Billets divers de Delorca

Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 09:47

yulia tymoshenkoMon blog a connu un regain de fréquentation appréciable hier pour deux raisons :

 

1) j'ai posté un commentaire juste après que M. Mélenchon ait écrit un billet sur son blog : résultat 60 visiteurs du blog de Mélenchon qui ont fait un détour par ce blog (un détour - ça ne veut pas dire qu'ils l'on lu)

 

2) des tas de gens ont tapé "tresse de Timochenko" et "Timochenko nue" sur des moteurs de recherche pour arriver à mon billet du 17 mai 2009, qui parlait de la candidate malheureuse aux élections présidentielles ukrainiennes. Leur regain d'intérêt pour cette personnalité politique ukrainienne tient bien sûr à sa récente condamnation à de la prison ferme pour une malversation autour d'un contrat gazier. Je ne sais comment intepréter le fait que des internautes tiennent à la voir "nue" le jour de sa disgrâce. Sans doute un vieux réflexe dominateur qui poussait aussi les foules à s'amasser aux triomphes des imperatores romains pour voir les princes d'Orient dévêtus, enchaînés et humiliés. Que faire pour satisfaire la "pulsion scopique" comme disait Lacan des visiteurs occasionnels de ce blog sans encourir un reproche de machisme ? Peut-être tout simplement les envoyer vers d'autres sites. Allez, je suis gentil : Ioulia Timochenko comme vous voulez la voir est (mais attention l'image est interdite aux moins de 18 ans et déconseillée aux âme sensibles, vous voilà prévenus). Bon, voilà bien sûr ce n'était pas la vraie, mais l'original doit ressembler. Décevant n'est-ce pas ? Oui, tout ça pour ça. Les leurres des images. Je ne cesse pourtant de vous mettre en garde contre l'inanité des images... J'ai vu aussi qu'un sculpteur a tenté d'en faire un portrait dans le plus simple appareil. L'image est ici - et celle-là je peux y renvoyer mes lecteurs sans précaution particulière. L'histoire ne dit pas si le modèle qui a posé était la vraie Ioulia.

 

sarko.jpgSur le fond de cette affaire de condamnation je n'ai pas d'opinion. Je n'aimais pas la révolution orange ukrainienne qui a fini au tapis comme elle le méritait. Le gouvernement ukrainien actuel ne m'inspire pas un enthousiasme fou - notamment à cause de ses rodomontades sexistes. Mais je ne suis pas fanatique non plus (c'est le moins qu'on puisse dire) de ceux qui veulent intégrer l'Ukraine et toute la périphérie russe à l'OTAN et à l'Union européenne (avez vous vu M. Sarkozy défendre à Tbilissi l'intégration de la Géorgie au Traité de l'Atlantique nord ? ce qui reviendrait à avoir une partie de l'Alliance occupée par la Russie - puisque la Géorgie au sens du droit international actuel l'est - et nous mènerait donc automatiquement dans une logique de guerre, dire que même Bush avait renoncé à promettre cela à Kiev et Tbilissi). Je n'aime pas non plus beaucoup les Femen et j'ai réussi à convaincre un journaliste de la TV qui a du coup dit pour la première fois du mal de ce mouvement dans un de ses reportages.

 

Tout ceci étant posé, sans trop savoir si Mme Timochenko est ou non innocente de ce qu'on lui reproche (ca je ne crois pas beaucoup à l'indépendance de la justice ukrainienne), je suis tout de même choqué d'avoir entendu l'Union européenne tenter d'empêcher sa condamnation à grands coups de chantage à l'aide économique...  Cette arrogance de notre Empire fait toujours froid dans le dos.

 

Bon. Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce qu'au départ je voulais évoquer les communistes féministes du Venezuela, et notamment le travail de  Mme Elena Linarez à Caracas. Mais j'attends toujours qu'elle me transmette des infos sur le mouvement qu'elle anime. Donc il fallait bien que je meuble ...

 

 

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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 17:56

Mélenchon à propos de Canto-Sperber et Normale Sup' :

 

"J’étais dans cet état d’esprit en allant à l’ENS de la rue d’Ulm, que dirige à Paris madame Canto-Sperber. Dans ce haut lieu de l’école républicaine, comment croire que l’on va trouver cette situation. Dix travailleurs précaires de chez précaire. L’une d’entre elles additionne les contrats à durée déterminée depuis dix ans ! Certains n’ont pas duré plus d’un mois ! Et qui couvre ces pratiques ? Qui fait des remarques de caste et de classe à ceux qui argumentent pour améliorer leur quotidien ? Qui refuse toute avancée de la condition de ces gens qui travaillent sans rechigner et assez bien pour être sans cesse réembauchés ? Une directrice qui tient une émission sur l’éthique et signe des tribunes sur ce thème ici et là dans la presse. Duplicité des puissants ! Cruauté de leurs mœurs ! A côté de moi, tandis qu’on cassait la croute ce jour où je faisais une petite visite de solidarité, un gars vraiment bien costaud, grand et bâti comme une armoire à glace. Il me dit d’une petite voix ce qu’est sa vie de précaire à vie. D’abord "j’ai la boule au ventre tous les jours que le chef me dise que c’est fini je ne serai pas repris » « Il vous menace ? » « Non, il me le fait sentir. Si je me plains de quelque chose il me dit que je ne suis pas obligé de rester là ». Ensuite la vie « je n’ai pas de CDI, alors ma demande de logement ce n’est pas possible, ni le prêt à la banque. Mais je viens de me marier, alors c’est dur tout ça ». « Je ne comprends pas. Si je travaille bien pourquoi est-ce que je ne suis pas reconnu ? » Et pour finir, parmi le reste ceci, dit sur le mode de l’évidence résignée. « Le trajet depuis chez moi La Courneuve, c’est long. Et il y a les contrôles à cause des trafics. Parce que moi je suis noir, alors les flics me contrôlent ». Voila, madame, ce qu’est « l’éthique » quotidienne de notre société et des valeurs que vous défendez tous les jours comme libérale."

 

Ce passage m'a fait penser aux lignes de l'autobiographie de Bourdieu sur les marxistes de Normale Sup des années 50 qui n'avaient jamais parlé avec des prolos.

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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 00:20

Hier matin, juste avant la tempête de neige parisienne, je suis allé chercher mon passeport espagnol. Me voilà titulaire de la double-nationalité. Un petit luxe que je me suis offert maintenant que c'est permis, par fidélité à l'égard du combat de mo grand-père paternel chassé d'Espagne par le fascisme.

 

don_quichote300.jpg

Une infidélité à la France ? Non point. J'aime sans doute plus ce pays que la plupart de nos ministres qui la vendent aux Etats-Unis en ce moment - voir la belle citation d'Asselineau "si vous ne voulez pas servir les intérêts de la France, vous servirez ceux des Etats-Unis". Mais je serai doublement patriote, jusqu'au jour où cela deviendra illogique et, alors, je ne défendrai plus que le pays dont je parle la langue depuis le berceau et qui m'a instruit : la France.

 atlas_alternatif_ptb.jpg

Mais bon, il faut admettre que celle-ci me traite fort mal en ce moment. Hier sur Facebook un colombien était prêt à me livrer les clés d'un contrat pour la parution en espagnol de l'Atlas alternatif à Bogota. Le tout a été négocié en 10 mn chrono. Je peux faire la part de l'enthousiasme sans lendemain de cet échange, mais il est troublant de susciter tant d'intérêt à des milliers de kilomètres de distance quand, dans la ville où l'on habite, on n'a jamais reçu le moindre soutien : car enfin, quel journal en France, et même quel blog a parlé de l'Atlas alternatif à sa sortie ?

 

Mais revenons à l'Espagne, bien sûr j'ai des réticences face à un pays où les gardes civils forcent les controleurs aériens à reprendre leur travail sous la menace d'un pistolet et où les routes sont encore bordées des fosses communes des Républicains de 39. Mais le mouvement républicain y renaît de ses cendres sous l'imposture monachique vantée par les Etats-Unis (selon Wikileaks), et le village de mon père, coeur de la révolution anarchiste décrite dans Land and Freedom, et où les rues arborent les noms de Franco, de Primo de Rivera, de Mola, fait sa petite révolution tranquille sous l'impulsion d'un nouveau maire du Parti régionaliste d'Aragon (PAR).

 

1couv_montagnes-copie-1.jpgEt ma nationalité béarnaise me direz-vous ? Car je dois bien en parler, n'est-ce pas, à vous qui me renvoyez sans cesse à mon accent et à mon illégitimité méridionale... Ce petit Montenegro pyrénéen qui faillit plusieurs fois réunir sous son autorité toutes les grandes villes du coin de Bayonne à Perpignan, et peut-être même sur l'autre versant des montagnes, se porte bien. Mais sa langue se porte mal. Dimanche sur Radio Pais, j'endendais l'ex député socialiste Georges Labazée s'exprimer dans un béarnais très mêlé de gallicismes, j'étais un peu triste pour elle. Sur le fond je l'entendais dire que les Pyrénées Atlantiques basculeraient peut-être dans l'escarcelle du PS aux prochaines cantonales, une première historique quand on sait combien le Pays basque conservateur avait jusque là contribué à ancrer le département à vall-e-d-ossau.jpgdroite, même en 1981. Mais tout change, même la Bretagne et le Pays Basque, surtout depuis que le PS n'est plus à gauche.

 

L'élue pour laquelle je travaille en banlieue parisienne est basque. Elle m'avait dit en riant lors de notre première rencontre "Vous êtes béarnais, les Basques et les Béarnais ne peuvent pas s'entendre". Historiquement elle a raison. Mais dans le cas particulier elle a tort. Je l'apprécie beaucoup, et il n'y a eu aucune tension entre nous depuis un an. Je lui avais passé la Révolution des Montagnes, j'ignore si elle l'a lue. Elle qui était au Mouvement des citoyens naguère a adjoint son nom de jeune fille basque au nom français de son mari, et le drapeau de l'Euskadi pend au rétroviseur de sa voiture (quoique je connaisse plus de mots basques qu'elle, et pourtant j'en connais très peu). Un signe des temps je suppose.

 valmy_.jpg

La nouvelle France plurielle, le jour où elle sortira de l'OTAN et de l'Union européenne, devra composer avec tout cela !!!

 

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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 00:13
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Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 11:30

Nous sommes dans le temps de l'Avent. Les commerces se sont emparés de cette expression, je crois, comme le Père-Noêl-Coca-Cola s'est emparé de Noël.

 

Je n'ai rien à redire contre cette récupération de la fête dionysienne (plus que dionysiaque) occidentale (Dionysos l'enfant-roi, le Dieu-enfant qui aurait inspiré la légende). La société l'a voulu ainsi, vous l'avez voulu, vous y avez consenti vous tous qui passez sur ce blog sans laisser de commentaires. Dans un sens, c'est votre problème, pas le mien.

 

D'ailleurs je n'idéalise pas le temps où pour les Français de base dont j'étais l'Avent était le temps de l'attente de la naissance de l'enfant-Jésus, de l'enfant-Dionysos. Je me souviens du temps où j'allais tous les dimanches à la messe. Ca a duré 6 ans, entre mon 7 ème et mon 13ème anniversaire. Il y avait le temps de l'Avent et celui de Pâques. A chaque fois ça correspondait à des lectures de passages de l'Evangile différents. Ca revenait cycliquement comme tous les temps religieux dont parle Mircea Eliade, comme les saisons, avec les saisons.

 

A 21 ans (en 1991) j'ai vu Je vous salue Marie de Godard dans le Quartier Latin. J'ai adoré. Que dire ? Pour les plus jeunes il faut préciser que c'était un temps où il était bien de faire de la philo et de la psychanayse autour des grands textes littéraires ou des grands textes religieux de diverses cultures. Ce n'était pas de la "déconstruction" à l'américaine. Il n'y avait rien de haineux dans ces créations-là. Le tournant des années 1990 fut une des périodes les moins haineuses de l'histoire (Mitterrand en 1990 disait que la France n'avait aucun ennemi), et c'est d'ailleurs pour ça qu'ensuite l'OTAN, l'Union européenne et l'OMC allaient en profiter pour bien nous niquer, en profondeur, au nom de l'idéal du "village-monde". Donc quand on "revisitait" l'Evangile, c'était constructif. Dolto avait fait ça dès les années 70, il y avait aussi un théologien allemand à la mode, Drewermann, qui publia vers 1992 une lecture psychanalytique de l'Evangile selon Saint Marc. Il y avait eu, bien sûr, 15 ans plus tôt, l'Evangile de Pasolini que l'Accatone rue Cujas diffusait toutes les semaines ou presque (en alternance avec Salo). Et donc, Je vous salue Marie avait déjà six ou sept ans, non ?

 

Oui, c'était une époque moins haineuse. Il ne serait venu à personne à l'époque l'idée d'accuser Godard d'antisémitisme. L'est-il Godard antisémite ? Il semble qu'il ait eu des propos un peu bizarres sur les Juifs, des "généralisations" suspectes. Je comprends les associations juives qui peuvent être ulcérées par ça. Moi même je tombe souvent sur des généralisations sur les Juifs, voire sur les "sionistes" qui souvent m'exaspèrent. Evidemment on peut s'interroger sur l'arrière plan de ces "dérapages" étranges, et bien sûr il faut les condamner. Mais c'est complètement sans intérêt quand on parle d'art. La question de savoir si un artiste est antisémite, pédophile, nécrophage, ennemi du genre humain etc est hors sujet. Ce qui compte, c'est ce qui se donne à voir dans l'oeuvre.

 

Je n'ai jamais trouvé d'extraits de Je vous salue Marie en français sur You Tube ou Dailymotion. Il y a juste ces "notes" sur le film ci-dessous. Les références à Freud ou les propos sur antimatière, toutes ces considérations irrationnelles m'indiffèrent; Ce qui m'intéresse dans le film, et dans ce que Godard fait en général, c'est cette façon de tenir ensemble des éléments hétérogènes : le corps de la femme, la promesse du Salut, la musique de Bach, par exemple. Nous avons tellement besoin aujourd'hui de continuer à souder entre eux des éléments qui n'ont pas de rapport, de créer des effets de système entre les choses, entre les idées, jusqu'à croire qu'elles ne vont pas l'une sans l'autre, les souder par nécessité. Le bombardement de Belgrade, Maria de Blondie et la tronche de Hollande dans les affiches électorales collées sur les murs de Paris en 1999 font système dans mon esprit, et ça devrait faire système aussi avec la conférence de presse de Chavez au Surinam cette année, avec Démocrite, avec "le cadastre de la Nouvelle Calédonie" dont parlait Deleuze jadis... Resouder ce que l'époque contemporaine dissocie, éclate, disperse aux quatre vents comme les cadavres de Dionysos ou d'Osiris. Sortir de la fascination pour des objets isolés et partiels par laquelle l'abrutissement devient la règle, voilà aussi à quoi peuvent servir les films de Godard.

 

 

 

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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 00:01

Dîné hier soir (lundi) dans le Marais avec ce garçon, Olivier Nicklaus, un homme vraiment charmant que j'apprécie beaucoup même si nos itinéraires divergent énormément (peut-être parce qu'ils diffèrent justement). Le système français produit aujourd'hui des inspecteurs généraux des finances (quelques uns du moins) et des journalistes branchés GENTILS (pas arrogants, honnêtes, ouverts, intelligents, qui inspirent confiance)... Ce qui eût été impensable il y a 20 ans !

 

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Mardi 12 octobre 2010 2 12 /10 /Oct /2010 23:45

3 millions et demi de personnes étaient mobilisées aujourd'hui. La jeunesse commence à être au rendez-vous. Quelle Forme va prendre ce mouvement ? Les leaders de l'opposition sont-ils capables d'en faire une alternative poltique ? Ou tout cela va-t-il couler lamentablement dans le cynisme globalisé, comme il y a deux ans la révolte de la gauche alternative grecque ?

 

jauresmeetingpresaintgeuk6.jpg

Les gens qui descendent dans la rue aujourd'hui jouent leurs dernières cartouches, surmontent pour la dernière fois peut-être le lavage de cerveau ambiant qui les rive à une logique de survie et de fascination pour la trivialité, suspendus à leurs crédits bancaires, au mélange de peur du lendemain (peur de perdre son emploi, peur de la dégradation de l'éducation et des services publics pour ses enfants), de peur de l'autre, de ses voiles, de ses particularismes, de la violence (qui n'est pas qu'un épouvantail médiatique) et de dépendance à la consommation, aux technologies, à la fuite en avant. Une dernière fois peut-être les gens s'indignent, pointent vers la possibilité d'une société plus juste, plus vraie, plus solidaire.

 

Trop de "culture du larbin" (comme dit le pseudo-professeur Mehlang Chang), trop de magouilles, de tours de passe-passe, de foutage de gueule généralisé éveillent en eux ce dernier réflexe. Tout le monde pressent que quelque chose peut se passer, là, dans les semaines qui viennent. Quelque chose. Et peut-être aussi rien du tout. Un Strauss-Kahn, un FMI ex-machina peut juste venir calmer tout le monde, comme l'avait fait la "gauche plurielle" sans idée en 1997 après le grand mouvement de 95. Des choses peuvent bouger... ou bien tout le monde peut rentrer bredouille dans ses chaumières, embobiné,  floué, une fois de plus. C'est quitte ou double. Le grand Jeu de l'Histoire, une fois de plus.

 

Les boues toxiques de Hongrie, les grandes envolées pour la liberté d'expression en Chine ou en Iran ne peuvent plus détourner l'attention des Français de ce qu'il se passe à leur porte : de ces employés des raffineries et des ports autonomes qui arrêtent le travail, des lycéens qui descendent dans la rue. Ils peuvent aujourd'hui changer quelque chose dans leur société, cesser de jouir du fatalisme obscène, de la résignation, se réapproprier quelque chose de leur liberté collective spoliée. Le coulées de boue en Hongrie ne le leur fera pas oublier.

 

Que vont-ils faire ? Que peuvent-ils faire pour tracer leur sillon sans que les élites les trahissent ? Quel sera ce sillon ? Qui va le dessiner ? Ces questions sont derrière toutes le têtes ce soir. Et bizarrement personne n'ose les poser explicitement. On se demande juste s'il y aura des incidents, si le gouvernement remettra la réforme des retraites dans le circuit de la négociation sur des bases plus saines. Comme si renégocier la réforme était l'oméga, non l'alpha, comme si cela n'impliquait pas, aussi, une remise en cause profonde du mode de fonctionnement mondial, européen et national d'un modèle néo-libéral imposé systématiquement "par en haut". Quel chemin l'audace et l'imagination peuvent maintenant se frayer dans le choeur de mécontentements qui commence à faire boule de neige ? Et quel sens des responsabilités et du réel peut donner à ce chemin les moyens d'aboutir à une inversion durable dans notre pays, du rapport capital/travail, entourloupe/honnêteté, mépris/respect des gens, asservissement/liberté ? Voilà comment il faut maintenant formuler les questions pour les semaines qui viennent.

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Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 11:25

C'est un sujet important que le lecteur Gilles me signalait hier à travers un article d'un certain M. Merle,  que je ne connais pas. Un sujet important et complexe, que j'ai un peu abordé dans mon Incursion en classes lettrées mais pas assez.

 

Sujet difficile. Pour faire court : la culture classique s'est construite dans chaque Etat-nation, contre la culture romaine cléricale puis humaniste (j'aime beaucoup le livre semi-bourdieusien de Pascale Casanova, "La République mondiale des lettres" qui rappelle qu'encore dans les collèges jésuites de Louis XIV tout le monde était bilingue français-latin, et qu'il n'était pas encore évident que la littérature francophone puisse être à la hauteur de la litétrature latine). On sait que cette culture lettrée, très structurée et très raffinée, fut un outil de reproduction des classes bourgeoises, et un instrument de violence symbolique énorme (je suis un des rares fils d'ouvriers dans ma région à avoir eu un bac littéraire avec mention très bien, car à l'époque les rares fils de pauvres qui décrochaient une mention au bas le faisaient plutôt dans le monde des chiffres et du savoir positif, relativement protégé de la violence de la culture littéraire : celui du bac scientifique).

exc.jpg

 

Aujourd'hui la culture médiatique festive marginalise la culture lettrée classique. Et l'on n'y gagne pas. On bascule en effet dans des formes de néofascisme de masse dont Berlusconi n'est qu'un exemple. Merle a raison de se référer à Pasolini plutôt qu'à Finkielkraut ou Sloterdijk pour défendre la culture classique car Pasolini eut une façon de relire les classiques qui n'était pas tournée vers la défense de la classe bourgeoise. Il s'agissait au contraire de réconcilier la subversion avec la poésie des sociétés antiques (si possible d'ailleurs des sociétés les plus archaïques).

 

Personnellement je n'approuve pas complètement cette source d'inspiration, car elle est en réalité assez réactionnaire dans son défaut d'ouverture à la scientificité, or je ne crois pas que l'on rende service à son époque quand on cultive la nostalgie pour Médée.

 

Si  à l'occasion vous jetez un coup d'oeil à mon dernier livre sur l'Abkhazie (l'Abkhazie est l'ancienne Colchide, royaume de Médée), vous verrez que j'y interroge en conclusion l'espèce de pasolinisme spontané que beaucoup prêtent aux Abkhazes (beaucoup parmi les rares qui connaissent l'Abkhazie), tandis que, dans la structure même du livre, j'essaie d'user d'un style littéraire classique "décomplexé" (jusque dans l'emploi de l'imparfait du subjonctif), qui m'éloigne de ma formation de sociologue (et de technocrate), mais qui fonctionne pour moi comme un hâvre de sûreté face aux dérives de la pensée (y compris les dérives démago-gauchistes) que permettrait un style littéraire plus populaire.

 

Peut-on encore user d'un style classique (et payer sa dette à toute les constructions intellectuelles et politiques des nations européennes au fil des siècles passés), en utilisant ce style au service d'un projet progressiste, ouvert aux sciences, ouvert à l'altérité des autres cultures (y compris ce qui est anti-scientifique dans cette altérité) et des classes sociales étrangères au classicisme ? Voilà une question que je me pose en permanence, mais c'est un défi que je crois pouvoir relever parce que justement, comme le dit Merle, je crois que le classicisme peut nous protéger de l'hédonisme abrutissant néofasciste. Un exercice complexe. A chaque fois que ma collaboratrice kabyle à Brosseville me remet une note, je corrige les mésusages de la langue française. C'est une forme de respect à son endroit, de confiance en son aptitude à bien écrire notre langue compliquée. Cette confiance l'institutrice de n'importe quel village français dans les années 1930 l'avait en chaque petit paysan mal dégrossi, mes instituteurs l'avaient pour le petit hispano-béarnais patoisant que j'étais. Nous devons l'avoir à l'égard de tout le monde, malgré la capitulation généralisée. Mais je serais un vieux con embourgeoisé arrogant si je ne doublais pas cette exigence stylistique d'une intransigeance morale à l'égard du vieux système bourgeois qui instrumentalisa notre langue pour interdire au père de ma collaboratrice l'accès à notre système d'instruction en Algérie, et si je n'utilisais pas le style classique pour faire autre chose que du classicisme.

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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 23:02

Je voulais écrire aujourd'hui sur cette Thaïlandaise remarquable, qui écrit dans un français délicieux, et qui, à Bangkok , a créé un groupe sur Facebook pour faire connaître ce que sont les Chemises rouges calomniées par nos grands médias et qui risquent chaque jour la liquidation physique dans un bain de sang. Elle se nomme Yaoline Buntang (sur Facebook en tout cas). Je suis heureux d'avoir pu conduire vers son groupe qui stagnait à 25 lecteurs depuis 15 jours les 2 900 "amis" du réseau Atlas alternatif dont déjà 200 ont adhéré audit groupe. C'est bien peu de chose, car je sais que ces réalités virtuelles ne comptent pas dans l'histoire réelle de notre monde, mais au moins cela donne à cette militante persuasive le sentiment que le pays européen dont elle aime la langue n'est pas complètement étranger au drame que connaît le sien.

 

Mais je ne puis écrire davantage sur ce sujet, car je suis exaspéré par beaucoup de choses. Je suis exaspéré en premier lieu par l'obsession anti-burqa de M. Sarkozy et cette chasse à l'Islam du nord de la Méditerranée à laquelle toute cette agitation sur un sujet vestimentaire si marginal pourrait conduire (heureusement pas plus de 33 % des Français gobent les sottises de l'UMP sur ce thème).

 

Et je suis aussi agacé, en ce moment, par une agitation radicale petite bourgeoise qui se répand chez certains intellos issus de l'immigration postcoloniale qui se plaisent à dénigrer la culture française comme culture d'un pays pourri.

 

Tout cela est absurde ! La culture française a eu des moments de grandeur. La France que chante Jean Ferrat, bien sûr, mais pas seulement. La France de Descartes, la France de Gide, et même la France de De Gaulle par certains côtés est grande aussi. Les crimes coloniaux ne peuvent à eux seuls discréditer cette France-là. Bien sûr la France doit être ouverte aux peuples du Sud, culturellement ouverte, à défaut de pouvoir physiquement ouvrir ses frontières, soutenir la Palestine, dénoncer davantage le nouvel ordre mondial qu'elle ne le fait (et même qu'elle ne l'a fait à l'époque de la guerre d'Irak). C'est par là aujourd'hui qu'elle se grandirait et retrouverait quelque accès à l'universalité. Mais le fait qu'elle ne le fasse pas ne suffit pas à faire d'elle une traînée. La surenchère dans la radicalité culturaliste est sur ce point stupide. Elle empeste le ressentiment. Que les moines de ce pseudo-combat-là reviennent sur terre ! Ce n'est pas par leurs prêches enflammés qu'ils touchent aux besoins réels du public immigré ou issu de l'immigration auquel ils s'adressent.


Je suis aussi agacé, il va sans dire, par toutes les comédies culturelles médiatiques. Je suis agacé par les vidéos d'Ardisson sur Dailymotion, et par le prof de philo qui, dans la vidéo ci-dessous, profère une énormité toutes les 5 minutes sur le structuralisme (et pourtant Dieu sait combien j'ai critiqué le strucuralisme, mais oser dire par exemple que Lacan avec "moi la vérité je parle" manifestait les excès de son égo est proprement inepte !), tout ce cours excécrable au service du conservatisme d'un Marcel Gauchet ou d'un Paul Ricoeur, avec un ton pompeux du prof "cool" qui sait que personne ne le contredira parce que des petits bons élèves au premier rang font la claque pour lui ! Les pires souvenirs de ma jeunesse à Sciences Po et dans diverses conférences s'éveille devant cette vidéo ! Bien sûr tout n'est pas faux ni idiot dans ce que dit M. Dosse, mais il y a suffisamment de phrases inconsidérées, d'inadmissibles facilités, qui, à elles seules eussent justifié que ce monsieur ne pût tenir en otage un public de jeunes gens ignorants du sujet qu'il traite (et donc sans défense contre ses erreurs) comme il le fait pendant une heure;

 

S'élève aussi en moi, enfin, l'indignation quand je vois monter la polémique contre Michel Onfray sur la psychanalyse. Onfray ne mérite aucune polémique tant sa philosophie est faible, et s'il avait dû en attirer, ç'aurait dû être sur d'autres sujets (notamment son cours d'histoire de la philosophie sur France culture). Mais pas sur Freud qui, quels que fussent ses talents créatifs que je lui reconnais bien volontiers (tant de belles théories, tant de beaux mythes inventés par ce médecin viennois !), n'est que trop soutenu par la culture dominante.

 

Mais cessons de perdre de l'énergie à conspuer le climat d'imbécilité qui préside à la plupart des débats "de société" ou culturels. Continuons de soigner notre étude de l'histoire humaine, dans ce qu'elle produisit de meilleur et de pire. Cet après-midi, pour la rédaction de mon dernier livre qui sortira en 2011, je relisais la vie de Zénon de Cittium par Diogène Laërce. Voilà qui mérite qu'on s'y investisse. Zénon le Phénicien, le Phénicien d'Athènes, fondateur de la secte des stoïciens, si féconde qu'elle inspira les élites méditerranéennes pendant quatre siècles après lui (et notamment en partie le christianisme). Un homme qu'Athènes vénéra, et non sans raison. Athènes après avoir tué Socrate sut reconnaître la grandeur, par la suite, de ceux qui démystifiaient ses dieux. Si seulement notre monde était capable d'une lucidité semblable...

 

 

 

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Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /Avr /2010 18:52

 

 

As soon as you're born they make you feel small
By giving you no time instead of it all
Till the pain is so big you feel nothing at all
A working class hero is something to be
A working class hero is something to be

They hurt you at home and they hit you at school
They hate you if you're clever and they despise a fool
Till you're so ------- crazy you can't follow their rules
A working class hero is something to be
A working class hero is something to be

When they've tortured and scared you for twenty odd years
Then they expect you to pick a career
When you can't really function you're so full of fear
A working class hero is something to be
A working class hero is something to be

Keep you doped with religion and sex and TV
And you think you're so clever and classless and free
But you're still ------- peasants as far as I can see
A working class hero is something to be
A working class hero is something to be

There's room at the top they are telling you still
But first you must learn how to smile as you kill
If you want to be like the folks on the hill
A working class hero is something to be
A working class hero is something to be

If you want to be a hero well just follow me
If you want to be a hero well just follow me
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 23:55

L'activité de ce blog est suspendue sine die. Je remercie celles et ceux qui l'ont lu, commenté et soutenu depuis sa date de création le 21 octobre 2006.

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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /Sep /2009 09:22
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