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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Bouddhisme et socialisme

26 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je n'adhère pas aux spéculations religieuses, mais je peux éprouver une compréhension chargée de sympathie pour ceux qui les embrassent. En tout cas de l'intérêt intellectuel, et il n'y a pas de bonne analyse intellectuelle sans une petite dose d'empathie.

Il y a peu je côtoyais une ex-communiste italienne qui s'est convertie au bouddhisme aux Etats-Unis. Je crois que le bouddhisme est une sensibilité qu'apprécie une part de la gauche altermondialiste.

Je lisais ce matin un portrait touchant que Marcel Conche dans Nietzsche et le bouddhisme (p. 26) fait de Philip Mainländer - Batz de son vrai nom, mort suicidé par pendaison à 35 ans en 1876, le jour où il reçut de son éditeur le premier exemplaire de son ouvrage "Die Philosophie der Erlösung". Conche précise "Il était sensibilisé au bouddhisme non seulement par ses lectures, mais aussi pour une raison personnelle : son frère ainé, mort à vingt-quatre ans, s'était pris en Inde d'enthousiasme pour la Sagesse de Bouddha." Et il ajoute "Mainläder était une nature généreuse et un ardent socialiste". Jusqu'ici je ne connaissais de la synthèse Schopenhauer-Bouddha-socialisme que le jeune Wagner. Apparemment Mainländer a influencé l'entourage de Lou Andrea Salomé, entre autre.

Conche rappelle que Nietzsche pensait que notre époque (la fin du 19 ème siècle) pouvait être propice à une forme de christianisme aristocratique qu'il indentifiait au bouddhisme (au passage on découvre les conneries de Nietzsche sur les origines esclaves des sémites). Je trouve peu de choses sur Philip Mainländer sur Internet.Il est juste signalé comme un des théoriciens du suicide.

On ne travaille pas assez sur cette gauche allemande du dernier quart du 19 ème siècle.

Peut-être avec le recul du léninisme et cette obsession de la "PACE" des altermondialistes de notre décennie une partie des anti-impérialistes renouent-ils sans le savoir avec ce geste bouddhiste des socialistes allemands des années 1870-1880. Ce serait à creuser
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Une fille bien à Düsseldorf

24 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je reçois cet article par mail ce matin :

"ALLEMAGNE: UNE DEPUTEE COMMUNISTE DE CHOC ...Une députée communiste dans la Ruhr

Les élections législatives ont eut lieu il y a quelques semaines en Allemange, Die Linke a obtenu 11,9% des voix. Coup de projecteur sur la nouvelle députée de Düsseldorf (région de la Ruhr), la communiste Sahra Wagenknecht

Avec 13.244 voix et 9,9% (+4 points) pour Die Linke sur la circonscription de Düsseldorf-Sud, Sahra Wagenknecht fait son entrée au Bundestag. Ancienne députée européenne du PDS (Parti du Socialisme Démocratique - ex SED), elle a placé sa campagne électorale sur la nécessité d'organiser de la riposte sociale contre la loi Hartz IV, la retraite à 67 ans et contre les coupes sociales justifiées au nom de la crise. Tout en défendant la taxation des millionnaires, des revenus très élevés et des transactions boursières Sahra Wagenknecht place le socialisme au coeur du projet politique de Die Linke, elle insiste sur la nécessité de surmonter les contradictions dans les rapports de production capitaliste.

Sahra Wagenknecht (née le 16 juillet 1969 à Jena en ex-RDA) adhérente au Parti Socialiste Unifié d'Allemagne (SED) en 1989, elle co-anime la plate forme communiste au sein du PDS (Parti du Socialisme Démocratique successeur de la SED) et aujourd'hui de Die Linke, ainsi que la plate forme de la gauche anticapitaliste. Elle met en avant les expériences positives du socialisme réel (tout en tirant les erreurs de ce dernier) afin de mettre à bas le capitalisme. Ses positions l'ont souvent opposée à Gregor Gysi et Michael Leutert l'accusant de rejeter l'expérience de la RDA sous couvert d'accusation d'être "stalinien".

La presse allemande la considère comme un faucon au sein de Die Linke et ses positions sont claires : socialisme, marxisme, pas d'alliances avec le SPD et les verts, solidarité avec Cuba et le Venezuela, anti-racisme, anti-fascisme, lutte contre l'anti-communisme, pacifisme. Elle n'hésite pas critiquer Oskar Lafontaine (co-président de Die Linke) et les positions réformistes de ce même parti.

Ainsi la députée communiste de la Ruhr place l'objectif du socialisme comme moyen pour dépasser le capitalisme. Comme quoi tout n'est pas à jeter à Die Linke."


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Le dernier livre de Christian Arnsperger

20 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

"Ethique de l'existence post-capitaliste" - Lu sur les conseils d'un lecteur de ce blog, je l'ai commenté pour Parutions.com ici :
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=94&ida=11529
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Pour une sociologie des organisations politiques immigrées en France

20 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je jette juste quelques notes sur ce blog pour mémoire.

Le site des Indigènes de la République publie une interview d'un de leurs intellectuels Sadri Khiari que j'ai rencontré hier soir pour un bref échange de vues. On peut voir un bon dossier sur Sadri Khiari ici, ainsi qu'une vidéo ci dessous.


Parmi les associations politiques et culturelles qui doivent être prises en compte dans une sociologie de l'engagement des immigrés, il convient de noter les organisations suivantes :

- Dans la veine progressiste laïque

Le Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB) est une organisation fondée en France en 1995. Elle est issue de la marche des beurs de 1984 et des émeutes du début des années 1990. Le MIB dénonce le racisme institutionnel dont seraient victimes les enfants d'immigrés et en particulier les bavures policières. Le MIB s’est notamment mobilisé contre la double peine. Le MIB condamne le recours à la violence et inscrit son combat dans un cadre légal, au nom de la justice et de l'égalité des droits. Le MIB dénonce aussi bien la politique de la droite que celle du Parti socialiste, se démarquant ainsi de SOS Racisme.Son responsable est Tarik Kawtari

De l'avis de beaucoup c'est un mouvement vieillissant. Longtemps snobbé par la gauche et notamment le PCF, il est maintenant mieux accepté par celui-ci. Un de ses leaders Nordine Iznasni, porte-parole de José Bové lors de la campagne présidentielle de 2007, est devenu élu conseiller municipal PCF à Nanterre en mars 2008.

En 2007, il a initié avec DiverCité et Les Motivés le Forum Social des Quartiers Populaires (FSQP). Il s'agit d'une manifestation annuelle qui rassemble les associations et collectifs autour des problèmes des banlieues, l'objectif est de faire émerger un mouvement social, culturel, politique qui parle des quartiers populaires.

- Dans une veine plus religieuse

Espérance musulmane de la jeunesse française (EMJF) basée à Aulnay-sous-Bois. Sur Dailymotion, elle affiche le discours du vendredi à la mosquée d'Aubervilliers. Invité par l'UAM 93 Sheikh Anouar Ghadhoum est l'imam de la Mosquée Okacha à Dubai (Émirats Arabe Unis). Ils ont été liés à la municipalité UMP d'Aulnay, elle est maintenant proche de sa municipalité socialiste.

EMJF est membre de l'UAM93. Son président, Hassen Farsadou est président des deux associations. L'UAM93 organise des réunions équivalentes du dîner annuel du CRIF à l'échelle départementale mais y accueille aussi des responsables d'envergure nationale comme François Bayrou récemment (je note au niveau local que le maire PCF de Bagnolet Marc Everbecq qui est parfois accusé d'être trop proche des organisations musulmanes fait partie de leur réseau d'amis sur Facebook, c'est d'aileurs à Bagnolet qu'était initialement basée UAM93). Lors des émeutes de novembre 2005, ils ont organisé des rondes de nuits de pères de famille "pour ramener les jeunes à la raison". Le 14 mai dernier, ils accueillaient le préfet  93 à dîner, voici la vidéo.



Le Collectif des musulmans de France de Karim Azzouz, ex Collectif des Jeunes Musulmans de France  né en 1992, devenu CMF en 2002 "ne cherche nullement à devenir une instance représentative" et "tente de lutter contre tous les extrémismes, et d'amener tant les citoyens de confession musulmane que les pouvoirs publics et la société en général, à une responsabilisation sur les enjeux futurs"

Force des mixités, association fondée en 2005 et présidée par Abdellah Boudour dit Don Sano. Cette association se présente comme "engagée dans le social depuis l’année 2005 dans divers actions: aides aux sans abris, dons alimentaires, collectes de vêtements, soutien scolaire, aides à l’insertion pour les jeunes, actions contre les violences faites aux femmes…" Ils ont été très courtisés par la gauche à Argenteuil aux municipales de 2008 et boudés par la droite.

- Dans une veine plus radicale et communautariste

Le Mouvement des damnés de l'impérialisme (MDI) est un groupuscule politique lancé officiellement le 22 mars 2008, présidé par Kémi Séba. Créé à la suite de la dissolution légale et judiciaire de ses anciennes organisations (Tribu Ka puis Génération Kémi Séba), il se définit comme « ethno-différencialiste et anti-impérialiste », et se classerait, selon l'asbl belge RésistanceS, à l'extrême droite de l'échiquier politique français. 

Le Parti antisioniste, le Centre Zahra et la Fédération des chiites de France de Yahia Gouasmi (alliés à Dieudonné).

- Dans une veine plus liée au sarkozysme (ou au sarkozo-strausskahnisme)

Le Conseil représentatif des organisations noires de France de Patric Lozès, le Comité Marche 98 de Pierrick-Serge Romana, le Collectif DOM de Patrick Karam (devenu délégué interministériel à l'égalité des chances de Sarkozy).
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Revue de presse

19 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Le Monde accorde une tribune à Howard Zinn aujourd'hui contre le Prix Nobel de la paix décerné à Obama. Le Parisien fait ses gros titres sur les fraudes à la retraite et le renouveau de l'ultra-gauche. Pointer les petits fraudeurs et la recrudescense du péril rouge à l'heure où les banques réengrangent des bénéfices indus et se lancent à nouveau des spéculations qui mettront une nouvelle fois nos économies à genoux, voilà qui est caractéristique de la presse conservatrice. Le Monde s'énerve contre le népotisme de Sarko, Libé contre Pékin, contre les fichiers d'Hortefeux et le Kindle d'Amazon... Au fait : mon éditeur est en délicatesse avec Amazon. Inutile d'essayer de leur acheter mes livres donc.
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L'ami syrien

16 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Le Dissident internationaliste est revenu enthousiaste de Damas où il avait été invité ainsi que 1400 personnalités du monde entier pour protester contre l'annexion du Golan par Israël et où il a rencontré le leader du Hamas en exil. Il était notamment très emballé par le ministre de l'information syrien Mohsen Bilal : "Il a dans son bureau une photo de lui avec la fille de Chavez, et une avec la fille du Che dont il affiche par ailleurs un portrait. On a tout de suite compris qu'il était des nôtres, ce qui n'est pas le cas de tous les dignitaires de ce pays. Il nous a raconté qu'il était étudiant dans une université italienne en 1968 et qu'il était monté à Paris spécialement en mai pour participer aux manifs. Il admire beaucoup ce que fait la Chine en ce moment".

Du fait de son parcours au PCF dans les années 1970-80, le Dissident aime bien les révolutionnaires qui dirigent des structures bureaucratiques. Il pense qu'ils ont un certain pouvoir, une certaine efficacité, qui peut se combiner avec celle de ceux qui mènent la lutte armée, qui font grève, qui se battent. Beaucoup d'anarchistes que je connais mettraient en doute cette position, mais chacun réagit en fonction de sa culture. Pour ma part j'enregistre ce genre de témoignage sans former aucun jugement. Je trouve intriguant qu'un régime comme celui du Baas syrien ait une aile "guévariste". On devrait faire une sociologie des gens qui ont accroché le portrait du Che dans leur bureau. Je pense qu'on aurait des surprises.
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Rapports corporels

16 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

On me rapportait hier les propos de Patricia Latour, auteure d'un livre sur la question : "En 1936, les femmes françaises ne demandaient pas le droit de vote. Elles avaient d'abord des revendications plus concrètes à satisfaire comme celles d'obtenir des clés dans les toilettes des usines pour que les contremaîtres arrêtent d'ouvrir les portes pour se rincer l'oeil".

L'histoire prend un aspect particulier quand on la considère sous l'angle du corps. Marx l'avait déjà relevé même s'il n'employait pas le mot "corps".

J'observe que le corps sous l'angle sexuel est à la mode en philo. Le Cinéma pornographique de Servois aux éditions Vrin. La prêtresse Marzano a publié un "La philosophie du corps" en Que-sais-je? l'an dernier. Une correspondante doctorante de retour des rencontres d'histoire de Blois m'écrivait lundi : "J'ai vu notre grande amie, Marzano elle intervenait dans une conférence sur la nudité et la pudeur, alors je ne sais pas comment j'ai pu l'utiliser dans mes travaux, j'ai trouvé son discours axé uniquement sur l'image de la femme humiliée dans les médias, le besoin du voile de pudeur sur le corps (blablabla). effectivement c'est un discours très réducteur de la nudité et je comprends mieux quand tu disais que les sciences sociales regorgent de curé - en l'occurrence ici il s'agit d'une bonne sœur. "

Hier sur la place de la Sorbonne, j'ai constaté que, comme on le redoutait depuis des années, un magasin de fringues est venu à bout de la librairie des PUF. Triste époque. A 18 ans quand je suis parti pour Paris mon prof de philo m'avait dit : "Vous verrez la Sorbonne, la librairie Vrin, celle des PUF, vous ne voudrez plus revenir le Sud-Ouest après". Aujourd'hui on ne peut pas dire la même chose à un jeune cadet de Gascogne. Il a déjà la philo et le porno sur son ordinateur (c'est-à-dire tout ce qu'il faut pour survivre intellectuellement en ce bas monde). Dans le Quartier latin il n'y a plus que les magasins de nipes qu'il trouve aussi dans son chef-lieu d'arrondissement. So what ? Il n'a plus d'intérêt à se ruer sur le Boul'Mich, ni non plus à rêver d'explorer le pôle nord : il n'y aura plus de calotte glacière dans 20 ans.

Ah il faudrait aussi que je vous dise un mot de Claude Allègre et de tous ces savants qui ont la bonne idée de critiquer les dogmes écolos du moment. Une autre fois.

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Fuir la reconnaissance

15 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Rattrappé par le spleen ce soir après une journée vide et insignifiante à Brosseville, un mauvais coup que me fait une journaliste écervelée de la presse féminine, qui, malgré ses promesses, squeeze mon interview après deux soirées de travail sur son sujet (le plus horripilant n'est pas le manque total de respect, mais le fait que cette goujaterie émane d'une imbécile), et une soirée encore plus pénible avec un petit cercle communiste dont le chef redécouvre tous les ans mes origines espagnoles (malgré un livre que je lui ai offert là dessus il y a un an, mais ce n'est qu'un signe parmi mille du fait qu'il se fout complètement de mon existence et veut juste m'instrumentaliser), je tombe sur des vidéos marrantes d'un éditeur d'extrême droite sioniste sur son blog. Ce qui est rigolo, c'est qu'il utilise un procédé que j'ai expérimenté le mois dernier (le remplacement de l'écrit par la vidéo) et surtout qu'à travers ses vidéos s'exprime un besoin maladif de reconnaissance (il ne cesse de demander des débats à Soral, à Blanrue etc). Le pauvre !

 

Ces jeunes types de la nouvelle extrême droite, qu'ils soient prosionistes ou antisionistes sont des accros aux caméras, des shootés de l'interview, au point qu'ils passent leur temps à poser devant des camescopes dans l'attente d'être invités par Taddei. Rien à voir avec mon petit jeu actuel qui consiste à aller parler de seins siliconés dans des revues pour dames. Eux veulent vraiment pouvoir exposer urbi et orbi au peuple français si le danger vient d'Israël ou des Musulmans, de Poutine ou d'Obama (dans des grandes considérations géopolitiques qui du reste ignorent largement la question sociale). Tout cela semble souligner l'urgence de vendre son ordinateur et sa télé et d'aller élever des chèvres dans les Alpes comme mon ami Fonseca !

En parlant de question sociale, un jeune gars de l'équipe municipale de Brosseville m'a dit  mardi :"Je préfère ce que représente Chomsky que ce que représente Bourdieu. Bourdieu j'ai essayé de le lire, mais je n'ai jamais pu aller jusqu'au bout. Ca m'a paru très foid et désagréable. Chomsky est beaucoup plus agréable".

Depuis qu'il n'est plus physiquement là pour défendre ses écrits l'étoile de Bourdieu pâlit à grande vitesse. Une seconde mort en quelque sorte. Bientôt on se demandera ce que les gens des années 1970-80 ont bien pu lui trouver. Sic transit gloria mundi.

Donc fuir la reconnaissance oui. Je fais une séance de signature de mes livres le 19 novembre. La dernière de l'année. Après basta. Je serai tout acquis à la tristesse de mes quarante ans. Il faut savoir la savourer dans une austère solitude.

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Le retour du libéralisme

11 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Dans Le Monde aujourd'hui :
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O
n avait peut-être conclu un peu trop vite au retour de l'Etat à la faveur de la crise des subprimes, après des décennies de libéralisme effréné, de dérégulation et de déréglementation à tout-va, de privatisations non-stop. On avait peut-être crié un peu rapidement à la mort du marché et à la résurrection du politique dans la vie des affaires.

Cette impression avait culminé à l'occasion du G20 de Londres, en avril, où l'on avait vu des chefs d'Etat et de gouvernement, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy, grisés par leur sentiment de puissance. Comme ivres du pouvoir reconquis aux dépens du marché. Mais six mois plus tard, à Pittsburgh, et malgré le retour de la croissance, nos maîtres du monde avaient perdu de leur superbe.


On promettait un Etat fort et actif, on voit des gouvernements qui se dérobent ou qui renoncent. On prétendait reconstruire le capitalisme, on n'ose même pas se rendre à Gandrange. Dans le match qui les opposait aux banques centrales, d'abord, les politiques ont perdu par KO. C'est à elles - à travers le Conseil de stabilité financière - qu'a été confiée la tâche de fixer les règles en matière d'attribution des bonus des traders, à elles aussi le soin d'en vérifier la bonne application.


C'est aussi aux banques centrales indépendantes et à leurs techniciens que la nouvelle supervision bancaire et financière fait la part belle, au détriment des ministères des finances. Il n'y a guère que le patron de la Banque mondiale, Robert Zoellick, ancien de l'équipe Bush, un comble, pour s'émouvoir de cette démission du politique.

Il n'a pas fallu non plus six mois pour que les opinions publiques commencent à regretter le temps où le marché était sans doute trop libre et trop puissant, mais où l'Etat se montrait moins prédateur. Elles n'ont pas eu de mal à comprendre que le retour de l'Etat dans la vie des affaires, cela voulait dire d'abord et avant tout le retour des déficits. Et donc le retour des hausses d'impôts (comme en Espagne), du gel des salaires des fonctionnaires (comme en Grande-Bretagne), de leur baisse (comme en Irlande), l'allongement de l'âge du départ à la retraite (comme en Suède), etc. Partout, du sang, de la sueur et des larmes - sauf en France où le gouvernement tente de faire croire que le nuage radioactif des déficits ne franchira pas les frontières.


L'envolée des dettes publiques signifie que les grands pays industrialisés ont perdu, et pour longtemps, toute marge de manoeuvre budgétaire. Les arbitrages des lois de finances des prochaines années, peut-être des décennies, se résumeront à ceci : savoir où faire des coupes, où dégager des économies, quelles catégories socioprofessionnelles sacrifier, quelles dépenses et quels avantages supprimer, où trouver des recettes. Plus de place pour des mesures de relance supplémentaires ou de nouveaux cadeaux fiscaux, plus de place pour des avancées sociales coûteuses. Trop de keynésianisme tue le keynésianisme et rend l'Etat impuissant.


Leurs endettements record vont ligoter les Etats et les livrer au bon vouloir des marchés financiers. Car il va bien falloir vendre et écouler tous ces emprunts du Trésor émis par milliers de milliards de dollars. Et donc séduire ces financiers dont on avait pourtant cru se débarrasser une bonne fois pour toutes - traders, gestionnaires de hedge funds ou de fonds de pension, banquiers sans foi ni loi.


Les gouvernements vont devoir leur donner des gages d'orthodoxie budgétaire ou leur offrir des rendements élevés. Ou les deux. Et malheur au pays dont les emprunts d'Etat ne trouveront pas grâce aux yeux des investisseurs : les taux d'intérêt à long terme s'y envoleront, cassant la croissance. La "dictature" des marchés financiers a de beaux jours devant elle.


Surtout, la crise des subprimes a montré que les gouvernements n'avaient au fond, contrairement à ce qu'ils faisaient croire, aucune intention véritable de reprendre la main, aucune envie réelle de voir la puissance publique reconquérir des parts de marché face au privé.


Ils avaient une occasion inespérée de le faire dans le secteur bancaire mais ils s'en sont bien gardés. Après avoir sauvé les banques du naufrage, leur avoir prêté et garanti tout l'argent dont elles avaient besoin, les avoir aidés à renforcer leurs fonds propres, les Etats se retrouvaient en position de force inédite.

Ils auraient pu choisir de rester durablement au capital de ces établissements pour les contraindre à distribuer du crédit, pour contrôler les risques pris sur les marchés financiers ou encadrer étroitement les rémunérations des traders. Des esprits peu suspects de dérive gauchisante, tels Thomas Hoenig, patron de la Fed de Kansas City, avaient même légitimé idéologiquement des nationalisations bancaires, arguant des risques spécifiques du secteur.


Au lieu de cela, les Etats se sont empressés de se désengager des banques dès que celles-ci ont été en mesure de rembourser les aides publiques qu'elles avaient reçues. Les "nationalisations" bancaires n'ont été que de courtes parenthèses, vite refermées, sans que personne ne s'en offusque.


De façon irréelle, on a même vu les socialistes français reprocher au gouvernement de ne pas avoir spéculé sur la hausse des titres bancaires et de ne pas avoir "fait" assez d'argent dans ces opérations ! Pauvre Karl ! Vingt ans après la chute du mur de Berlin, c'est bien la deuxième mort du socialisme, avec la crise des subprimes, à laquelle on assiste.

 


Pierre-Antoine Delhommais
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Al Jazeera révèle un plan colombien pour assassiner Chavez

11 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

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Article sur la conférence « Les nécessaires progrès de l’Europe de la défense »

10 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Voici dans son intégralité (avant les coupes de Pierre Lévy) mon article que le journal eurocritique Bastille-République-Nations n°45 (6 octobre 2009) vient de publier en p. 10 sous le titre "Vénus en petite tenue" et que j'avais intitulé initialement "Aux armes Vénus européenne !". J'avais signalé sur ce blog le 24 septembre ma "mission" dans le 7 ème arrondissement de Paris pour assister à cette conférence.

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Le 24 septembre dernier s’est tenue à l’école militaire sous le titre « les nécessaires progrès de l’Europe de la défense » une de ces réunions de famille où le centre-droit euro-fédéraliste peut savourer ses petites victoires : de ces réunions entre gens bien élevés et contents d’eux-mêmes, où ministres et présentatrices se font la bise et se tutoient, sous le « haut patronage » du président de la République (absent), de la Fondation Robert Schuman, du Constantinos Karamanlis Institute for Democracy et du Center for European Studies.

 

A défaut de Nicolas Sarkozy, le ministre de la défense Hervé Morin était présent pour clamer avec enthousiasme que, contrairement à ce qu’a déclaré le néoconservateur Robert Kagan – que l’Amérique vient de Mars et l’Europe de Vénus –, « l’Europe peut être tout à la fois Mars et Vénus en même temps ! ». Certes, a reconnu l’ancien conseiller technique de François Léotard, pour des raisons historiques après 1945 notre continent a reculé devant l’usage de la force au-delà de ses frontières, lui préférant le « soft power », mais il n’y a pas de raison pour que cela perdure. Selon lui, l’Europe incarne un message, des valeurs. « Le modèle de société européen, a martelé le ministre à la fin de son intervention, n’est ni celui des Etats-Unis, ni celui de la Chine ou de l’Inde (il a failli dire « encore moins »). Et ce modèle est le plus beau qui existe à la surface de la planète ». L’Europe vaut donc bien quelques dépenses militaires communes.

 

Après cette profession de foi lyrique partagée par tout l’auditoire un quart de l’amphithéâtre Foch s’est vidé (les hauts gradés  obligés d’assister au discours du ministre). Restait aux spécialistes à décortiquer les modalités de construction de cette Europe de la Défense voulue par les fédéralistes comme le moule d’une « nouvelle citoyenneté » de la Mer Baltique à Tamanrasset (ou presque).

 

Et là, force fut de constater que le tour d’horizon des succès de ce volet de la politique européenne était assez vite effectué : une relève européenne de l’OTAN en Bosnie et en Macédoine, une mission d’interposition en Géorgie montée en seulement trois semaines en 2008, une opération Atalante contre les pirates au large des côtes de Somalie, un projet commun d’espionnage spatial (MUSIS), un ERASMUS militaire, une force commune de transport aérien.

 

Les difficultés, elles, sont de taille, et revenaient à demi-mots d’un « panel » de discussion à l’autre : la résistance des britanniques à accepter la création d’un « HQD » (un quartier général permanent) pour les opérations civiles et militaires, une manie des pays européens (sauf la France) à baisser les budgets de défense à la première crise financière venue, la réticence des opinions publiques à tolérer que des soldats meurent, le conflit turco-chypriote qui pourrit les relations avec Ankara, pièce importante du dispositif stratégique.

 

Mais qu’importe. Un bon européiste est un fédéraliste pragmatique : les objectifs sont ajustés au (maigre) champ des possibles. Pas question d’opposer la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) à l’OTAN – l’entrée de la France dans le commandement intégré a mis fin à ce « vieux débat ». Au contraire : tout doit être basé sur la complémentarité. L’Union européenne est fière de savoir conjuguer dans la gestion des crises la dimension civile et l’action militaire d’une manière intégrée, elle pourrait l’enseigner au partenaire étatsunien. Ainsi en Somalie nos accord juridiques nous permettent de livrer les pirates appréhendés sous le drapeau de l’UE dans le cadre d’Atatante aux autorités kenyanes, alors que les Américains, dans le cadre de l’opération parallèle de l’OTAN Ocean Shield sont obligés de les relâcher. Si bien, allait déclarer avec fierté le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes Pierre Lellouche qu’Ocean Shield a périclité et que le SACEUR de l’OTAN aujourd’hui reconnaît que sa structure « complète » celle de l’Union européenne dans la corne de l’Afrique et non l’inverse. A la limite les remarques de plusieurs intervenants laissaient entendre que plus l’OTAN (qui est enlisée dans beaucoup de problèmes bureaucratiques) sollicitera une action de la PESD, plus cela la légitimera… Autrement dit rien ne se fera sans le soutien de l’Amérique. De ce point de vue là l’empêtrement de Washington en Afghanistan serait presque une aubaine pour faire émerger un besoin de PESD sur d’autres théâtres d’opérations – notamment  ceux où les soldats américains ne sont plus acceptés comme l’Afrique et le Proche-Orient –, si toutefois cette même crise afghane n’absorbait par ailleurs aussi vainement une bonne part des budgets européens, refroidissant ainsi l’ardeur interventionniste de tout le monde. Et du reste pour l’instant la PESD indiffère à ce point l’OTAN qu’il n’existe même pas d’interconnexion entre les missions de l’une et de l’autre sur leurs théâtres d’opérations (à Kaboul, et au Kosovo).

 

Après la pause déjeuner devant un auditoire franchement clairsemé les vérités désagréables ont ressurgi dans le panel consacré au marché de l’armement. Cette fois la tonalité devenait franchement amère : l’ardeur libéralisatrice de la commission, exprimée par une directive récente, a dû s’arrêter aux particularités de ces « marchandises » que sont les armes au regard de la souveraineté des Etats a souligné le représentant de la Délégation générale à l’armement. La recherche et développement en ce domaine reste l’affaire de trois ou quatre Etats pas plus. Les Etats membres ont quand même accepté le principe de préférence communautaire a reconnu le directeur général international de Dassaut Aviation Eric Trappier, ce qui peut laisser espérer que certains parmi les plus atlantistes cessent de s’approvisionner en armes américaines… sauf, a-t-il immédiatement déploré, que la moitié des dépenses de recherche aujourd’hui vont dans le projet d’avion anglo-américain JSF (Joint Strike Fighter) que la firme américaine Lockheed. Il n’y a plus, a reconnu le secrétaire d’Etat Pierre Lellouche en conclusion, de grands programmes d’armement comme dans les années 1990. L’Europe, qui investit trois fois moins dans ses programmes que les Etats-Unis, disperse ses dépenses sur trois programmes d’avions, six programmes de sous-marins, une vingtaine de programmes de blindés. Quand on sait comme disait le secrétaire d’Etat que « sans grand programme d’armement il n’y a pas d’industrie d’armement, et sans industrie d’armement il n’y a pas de défense européenne », les chantres de l’Europe de la défense paraissaient soudain un peu nus… heureusement, à cet heure tardive de l’après-midi, il n’y avait plus grand monde pour entendre ces dures vérités.

 

 



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Le dernier livre de Michel Collon sur Chavez

7 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Vous trouverez ma recension pour Parutions.com des "7 péchés d'Hugo Chavez" ici :
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=97&ida=11414
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Lénine et la charia

4 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Des débats historiques intéressants se développent dans la mouvance communiste autour du rapport des bolchéviks à l'Islam. Vous en trouverez un écho dans l'article suivant du Dissident, qui rappelle notamment le rôle de Sultan Galiev, auquel un livre fut consacré chez Fayard en 1986. Tout cela est sans doute utile pour les débats actuels de la gauche..

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Til death tears us apart

4 Octobre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'assistais avant hier en Béarn aux funérailles d'une de mes tantes, la plus jeune (60 ans). Des gens de Barcelone étaient là. Ma mère qui est française au téléphone m'avait dit que les Espagnols pleuraient fort, "comme les pleureuses dans les villages autrefois" avait elle ajouté. Chacun observe les réactions de chacun devant la mort. Par aileurs ma mère qui avait veillé ma tante pendant son agonie (d'un cancer) ne m'a rien caché du processus biologique qui a conduit à l'arrêt des organes. Mes obligations professionnelles m'ayant retenu en Ile de france, je ne suis arrivé en TGV que pour la mise en terre des cendres.

Le deuil crée ce terrible sentiment de vide, mêlé à une révolte contre ce foutu temps qui passe et ou anéantit tous.

Avez-vous vu cette vidéo sur Dailymotion à propos de la fin du monde ?



Le Scientifique belge m'a écrit avec un humour agacé : "Heureusement qu'il y a le Coran pour nous enseigner la physique-pourquoi se faire chier à faire des exprériences?". Sa mauvaise humeur visait le Coran parce que c'est lui que mentionne la vidéo. Mais je sais qu'il pense la même chose des apocalypses de la Bible, qu'ils soient canoniques ou apocryphes.

Moi j'ai surtout  été bluffé par la démonstration sur la fin de la matière. J'ignore si elle prête à débat chez les scientiques ou pas. Le cerveau humain a du mal à penser un "avant la matière" et un "après la matière". Tout simplement parce que ce bel organe n'a pas été sélectionné pour penser des problème d'une telle envergure...

En parlant de sélection naturelle, je suis assez sceptique devant les réflexions de Pascal Boyer sur le rapport de l'humain aux cadavres, tout en reconnaissant ne guère avoir de billes pour les contrer. En revanche j'aime beaucoup le texte de Luc Faucher et Edouard Machery Construction sociale, biologie et évolution culturelle (dans Naturalisme versus constructivisme ? Paris, Editions de l'EHESS, 2007 p. 213 et suiv) qui évoque notamment l'avantage darwinien de l'invention des ethnies il y a 50 000 ans... Un texte très fécond pour nos réflexions sur le racisme.

A mon retour du Sud-ouest, des journalistes de la TV m'interviewaient... toujours sur le même sujet... voilà au moins qui nous soustrayait au thème de la mort...
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La posture de l'intellectuel

30 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Bader Lejmi a bien voulu écrire ceci sur ce blog :

"Je découvre votre blog.... je discutais récemment avec un ami et on est arrivé à la conclusion, qu'on peut dire à peu près tout ce qu'on veut en France, du moment qu'on prends la posture d'intellectuel et que le jargon est assez obscur pour ne pas déboucher de façon explicite sur une prise de position politique. ce culte de l'intello a ses bons cotés... mais bon de l'autre coté, on ne retient que ce que l'on veut de vous. tout comme barthes et bourdieu sont recyclés pour enrichir le panthéon de la gloire de la france... récemment j'ai entendu citer bourdieu pour contrer ceux qui parlaient de discriminations. pour celui qui citait bourdieu il s'agissait de dire que non, les gens n'étaient pas discriminés, ils partaient juste avec un trop gros handicap... histoire de dire que ça vient d'eux et qu'on peut rien y faire... c'est le revers de la médaille del 'intello qui peut être manipulé pour dire exactement l'inverse de ce qu'il entendait..."

Je dois dire tout d'abord que je ne me considère pas comme un intellectuel. Je suis juriste de profession comme je pourrais être marchand de t-shirts. Ensuite je n'adopte pas de posture. J'ai fait de la philo, je suis docteur en sociologie, j'ai toujours aimé lire, écrire, réfléchir au sens des choses, et j'ai publié des bouquins. Je ne vois pas pourquoi je devrais m'excuser de ça. Ce n'est pas une posture. C'est ce que j'aime faire.

Je ne crois pas du tout qu'il faille avoir un style intellectuel pour pouvoir s'exprimer. Prenons par exemple le blog d'Eva, ou celui d'Hadria, pour n'en citer que deux, il n'y a pas de posture intellectuelle dans ces blogs, et cependan nul ne les censure. La censure légale ne peut porter que sur les crimes (pédophilie, appel au meurtre) ou certains délits d'opinion (apologie de la haine raciale, négationnisme), ce dernier point constituant une particularité française contestable, mais dont les juges font une application modérée.

Le problème concerne l'expression dans les grands medias. Ne sont autorisés à y parler que les gens qui ont le vocabulaire et les idée du journaliste moyen passé par ciences po - impérialisme droit-de-l'hommiste occidento-centré accompagné d'une solide foi en l'aptitude des classes dirigeantes à guider les masses "idiotes", le tout enveloppé dans un vocabulaire aussi chic que superficiel. C'est là le problème. Toute incartade par rapport à cette "doxa" journalistique quant au choix des thèmes (certain thèmes son tabous comme le 11 septembre, autrefois c'était la Serbie), ou quant à la manière de l'aborder (si par exemple vous décidez de dire que l'Iran est un pays assiégé ou que Chavez est un type bien), rique de vous identifier à un des fantômes qui hantent les placards de cette profession (les "staliniens", les "rouges-bruns", les "islamo-fascistes", les "populistes" toutes sortes de clichés dont les racines se trouvent dans la connaissance schématique que les gens ont construite autour de la seconde guerre mondiale). Et si j'ai une fenêtre d'opportunité en ce moment dans les grands médias sur l'anthropologie du corps, ce n'est pas parce que j'adopte une "posture intellectuelle", mais parce que c'est un thème qu'ils aiment et que ce que j'ai à dire n'est pas politique d'une façon parfaitement visible (même si ça le sera en partie d'une manière détournée, comme tout ce qui touche aux sciences sociales).

L'intellectuel, bien sûr, garde une place de prestige, même chez les journalistes peu cultivés, à cause d'une vieille tradition française. Mais cette posture bénéficie davantage à des intellectuels formatés comme Glucksman (qui pérorait encore sur un ton insupportable chez Taddei hier soir) qu'aux intellectuels contestataires.

Concernant Bourdieu, une enseignante lyonnaise me faisait remarquer naguère que les dominants l'aimaient de mieux en mieux pour "naturaliser" les inégalités car sa théorie permettait de culpabiliser les dominés et les décrire comme voués à subir la domination, ce que confirme le propos de Bader sur Bourdieu et la discrimination (j'ajoute cependant qu'il y a une dimension culturelle et pas seulement classiste à la discrimination postcoloniale actuelle que ni Marx ni Bourdieu ne permettent d'intégrer). Ce dévoiement est un effet prévisible (et déjà anticipé du vivant de Bourdieu) de son système. Notez aussi qu'hier Luc Ferry s'exclamait : "Marx avait raison : le capitalisme c'est la révolution permanente !". La tendance des libéraux à s'autoriser de Marx est également bien connue. Derrida (dans Otobiographie) disait que toute théorie est susceptible de faire l'objet d'une lecture de gauche et de droite à cause de l'ambivalence de l'écriture. Je ne suis pas d'accord avec sa conception relativiste de l'interprétation et de la vérité. Mais il est clair que l'invention (ou découverte) intellectuelle dérange toujours un ordre (et fait donc le jeu des contestataires) de sorte que les dominants chercheront toujous à en neutraliser les effets soit en récupérant cette invention, soit en en neutralisant la portée.

Pour ma part je pense qu'en sciences sociales il faut essayer de coller le plus possible aux faits, à la profondeur historique de leurs conditions d'émergence, et, si possible aussi, prendre en compte les acquis politiquement neutres des sciences naturelles. En ce sens les sciences sociales doivent clairement énoncer la partie de leur analyse qui peut être politiquement neutre de celle qui est plus engagée. Sur la partie la plus politiquement engagée l'autorité intellectuelle est nécessairement plus faible. Il n'y a pas de raison "intellectuelle" à être plutôt de gauche ou plutôt de droite, plutôt pour le Tiers-Monde ou plutôt pour l'Occident, plutôt pour les dominés ou plutôt pour les dominants. Chacun des choix politiques engage une vision de l'humanité, mais aucun savoir objectif ne permet, selon moi de dire qu'une vision est meilleure que l'autre. En ce sens mon engagement à gauche n'est pas lié à mes travaux intellectuels, tout comme ne l'étaient pas ceux de Bourdieu et de Marx (quoi que Marx et Bourdieu aient pu en penser). L'engagement est un choix affectif qui se nourrit d'un savoir intellectuel mais qui demeure distinct de ce savoir. C'est pourquoi, pour plus de clarté, j'ai opté pour un nom de plume spécifique pour tous mes textes politiques.
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