Espagne

Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 23:22

Il y avait ce soir sur Arte une soirée Pedro Almodovar. Je tourne toujours en rond quand je parle de l'Espagne sur ce blog. En fait c'est un sujet dont je ne veux pas parler, mais que je ne peux pas éviter. Un sujet dont je crois toujours pouvoir m'affranchir, mais qui me rattrappe toujours, souvent par l'intermédiaire de tiers.

 

Il m'est retombé dessus quand j'avais 20 ans, par le biais de mes petits camarades de Sciences Po hispanophiles. Aujourd'hui il me poursuit à travers mes cousins. Je crois toujours qu'il n'a plus rien à me donner, et je reçois de lui. C'est étrange. Je reçois mais je n'en fais rien. Du Béarn j'ai fait un roman, de l'Espagne rien. Mais c'est là.

 

Pays compliqué. Très hermétique à mes yeux. Un pays qui a fait peur, pendant des siècles à l'Europe. Car il était le fer de lance de son obscurantisme, de ses ténèbres. Et cependant c'est le pays du "mas vale honra sin barcos que barcos sin honra" face aux Etats-Unis. Ce pays qu'Orwell aimait tant qu'il était persuadé que, même sous une dictature, brune ou rouge, il garderait une décence, une retenue dans les persécutions, que l'URSS et l'Allemagne n'avaient plus (Orwell écrit cela dans l'Hommage à la Catalogne quand un sbire du gouvernement républicain après la liquidation des anarchistes vient fouiller sa chambre).

 

Souvenir de ces pilotes espagnols aux ordres de l'OTAN qui ont refusé de bombarder Belgrade en 1999 et l'ont fait savoir au monde entier. Que sont-ils devenus. L'époque où l'employé du consulat de Yougoslavie (RFY) à Paris tenait à me parler en castillan...

 

J'ai souvent pensé à Cioran qui plaçait un signe d'égalité entre Russie et Espagne du point de vue de leur fonction en Europe et de leur mysticisme. Le néo-conservateur Bernard Lewis trace la même égalité et l'explique à sa façon : deux pays soumis à une longue occupation musulmane, puis qui ont eu leur reconquista, et qui finalement ont colonisé d'autres musulmans. Je ne sais pas. Je connais moins la Russie que l'Espagne, et je connais au fond fort peu l'Espagne, malgré mes attaches familiales là-bas et les longs mois que j'y ai passé. Pour moi la Russie est un pays de fous. Et l'Espagne un point d'interrogation. Je ne sais pas. Je ne comprends pas.

 

Devrais-je faire quelque chose de ce pays ? Quoi ? Aller avec un cousin dans ce village sans habitant près de celui où est né mon père ? Y aller avec un photographe pour des prises de vue... un peu spéciales ? J'ai des idées oui. Des idées. Pas les mêmes qu'à 20 ans, pas avec la même fraîcheur d'esprit, cela va de soi. Mais quand même... Ils ont foutu des éoliennes sur les plateaux de Don Quichote mais ils n'ont pas complètement toutes les idées qui peuvent germer dessus.

 

Est-ce qu'il y a encore des fontaines le long de la Castellana ? J'ai vu que les Indignés ont été sévèrement réprimés il y a quelques jours à la Puerta del Sol. Espagne de l'austérité. Les gens se désapent en public pour protester. Hé quoi ? Peut-on dire que Merkel écrase en ce moment le dernier héritage de la Movida, comme elle s'oppose à ce qu'il reste de la résistance communiste grecque au nazisme ? (je pense à ce vieux, Manolis Glezos, qui a dérobé le drapeau à la Svastika sur l'Acropole, qui est une des figures de proue de Syriza).

 

Mais quoi, tant qu'il y aura Pénélope. Vous souvenez-vous de Sertorius ? "Rome n'est plus dans Rome". L'étrange général romain, un "populaire" anti-aristocrate, qui avait domestiqué une biche si j'en crois Plutarque. Touchante image. C'est en Espagne qu'il cherchait son "autre Rome" et l'eût peut-être construite si ce pauvre idiot de Pompée (ce pauvre pantin devrais-je dire) ne l'en avait délogé. Mais assez parlé ! Nous ne règlerons pas le compte de l'Espagne ce soir.

 

Ici, pour finir, deux films associés au temps où je bossais à l'ambassade de France à Madrid, calle Salustiano Olozaga. Ah, Madrid, ce mirage au milieu du désert, cette cité purement étatique, "villa y corte", pur produit des diktats des rois, avec ses grands avenues américaines, ses bars à sangria et à drogues en tout genre. La ville la moins authentique que je connaisse, et, pour cette raison, celle à l'égard de laquelle je tends à être le plus indulgent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 9 juin 2011 4 09 /06 /Juin /2011 20:41

republica-espanola.jpgDans un mot de Régis Debray dans Le Monde ce soir après la mort de Semprun on peut lire :

 

"Cosmopolite et patriote, tu es resté jusqu'au bout un homme-frontière, totalement espagnol et totalement français, et d'autant plus l'un que l'autre.

 

Tu as même demandé en 1998, sans revenir sur ta sympathie pour le roi Juan Carlos, a être enterré sur la frontière, dans le petit cimetière de Biriatou, au-dessus de la Bidassoa, et du côté français. Enveloppé dans le drapeau tricolore - rouge, or, violet - de la République espagnole. "Par fidélité à l'exil et à la douleur mortifère des miens", écrivais-tu."

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 16:17

Mes amis, j'étais à Séville ce weekend. Quitter l'Espagne est toujours un crève-coeur pour moi depuis 20 ans, bien qu'à chaque fois que je m'y rende en me jurant que je resterai insensible au charme de ce pays.

 

lagiralda.jpg

Qu'est-ce qui me retient donc toujours en Espagne ? Un peu sa résistance apparente au temps : à Séville point de minettes vulgaires aux hanches débordantes de graisse en pantalons taille basse comme à Naples, plutôt des femmes de tous âges très élégamment habillées, et ces moins de 30 ans aux formes sculpturales que m'avait déjà vantées une vieux dans un TGV en 1994. A Séville personne n'est suspendu à son téléphone portable comme si le sens de sa vie en dépendait ainsi qu'on le voit en France et en Italie. La résistance au temps pour le meilleur et pour le pire : ces corridas auxquelles on ne renonce pas, ces cortèges de processions qui battent le tambour le samedi "chrétiens repentez vous", et ces abominables hommage au coup d'Etat du 18 juillet 1936 qui surgissent de l'espace en face-même de la Giralda.

 

P1010560.JPG

Mensonges du christianisme espagnol construit sur le sang des Arabes, des Indiens et des communistes. Une série de tragédies assumées, dissipées dans l'indolence des bars à tapas et des fontaines de sangria. Quoi ? Une série de colonialismes qui seraient au fond venus à bout de la subjectivité espagnole ? Avec, pour finir, le colonialisme européen, celui des marques de supermarchés français et des hordes de touristes gaulois ? Ou bien une façon de vivre avec le colonialisme, de ne plus se laisser impressionner par lui, d'être au dessus de ça ? La petite lumière du 3 de mayo ?

 

goya.jpgAllez savoir.

 

Les révolutionnaires de pacotille français rêvent en ce moment d'une révolution espagnole qui prolongerait celle des pays arabes avat de franchir les Pyrénées. J'ai vu les appels à se rendre aux "concentrations" pour la "démocratie réelle" place de l'Incarnation (un lieu qui eût plu à Rancière : la démocratie doit toujours s'incarner). Il y en avait sur les murs au milieu des annonces de processions et sur les panneaux de l'université andalouse où Carmen jadis fabriquait ses cigares.

 

Mais aux élections d'hier la droite à fait un tabac au niveau régional et municipal dans toute la péninsule. Séville a basculé du PS au PP comme  beaucoup d'autres capitales régionales. Gauche unie reste assez marginale entre  5 et 10 % à un niveau stable. La participation dépasse les 60 %. On ne peut pas dire que la "révolution", si révolution il doit y avoir, détourne pour l'heure les électeurs du système institutionnel. Un journaliste à la TV parlait des manifestants avec beaucoup plus de mépris encore qu'un Mazerolles ne l'eût fait en 2006 des nonistes du référendum sur l'Europe. C'est dire...

 

Moi, le consulat d'Espagne ne m'a même pas proposé de voter sur la terre de mes ancêtres en Aragon. Les Républicains restent personna non grata.

 

Ca ne fait pas bien de le souligner sous nos latitudes bien pensantes, et ça va encore pousser les gens de l'autre bord à me qualifier d' "universitaire proche de la gauche radicale très hostile au mouvement national" (sic), mais j'ai quand même envie de saluer la victoire de la coalition d'extrême gauche Bildu au Pays Basque qui arrive en tête à Saint-Sébastien et dans toute la Guipuzcoa (vieux fief abertzale) au point qu'elle pourra gouverner 88 municipalités au total sur l'ensemble de l'Euskadi et en Navarre, et pas des moindres, avec la majorité absolue. Quel mouvement révolutionnaire peut afficher une performance semblable en Europe de nos jours à part le parti communiste chypriote (encore que celui-ci, allié aux forces centristes à la tête du gouvernement de Nicosie) soit beaucoup plus '"pro-systémique" et, de ce fait, moins diabolisé par les technostructures occidentales que le courant abertzale ?

 

Beaucoup disent que cette victoire de l'extrême-gauche basque peut signer la fin du terrorisme et le début d'un nouveau programme social pour ce pays. Si toutefois le système occidental leur laisse tenter cette expérience. Notons que déjà il y a trois ans, sous le règne des grands partis traditionnels, le Pays Basque s'était distingué du reste de l'Europe en choisissant le keynésianisme en plein milieu de la crise financière. Le Pays Basque peut-il renouveler l'exploit de l'Islande ? Je suis un peu sceptique, mais au moins l'aspiration populaire est là.

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés