Béarn

Samedi 8 août 2009 6 08 /08 /2009 16:34
Malgré mon absence pendant plus d'une semaine, la fréquentation de ce blog est restée stable. Un coup d'oeil aux mots clés donne une idée des sujets qui drainent les visites vers ses pages : l'univers de l'anti-impérialisme et de l'engagement politique (mots clés "michel collon" "blog anti guerre"), l'érotisme ("libertin" "blog hardeuse"),  le Béarn ("livre sur les origines du bearn", "origine des béarnais", "gascons"). Mais la recherche par mot clé "delorca" est quand même celle qui mène le plus souvent à ce blog.

Je reviens du Sud-Ouest un peu déçu. Les libraires palois (notamment Tonnet) n'ont rien à foutre du fait qu'il existe un roman qui se passe dans leur ville. Ils n'en prennent pas en stock. L'Espace Leclerc de Pau invite Beigbeder (un enfant du pays aussi, du moins par son grand père) et boycotte La Révolution des Montagnes. Une amie italienne m'a dit de ne pas laisser tomber, de me battre pour que ce roman soit connu, sans quoi c'est comme si je pensais qu'il ne le méritait pas. Je sais que beaucoup d'auteurs se bougent plus que moi pour la diffusion de leurs livres. Mais je ne crois pas qu'il faille se muer en vendeur. Peu importe après tout qui lit et qui ne lit pas. Je poste quand même ici un petite vidéo pyrénéenne... en souvenir de cette semaine de villégiature.

A part ça, j'ai appris hier la mort du philosophe Francis Jeanson, fondateur d'un célèbre réseau de soutien aux combattants du FLN pendant la guerre d'Algérie, le samedi 1er août, dans une clinique d'Arès, en bordure du bassin d'Arcachon (Gironde), sa région natale. Aux grands hommes l'humanité reconnaissante.



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Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /2009 16:29
Je n'en ai pas fait mystère, j'y ai même consacré un roman. Je suis né en Béarn. Il est toujours compliqué de parler de ses origines régionales, en essayant d'être utile pour autrui. Le rapport aux paysages, à la culture de l'enfance, c'est comme le rapport à certains plats culinaires, à une vieille histoire d'amour, c'est comme une sensation que l'on éprouve quand on s'allonge sur un lit, quand on regarde un nuage. C'est de l'ordre, si j'ose dire, des "micro-affects" qui ne parlent qu'à soi-même, de l'idiosyncrasie. C'est d'ailleurs ce qu'il y a de plus frustrant dans l'individualité, c'est assez "incommunicable". Je trouve toujours suspect quand deux personnes s'associent pour dire "on est de la même région". Ca sent déjà le projet politique : l'identité partagée sur la définition d'un dénominateur commun bricolé d'une façon très contestable.

Mais c'est sans doute parce que, comme en amour, j'ai toujours placé la barre de l'attachement à la région d'enfance trop haut. J'accorde trop de prix à ce qui devrait en avoir moins. Mais cela peut-il n'en avoir pas du tout ? L'être humain, animal territorial, peut-il complètement oublier les lieux de son enfance ? Certains voient dans le déracinement complet, l'éloge du nomadisme, une utopie néo-libérale (elle fut aussi socialiste naguère). En même temps n'étions-nous pas tous nomades - donc ignorants des lieux de l'enfance - au paléolithique ? L'attachement aux lieux d'origine ne font-ils pas partie de cette malédiction de la sédentarisation et du néolithique qu'évoquait Timothy Taylor il y a dix ans ?

Le Béarn, la province "particulièrement particulière" dont parlait Bourdieu, se prête beaucoup à sa fétichisation. Beaucoup de ses habitants s'y adonnent. Parce qu'il fut la "petite Genève", le petit coin protestant des Pyrénées, et la "vicomté" presque autonome, jamais conquise, seulement annexée en 1620 par un acte juridique. Les béarnais ont du mal à se saisir comme autre chose que béarnais. Ils ne peuvent pas être "aquitains", "gascons", on ne peut pas les fondre dans des ensembles plus généraux. C'est très étrange.  Les particularismes si profonds à si petite échelle sont rares en France.

Ce système fétichiste peut être assez dangereux. Les gens peuvent du coup être stérilisés par leur attachement à leur lieu, la satisfaction béate d'être en lui, de jouir de lui, à longueur de semaines, avec ces expressions sans cesse répétées "c'est quand même une belle région", "on y est bien", "c'est la belle vie ici". Le fascisme du localisme.

Un fascisme absorbant. Mon ami Laurent me transmettait hier une invitation de l'Ostau bearnés de Pau intitulé : "Los Americans que s'interèssan au bearnés !" (les Américains s'intéressent au béarnais). L'annonce parlait d'une étudiante californienne, Nicole Marcus, qui fait sa thèse sur les énonciatifs gascons. En fait cette linguiste s'intéressait au dialecte gascon, mais les palois avaient tôt fait de réduire sa recherche au seul sous-ensemble du Béarn.

Une autre amie, Myriam, m'a transmis une vidéo d'un groupe très connu là-bas. Mais pas béarnais. Béarnais à 33 %, bigourdan à 66. Comme ils sont largement tarbais, leur vision du Sud-ouest est un peu plus "élargie". Ces visions de la cartographie béarnaise, gasconne, occitane sont l'enjeu de luttes savantes ou demi-savantes, chez les occitanistes en particulier. Le langage de ce groupe, "Sangria gratuite", est celui de la jeunesse de cette région. La festivité, la latinité festive. Je suis frappé par les emprunts à l'Espagne. L'entrée de ce pays dans le marché commun européen dans les années 1980 a eu beaucoup d'effets sur la culture populaire gasconne. Les bodegas, les corridas se sont multipliées, et la sangria a coulé à flot. On peut parler d'une hispanisation du Sud-Ouest qui, à ma connaissance, n'a pas été étudiée par les chercheurs, et qui n'a pas son symétrique outre-Pyrénées (l'Aragon ne s'est pas converti au magret de canard ni au jurançon, que je sache).

Cette hispanisation et la culture de la fête (comme le culte du sport, des randonnées, de la chasse) sont devenues le creuset du vivre-ensemble des gens de ma génération et ce qu'ils lèguent à leurs enfants. Ayant quitté la région en 1988, je suis, moi, resté sur une autre culture béarnaise, peut-être un peu plus austère, un peu moins easy life, où le travail occupait une plus grande place, une culture - celle de mes parents, de mes aïeux - moins ouverte vers l'ailleurs aussi en un sens (ou ouverte sur d'autres ailleurs, la religion par exemple, l'idéal républicain, pas plus irréels qu'Internet ou que les destinations préformatées par une modernité stéréotypée). Il est étrange de confronter ce qu'était une région avec ce qu'elle est devenue. Je ressens cela aussi quand je compare le Paris de mes 18 ans à celui d'aujourd'hui : le Paris arrogant, agressif, rigide, de l'époque où Chirac était maire, qui ressemble d'ailleurs à celui qui réserve l'accueil détestable aux Kabyles dans les années 60 décrit par Laura Mouzaia dans La fille du berger, et  le Paris de Delanoë, celui des bicyclettes et des bobos, un peu moins figé, un peu plus avenant - mais toujours aussi superficiel. Qu'est-ce qui fait que l'ethos collectif évolue ainsi d'une époque à l'autre ?

Cet après-midi je regardais une émission sur le jardinage. Moi qui ai grandi dans le jardin de mon grand-père, je ne reconnais plus ces jardins d'ouvriers paysans qu'il y avait dans chaque maison de l'agglomération de Pau. Jardins soumis à la nécessité vivrière, potagers qui côtoyaient les poulaillers remplis aux coqs bruyants et les charmants clapiers aux lapins langoureux. Combien faut-il aujourd'hui de dérogations préfectorales pour avoir le droit d'élever un coq ? L'émission parlait du jardin "lieu de convivialité" (oh l'horrible mot qui fait signe vers le bonheur et la gentillesse obligatoires !), de phobie du chimique, de plantations bio. Toute une logomachie marquée par l'esprit du loisir, mais aussi par celui de la norme... L'obligation de la bonne santé, l'obligation de la réalisation de soi. Le Béarn de "Sangria gratuite" n'a-t-il pas un peu basculé là-dedans aussi sous l'empire des médias et de la société de consommation ? Son hédonisme consensuel ne tient-il pas un peu quand même du positionnement marketing, de la spécialisation ricardienne dans le grand marché mondialisé - "nous c'est le bonheur sangria qu'on sait faire" ? Allez savoir.


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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 18:11
Comme je l'indique souvent, je suis né dans le Sud-Ouest de la France, une région au statut culturel assez incertain dans l'ensemble français, et d'autant plus incertain qu'elle est systématiquement dissuadée de se penser elle-même en dehors de clichés absurdes. C'est un sujet que je n'ai thématisé pour l'heure que dans des écrits privés (j'y fais seulement publiquement allusion dans ma contribution au Cahier de l'Herne sur Chomsky dans ma comparaison entre Bourdieu, qui était aussi issu de ce terroir, et le linguiste américain, mais sans m'étendre). Il y faudrait un livre entier.

Je soumets au lecteur que cela intéresse le regard d'une lectrice "venue d'ailleurs" (mais qui y vit) sur cette région. Elle m'a adressé ce texte cet après-midi et je vous le livre tel quel, sans commentaire... à méditer...

FD
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"Voici schématisé un des  arguments qui, me font affirmer l'existence de nombreuses similitudes  entre les cultures : Espagnole, du Sud-Ouest, Arabe : la place, le rôle de la femme dans la cellule familiale mais surtout  dans la perception et, dans ce qui est attendu d'elle par les membres extérieurs de la communauté :

Il est sommé de se soumettre, ou plutôt d'illusinoner sur : sa  soumission à l'autorité du pater-familias - face aux regards exterieurs  et, dans la réalité des faits, c'est elle qui, détient le pouvoir au  sein de la famille, c'est bien le pére qui, lui juré allegance...

De cette état de fait, découle -dans la grande majorité des cas observés  - des comportements, pathogènes :

L'obsession du phallus - et ses dérapages conduisent à privilégier -  dans la cellule familiale le fils au détriment de la fille et, ce  injustice est perpétrer par la mère, Démission du père - absence psychique voire physique (fuite dans le  travail etc) du père - le fils se trouve "livré à la mère" d'où -pour  faire court ici, le culte du rugby-sport violent, physique et  destructurant etc il est étonnant de constater le nombre de femmes fans  de ce sport de brutes -

Ici, existe une forte communauté de "pieds-noirs", cette communauté,  dans ses comportements, sa construction de "réseau", avec bakchich et  cie, les femmes qui, vont jusqu'à se teindre les cheveux en rouge -  trés proche de la couleur du henné, les mots utilisés, la gestuelle  organisée pour entrer en contact avec L'Autre etc... sont autant de  similitudes avec les indigènes qui, ont dominés pendant des siècles tout  en les méprisant et, en organisant leur exlusion... Ce qui, s'explique :  dans le refus ou l'impossibilité d'assumer "cette ressemblance" avec justement des hommes et des femmes qu'ils se sont éreintés à chosifier...

Ne grimpez pas sur l'arbre de la modération - oui, je sais cela vous  semble caricatural et n'en disconviens pas - Mais expliquer des  phénomènes psychologiques et ce, même si c'est mon domaine de compétence  - cela reste compliqué - les plus comme Reich, Jung, Fromm etc, l'ont  dit et réputé.. Fromm : affirmait que, 30 longues années n'ont lui ont  pas suffit pour expliquer ses travaux- Fromm, l'a mieux exprimé que, moi...Mais, bon - pour être plus précise  il faudrait que je sorte son livre de la bibliothèque et, vous recopie,  sa phrase exacte..Aucun intérêt !

Pour terminer, j'ajoute : le culte de la force, de la puissance  musculaire, le cynisme, la violence etc.. - au détriment des neurones  -le culte de la domination/Force/Mépris des qualités telles courtoisie,  gentillesse....
- aboutissent forcément sur une société, une culture  fascisante..

Raciste, parce présupposant le diktat suivant : Pour être reconnu et  respecté par les femmes de cette région il est indispensable de remplir,  certains des critères suivants :

Les hommes doivent mesurer, pas moins de 1m80 - d'ailleurs les femmes, ici n'ont d'yeux que pour ces grands dadais - Ils ont pour obligation d'être "fort" - sinon mépris- car ne doit régner  que, la loi du cynisme, de la domination, du mépris de la pauvreté, de  la faiblesse, les rêveur, les artistes, les créatives, les sensibles  sont immédiatement rejetés.

Ces cultures ou sociétés fonctionnent beaucoup voire que, sur  "l'avoir", "j'exhibe" ce que je possède : voiture, vêtement, force,  réseau - le sport régional, est de "faire les poches des non-natifs de  la régions et avec le sourire - dans le but de "gagner plus tout en  travaillant moins" etc.- la loi du plus fort ! Du plus puissant ! Du  plus en vu !
l'être- l'esprit- l'intellect sont sacrifiés, disqualifiés -

Sont, de fait méprisés les nombreux métiers manuels etc...

Je ne sais, si j'ai réussi à bien synthétiser ma pensée...Mais, ce  sont ces valeurs qui, dominent dans ces sociétés et, c'est à ce niveau  que, je situe les similitudes...
 
Pour éviter, à ma fille "une possible contamination de l'hypocrisie  ambiante, la pauvreté intellectuelle et surtout affective qui, règnent, ici : elle voyage, souvent à l'étranger : l'Allemagne- grande  culture, Irlande, l'Espagne et, apprend les langues et cultures de ses  pays; L'année prochaine elle s'attellera au Russe et au Chinois."
 
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Post scriptum du 13 novembre 2008 : Pour éviter certains malentendus, je préciserai juste qu'en fait l'auteur des lignes ci-dessus était  originaire du continent africain. Il ne s'agissait donc pas d'une banale caricature parisienne comme certains ont pu le croire. L'origine même de ce portrait en fait ajoute quelque chose, me semble-t-il. Mais encore une fois il faudrait vraiment un livre entier pour traiter convenablement le sujet. FD

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