailleurs).

Cette dame était un peu excessive dans ses jugements ce matin au téléphone, proclamant même que son département votait beaucoup pour le Front national (ce qui est faux quand on regarde les résultats électoraux). Son décalage avec la région dont elle respire le bon air faisait presque mal. Elle la voyait encore engluée dans un catholicisme qu'elle déteste. Elle disait souffrir du vide culturel de cet endroit, et retourner à Paris "pour y chercher des livres".

Car à l'origine elle est une enfant du Sud de Paris (je voudrais un jour écrire sur ce Paris "ordinaire" et sa banlieue, nord ou sud, "ordinaire", la mémoire qu'ils portent et que la culture officielle néglige au profit du Paris des boutiques de luxe et des grandes écoles).

C'était très beau ce besoin de cette fille qui fait carrière avec son corps de se présenter comme "en manque de lire" (peut-être parce que je lui ai parlé "en tant que sociologue", mais pas seulement je crois, à mon avis le manque en elle est sincère). Belle est sa dissidence entre un héritage religieux qu'elle exècre et un business pornographique où elle s'est sentie mal à l'aise. Elle mène son combat presque adossée à son mari qu'elle cite très souvent (source de réflexion pour les gender studies : ce besoin d'être soutenue par un homme dans la bataille). Je l'ai trouvée un peu moins caricaturale que certaines filles investies dans le porno "alternatif", underground, anarchiste, qui sont souvent liées à des milieux un peu intellos (je pense à une sociologue espagnole lesbienne née dans la vieille Castille conservatrice qui cite Foucault à tout bout de champ, défend une sorte de porno punk, et a fait parler d'elle par son apologie de la libre consommation de testotérone - son nom m'échappe ce soir). Moins caricaturale que ces filles là, elle m'a semblée aussi plus seule. Je trouve significatif que le petit blog qu'elle a créé sur l'athéisme ne cite aucune autre association de cette mouvance. Je lui ai parlé du livre de Dawkins 'Pour en finir avec Dieu" qu'elle ne connaissait pas. Par rapport à l'athéisme aussi, au milieu des militants anti-Dieu, c'est une outsideuse.

Tous ces traits d'appartenance à une périphérie, à une zone non identifiable du point de vue de la culture officielle m'intéressent. Cela donne envie de les explorer. Les lecteurs de mon roman auront trouvé dans la description que je fais de cette personne des traits de l'héroïne de mon roman "La révolution des montagnes", mais c'est purement fortuit. J'espère pouvoir poursuivre mes échanges de vue avec elle indépendamment de cette coïncidence.
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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /2009 20:05

La Cinéaste (40 ans, à propos de l'inscription de son court-métrage à des festivals) : "En fait, c'est moi même qui inscrit le film aux festivals. Vieil adage: on n'est jamais mieux servi que par soi même. Je préfère faire un maximum de choses toute seule, autant qu'il est possible, parce que évidemment on ne peut pas tout faire tout seul. Ainsi je m'en prends qu'à moi même lorsque ça ne marche pas. On vit une époque profondément individualiste et narcissique, même si j'avais payé des gens, il n'est pas sûr qu'ils se seraient investis autant que je m'investis. Le capitalisme en soi n'est pas une mauvaise chose, à petites doses. Je préfère être mon propre patron. Ensuite il s'agit juste de ne pas avoir de mecs dans les parages parce qu'ils prennent beaucoup d'énérgie et de temps,  de s'autodiscipliner. Le revers de la médaille pour ce temps et cette disponibilité est que je me suis affranchie d'une certaine normalité, (enfants, couples, crédits). Il n'est pas forcément facile d'être un Robinson Crusoe"

L'Historienne (35 ans) : "Yesterday another dinner in Bridget's style...unfortunately no mark darcy around but only discussions about kids, weddings, and the annoying rest...that is: how come you are not married? don't you want a baby? are you a lesbian? you know motherhood is natural for women. funny was that I was struggling to explain the discourse behind all these questions but nobody seemed to understand. I then embraced a bottle of rum and fell asleep on a wonderful designed sofa."

Deux messages lus en 48 h. Deux femmes entre 35 et 40 ans qui renoncent à la maternité, à la vie de famille, pour poursuivre un projet personnel (avec toujours le risque que ce soit une chimère, et le risque d'être taxées d'égoïsme ou de "déviance" au sens de la psychologie sociale). Et qui s'inventent un discours ou un imaginaire légitimant leurs actes. L'une Robinson Crusoe, l'autre Bridget Jones et le constructivisme sociologique à la mode chez les intellos ("struggling to explain the discourse behind all these questions"). Moi qui ai fait partie des pères qui ont consenti tardivement à la procréation, sous la pression de la mère de mon fils qui y tenait absolument, je ne peux que m'interroger sur la manière dont le renoncement à l'enfant s'articule chez ces femmes (et j'en connais pas mal comme ça, surtout dans le milieu militant).

 

Je ne puis prétendre avoir de réponse complète à ce genre de questionnement (il y en a autant que d'individus, et nul individu ne sait lui-même comment s'agence en lui tel ou tel choix de vie). Je ne puis que collecter les mots, les paroles de justification. Drôle de pari que celui de renoncer à la descendance pour l'oeuvre. Est-ce un pari conscient ? délibéré ou contraint ? ne conduit-il pas au choix de l'éternelle adolescence avec les atouts mais aussi les faiblesses (l'inconstance, le solipsisme) que cela implique ?

 

Souvenir des mots durs de Friedrich Nietzsche contre "les feministes qui ne veulent plus que la femme procrée" - des mots qui visaient le "niilisme" moderne. Souvenir des sectes chrétiennes au 1er siècle qui prônaient l'arrêt complet de la procréation pour hâter l'Apocalypse. Les propos malthusiens récents d'Yves Cochet contre la procréation m'y font penser. Un problème d'une complexité vertigineuse.

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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /2009 00:55
Je suis enclin à créditer les romanciers d'une plus grande honnêteté que les théoriciens (ce pourquoi j'ai écrit un roman avant de tenter la moindre systématisation de mes théories, bien que celle-ci soit également nécessaire).

Aussi lorsque je lis, sous la plume de DH Lawrence, dans sa préface de 1929 à L'Amant de lady Chatterley, "je veux qu'hommes et femmes puissent penser les choses sexuelles pleinement, complètement, honnêtement et proprement. Même si nous ne pouvons pas agir sexuellement à notre pleine satisfaction, sachons au moins penser sexuellement avec plénitude et clarté", je suis plus enclin à croire en sa profondeur qu'à celle des mouvements psychanalytiques qui lui sont contemporains. Voyez le choix des termes, si lumineux, si apollinien, si confiants dans la force de la pensée, et en même temps modestes, réalistes. N'est-ce point autrement plus doux et fécond qu'un Wo Es war soll Ich werden ?
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Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /2009 09:45
Pour faire suite aux questions d'Edgar, je dois préciser ma pensée esquissée dans le précédent article. Je pense en effet que toute la mythologie du "désir sauvage", peu susceptible de se plier à des règles, a effet de renforcer l'idéologie libérale (sur le lien capitalisme désir voir par exemple Bolstanski) en renvoyant ce domaine à la sphère privée, laissant chacun avec ses frustrations (voir Houellebecq sur toutes les impasses de ce sujet, et le telos nihiliste qu'il y a au bout de tout cela).

Bien sûr le désir ne peu pas être entièrement discipliné, et heureusement, mais il ne faut désespérer ni des institutions ni de la raison pour parvenir à une meilleure gestion de ses pulsions. 

A mon sens, il faut concervoir une politique globale du désir, à partir des axes suivants
- lutte contre le harcèlement sexuel, l'homophobie, et protection de l'enfance (ce qui est déjà à l'oeuvre en ce moment)
- soutien à la contraception et à l'avortement (soutien, mais pas nécessairement encouragement, en ce qui concerne l'avortement)
- redéfinition de la place accordée dans la société au désir, à sa représentation et à sa pratique

Je pense qu'un véritable secrétariat d'Etat au désir physique et aus rapports entre les genres devrait être constitué auprès du ministère des affaires sociales pour prendre en charge ces trois axes.

"Redéfinition de la place accordée dans la société au désir, à sa représentation et à sa pratique", qu'est-ce que cela peut vouloir dire ?

Il s'agit de diffuser un discours qui soit favorable au désir. Non pas, je le disais, un désir sauvage, "continent noir", mais un désir compatible avec la vie en société. La fuite des gens vers des formes très extrêmes de la pornographie par exemple, me semble dériver d'un doute profond sur la capacité à concilier désir et vie ensemble en société. Il faut inverser ce pessimisme de l'être ensemble en misant sur un désir "lumineux", apollinien si l'on veut, ouvert à l'entente avec autrui et à la réalisation d'un intérêt collectif.

Ce discours qui peut passer par l'école, par les médias publics et privés, par l'édition, par les travailleurs sociaux etc peut utiliser divers outils qui vont de la philosophie antique à la pornographie.

Au delà de ce discours, il y a toute une organisation à penser.

Aider les gens à s'affranchir de certaines contraintes de la procréation, en développant les crèches et l'aide à domicile (la France a beaucoup d'atouts sur ce volet spécifique). Mais aussi aider les gens à s'affranchir du productivisme névrosant.

Cela signifie impliquer aussi le monde de l'entreprise dans le projet d'optimisation des désirs.

On pourrait par exemple imposer aux chefs d'entreprises de plus de 50 salariés et responsables d'administrations de réserver une plage horaire de quatre à cinq heures hebdomadaires répartis selon les modalités les plus favorables à l'intérêt du service pour organiser du quick dating, avec ou sans séance de relaxation physique préalable, avec au besoin l'aide de coachs sous contrat (plusieurs solutions sont à penser sur ce volet).

Il faut penser une politique de déculpabilisation, notamment de déculpabilisation des femmes, en même temps qu'une politique de protection qui évite que les pulsions ainsi libérées ne basculent dans une loi de la jungle (jalousies, rancoeurs, vandetta) qui est la logique de la loi du désir lorsqu'elle est mal encadrée.

Nous sommes déjà en bonne voie. La France, affranchie de la tutelle ecclésiastique, a mis en oeuvre des réformes très utiles comme le PACS, l'entrée dans les moeurs d'une éducation des enfants par des parents uniques, ou dans des familles recomposées, ouvre la voie aussi à un assouplissement des logiques familiales pour permettre aux individus de se réapproprier leur destin affectif. Cette souplesse acquise doit être prise en charge par l'Etat pour qu'elle ne se traduise pas par un sentiment de solitude et d'anomie. Encore une politique qui ne peut être pensée qu'en dehors de l'Union européenne.
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Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /2009 17:47
Pourquoi ai-je consacré mon dernier compte-rendu dans Parutions.com au livre de Jean-Paul Benglia qui n'est qu'un petit manuel grand public pour aider les gens à dépasser leur timidité, plutôt qu'à des livres "sérieux"  comme "Pourquoi les chimpanzés ne parlent pas
et 30 autres questions sur le cerveau de l’homme" de Laurent Cohen qui vient de paraître chez Odile Jacob, ou "Comprendre le monde" d'Immanuel Wallerstein qui vient de paraître aux éditions La Découverte ?

Parce que le sujet me travaille depuis l'adolescence, parce qu'il tyrannise beaucoup de monde : la timidité, pourquoi les rapports entre les sexes (les "genres" comme disent certains sociologues auxquels je m'oppose) vont si peu de soi.

Evidemment je pense que Benglia, avec beaucoup de bonne volonté altruiste, et même la foi du charbonnier, prend le problème par le mauvais côté. Identifier la timidité comme une maladie qu'on va traiter avec des méthodes comportementalistes, du "coaching" et autour de laquelle on va créer une sorte de "communauté" à l'américaine qui va revendiquer des droits, tout cela me paraît tout-à-fait voué à l'échec.

Il est heureux bien sûr qu'après l'idéologie freudo-marxiste - et même souvent, au prix de gros contresens, freudo-nietzschéo-marxiste, je pense à ce film de Liliana Cavani qui faisait de Nietzsche le chantre de la révolution sexuelle -, on soit revenu à une forme de réalisme qui réintroduit la différence éthologique entre les sexes, et réfléchit à ses expressions concrètes (les énormes décalages de comportements entre hommes et femmes). Mais on évacue du coup trop souvent la dimension politique. On ne peut pas être entièrement constructiviste, et croire que l'idéologie d'une société détermine les rapports intersubjectifs sans que la nature profonde de chaque individu ne joue un rôle (la nature profonde à la fois individuelle et collective, commune à l'ensemble du sexe). Mais on ne peut pas réduire cela non plus au problème "thérapeutique" de chacun, comme si la culture dominante (toute la political correctness, toute la culpabilisation des individus, leur anonymisation, la création de barrières entre eux, la "respiritualisation" des institutions) ne jouait pas un rôle important.

Mais on a l'impression d'une quadrature du cercle qui n'a pas été résolue, comme le problème de la faim dans le monde, ou celui de l'épuisement des ressources énergétiques. Tout comme on n'ose pas poser au niveau mondial la question de la redistribution radicale des richesses entre le nord et le sud, ou celle de la décroissance organisée, de même on ne pose pas celle d'une recherche collective des voies et moyens d'une émancipation libidinale (sans que cela ne débouche sur de la violence libidinale). Privatiser le problème de la libido, comme on privatise celui des inégalités sociales, organiser le retrait du politique par rapport à cette question - meilleur moyen d'y faire triompher un mélange bancal d'aspiration progressiste et de conservatisme frileux - voilà le projet des pouvoirs moraux de notre époque (j'ai encore en tête ce dialogue avec cette responsable monténégrine "reichienne" d'une agence européeen, qui disait que seule devait relever des politiques publiques la contraception et la lutte contre l'homophobie). Et ce n'est pas la pauvre Michela Marzano qui aidera à lutter contre ça.
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Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /2009 16:09
Political correctness, esprit de censure, encore et toujours. La cible : le rappeur Oreslan et sa chanson "Sale p*". Sur les bancs de l'accusation, si je relève les noms de l'article de Libération repris par Yahoo : Valérie Létard, Christine Albanel, Marie-Georges Buffet (sans doute conseillée par Clémentine Autain).Sur le site de Libé concert d'indignations devant ce clip.

Que dire ? Musicalement c'est assez nul. Les paroles aussi. Faut-il pour autant le censurer. Comme je le dis toujours, dans ma veine chomskyenne, je ne censure que les appels au meurtre. En est-ce un ? Si je comprends bien cette chanson, elle est l'expression réaliste du désarroi d'un mâle que sa copine trompe. Le réalisme n'a pas bonne presse de nos jours, les hormones masculines encore moins. Il y a cent ans les mâles flinguaient leurs partenaires infidèles. Aujourd'hui beaucoup moins. Il chantent leur soif de vengeance sur des musiques lamentables. Les militantes de la cause féminine devraient se réjouir de ce progrès. Au lieu de cela elles veulent le silence radio. Cachez ce réel que je ne saurais voir, cachez les pulsions. Faisons croire aux mâles que nous sommes dans un monde de bisounours, de barbapapa, infantilisons-les comme le fait Sarah Palin. Et après, quand bien même on y parviendrait, empêchera-t-on certains jeunes gens d'épouver ce qu'Oreslan exprime dans sa chanson quand leur copine les quitte ?

On me dira qu'on reconnaît à chacun le droit d'éprouver ce qu'il veut pourvu qu'il ne passe pas à l'acte. Ce qu'on lui dénie c'est le droit à la représentation de ce ressenti dans l'espace musical, ou visuel. Eprouver sans représenter, éprouver dans les ténèbres. N'est-ce point la voie de la névrose et de la destruction ? Je suggère à Mme Autain et Mme Buffet de présenter à l'assemblée nationale une proposition de loi en vue d'obtenir l'éradication de la testostérone chez les hommes. Sans ce complément biologique indispensable, leur censure sur les mots et les musiques risque d'être bigrement contreproductive.

You Tube a eu une réaction saine : interdire le clip aux moins de 18 ans, et seulement à cela. Protéger les enfants, et les ados c'est légitime. Mais laissons aux adultes la liberté de symboliser comme ils le veulent leurs pulsions.
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Dimanche 27 avril 2008 7 27 /04 /2008 10:55

La photo figure sur http://www.exile.ru/blog/detail.php?BLOG_ID=16585&AUTHOR_ID=

Le titre "Vacationing Russians Experience Culture Clash"
Le sous-titre "Hurgada culture clash: A Russian slut dry humps her drunk vacation-sponsor's tailbone (foreground), while in the background, a fully-burqa'd Egyptian woman drowns herself to avoid the shame of watching her daughter Go Russian."



Cela m'a fait penser à une fille serbe qui cherchait un "sponsor" sur le tournage du court-métrage de Vesna Bejic. Et aussi à l'article du journal Le Monde du 24 août 2008 qui disait ceci :

"Le Hamas instaure "décence" et "respectabilité" sur l'ancienne plage huppée de Gaza"

"De la vaste salle de réception qui marquait l'entrée de la plage huppée de Gaza, il ne reste qu'une charpente calcinée. L'endroit, surnommé "Chaléatte" ("chalets", en arabe) en référence aux bungalows alignés sur le sable, a fait les frais de la colère du Hamas. Parce les membres de la Force spéciale du Fatah, une escouade de miliciens à la brutalité notoire, l'avait transformé en caserne, ce complexe touristique a été détruit, le 14 juin, au moment où les ultimes policiers fidèles au président Mahmoud Abbas rendaient les armes.
 
Désormais réduit à sa belle plage de sable fin, "Chaléatte" a été rebaptisé "Istiraha Al-Aqsa" ("aire de repos Al-Aqsa") et a rouvert sous la houlette de la Jamaat Al-Salah, une association de charité liée au mouvement de la résistance islamique. A partir de 17 heures, quand la chaleur décline, des milliers de Palestiniens viennent y savourer le bon air du large. Tandis que les hommes et les adolescents jouent dans les vagues, les femmes, sagement voilées, veillent sur les plus petits. L'ex-fief de l'élite gazaouie est devenu une plage comme les autres, où le conservatisme naturel de la société palestinienne est désormais de rigueur. "L'ère du bikini est terminée", plastronne Abou Al-Abed, le chef de la sécurité.

L'endroit avait été créé au début du processus de paix par Souha Arafat, alors "première dame" de Palestine. Il attirait la nomenklatura du régime, nostalgique des plages de Tunis où elle avait vécu en exil auprès de Yasser Arafat. Le prix d'entrée, relativement sélectif - 20 shekels (3,5 euros) par personne - permettait à quelques rares audacieuses de se baigner en maillot, à l'écart des regards indiscrets. Le chanteur égyptien Mustafa Amar s'y était produit et la danseuse du ventre Fifi Abdou, reine des nuits cairotes, y était passée lors d'un séjour auprès de son mari palestinien.

De ce passé jugé "indécent", les nouveaux propriétaires ont fait table rase en abaissant le prix d'entrée à 10 shekels (1,7 euro) par famille. "Maintenant, ceux qui viennent ici sont des gens normaux, avec un comportement respectable", affirme Abou Al-Abed.

Kamal Hbeir, 58 ans, patron d'une petite entreprise de textile, est l'un d'eux. Assis sous un parasol, les pieds léchés par les vagues, il surveille sa petite fille qui barbote dans une bassine remplie d'eau. "Regardez son sourire, dit-il. Pour une bouchée de pain, toute la famille se paie une journée de détente formidable. Avant, ce lieu n'était pas honorable. Nous n'y allions jamais. Aujourd'hui, si des jeunes s'avisent de draguer une fille, la Force exécutive (la police du Hamas) arrive dans la minute." En retrait du rivage, un groupe de jeunes membres du Hamas achève une réunion. "Nous sommes venus faire une journée de formation et de détente ici, explique l'aîné, Mohamed Masri, 25 ans, employé du ministère de la santé. Depuis qu'Abbas et sa clique de débauchés sont partis à Ramallah, cette plage est ouverte à tout le monde. C'est un véritable progrès." Au programme de leur fin d'après-midi : baignade, partie de football et barbecue. Sans oublier la prière du coucher du soleil, célébrée, comme tous les jours, dans une tente dressée sur le sable. 
 

Benjamin Barthe"

D'un point de vue féministe, où est la véritable libération, la véritable dignité, de la femme ? dans l'invasion capitaliste qui a démultiplié la prostitution en Europe de l'Est, ou dans la censure morale des islamistes ? D'un point de vue de gauche où est le véritable progrès social : dans les plages seins-nus de la bourgeoisie de l'OLP, ou dans les plages populaires du Hamas où il faut garder le voile ? Réflexe naturel des intellectuels occidentaux sur ce sujet : "ni ni". Ni le foulard, ni la prostitution (cela vous rappelle un slogan n'est ce pas ?). Mais dans la vie réelle, au jour le jour, les peuples doivent choisir. La Troisième Voie idéale dont un maître de conf ou un journaliste bien nourris aiment à rêver dans un bureau n'a pas de moyens concrets de s'imposer dans les faits (ce serait justement au journaliste, au maître de conf, de travailler à sa voie de réalisation concrète s'il voulait y penser d'une manière responsable). Alors, où est le choix raisonnable ?

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