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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Hugo Rafael Chavez Frias est mort

6 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

affiche-chavez.JPGLe président de la République bolivarienne du Venezuela est décédé. Comme vous le savez ce blog a toujours été favorable au processus révolutionnaire qu'il a courageusement organisé depuis 1999 et approfondi après la tentative de coup d'Etat dont il avait été victime. Il l'a dirigé pendant 14 ans avec un fort soutien populaire et au bénéfice des plus pauvres (ainsi qu'au bénéfice d'un rééquilibrage salutaire des relations internationales au niveau planétaire). Souhaitons que ce processus puisse survivre longtemps à celui qui sut généreusement le porter et l'incarner.

 

chavez et drapeau républicain

 

Ci dessus Chavez et le drapeau républicain espagnol.

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Le singe de Cléopâtre

2 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

En 1991, Bourdieu au collège de France avait illustré la théorie de l'habitus clivé par une anecdote qu'il avait, disait-il, trouvée chez je ne sais plus quel auteur anglais, d'un singe qui se tenait très bien à table comme un parfait gentleman, fumait le cigare et jouait aux cartes, mais sursautait à chaque fois qu'il entandait casser une noir derrière lui, trahissant ainsi sa nature profonde.

Le pauvre plouc abruti que j'étais (et que je suis resté) ne pouvait qu'être touché par cette anecdote, et, dans l'amphithéâtre, se sentir lui-même un peu singe.

Bonobo.jpgEt puis voilà qu'aujourd'hui je tombe sur un opuscule de Lucien de Samosate, un auteur contemporain de Marc-Aurèle. Et de quoi parle-t-il ? Du singe de Cléopâtre, qui avait appris à danser et faire parfaitement la comédie, mais qui s'arrêtait net au milieu de son spectacle quand il voyait des figues au sol, retrouvant ainsi sa nature première.

Notez d'ailleurs que Lucien de Somosate était une illustration de l'habitus clivé, lui qui était né dans une famille de petits commerçants syriens dépourvue d'une fortune suffisante (et du rang) pour lui permettre la carrière d'écrivain et de haut fonctionnaire qui allait être la sienne (il s'en explique très bien dans ses textes).

Plusieurs possibilités : la mémoire de Bourdieu (qui improvisait souvent au Collège de France) avait peut-être été défaillante (les grands maîtres du structuralisme et du poststructuralisme étaient loins d'être infaillibles). Ou alors un auteur anglais a réellement réinventé l'histoire du singe sans indiquer qu'il plagiait Lucien de Samosate. Ce ne serait pas étonnant, quand on sait combien d'auteurs cardinaux de notre culture (Cervantès, Racine et tant d'autres) ont allègrement pillé l'esprit et la lettre des romans gréco-latins de l'époque hellénistique et impériale.

N'empêche que pour ma part je préfère l'original à la copie. Cette légende est touchante, comme cette autre qye rapporte Plutarque d'un homme qui chérissait tant son singe que César, le croisant sur son chemin, lui demanda si dans son pays il n'y avait point d'enfants pour devoir accorder ainsi leur affection aux bêtes. Cette anecdote là, montre que, contrairement à ce qu'affirment nos incultes sociologues, l'affection dans le cadre familial n'est pas une "invention" de la modernité bourgeoise. Et puis elle relie Cléopâtre et César autour d'histoires de primates. Les versions originales valent mieux que les remakes britanniques.

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Apology for the preceding epistle (p. 367)

"The same thing happened to you as to the celebrated Cleopetra's monkey. She had the creature taught to dance, they tell us, and the monkey really attained to such proficiency, that it danced the hymenaeus very featously according to rule and with much propriety and observance of the character it represented. But no sooner the anial descry a few figs or almonds (which a facetious spectator had thrown unperceived upon the stage) but in a twinkling the mask was torn off, and the monkey his innate voracity fell to munching, and farewel to the flutes, the songs and the dances !

http://fr.calameo.com/read/000107044c6c553abb3ae

 

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Bons points / mauvais points

1 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Pour finir la journée en s'amusant, distribution des bons et des mauvais points

 

Mauvais points à

- La Cinq pour son documentaire ultra-kitsch (on en fait tant sur les intellectuels !) aujourd'hui à propos d'un personnage qui n'aura finalement été qu'une gérante de chapelle autoritaire pas ouverte à la contradiction ni aux idées nouvelles qui ont succédé à sa jeunesse, Elisabeth Roudinesco.

- La Newsring de Taddei (hé oui, ça existe encore) qui donne la parole à un publiciste africain qui dit à peu près n'importe quoi sur Gbagbo avec des mots très mal choisis, le qualifiant de "totalitaire" et son Etat de "criminalisé" (il a oublié son dictionnaire en cours de route)

- Les médias qui ne parlent pas du triste référendum d'Alsace du 7 avril prochain (ni non plus de la réforme des collectivités locales).

 

P1010148.JPG

Des bons points à

- Fakir (ça aussi ça existe encore) pour son article sur la défaite électorale de Monti en Italie.

- Bastamag pour son reportage sur le combat des ouvriers agricoles de Somonte en Andalousie

- François Asensi, député-maire de Tremblay, dont j'ai désapprouvé bien des méthodes et bien des actions naguère, mais qui a eu le mérite hier à l'assemblée nationale de mettre en garde contre le placement de l'opération française au Mali sous tutelle de l'OTAN.

- aux ouvriers de PSA (beaucoup habitent dans la circonscription d'Asensi) qui subissent une pression patronale très dure (cf Libé du 26.2)

 

latinoamer.jpg

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ANI, Loi d'amnistie sociale : un moment important du quinquennat

1 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

hollandeVous avez vu sans doute la menace de Laurence Parisot de conseiller aux investisseurs étrangers de boycotter la France si l'accord national interprofessionnel (ANI) signé par le Medef et des syndicats minoritaires en janvier est modifié par le Parlement.  Une fois de plus le parti de l'argent en appelle aux puissances extérieures. Scénario classique quand le peuple se fait un peu trop entendre. Comme le dit le socialiste Filoche : "Le gouvernement s’illusionne sur la possibilité d’obtenir l’appui du Medef pour « inverser la courbe du chômage en 2013 » et relancer « la croissance »."  Ses deux grandes offres, les « 20 milliards de crédit d’impôt » et la « transcription fidèle et loyale » de l’ANI ne servent à rien.

 

Mélenchon en ce moment dénonce les traîtres dans le processus d'adoption de la loi d'amnistie sociale : la sénatrice socialiste Virginie Klès, Olivier Dartigolles (un communiste béarnais que je n'apprécie guère), des radicaux de gauche. Cela non plus n'est pas de bon augure.

 

Sur l'ANI il faut quand même saluer la campagne d'Emmanuel Maurel, de Marie-Noëlle Lienemann et de mon ex camarade de promo Jérôme Guedj pour remettre sur le métier l'ouvrage... Il faudrait un mouvement social pour soutenir cette aile gauche. Mais où est-il ? En ce qui me concerne je viens de signer la pétition contre l'ANI ici.

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François Hollande et la Syrie

1 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

François Hollande est en Russie. Poutine réitère son offre de l'aider au Mali, en échange Hollande se montre plus compréhensif sur la perspective d'une issue politique (c'est-à-dire d'un compromis avec Assad) en Syrie.

 

Du coup, ça rue dans les brancard dans une partie de l'Armée syrienne libre. Voyez cette vidéo très instructive :

 

 

Il est probable que la France soit dans le double-langage en Syrie car au même moment on apprend que l'Union européenne assouplit le cadre légal qui empêche les livraisons d'armes à l'opposition armée et le secrétaire d'Etat Kerry annonce qu'il va doubler l'aide non militaire à l'opposition, et le lobby favorable à l'armement de l'opposition, comme le sénateur de Floride Marco Rubio devant un think tank pro-israélien, et le député démocrate Eliot Engel sur ABC, s'agite pour faire avancer cette cause. Le lobby néo-cons ne limite d'ailleurs pas son agressivité à la Syrie, puisque le président de la commission des affaires étrangères démocrate au Sénat Robert Menendez (D-NJ) et le sénateur républicain Lindsey Graham veulent faire passer une résolution indiquant que si Israël attaque l'Iran à titre d'autodéfense, les Etats-Unis se joindront à leur opération militaire...

 

Dans l'affaire syrienne on voit bien que l'Occident est piégé. Ou il soutient la rébellion et il approfondit la logique de confrontation avec l'axe chiite (Iran-Irak-Syrie), en menaçant au passage les puissances continentales qui soutiennent ce dernier (Chine-Russie), ou il ne le fait pas, et, sur le terrain, comme on le voit bien dans cette vidéo et dans le livre de Picchinin, ils favorisent la radicalisation dans un sens islamiste de l'insurrection (déjà en 2012 Al-Nosra malgré ses soutiens wahabbites passait pour plus honnête que l'ASL parce que moins empêtrée dans ses négociations avec l'Ouest). 

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Sociologie des ex-maos : Jean-Marc Rouillan au Havre

1 Mars 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

On parlait à l'occasion du décès d'Oscar Niemeyer en décembre du Volcan au Havre. Il semble toujours tenu par la CGT si l'on en croit le journal local, qui, hier, interviewait Jean-Marc Rouillan, ancien responsable d'Action Directe, qui s'y exprimera le 5 mars prochain. Cette visite suscite l'indignation du sous-préfet et du député-maire UMP, alors que selon l'intéressé celui-ci a pu parler librement au centre culturel contemporain de Barcelone et dans divers théâtres français sans susciter de polémique. Il interviendra en marge de la représentation de la pièce de théâtre d'Angela Dematté "J'avais un beau ballon rouge" sur la vie de Mara Cagol, épouse du fondateur et idéologue des Brigades Rouges en Italie (pour info Romane Bohringer et son père Richard Bohringer jouent dans la pièce qui a reçu de nombreux prix, cela fait un peu penser au film "Bonjour la nuit", avec Maia Sansa).

 

mao.jpgA propos de Rouillan, un ex-mao de sa génération resté proche du NPA écrit sur sa page Facebook : "Il évolue finalement comme pas mal d'anciens maos ( je ne parle pas de ceux qui font maintenant allégeance aux propriétaires du Monde) même s'il était de culture plus libertaire à l'origine. Jean Marc et ses copains faisaient des braquages pour imprimer des textes et les diffuser dans l’Espagne franquiste . Outre les classiques situationnistes comme le pamphlet de la misère, en milieu étudiant, il y avait des textes conseillistes et luxembourgistes, ainsi que le droit à la paresse de Lafargue, le gendre de Marx. Action Directe fut crée à partir d'un noyau libertaire et d'anciens de la gauche prolétarienne ayant refusés l’auto dissolution du groupe par Benny Levy, le secrétaire de Sartre et Gesmar. Je connaissais Toulouse vers les années 1976 77, et les copains objecteurs là bas me parlaient du flop de Benny Levy pour expliquer sur le terrain aux militants les raisons du sabordage de la GP. Ces militants rejoindront les GARY crées après l'assassinat de Salvator Puig Antich. La plupart des personnes qui rejoindront Rouillan étaient des filles ou fils de résistants et plus particulièrement liés à la FTP MOI. Je tiens aussi à préciser que nous vivions le début du chômage de masse et la fin des années utopiques liées à 68. Les copains qui, comme moi ; n'avaient pas de diplôme et qui refusaient l'horizon de l'enfermement dans l'usine réagissaient d'une manière plus viscérale . Ce sont les paysans du Larzac qui m'ont sauvé de ce qui fut finalement une impasse. Cela est une autre histoire . Toutefois Rouillan et ses potes restent des Camrades avec un grand C"


republica-espanola

Cela me rappelle qu'un de mes oncles, fils de républicain espagnol, était lié aux maoïstes dans les années 1970, notamment au FRAP, vu que le PCE les avait laissés tomber.

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"Le confort intellectuel" de Marcel Aymé

27 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

On trouvera cela surprenant de la part d'un admirateur de George Sand comme moi (du moins de l'autobiographie de George Sand à défaut d'aimer ses romans), mais je n'ai pas peur de rechercher la vérité à travers lalecture d'auteurs opposés et incompatibles entre eux.

Je lis donc ce soir "Le confort intellectuel" de Marcel Aymé. Il y a une thèse très forte dans son ouvrage : le romantisme du XIXème siècle (jusque dans ses déclinaisons dans Baudelaire) et le culte de la poésie ont perverti la bourgeoisie au point non seulement de nourrir en elle une sympathie pour les idéologies qui veulent sa destruction comme le communisme, mais encore de lui faire perdre le sens du réel.P1000086-copie-1.JPG

Vous savez que dans "Eloge de la liberté" je me confronte à la question du romantisme et de ses formes les plus populaires présentes dans la culture de masse des années 1980, sur le rôle qu'il a joué dans mon engagement en Yougoslavie.

Je ne suis pas du tout du genre à rechercher le statu quo, et j'ai souvent salué notamment ce que le romantismefidel-castro.jpg révolutionnaire (mâtiné il est vrai de beaucoup de réalisme bureaucratique) a pu apporter à un petit pays comme Cuba en terme de dignité humaine et de progrès social.

chomskynotebook.pngMais en bon chomskyen adepte du cartésianisme (et contributeur du Cahier de l'Herne sur Chomsky, je me dois de le rappeler ici pour que mes nouveaux lecteurs aient une vision un peu complète de mes travaux), je me défie aussi de toutes les facilités intellectuelles, et de tous les "fashionable nonsenses" qui font stagner l'humanité dans des rêveries stériles. Je ne sais pas trop si aujourd'hui le romantisme travaille encore notre monde, si, par exemple, on le trouve dans l'islamisme ou dans le chavisme (je suppose que oui). Mais nul n'ignore qu'il apporta à l'humanité du bien (la révolution de 1848), comme du mal (le nationalisme allemand).

Une des forces du livre de Marcel Aymé est de montrer le romantisme (et le goût de la poésie) à l'oeuvre dans l'évolution concrète d'une famille bourgeoise de province. Une autre est de rappeler que cette révolution littéraire aurait pu être tuée dans l'oeuf, comme celle des "Précieuses" et du "roman fleuve" au XVIIe siècle. Marcel Aymé ne fut pas le premier ni le dernier à instruire le procès de cette tendance de l'histoire occidentale. Il y apporte en tout cas une pièce très importante.

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"Le Travail pornographique " de Mathieu Trachman

26 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

P1000726-copie-1.jpgPour info, Parutions.com vient de publier mon compte-rendu du livre du sociologue Mathieu Trachman "Le Travail pornographique - Enquête sur la production de fantasmes" ici.

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Ma main tendue aux cathos

25 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

J'ai adressé en décembre dernier une main tendue aux catholiques il y a peu. La revue "Etudes" (les Jésuites) et d'autres cathos ont craché dessus. Donc je la publie sur mon blog....  Les citations sont incomplètes, je n'ai retrouvé qu'une version avant relecture. Mais cela vous donnera une idée de mon intention d'alors.
 beneto16.jpg
 
L'Eglise comme force de transformation écologique et sociale
 
Il pourra paraître inattendu, voire paradoxal, qu'un auteur comme moi, qui s'est toujours réclamé de l'héritage rationaliste de Noam Chomsky (n'ai-je pas été contributeur du Cahier de l'Herne[1] qui lui était consacré en 2007 ?) et dont le dernier livre sur le stoïcisme[2] se situe sur un horizon sans Dieu, et se voit cité à ce titre dans les milieux athées ou agnostiques[3]. Mais n'ayant jamais renié ma culture chrétienne d'origine, et toujours animé par le respect des croyants de quelque religion qu'ils se réclament, je pense qu'il est dans l'intérêt de l'humanité de dépasser certains clivages, et fédérer les héritages au service de la recherche de solutions conformes à l'intérêt bien compris de l'humanité et de notre planète (ce que dans le vocabulaire chrétien on appellerait la Création, mot qui, dans le néo-platonisme de la Renaissance, s'entend aussi bien comme la Création divine que son prolongement dans l'oeuvre de l'homme, un geste prolongeant l'autre[4].

Or, reconnaissons-le, les problèmes auxquels nous sommes confrontés, d'ordre moral aussi bien qu'économique, social et écologique, présentent une ampleur telle que le dialogue entre les cultures (religieuses et athées) doive être considéré comme d'une urgence plus grave. Le socle de ce dialogue se trouve à mon sens dans la nécessité évidente pour nous tous de stopper la machine infernale qui aujourd'hui s'attache à la surexploitation de la planète et à la soumission de l'humain à une logique d'asservissement intensif de lui-même et de son prochain. Ce système économique planétaire qu'on peut appeler le capitalisme globalisé doit aujourd'hui trouver un frein dans la foi et les convictions morales de tout un chacun. L'Eglise catholique a un rôle fondamental à jouer. "Ce que l'Eglise devrait faire... est bien clair... écrivait Pier Paolo Pasolini il y a près de 40 ans[5]: elle devrait passer à l'opposition...  En reprenant une lutte qui d'ailleurs est dans sa tradition (la lutte de la papauté contre l'empire), mais pas pour la conquête du pouvoir, l'Eglise pourrait être le guide, grandiose mais non autoritaire, de ceux qui refusent... le nouveau pouvoir de la consommation, qui est complètement irréligieux, totalitaire, faussement tolérant et même, plus répressif que jamais, corrupteur, dégradant... C'est donc ce refus que l'Eglise pourrait symboliser, en retournant à ses origines, c'est-à-dire à l'opposition et à la révolte". Dans le présent article je voudrais m'attacher à démontrer en quoi l'analyse de Pasolini sur ce point me paraît encore juste et plus que jamais d'actualité.
I - Crise morale et fin de l' « apeiron »
Il est des mots convenus pour désigner le mal-être social inhérent à la modernité : perte de la transcendance et des repères collectifs qu'elle fondait, hypertrophie de la subjectivité individuelle, avec la part d'égoïsme mais aussi de précarité psychologique que cela implique (puisque l'ego ne suffit pas à fonder une espérance sur le long terme). Je suis plus personnellement enclin à analyser la phase actuelle de la crise de la modernité en termes de "fin de l'apeiron", une notion qui a le double mérite de s'appliquer très spécifiquement à la crise morale de trente dernières années et de pouvoir parler à des esprits aussi bien  athées que religions. L'apeiron, c'était chez les pré-socratiques l'ouvert, l'infini, ce qui n'était pas clos. Cette notion angoissait les Grecs, mais le christianisme, dont la Renaissance humaniste est la fille, lui a donné une dimension plus dynamique.  L'infini en devenant espace de découverte, aussi bien que de conquête et de conversion ( « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », Mt. 28,19) est devenu une source de projection confiante de l'humain, dans l'avenir et dans l'univers qui lui était ouvert Cet infini est aussi devenu l'infini de la profondeur intérieure de l'individu, dont les voies d'exploration n'ont cessé de s'affiner de Saint Augustin à la psychanalyse au XXe siècle, en passant par tous les chemins littéraires.
La fin du XXe siècle a durablement refermé la notion d'apeiron, non seulement en discréditant les utopies politiques dans lesquelles l'espoir de conquête et d'aventure s'était engouffré (singulièrement avec l'utopie universelle communiste), mais aussi en disqualifiant la magie investie par un certain pouvoir universitaire (la psychanalyse, le structuralisme) dans les productions des individus : son insconscient, son langage (car même si les doctrines des années 60 se voulaient méta-individuelles, les systèmes qu'elle prétendaient mettre à jour valorisaient les productions symboliques humaines portées par les individus...).
A la fin de ce siècle marqué par des progrès et des régressions considérables, l'humain s'est découvert une identité d'être biologique durablement fini dont les sciences naturelles (éthologie animale, sciences cognitives, psychologie évolutionniste) pouvaient expliquer les représentations mentales mieux qu'on ne l'avait précédemment cru (réduisant du même coup celles-ci au rang de sous-produit anecdotique de la corporéité devenue prioritaire. L'être humain, dans les pays occidentaux du moins (qui influencent encore beaucoup le reste du monde, qu'on le déplore ou que l'on s'en rejouisse), a découvert du même coup qu'il n'augmenterait son "espérance de vie" et son bien-être matériel (seuls horizons encore ouvert dans ce monde de clôture) qu'en se soumettant à des lois du marché qui valorisent sa capacité d'innovation qu'au détriment d'une indifférence à la justice sociale (dont pourtant il porte le sens dans ses gènes-même), ce qui sans doute concourt à la dévalorisation chez lui des idéaux, et même du travail intellectuel nécessaire à la production de ces idéaux (un travail qui repose sur des valeurs de désintéressement et d'altruisme foulées au pied par l'économie de marché).
 
La fermeture des horizons  moraux et intellectuels et de toutes les sources d'espoir dont le "vivre-ensemble" collectif était porteur favorise presque mathématiquement l'esprit d'exploitation de soi-même et d'autrui dans une logique d'accumulation et d'optimisation de l'accumulation qui est à elle-même sa propre fin.
La découverte du caractère fini des ressources de la planète dans un monde "globalisé" (certains ont dit un village-monde) a joué un rôle ambigü. Dans un sens elle a pu introduire une forme de culpabilité dans la logique d'accumulation. Elle lui a imprimé une dimension plus qualitative : on ne cherche plus seulement à remplir son caddie, on veut consommer "mieux", plus diététique, plus "durable"... Mais elle n'a nullement supprimé la logique d'optimisation. En un sens elle l'a même accentuée : puisque le monde que nous lèguerons à nos enfants sera inévitable plus pauvre en ressources, plus pollué, plus dérèglé sur le plan climatique - dans la mesure où l'industrialisation de pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil nous condamne à l'extraction massive des matières premières et à l'émission massive de CO2 - autant optimiser notre présent, dans notre relation à nous-mêmes et à autrui.  
Aussi tout le monde s'efforce-t-il d'exploiter chaque millimètre carré d'espace existentiel dont il dépose, de relation à soi-même et à autrui pour ne pas manquer d'occasions de mener la vie optimale que divers "coach" en bien-être et en intelligence lui suggère de mener : une vie ni trop trop peu riche en lipides et glucides, ni trop ni trop peu remplie de travail (sans verser dans le burn out), et agrémentée de loisir (sans excès d'oisiveté toutefois car la machine productiviste doit toujours tourner à fort rendement), point soumise aux passions destructrices, aux pertes de temps préjudiciables : tout doit avoir une finalité cohérente avec des besoins soigneusement pré-définis, et très peu d'écarts de comportements (même des écats verbaux, des éclats de rire déplacés) ne sauraient être tolérés dans ce monde fini où tout doit être optimisé rationnellement...
La fermeture de l'apeiron se ressent sur chaque aspect de nos modes de pensée. Par exemple sur la manie de la pondération et de la vérification que nous avons introduite en philosophie et en sciences humaines (pour autant que cette dernière expression ait un sens), là où jadis l'esprit de conquête en dispensait tout le monde.
Le bougisme qu'on impose à tout le monde, y compris à nos enfants en les amenant visiter des musées à trois ans... reflète aussi l'inquiétude généralisée de vivre dans un monde où en fait il n'y a plus aucun moyen de se projeter dans quoi que ce soit, et donc plus rien à faire (au sens profond du terme)
A maints égards la plupart des aberrations macrosociales et macroéconomqie du monde actuel ne sont que le résultat de l'obsession d'optimiser les possibilités de vie. L'explosion de la spéculation financière résulte d'une angoisse de la surexploitation des "opportunités" rendue possible par l'accélération des flux dérégulés via l'outil informatique. L'ampleur des dépenses d'armement d'un pays comme les Etats-Unis (dont le budget n'a jamais diminué malgré la fin de la guerre froide et représente à lui seul 40 % des dépenses mondiales d'armement dont quelques miettes seulement suffiraient pourtant à vaincre la faim dans le monde) s'explique par une volonté toujours plus grande d'optimiser la possibilité d'imposer un "leadership" sans payer le moindre sacrifice en terme de vies de soldatss.
La délégitimation des institutions régulatrices au niveau des nations (les Etats, les syndicats, les églises, au moins en Europe) aussi bien qu'international (qu'on songe à ce que sont devenus le FMI et la Banque mondiale initialement conçus pour maintenir une cohésion économique mondiale) est indissociable de la disparition des horizons d'ouverture et de projection indéfinie de soi dans un espace collectif non clos qu'impliquait la possibilité d'une vie vécue sous la catégorie de l'apeiron, et dépourvue du diktat de l'optimisation tel que nous le connaissons aujourd'hui.
 
Or dans ce mode de vie, l'être humain est en train de perdre l'essentiel. Il perd la gratuité du rapport à autrui et à soi-même, du rapport au temps. Dans tous ces domaines l’utilitarisme gouverne. Certes nous ne vivons plus dans le culte de la vietsse qui caractérisait le XXe siècle (voir sa critique par Alain, mais aussi cette remarque de Borghese à propos de Mussolini*). Certains « coach » et bons esprits recommandent de se ménager, de trouver du « temps piur soi » etc, mais toujoru savec parcimonie et sous la contrainte de l’utilitarisme, qui accepterait sans culpabilitéauujprud’hui de perdre 10 à 20 ans sans rien faire ou à des activités absurdes. Le sens de la lenteur et de l’immobilité sont perdus. Qui comme Romain Rolland pourrait dire aujourd’hui « Le silence d'une grotte de pierre est-il plus profond, et de combien, que celui d'une prairie (bien entendu, en écartant de celle-ci toute vie animale) ?" »
Du coup c’est tout ce qui dispose à l’accueil de la nouveauté de l’instant et de ce qu’autrui peut apporter qui disparaissent dans cette application à trop bien faire, trop bien vivre, sous la catégorie d’un univers fermé.
 
II - La force de résistance dont l'Eglise est porteuse
 
L’Eglise est riche d’une tradition de résistance. Sans remonter à la lutte du pape contre l’empire qu’évoquait Pasolini, le catholicisme est rempli d’esprits anarchistes de gauche ou de droite comme Custine, qui, à travers l’Eglise aimaient surtout al subversion des hiérarchies : « De toutes les institutions humaines, l’Eglise catholique devrait être la mieux gardée contre l’usurpation des ambitieux »[6] - son pointd evue est en cela proche des analyses récentes  de Jacques Dalarun[7] : ‘église est une structure qui historiquement, même au sommet de son faste et de son oppulence, n’a jamais perdu de vue la priorité à accorder aux pkus pauvre et au plus humble. Custine, notons le, fut und es premiers à avoir voulu réintroduire la longueur du temps et la patience dans l’ordre social : «  La patience est l’espèce de courage le plsu nécessaire aux hommes chargés de conduire les autres homems…. La longanimité est le secrét et la vertu des gouvernements raisonnables ; voilà pourquoi il est utie que la société soit régue non par les plus savants, mais par les plus calmes ».[8]
 
Des esprits généreux,amoureux de la nature autant que de l’égalité entre les hommes, comme Georges Sand qui se voulait communiste parce que chrétienne, chrétienne parce que communiste : « Je n’oublierai jamais, je ne peux pas oublier que l’élan chrétien me poussa résolument, pour la première fois, dans le camp du progrès, dont je ne devais plus sortir »[9]. De sorte d’ailleurs que d’une certaine manière (et Jaurès n’était pas loin de le recpnnaître) tout le socialisme du XIXe siècle est fils du christianisme.

J’ai expliqué dans un de mes livres pourquoi selon moi les impératifs écologiques et sociaux imposent que l’ons e départissent de la philosophie hédoniste que nous impsoe l’économie d emarché (l » « cépitalisme de la dséudctuin » comme disait Glouscard[10]) pour revenir à une morale stoïcienne du devoir (celle du premier stoïcisme grec), en définissant ce devoir nom comme une cintrainet extérieure conformiste mais comme recherche spontanée de ce que la nature humaine profonde (qui a co-évolué avec son bioope) peut dicter à tout un chacun pour sa survie et celle du groupe (l’une n’allant pas sans l’autre)
 
Il faut rappeler ici ce bel argument de Voltaire rapporté par Chateaubriand dans « Le génie du christianisme » : « Le stoïcisme ne nous a donné qu’un Epictète, et la philosophie chrétienne dorme des milliers d’Epictètes, qui ne savent pas qu’ils le sont, et dont la vertu est poussée jusqu’à ignorer leur vertu même »[11]. Si le stoïcisme comme sens de la conformité à la nature profonde et aux deboirs à l’égard de la communauté est la meilleure voie pour l’épanouissement de l’humanité, ce n’est que par le christianisme que cette voie accessible est devenue, sur le plan pratique, accessible au plus grand nombre
III – Une résistance qui se doit d’être avant-gardiste
Si les esprits laïques comme les croyants ont en commun intérêt à voir l’Eglise assumer aujourd’hui sa vocation de résistance à l’ordre de la consommation et de la surexploitation du monde, cette évolution ne peut-être féconde que si elle est menée sur un mode avant-gardiste, l’Eglise étant vouée à disparaître si elle n’est qu’un conservatoires de pratiques et d’idées du passé. 
Je vois trois terrains sur lesquels l’Eglise peut jouer un rôle de pointe : la sexualité, les solidarités et l’écologie.
Commençons par le point qui place l’Eglise le plus ne porte à faux avec l’opinion publique (travaillée par les
médias) en ce moment : la sexualité. Certes on n’imagine pas une remise en cause du caractère sacré de la familiale, ou de l’interdiction de la sexualité hors du couple consacré par le mariage (principe dans lequel le pape voit entre autres le principal rempart contre le SIDA). Mais la valorisation de la fidélité pour les couples mariés, n’est-elle pas compatible avec l’autorisation d’une sexualité plus débridée en dehors du mariage ? Sans nier l’importance du mariage comme ciment de la famille légitime, l’Eglise ne pourrait-elle pas aussi reconnaître des formes d’union plus passagères et définir des valeurs spécifiques à ces unions là ?
 
Cela suppose sans doute un aggiornamento sur la question de la valorisation du corps, et donc probablement un aménagement de la doctrine du péché originel. Prenons l’exemple de la nudité. Beaucoup de groupes entendent provoquer l’Eglise en utilisant le corps sans vêtement, présenté comme un paradigme de la liberté. Il y a quelques mois des étudiants de l’université de Madrid en Espagne ont profané une chapelle en s’y promenant nus, et en décembre en marge d’une manifestation contre le mariage homosexuel à Paris, le groupe de féministe FEMEN s’est heurté à des chrétiens traditionnalistes en s’exhibant, comem à leur habitude, topless. Or il existe des tendances nudistes dans le christianisme[12], comme les communautés nudistes évangélistes au Brésil ou quaker aux Etats-Unis, l’Eglise catholique (dont une illustre défenseuse en France Mme boutin be cache pas son penchant pour la nudité domestiqueà peut très bien développer ce genre de tendance et la mettre en avant pour gagner le  cœur des jeunes épris de iberté corporelle. C’est une option d’autant plus intéressante pour elle que la nudité est de plus en plus dissociée de la sexualité et associée à une dimension de fraternité conviviale. Elle suppose que l’Eglise sache se réapproprier l’héritage des hérétiques adamites qui professaient l’innocence d’une vie nue à l’image d’Adam et Eve, ce qui suppose aussi une réintégration des diverses sectes se réclamant de ce que Raoul Vaneigem appelle le « Mouvement du Libre Esprit » qui au Moyen Age réhabilitait le plaisir contre la culpabilité du péché originel. En levant ce verrou de culpabilité nul doute que l’Eglise ouvrirait la voie à une forme d’Amour moins méfiante à l’égard du corps, et de la liberté des cœurs, un Amour qui par là même deviendrait de ce fait plus attractif.
 
L’Eglise est aujourd’hui plus à l’aise sans doute sur le front de la solidarité sociale et de la charité. Elle pourrait l’être plus, en prenant plus systématiquement le contrepied des tendances les plus injustes de notre monde. Par exemple la tendance à l’exclusion des personnes âgées. Il y aurait un grand intérêt sans doute à systématiser l’aide aux personnes isolées en créant de véritables bataillons de jeunes qui iraient rendre visite à celles-ci à intervalle fixe et chercherait à enrayer avec une détermination absolue les tendances actuelles au cloisonnement. L’Eglise qui ouvre les portes scellées pourrait aussi manifester sa solidarité au niveau international à partir de ses catégories propres, sans se référer aux préférences médiatiques. Pourquoi n’envoie-t-elle pas des brigades internationales de la paix dans les pays en guerre, et notamment là où les chrétiens sont massivement persécutés du fait du soutien pour le moins maladroit de nos dirigeant à des factions extrémistes (par exemple en Irak et en Syrie) ?
Peut-être le message de résistance le plus décisif que l’Eglise pourrait porter au monde aujourd’hui se situe-t-il sur le terrain essentiel à la sauvegarde de notre espèce : celui de l’écologie. On sait que le soin dédié à la création et aux créatures fait partie intégrante du message.
 
L’écologie que peut promouvoir l’Eglise n’est pas une écologie cosmétique. Il peut s’agir d’un horizon social radicalement nouveau, celui d’une sortie complète hors de la société de consommation. Comme l’a bien montré Christian Arnsperger, économiste de l’Université catholique de Louvain, rejoignant en cela Pasolini, la conservation écologique de notre planète ne peut s’obtenir avec de demi-mesures. Il faut sortir du système de consommation à outrance. Une telle sortie ne peut passer que par un dépassement des pulsions et angoisses qui nourrissent l’addiction à la consommation des biens matériels. « Le capitalisme nous distrait de notre authentique destinée humaine qui est de nous "spiritualiser", nous "pneumatiser" de plus en plus. C’est pour cette raison qu’une critique existentielle du capitalisme est essentielle pour qu’éclose un nouveau militantisme social – un militantisme existentiel »[13]. Il est clair que l’Eglise dispose aujourd’hui de tout le capital humain, matériel et spirituel pour construire la société parallèle « communaliste », c'est-à-dire fondée sur la générosité du don, qu’il appelle de ses vœux, et dont le fonctionnement en réseau peut progressivement attirer à lui et finalement absorber la logique de consommation ordinaire (et d’optimisation capitaliste) qui prévaut dans le reste de la société. 
Conclusion
Esprits laïques, héritiers de la morale stoïcienne (pour peu qu’ils se rendent compte qu’une hédonisme irréfléchi est voué à l’impasse) et chrétiens peuvent aujourd’hui converger sur un programme de remise en cause profonde de la logique marchande et de surexploitation d’un monde, et d’existences, perçus comme définitivement clos. Cela ne permettra sans doute pas de rouvrir artificiellement des horizons comme le firent la découverte de l’Amérique ou les débuts de la conquête spatiale (avant que l’homme ne découvre qu’il était essentiellement entouré de galaxie vides et plus lointaines qu’il ne le croyait au début). Mais cela peut ouvrir la possibilité de définir une autre temporalité, un autre mode de vie avec les autres et de rapport à soi qui dégage pour chacun plus de liberté mentale (une liberté authentique, non soumise aux impératifs d’optimisation), un sens de la gratuité qui laisse se développer le potentiel d’improvisation psychologique et physiologique de tout un chacun, en meilleur harmonie avec son environnement social et naturel.
 
Frédéric Delorca, écrivain, docteur en sociologie, diplômé de l’IEP de Paris et de la faculté de philosophie a dirigé plusieurs sites d’information alternative sur Internet. Après avoir coordonné l’ « Atlas alternatif » en 2006 (Le Temps des Cerises), il a composé divers essais et récits de voyages ainsi qu’un roman.


[1]Cahier de l’Herne Chomsky
[2]"Eloge de la liberté sexuelle stoïcienne" aux éditions du Cygne
[3]Raison présente
[4]  André Chastel sur Marsile Ficin citer livre)
[5]  Pasolini Ecrits Corsaires p. 121 
[6] Custinep. 201
[7]Jacques Dalarun Gouverner, c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Paris, Alma Editeur, 2012
[8] Custine L'espagne sous p. 258
[9] G. Sand Histoire de ma vie p. 456
[10]Glouscard le Capitalisme
[11] Génie du Christianisme tome 2 p. 209
[12]Cf livre.
[13] Christian Arnsperger, Ethique de l’existence post-capitaliste, Pour un militantisme existentiel, Paris, Editions du cerf, 2009 p. 205.
 
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"L'ordre et la morale" de Mathieu Kassovitz

23 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Vu ce soir en DVD "L'ordre et la morale", un bon film, très prenant, très bien fait, auquel je reconnais notamment la vertu de rendre hommage aux hommes de terrains, à ceux qui font l'histoire au péril de leur vie, alors que les politiciens et les intellectuels se contentent de commenter, ou de récupérer les fruits de leur action (félicitons notamment Mathieu Kassovitz de ne pas sombrer dans un antimilitarisme sommaire, trop répandu à l'extrême gauche, et d'avoir su rendre hommages aux valeurs du soldat, même s'il est plus dur à l'égard de l'armée de terre que de la gendarmerie, l'effort de réalisme et de respect de la chose militaire tranche notamment avec la bouffonnerie d'un film comme "Indigènes" hélas bien mieux récompensé par la profession). Qui plus est ce film a eu le mérite de me rappeler le temps (dans les années 84-88, mais ce temps n'a jamais vraiment cessé) où je débordais de sympathie pour la cause kanake et suivais très assidument les "événements de Nouvelle-Calédonie", comme on disait alors.

gazBien sûr comme beaucoup de contestataires (et vous savez que j'en ai connus quelques uns, et de très près) Kassovitz a le défaut de prendre un peu trop de libertés avec la complexité du réel, et de manipuler à son tour tout en prétendant dénoncer les manipulations des puissants, et ce souvent au mépris des faits authentiques. Sans doute idéalise-t-il un peu trop Legorjus (au point d'en travestir la personnalité), et les preneurs d'otage Kanak (au point de mentir d'ailleur sur des éléments humainement importants comme le mode d'exécution de quatre gendarmes tués). Mais ce sont là des licences artistiques qu'il faut accorder à un artiste passionné qui suit son chemin propre, et utilise l'histoire au service de ses interrogations personnelles. Mais il faut admettre une bonne fois pour toute que le cinéma en particulier, et l'audiovisuel en général, ne sont pas de bons vecteurs de vérité. La vérité ce sont toujours des dossiers, avec des pièces écrites à charge et à décharge (pour autant que le réel puisse trouver son chemin dans l'écriture), et des cerveaux qui tentent des synthèses plus ou moins justes. L'image véhicule un lyrisme qui lui est propre, elle a besoin de lyrisme. Il faut laisser les créateurs suivre une inspiration personnelle à travers le langage audiovisuel, aller voir leurs films (quel dommage que le public et les médias aient largement boycotté ce film) sans jamais confondre l'artiste avec l'historien, voilà tout.

Quant à Mathieu Kassovitz j'espère qu'il reprendra bientôt la voie de la fiction, qui, à mon sens, est la voie la plus noble pour faire entendre la vérité dans l'art.

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Quand la haine prend la plume : Bourcier à propos de Iacub

22 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Je lisais dans le blog très à droite Atlantico un papier de la sociologue Marie-Hélène Bourcier (dont je n'ai jamais rien lu) contre le dernier livre de Marcela Iacub (dont certaines analyses m'ont séduit dans le passé) sur Strauss-Kahn.

 

Ca vole un peu plus haut que les imprécations de la grande presse d'hier, mais cela suinte de haine pour la masculinité, les années 60 ... et la France. Voyez ce paragraphe de conclusion :

 

P1000733-copie-1.JPG"Qui va nous faire croire que Belle et Bête est une critique de l’homme libéral comme le prétendait Eric Aeschimann sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus ? Un communiste selon Iacub ! Ce qui fascine cette dernière, c’est bien au contraire que DSK est un cochon de libéral et qu’il illustre sa conception libérale de la liberté absolue et de la sexualité. Raison pour laquelle elle se mire dans sa conscience tout en trouvant que ce n’est jamais assez. DSK doit être l’incarnation absolutiste de sa vision de la liberté et du sexe. Finalement, comme Anne Sinclair, comme « les puissants de l’Ancien régime », elle rêve d’un DSK qui soit la libido guidant le peuple et que la patrie lui soit reconnaissante. C’est ringard et c’est franchouille, c’est Cochounou, le bon goût de chez nous. C’est Freud, c’est Bataille, c’est Lacan et tout le tin-toin : la libido est masculine."

 

Je ne sais pas trop quelles valeurs défend Mme Bourcier dans ses propres travaux (peut-être aucune, c'est plus reposant pour elle). En ce qui me concerne, vous le savez, je cherche au contraire à la fois à défendre (sous réserve d'inventaire et de réformes si nécessaire) l'héritage historique français, la libido masculine, et, d'une certaine façon aussi les années 60, en recadrant tout cela dans une optique rationaliste et néo-stoïcienne non-récupérable par le libéralisme économique - je le ferais davantage si des idiots comme les éditions L'Harmattan ne passaient pas leur temps à rejeter mes manuscrits sans les lire sur la base des simples rumeurs mensongères qui fourmillent sur la place parisienne à propos de "Delorca".

 

En tout cas j'ai fait commander le livre de Iacub par Parutions.com. J'espère pouvoir dans une recension détailler un peu mon point de vue sur son compte.

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Réforme cantonale : le redécoupage technocratico-féministe

22 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca

Encore une mesure qui tourne délibérément le dos à deux siècles d'histoire de notre pays au nom d'une conjugaison d'impératifs technocratiques et de combat pour la révolution des rapports entre les "genres" : le nombre de cantons en France va être divisé par deux pour permettre la mise en place d'un scrutin binominal paritaire, c'est à dire l'élection systématique d'un homme et d'une femme comme "conseillers départementaux", nouveau nom des conseillers généraux. Un délire de plus qui va nécessiter des redécoupages aventureux d'entités territoriales qui existent depuis le consulat.

 

hollandeEvidemment un scrutin proportionnel départemental aurait mieux valu si l'on voulait valoriser les grandes villes et servir la cause de l'engagement politique des femmes (quitte ensuite à ce qu'on attribue dans chaque canton rural à un maire élu la fonction de conseiller consultatif : cela au moins eût maintenu une réalité physique aux entités cantonales sans coûter plus cher à la République). C'est au nom de l'attachement à la proportionnelleque le PC s'est abstenu au Sénat (les radicaux ne prenant pas part au vote), ce qui a fait échouer le vote en première lecture. Il a bien fait.

 

La base technocratique projet avait été posée par la droite, puis teintée de féminisme par la gauche à l'issue d'états généraux de la démocratie locale dont personne n'a entendu parler. Le projet est en débat cette semaine à l'assemblée nationale.

 

En pratique  la création d'un binôme égalitaire de deux élus sur un même territoire laisse sceptique : qui gérera quels dossiers ? Et si les deux ne s'entendent plus ? Quelle légitimité si l'un est vice-président du Département et pas l'autre ?

 

1couv_montagnes-copie-1.jpgDans mon département c'est l'occasion de rallumer la guerre entre Basques et Béarnais. Le canton basque de Saint-Palais, à l'issue de la publication d'une simulation dans le journal La République des Pyrénées du 22 janvier dernier s'insurge à l'idée de pouvoir fusionner avec Iholdy (basque), mais aussi avec les cantons béarnais de Sauveterre-de-Béarn et Navarrenx. Mëme crainte de regroupement dans les deux cantons de Soule (Mauléon et Tardets).

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Histoire locale, morale et politique, questions diverses

19 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Quelques séries de questions que je me pose aujourd'hui et que je vous pose :

lh-copie-1.jpg- Vous êtes vous demandé déjà qui vivait à l'endroit où vous habitez il y a cent ans, quel était le paysage dehors à ce moment-là ? ce qu'on y faisait ? Les fous se prennent plus souvent pour des réincarnations de Napoléon ou d'un pharaon, pas de l'arrière grand père d'un voisin. Est-ce qu'on se soucie de l'histoire d'un lieu auquel on est étranger ? Dès lors est-il utile qu'un journal municipal de banlieue parle chaque mois de l'histoire d'une ville dont la moitié de la population vivait ailleurs dix ans plus tôt ? est-il légitime et utile que l'Agence nationale de la rénovation urbaine ait une ligne de crédit pour l'histoire des HLM ? Les gens ont-ils besoin de ça ? L'histoire locale est-elle un moyen de donner des lettres de noblesse au vécu ordinaire des gens ou juste une façon de combler l'insuffisance du "grand récit national" (sa crise, en quelque sorte) et de tous les autres grands récits ?

 

csto-copie-1.png-  Questions autour de ce mot d'un ami tantôt : "je lis actuellement un ouvrage d'Henri Chambre (jésuite) sur le marxisme en Union soviétique (sa thèse principale : le poids majeur de la superstructure et de l'idéologie dans un système issu d'une "philosophie" mettant l'accent sur l'infrastructure économique). C intéressant de voir les répercussions de la transposition du marxisme dans une société donnée : disparition de la propriété privée au profit du concept de propriété individuelle, disparition de toute référence directe à la morale dans le code pénal : la responsabilité y étant exclusivement légale et sociale (où le juste et le bien cèdent le pas devant le socialement utile ou néfaste)..."

L'argument selon lequel le soviétisme a aboli le sens moral des russes et les a rendus utilitaristes est très répandu chez les anticommunistes, et j'y ai remarqué un fond de vérité quand je suis alléeen russie. Mais il est toujours dur de savoir si les causalités sont politiques ou anthropologiques. A propos de la Russie, on peut aussi soutenir qu'un pays de serfs jusqu'en 1880, qui a connu tant de guerres (avec le phénomène des veuves qui élèvent leurs enfants seules dans le dépit et la nécessité) ne peut pas se forger de grandes morales familiales bien ancrées et bien transmises. Il faudrait comparer cela avec Cuba par exemple. En tout cas évidemment je conçois qu'on se demande (sans jamais pouvoir trouver de réponse claire) quelle part un système politique peut jouer dans la disparition d'une morale, directement,ou indirectement par les guerres civiles qu'il provoque (je pense notamment à la Chine, où là aussi l'utilitarisme est roi, d'où la nécessité de retourner parfois à de vieilles morales confucéennes plus désintéressées). Le moralisme assumé du républicanisme français, lui, limite peut-être le risque de la dérive utilitaire, mais le moralisme produit aussi de l'anti-moralisme réactionnel, source d'anomie. Et puis les réacs façon Bernanos diraient que le moralisme républicain est un moralisme au rabais parce qu'il valorise les combines plus que l'héroïsme, à la différence de la sainte monarchie traditionnelle. Y a-t-il une morale politique qui puisse vraiment le sortir de l'utilitarisme sans l'asservir à du pharisianisme ?

Au fait en parlant des réacs vous avez vu comme on essaie de nous vendre en ce moment l'idée d'un retour de la monarchie en Libye ?Les années 60 dans le monde arabe avec leur élan socialiste sont vraiment mortes. Cela dit je veux bien croire que les monarchies sont plus inoffensives aujourd'hui qu'hier parce qu'elles ne sont plus solidaires des féodalités locales (encore que, en Libye, cela tende à revenir). Mais bon, une monarchie vaut mieux qu'une dictature clanique qui surfait sur l'héritage de la rhétorique socialiste pour imposer un règne du n'importe quoi (la libéralisation arbitraire de l'économie sans les garde-fous de l'Etat de droit).

 

- Gérard Filoche, de l'aile gauche du PS, pleure sur la mort annoncée de l'inspection du travail sous la forme d'une réforme vendue à Sapin par le haut fonctionnaire social libéral directeur du travail qui était déjà en poste sous Sarkozy. Comment diffuser cette idée ? Autre nouvelle : Julian Assange croit échapper à l'encerclement londonien en se faisant élire député en Australie. N'est-ce pas tout de même un peu naïf ? Mais il est vrai que ce garçon n'a pas 10 000 cartes à jouer... ni la protection active de Correa (brillamment réélu en Equateur) ni les frappes dans le dos amicales mais inutiles de Mélenchon ne peuvent le sortir de sa sourcière...

Bon allez assez de questions pour aujourd'hui. Je ferme la boutique jusqu'à demain.

 

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"Quinze ans"

16 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

10-ans.jpgMon manuscrit "Dix ans sur la panète" devenu ensuite "Douze ans chez les résistants" puis "Quinze ans chez les résistants" , n'a jamais trouvé de véritable éditeur parce qu'il était trop anti-guerre pour les mainstreams, trop favorable à la Serbie pour l'extrême-gauche (qui n'aimait pas ce pays) et trop anti-facho pour l'extrême droite. Bref ce livre avait tous le défauts, et en plus il émanait d'un inconnu (moi), parfaitement invendable. Pourtant c'est le meilleur de tous les livres que j'aie écrits. La vie est mal faite.

 

Néanmoins, il m'aura quand même permis d'avoir un ou deux échanges intéressants avec des individus sans parti pris qui en ont aimé la sincérité, notamment aujourd'hui un éditeur quadra comme moi (parce que seuls les types de mon âge peuvent apprécier mes écrits, bizarrement il y a un mur invisible entre moi et les quinqua, je l'ai souvent remarqué), quadra, donc un peu périphérique (car les quadras n'ont pas encore le vrai pouvoir dans le monde intellectuel, même si certains s'en approchent, comme Caroline Fourest, mais vous aurez compris que je n'écris pas pour les gens qui ont son profil).

 

Cet éditeur m'écrivait des choses très vraies ce matin sur l'antisémitisme et l'anti-américanisme primaire qu'on trouve à P1020724l'extrême gauche, sur la malhonnêteté de ceux qui veulent sauver le monde tout en surexploitant leurs salariés etc. Il plaidait pour un micro-engagement "éthique" au quotidien, un peu comme le faisait la revue Vacarmes dans les années 1990. Et pourtant cet homme aimait mon livre, même s'il ne le trouvait pas dans les clous de son créneau de publication.

 

Cette conversation comme celles que j'ai déjà eues autour de ce manuscrit, m'a conforté dans l'idée que, dans un monde où l'honnêteté intellectuelle serait la règle (notamment chez ceux qui ont le pouvoir de publier les ouvrages et de les faire connaître), celui-ci serait très vite devenu un livre, aurait trouvé tout naturellement sa voie et son public. Au lieu de cela, il est resté injustement le mal-aimé, refusé partout, alors qu'il était le meilleur. Terrible injustice...

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"La Bataille d’Alep" de Pierre Piccinin da Prata

15 Février 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

books.gifA propos de la guerre en Syrie, on peut lire sur Parutions.com mon compte-rendu du livre-témoignage de Pierre Piccinin da Prata, publié chez L'Harmattan, en ligne ICI.

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